Ange qui porte TÉvangile
un autre ange prend la faux et fait vendange dans le lac de la colère de Dieu, et autres allusions aux chapitres 14, i5, 16.
436. Damnation de la grande prostituée assise sur la bête rouge aux sept têtes ; les noces de T Agneau, et autres allusions aux chapitres 16, 17, 18, 19.
437. La bête et les rois saillent pour combattre le Verbe, un ange enchaîne la bête et l'enferme dans
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labîme, et autres allusions aux chapitres 19, 20, 21, 22.
De ce simple rapprochement des dessins de Durer et de Roger, on peut conclure que le jeune artiste allemand ne comprenait pas TApocalypse qu il ne paraît pas avoir lu.
Il ne sait pas comment placer ses seize gravures et il en change Tordre dans les différentes éditions. Pourquoi avoir placé à la fin la bête aux cornes d agneau? Pourquoi enfin avoir oublié le sujet principal, le jugement dernier, la conclusion de Toeuvre ? Pourquoi omettre la moitié des chapitres et les plus importants ?
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Pourquoi, dans la scène des quatre vents, si heureusement modifiée par Durer, avec la première esquisse de Roger, rejeter dans Tombre Fange qui signe les élus? En vain, pour chercher à pallier ces inconséquences, a-t-on voulu réduire Touvrage aux signes du jugement que lartiste n a jamais donné au titre de son livre de TApocalypse.
Durer était tout à fait incapable alors de penser à un semblable ouvrage. Son imagination encore trèspeu cultivée ne lui a fourni, dans les petits changements qu'il a faits à Tœuvre de Roger Van der Weyden,
que des sujets dune trivialité et d'une grossièreté impardonnables. Telle la porte de bois du ciel placée à gauche du trône divin (B. 63), telle l'espèce d'écrévisse enchaînée par Tange (B. 75).
Albert Durer est partout bien inférieur à Roger : jamais il ne rend cette beauté idéale des anges ou de la divinité. Jamais il n'a saisi le caraftère d'une composition ni le
mouvement, ni la vie des person-
nages.
Nous ne citerons que la lutte des quatre cavaliers, l'armée des lions, le combat de saint Michel, la guerre
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contre le Verbe. Malheureusement la photographie a trop resserré ces grandeurs célestes, et Durer les a trop étendues. On peut comparer ces sublimes horreurs de Roger à ladmirable esquisse de Delacroix, du Musée de Bruxelles, Apollon et Python , le plus grand tableau moderne dans moins dun mètre détendue.
Le vrai génie n est jamais plus grand que dans un petit cadre.
Mais où Roger est encore bien supérieur, c'est dans le goût, l'harmonie, Fart enfin. Partout, dans tant de scènes d'horreurs, il prend soin d'attirer l'attention, de reposer les
yeux Sur une scène douce et agréable.
Le portique du ciel dans la première composition, les noces de lagneau, la femme avec les ailes, les trônes célestes dans plusieurs tableaux.
Dans les paysages même. Durer reste toujours bien au-dessous de Roger Van der Weyden. Ces beaux, ces très-beaux paysages composés par le jeune artiste allemand, sont sans harmonie avec le caraftère sauvage et grandiose des compositions de TApocalypse. Roger les a admirablement compris, et a créé une nature calme, sévère, mystérieuse, où l'on n'aperçoit qu'avec beaucoup d'atten-
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tion les lointains et les rivages animés par quelques petites habitations.
Durer place presque toujours ces différents paysages de manière à attirer toute lattention. Durer n a jamais rendu le calme céleste et mélancolique, la noble simplicité et la savante perspeftîve des lointains de Roger. Durer a trop cherché à les remplir par des construftions et des bâtiments peu en harmonie avec tant de grandeur, qu'il n a pas compris, devons-nous encore répéter.
Lucas de Leyde pouvait seul atteindre ici tout le génie de Roger, son maître.
Enfin, Durer na pas et na pu composer les dessins des gravures de TApocalypse.
Tandis quon retrouve, en effet, des dessins, des esquisses, des indications sur toutes les œuvres d'Albert Durer, on na absolument aucun travail préliminaire sur F Apocalypse.
Cependant, si une composition exigeait de longues et laborieuses études, c'est certainement un semblable ouvrage, si extraordinaire, si merveilleux. Le Bain d'Aix-la-Chapelle, de la même époque, une pièce si secondaire, si médiocre, se retrouve même dans deux dessins qui prou-
vent toute son ancienneté et son originalité.
