Passavant, le Peintre graveur, t. VI, p
2. — Schevyreft, Notes historiques sur les Cartons de Raphaël ; Paris, 1891.
déplu à l’artiste, mais tout était déjà bien fini sur la toile. On ne pouvait plus rien y ajouter ni corriger, tandis que sur les cartons les changements pouvaient être facilement exécutés; la même observation est à faire à propos du fardeau sur les épaules de la femme, lequel est ajouté sur le carton de Hampton-Court, et n’existe pas sur la toile ; la position même de la femme, qui tend les mains aux apôtres, exprime, sur la toile, la prière d’accepter ses dons, et, sur le carton, la fatigue sous le poids : il est donc à présumer avec certitude que ces changements ont été introduits pendant l’exécütion des tapisseries... »
On me dispensera de discuter ces arguments ; et ce, pour deux motifs : l’un, que les cartons de Londres ont une possession d’état séculaire ; l’autre, que les peintures aux couleurs végétales de la collection Loukhmanoff ne trahissent nulle part la main de Raphaël, mais bien celle d’un peintre de beaucoup postérieur.
Je n’hésite pas à classer dans la même catégorie les cinq peintures al sugo d’erba provenant de Rome et exposées en i 865 à Paris, au Palais de l’Industrie (la Pêche miraculeuse , la Vocation de saint Pierre , Élymas frappé de cécité, la Conversion de Saül, Saint Paul à l’Aréopage). Ici encore l’auteur de la notice consacrée à ces copies insiste sur les différences qu’elles offrent avec les tapisseries pour insinuer qu’elles pourraient représenter la première idée de Raphaël. Mais le fait seul qu’elles sont dans le même sens que les tapisseries, c’est-à-dire en sens inverse des cartons de Londres, suffit à détruire son argumentation.
Après cette digression, je reprends l’histoire des cartons originaux de Raphaël.
On sait comment Rubens, les ayant vus à Bruxelles, persuada au roi Charles 1 er de les racheter. (Plusieurs auteurs font honneur de cette acquisition au duc de Buckingham, qui les aurait payés 10,000 livres sterling en même temps qu’une collection d’ouvrages de Rubens). Le monarque anglais — ce fait est bien établi — ne considéra les cartons que comme des modèles destinés à alimenter la manufacture de tapisseries qu’il avait fondée à Mortlake, et non comme des peintures ayant leur raison d’être par elles-mêmes ; aussi les laissa-t-il coupés en morceaux. Peu de temps après leur arrivée en Angleterre, Francis Cleen, le peintre de Charles I er et le directeur de la manufacture de Mortlake, les copia à la plume (1640-1646).
En 1662, Charles II vendit les cartons à l’ambassadeur de France (c’était précisément l’époque à laquelle Louis XIV s’occupait d’établir la manufacture des Gobelins), mais ses ministres réussirent à annuler la transaction.
Vers la fin du xvn e siècle enfin, Guillaume III chargea William Cooke de rassembler les morceaux et de les restaurer. En même temps, il fit construire à Hampton-Court une galerie destinée à recevoir ce merveilleux ensemble, qu’il rendit ainsi à l’admiration de l’Europe. Simon Gribelin en publia de bonnes estampes en 1704, Nicolas Dorigny de meilleures, de 17 1 1 à 1719. Depuis il a été reproduit à l’envi au moyen de la peinture, du dessin, de la gravure 2 .
1 . — Peintures al Sugo d’Erba représentant des sujets composés par Raphaël pour les tapisseries de la chapelle Sixtine ; Paris, 1 8 6 5 . — « Les tapisseries au jus d’herbes ne sont autre chose que des toiles peintes. On choisit pour cela des toiles d’un fil un peu gros, qui ne dissimule pas la couleur, claire et sans empâtement, de manière à laisser apercevoir toute la trame, en sorte qu’à distance on croirait avoir sous les yeux une tapisserie véritable. La couleur est préparée avec le suc de certaines plantes, qui lui donnent à la fois du mordant et de la limpidité. » (Barbier de Montault, Inventaire descriptif des Tapisseries de haute lisse conservées à Rome, p. i 14.)
2. — On trouvera dans les ouvrages de Passavant et de INI. Ruland la liste de ces reproductions. Je me bornerai à ajouter, au cata-