SEIZIEME SIECLE
Domination de la Maison d'Autriche. — Tapijjerie aux armes impériales. — Ordonnance de Marie , gouvernante des Pays-Bas , sur la fabrication, — Lifte des tapi/fiers lillois au XV P ftècle. — Ordonnance de Charles - Quint , de 1544. — Analyse de cette ordonnance. — Quelques tapijjeries célèbres fabriquées en Flandre pour l'empereur. — Ruine de Vinduftrie sous Philippe IL
En 145 3 , nous l'avons dit , le Magiftrat avait fait décorer la grande salle de la halle échevinale, d'une tapiiîerie où étaient tissues les armes de France et de Bourgogne ; mais par le mariage de la dernière héritière de cette maison avec Maxi milien , la ville ainfi que le comté de Flandre étant passés sous k dom nation de la Maison d'Autriche, on voulut, pour recevoir dignement le petit-fils de Maximilien, le futur Charles-
Quint empereur , remplacer cette tapiflerie ancienne , et en 1 5 12, les comptes relatent en ces termes la dépense occasionnée par cette nouvelle tenture :
A Jan Faussart tapiffier, pour avoir fait et livré pour la dite ville iiiixxiii aulnes trois quarts & le quart d'un quart de tapiflerie nouvelle servans à mettre au defîus les sièges en la chambre d'eschevins, en laquelle tapiflerie sont armoyés les armes du Roi de France , de de M. T. Redoubté Seigneur & Prince l'archiduc d'Autrice et les armes du comte de Saint-Pol, par marchiet fait au dit Fauflart à xxxvis chacune aune cl1x"vtsiii<i
A la veuve MiquielDesbuiflbns, pourxvi canons d'or de ChippreW qu'elle a vendus et livrés au pris de xvis chascun canon qui ont été employés en la dite tapiflerie xn1 xvis
Mais les fleurs de lis d'or de l'écu de France ne devaient pas briller longtemps au centre de notre tenture. Dès i52i, quatre ans avant le traité de Madrid qui délia la Flandre de sa vaffalité à la couronne de France, Charles-Quint , par ses lettres datées de Gand le 2 janvier s'était déclaré affranchi de son hommage à la couronne de France , & avait décrété que tous les appels reflbrtilïans du Parlement de Paris seraient portés au grand conseil de Malines.
(1) Les étoffes tissues de fil d'or firent de très-bonne heure la réputation commerciale de Chypre et les broderies en fil de soie recouvert de fil d'or, l'or de Chypre , la maintinrent long-temps. Ce fil d'or fut importé en Europe et employé dans les broderies ; sa vogue créa la contrefaçon , et c'est à Gênes surtout qu'elle se développa ; mais là comme partout où ces fils furent imités , ils conservèrent le nom de fil d'or de Chypre , sans y avoir aucun droit. (De Laborde , glossaire , page 410.)
Le Magiftrat ne pouvait qu'obéir, & en 1524 il paya :
A Hues de Respin paintre, pour avoir fait ung patron des armes impériales pour sur ce renouveller le drap estant en la chambre d'eschevins au lieu des armes de France que par ordonnance d'eschevins ont été ordonnés estre ostées du dit drap pour y mettre et boutter les dites armes impériales n^xii8
A Gabriel Sauvaige, tapiffier, pour par marchiet fait avoir fait un nouveau drap de tapifferie des armes impériales en la chambre des eschevins pour mettre et poser au lieu des armes de France . xx1
Nous verrons après un siècle et demi les armes de France reprendre leur place sur les tentures officielles & y remplacer celles de la maison d'Autriche.
Mais nous sommes entrés dans la période brillante de la Renaissance. Les peintres flamands qui, au débutdu XIVe siècle, avaient été les initiateurs de la peinture à l'huile, vont a leur tour étudier en Italie dans les célèbres écoles de Florence , de Venise & de Rome, & rapportent dans les Flandres le goût des grandes compofitions décoratives. Bernard Van Orley qui avait été admis parmi les disciples de Raphaël , compose à son retour dans son pays de nombreux cartons de tapifïeries. Succeffivement peintre officiel de Marguerite d'Autriche, puis de Marie de Hongrie, gouvernantes des Pays-Bas , c'eft sous son influence sans nul doute que Marie édicta en 1 5 38 la première ordonnance, émanée de l'autorité souveraine, pour réglementer la fabrication des tapifferies laissée jusque là sous la surveillance des corporations et des magistratures locales.
Voici, d'après le regiftre aux mandements (*), la lettre d'envoi qui accompagnait l'ordonnance de Marie , sœur de Charles-Quint. Elle avait pour but de punir une tromperie des marchands de tapifleries ; la mauvaise foi commerciale n'est pas d'invention moderne :
A nos très-cher & bien-aimé Gouverneur de Lille , Douay <$z Orchies ou ses lieutenants aux dits lieux :
Très-chier et bien-aimé. — Pour remédier aux abus quy se sont comis au faict des tapilïeries , nous avons fait expédier certaines lettres de placcard , lesquelles vous envoyons vous ordonnant que incontinent et sans délay les faites publier et très étroictement commandez aux officiers & gens de loy des lieux de les faire observer & entretenir, procédant contre les trangresseurs par exécution rigoureuse des paines apposées , sans faveur ni simulation & qu'il n'y ait faulte.
Bruxelles, le 5e jour de mars 1538.
Signé: MARIE.
Et plus bas : Vereyken.
A cette notification publique était jointe une lettre secrète dont voici la teneur :
Combien que nous ayons ordonné faire publier certain placcard advisé pour remédier aux abus qui se sont comis au ftil & négociations des tapifleries , toutefois pour éviter schandalle , voyant que l'eilect du dit placcard concerne seulement les marchands tapiffiers & aultres qui se mêlent du dit ftil , notre intention eft que la dite publication se fâche seulement aux marchands & ceulx du dit mef-
;i) Registre G., N°54.
FABRICATION LILLOISE. âfy
tier des tapifferies , eux collégialement convoquiés vers les officiers & gens de loy des lieux ou en tel autre lieu ou ils ont accouftumés à tenir leurs afïemblées , dont vous advisons pour selon ce vous régler.