Dans TApocalypse d'Albert Durer, presque tous les sujets sont transposés de droite à gauche, ou de gauche à droite, ce qui prouve déjà une copie. L'impression des gravures, eh effet, pouvait seule amener ce résultat que les tapisseries ne pouvaient produire.
Si Durer était le seul et véritable auteur de TApocalypse, comment expliquer cette contrefaçon faite, en i5o2, à Strasbourg, par Jérôme Greff, avec le nom de Greff, et avec son seul monogramme sur toutes les
planches. Et Durer n'a pas osé réclamer, lui qui allait, dit Vasari, en Italie pour se plaindre des copistes de ses œuvres. Et Durer n ose pas même élever la voix en Allemagne sur cette contrefaçon, sur cet odieux plagiat. S'il n y avait pas de loi alors pour la propriété littéraire et artistique, il na jamais été permis de s'emparer d une œuvre d art et d y mettre son seul nom.
Marc Antoine a dû se conformer à cette règle d'équité et de justice, de droit naturel et civil. Cependant Zoan Andréa copiait, sans citer Durer, les quinze planches de l'Apo-
calypse et son livre était réimprimé à Venise, en i5i6, par A. Paganinus, avec un texte italien, et était à Milan, en i520. Et Albert Durer ne réclame pas. La veuve d'Albert Durer, la terrible Agnès Frey, faisait même poursuivre, en i532, Hans Guldenmunth, pour une imitation du Char du triomphe, imprimé en i522. Et cependant cet ouvrage était certainement une propriété de lempereur et de Tempire.
Maximilien lavait commandé à Durer et en avait généreusement payé en i5i8, les dessins, et Jérôme Resch en avait exécuté toutes les
gravures. Les Israël et Wenceslas, ces éternels copistes, ont mis leurs noms aux imitations de Martin Schongauer, pour la maison qui avait publié et perdu ces belles planches, en partie sur argent. Cort, élève de Lombard , chercha ensuite vainement à renouveler la gravure sur argent. Le secret en est malheureusement perdu.
Jackson et Chatto, dans leur History qfwood engraving, ont déjà fait remarquer les souscriptions de TApocalypse. Durer ny prend, en effet, que la qualité d'imprimeur en 1498, gedruckt, impressa, et encore im-
pressa en i5ii. Dans la Passion et dans la Vie de la Vierge, Durer, dit effigiata et per figuras digesta. Dans le Char du triomphe de l'empereur Maximilien, Durer va encore plus loin et réclame l'invention et l'arrangement : erfunden und geordnet.
Durer semble donc lui même hésiter à réclamer ses droits d auteur de l'Apocalypse. C'est seulement après sa mort, que son avide veuve Agnès Frey fait ajouter dans un nouveau tirage de l'Apocalypse, portant aussi la date de 1 5 1 1 , un avis aux copistes, d'un plus petit caraftère d'impression. Dans ces cinq lignes, on défend.
d'après une concession, à nous, nobis, de l'empereur Maximilien, d'imprimer ces images par des formes supposées, suppositiciisformis, et de les vendre dans les limites de l'Empire, sous peine de confiscation et du plus grand péril. Cependant on ne cite pas la date de ce privilège, ni sa durée. On se basait probablement sur d'anciens odrois de Maximilien accordés à Durer, pour d'autres ouvrages. Il y eût sans doute des réclamations sur cet avis qui ne se trouve pas dans tous les exemplaires. Et on réimprimait encore alors, l'Apocalypse à Strasbourg et en Italie.
Sur des planches de TApocalypse de Durer, on trouve souvent un monogramme d un ancien graveur sur bois qui donne les lettres romaines I.F.A.L.B.O. réunies.
En effet, Albert Durer n'est pas plus Fauteur des gravures que des compositions de l'Apocalypse. Il est universellement et positivement reconnu que Durer n'a jamais gravé sur bois. Praun et de Murr citent même le nom du graveur des bois de Durer : Hans Franck.
Il se servit, dit de Murr, pour de petites planches du bois de bouïs, et pour les grandes du bois de poirier.
Pour leur ajustement, il employa un nommé Sebald, près du bain au soleil, qui fabriqua de rouets à filer, et Hanns Franck demeurant dans le Froschau.
