SCENE XV
Les Mêmes, GENEVIÈVE, BRIDIER, puis BALISTRAC, VALAJOL et Les Autres Invités.
GENEVIÈVE
Nous venons très tard, mais nous ne pouvions nous dispenser de paraître dans deux ou trois salons.
CLARISSE
Ah! oui, je connais vos habitudes...
RAOUL
Mademoiselle.
GENEVIÈVE
Vous êtes ici, monsieur Raoul ?
RAOUL
Cela vous étonne?
BRIDIER.
Vous n'êtes pas sorti ce soir?
RAOUL
Moi ! mais non.
GENEYIÈVB.
Eh bien, mon père, vous voyez comme vous avez eu tort de vous alarmer.
BRIDIER.
C'est toi qui as eu raison de me forcer à venir ici tout de suite.
GENEVIÈVE
Vous étiez si inquiet!
CLARISSE
Inquiet! de quoi?
BRIDIER.
Tout à rheure, chez la baronne de Tance, un monsieur *> est venu, tout haletant, annoncer que Raoul avait une affaire.
JORDANE.
Comment, une aifaire?
BRIDIER.
Qu'il venait de le voir dans un bureau de journal provoquer im rédacteur.
JORDANE.
Pour moi !
RAOUL
Ne vous fâchez pas.
GENEVIÈVE
C'était vrai? vous vous battez?
Raoul se bat ?
VALENTINE
Lui!
JORDANE.
Ah! (a RaoQi.) Tu sais que je ne te permets pas de te battre pour moi.
RAOUL
Mais tout est arrangé.
BALISTRAC et YALAJOL, déconcertés.
Arrangé!
RAOUL, à son père.
Je suis allé au journal. J*y ai trouvé des gens charmants qui ne vous connaissent pas et qui regrettent leur article. Ils en ont tout de suite rédigé un autre, sur un coin de table, qui dit tout le contraire sans paraître se rétracter... Ça coule de source. C'est une jolie chose que Tesprit.
JORDANE.
Mauvais enfant, va!
CLARISSE
Que disait donc ce journal?
JORDANE.
Rien, rien. C'est un article politique à propos de ma dernière lettre programme ; on cite même une de mes phrases: (( Les mœurs chastes font les nations fortes. » C'est ma conviction. Du reste, c'est suivi d'un éreintement! Vous lirez cela, docteur, ça vous amusera.
LE DOCTEUR
Non. Je n'aime à voir éreinter que mes confrères.
JORDANE.
Vous êtes généreux. — Raoul en a été choqué. Il est très batailleur, ce mauvais sujet-là.
GENEVIÈVE
Il a raison, quand il s'agit de son père.