ACTE PREMIER
RAOUL
Vous avez bien raison.
VALENTINE
Comment, j'ai raison!
RAOUL
Vous êtes une de ces femmes adorables qui sont nées pour être veuves ; elles ne peuvent pas rester demoiselles, et les maris ne leur vont pas.
VALENTINE
Mon motif est plus sérieux. J'£ii passé mes quatorze lunes de ménage à me quereller avec M. de Folny. Il aimait le calme, j'aimais le bruit : nous ne pouvions pas nous entendre. Enfin, il a cédé, c'est-à-dire... j'ai eu la douleur de le perdre : je m'en tiens là I
Elle se lève.
Tenons-nous-en là!
VALENTINE
Vous! vous trouverez quelque jeune personne bien naïve...
RAOUL
Je n'y tiens pas du tout.
VALENTINE, passant.
Ou moins naïve, qui vous adorera!
RAOUL
11 faudrait attendre le délai fixé par la famille et la solennité bête du grand jour. J'aime au comptant, moi, à tort et à travers.
VALENTINE
Eh bien ! eh bien ! je vous prie de ne pas me tenir de
pareils discours. -^ Vous savez qu'elle chante faux, mademoiselle Nadine?
RAOUL
Les jours de pluie. — Vous n'avez pas envie d'aller demain à la redoute du prince Orbeliani?
VALENTINE
Perdez-vous la tôte?
RAOUL
Toutes les femmes seront masquées.
Raison de plus !
RAOUL
Et puis liberté complète, on s'isole ou Ton se rencontre à son gré, et pendant toute la soirée un concert varié occupe les maris ou les importuns.
VALENTINE
EUe est très impertinente, votre proposition. ^
RAOUL
Personne ne vous saurait là, que moi qui vous accompagnerais !
VALENTINE
Je vous prie de ne pas ajouter un mot.