D après ce texte, on peut ajouter que Sebald était un simple ébéniste ou menuisier, qui égalisait et coupait en morceaux de différentes dimensions le buis ou le poirier. Aucun Sebald ne figure dans les listes des graveurs de Maximilien. Franck est donc le véritable graveur des bois de Durer, comme Roth lavait déjà indiqué en 1791.
De Murr donne ce précieux ren-
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Saignement en 1797 dans le catalogue des célèbres coUeftions Praun, et d après les recherches de ces savants.
Les Praun étaient nés à Nuremberg, d'une ancienne famille patricienne de cette ville, qui setait toujours occupé de recherches historiques sur les artistes allemands. C'est en vain que De Murr veut réserver à Durer la taille des bois de l'Apocalypse, malamente, dit le savant Zani.
Mais Franck n'était plus à Nuremberg en i5ii. On ne peut donc lui attribuer les bois postérieurs à cette date, et on doit seulement lui accorder les premières xylographies
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de Durer. Après i5io, les gravures sur bois de cet artiste ont un nouveau caraftère, que Vasari a déjà indiqué»
et qui est si visible dans la Grande Passion, dont quatre pièces avec la date de i5io sont peut-être les chefs-d'œuvre de Durer. Les huit autres sont bien inférieures et d un autre graveur.
Hans Franck, dont De Murr et Roth ont révélé le nom alors que personne ne connaissait encore les ouvrages de ce grand artiste, est le graveur qui a fait toute la gloire de Holbein. Il est connu sous le nom de Luxembourg (Lut^elburger), qu'il
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avait reçu de sa naissance dans cette ville ou dans ce duché , qui a la gloire d'avoir donné des empereurs à TAUemagne. On désignait partout en Europe, même en Angleterre, sous le nom de Luxembourg les monnaies de ses souverains. Le nom de Franck est très-commun dans cette province de la Belgique, et est souvent porté par des familles françaises ou wallonnes. Franck vint se fixer à Bâle vers i52o. Des documents authentiques montrent quil était étranger et que ses créanciers firent saisir, à sa mort en x526, ses meubles et même les bois si célèbres
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des simulacres de la mort de Holbein, gravés pour Fimprimeur Trechsel, de Lyon.
Le savant Zani attribue aussi à Franck des gravures de l'Apocalypse.
Il croit le reconnaître dans le monogramme L V. F. ou L M. F. des planches de la copie de Strasbourg de 1 5o2. Cependant ces xylographies sont certainement de Jérôme Greff.
F. indique, selon Heller, sa qualité de graveur. Franck a toujours signé de son surnom H. L. Zani ne trouve en effet aucune difficulté à attribuer à la même main les gravures de Durer et de Holbein. La taille si hardie, si
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originale, si grandiose de FApocalypse a pu en effet s allier à toute la délicatesse, à Télégance, à Fesprit de la Danse de la mort. Le graveur a pu se faire Allemand pour Durer et rester Français pour les imprimeurs de Lyon. Ces deux chefs-dœuvre sont dignes d'un grand artiste et il était bien difficile d'en trouver alors deux semblables. Franck était jeune en 1495 et le malheur navait pas encore calmé le feu de son génie ni mûri la finesse de son talent. On le sait, Franck est le prince de tous les graveurs sur bois. Après son départ, Albert Durer employa surtout Je-
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rôme, peut-être Jérôme Resch, qui ne parvint jamais cependant à toute la finesse de Hans Franck.
Mariette et la tradition assurent que Durer tenait secrètement caché chez lui un excellent graveur sur bois, prisonnier, peut-on presque dire.
Les bons xylographes étaient trèsrares en Allemagne. On les recherchait partout, on se les disputait et on les faisait venir des Pays-Bas. Josse De Necker annonce, en 1 5 12, à l'empereur Maximilien, qu il est parvenu à en trouver deux qui savent peu de chose, mais dont il s engage à revoir et à terminer les ouvrages. Il donne
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à chacun cent florins par an, avec un logement convenable. Ces trois artistes promettent de fournir six ou sept bois par mois, et se plaignent de n'avoir reçu que deux florins par trois figures.
Ces chiffres étaient très -élevés et supérieurs aux appointements des principaux fonftionnaires de Tempire. Et Maximilien venait encore souvent les encourager par sa présence, leur donner de riches ' présents, et payait généreusement tout le matériel et toutes les dépenses.
On sait même que les longues visites qu'il fit dans le Frauengass, petite
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rue mal famée de Nuremberg, furent assez remarquées.
En i5io, Peutinger annonce à l'empereur que le graveur qui travaillait à la Généalogie impériale sest secrètement sauvé. Ce qui semble prouver quon le tint, pour ainsi dire, prisonnier, comme l'ouvrier mystérieux d'Albert Durer.
C'est alors qu'on fait venir des Pays-Bas Jérôme Resch et Josse De Necker, pour travailler aux grandes publications xylographiques de Maximilien, que l'empire, à la mort de l'empereur, ne se trouva pas assez riche pour achever.
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Peutinger avoue encore à Fempereur qu on a dû apporter le Triomphe à Augsbourg, parce qu'il n*y avait plus un seul graveur pouf y travailler à Nuremberg, et qu il était parvenu, en i5i5, à avoir cinq xylographes à Augsbourg, où Hans Franck était alors établi. Franck paraît avoir quitté cette ville à la mort de Maximilien, en 1 5 19.
Zani et les iconophiles, même Mariette, ont remarqué un grand changement, en i5ii, dans les bois d*Albert Durer, quand Franck alla s'établir à Augsbourg.. Durer abandonna aussi, en i5ii, son ancien
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papier, au globe impérial, au P, à TM, aux deux poissons, ou Frauentasche de M. Hausmann, et à la tête de bœuf, pour prendre un autre papier avec le chien, la tour, Taigle, la cruche, des armoiries, etc.
On peut donc attribuer la gravure des bois de l'Apocalypse à Hans Franck de Luxembourg, et on doit certainement ajouter qu'Albert Durer n'y a aucun droit. Enfin tout prouve que les compositions gravées pour Durer ne sont que des copies d'une partie de l'œuvre de Roger Van der Weyden. Roger, guidé par Nicolas de Cusa, pouvait même seul
entreprendre et être chargé d'un semblable travail.
Roger était le seul et Tuniqoe maître de toutes les écoles et de tous les artistes de cette époque. Roger travaillait beaucoup pour les églises et le clergé, comme le prouvent tous ses tableaux. On lui attribue une partie des ornements d'une prétendue chapelle de la Toison d'Or, à Vienne. M. Von Sacken a prouvé qu'ils ne peuvent avoir été commandés pour cet ordre chevaleresque. Ce sont des chefs-d'œuvre dart et de broderie. Vienne en conserve une chasuble, trois chapes de chœur, les
ornements du diacre et du sousdiacre, dalmatique, tunicelle et des tapisseries destinées à Tautel et aux stalles. M. Waagen a restitué à Roger et à ses élèves ces magnifiques compositions, qui se rapprochent souvent beaucoup de TApocalypse.
Les coUeftions de Madrid possèdent aussi cinq tapisseries positivement attribuées à Roger Van der Weyden. Il est important de les comparer à TApocalypse. C est une Passion qui rentre dans la division par cinq du mysticisme de Nicolas de Cusa et des huit tapisseries de Roger.
Ces cinq tapisseries, de quatre mètres de hauteur sur trois, sont un peu plus soignées, ou leur conservation est meilleure. Le photographe, au moins, a rendu avec plus de succès tous les détails d'une composition plus simple, que Roger a souvent traitée dans des tableaux, des dessins, des gravures.
Ces cinq tapisseries offrent absolument les mêmes caradères que l'Apocalypse, même divinité, même ciel, mêmes anges, mêmes personnages, même richesse dornements et de costumes, mêmes groupes, mêmes paysages, mêmes arbres, etc.
On retrouve aussi dans les inscriptions les belleç lettres romaines de FApocalypse, que Jean de Hinsberg venait d'adopter.
Roger Van der Weyden n a pu seul entreprendre et achever ces immenses ouvrages. Il se bornait à tracer les dessins des compositions, marquait les mouvements, les caractères, et devait laisser tous les détails à des élèves. Et parmi les élèves de Roger se trouvaient tous les artistes de Fépoque. Lambert Lombard, qui paraît avoir repris à Liège Fécole de Roger, vient encore constater toute sa puissance et le nombre de
ses disciples. De là même, dans les treize tapisseries, des différences, des incorreâions , des inégalités , des erreurs ou des oublis.
Voici les sommaires des cinq tapisseries de la Passion de Roger, donnés par M. Laurent :