Galerie des Tapisseries au Vatican . Rome
e reviens sur mes pas pour passer en revue les copies des Actes des Apôtres exécutées en tapisserie. Comme de raison, je commencerai par les répliques exécutées au xvi e siècle même, et, parmi celles-ci, je m’attacherai en premier lieu aux répliques qui ont pris naissance à Bruxelles ; en d’autres termes à celles qui ont été copiées sur les cartons originaux de Raphaël.
Dès i 53 q, François I er acquérait trois pièces, mesurant p 3 aunes 1/4 et demie, au prix énorme de 5 o écus d’or l’aune 1 .
Ces pièces se rattachent très certainement à la suite qui figure dans l’inventaire de Louis XIV sous cette mention : « Une tenture de tapisserie de laine et soye, relevée d’or, dessein de Raphaël, fabrique de Bruxelles, représentant les Actes des Apostres , dans une bordure des deux costez et par le bas fonds d’or, remplie de diverses figures énigmatiques et de crotesques, environnée des deux costez d’un jonc ou feston de fleurs qui règne aussy par le hault : en dix pièces, dont une petitte de trois aunes de hault ; contenant les dix 53 aunes de cours sur 4 aunes de hault ; doublée à plain de toille bleüe 3 . »
Conservée au Garde-Meuble jusqu’à la fin du siècle dernier, cette tenture fut brûlée en 1797 par ordre du ministre de l’Intérieur, afin d’en tirer l’or et l’argent quelle contenait. La description qui en fut faite à ce moment ne laisse aucune place au doute : « Une tenture représentant divers sujets des Actes des Apôtres, composée de neuf pièces, chacune encadrée d’une bordure analogue, qui produisent ensemble 5 o aunes ou 181 pieds 11 pouces 4 lignes de cours, sur i 5 pieds 10 pouces 8 lignes de hauteur 3 . »
Henry VIII de son côté possédait un superbe exemplaire tissé d’or, en neuf pièces. Acquis en ,1649, pendant la Révolution d’Angleterre, par l’ambassadeur d’Espagne à Londres, don Alonzo de Cardenas, devenu en 1662 la propriété de la maison d’Albe, cet exemplaire fut vendu en i 833 à M. Tupper, consul britannique; plus tard, il appartint à un marchand de Londres,
M. W. Trull, qui lui consacra une notice spéciale. En 1844, enfin, il fut acheté par le roi de
Prusse, et exposé d’abord à Monbijou, puis au musée de Berlin, où il se trouve encore de nos jours 4 .
Un des exemplaires les plus précieux est celui qui se trouvait autrefois au palais de
Mantoue et qui a été transporté en 1886 à Vienne, pour y être incorporé aux collections de la
Maison impériale. Son origine a donné lieu à de nombreuses controverses.
D’après Antoldi, la suite aurait été tissée à Mantoue même, dans le faubourg de Saint-
1. — « A Cornélie de Rameline, facteur de Danyel et Anthoine de Bomberg et de Guillaume d’Armoyen, pour le paiement de trois pièces de tapisserie des Actes des Apôtres, contenant y 3 aulnes quart et demy, que ledict seigneur a luy-mesme achactées au pris de 5 o escuz d’or soleil l’aulne, à prandre comme dessus 3.668 escuz et trois quarts d’escu, vallent8 2 54 1 . i 3 sh. 9 d. » — J. 961, 8., n° 149 (1534). (De Laborde, les Comptes des Bâtiments du Roi, t. Il, p. 372. — Cf. La Renaissance des Arts à la cour de France. Additions au tome I, p. 967.)
2. — Guiffrey, Inventaire du Mobilier de la Couronne , t. I, p. 293.
3 . — Mémoires de la Société de l’ Histoire de Paris, X. XIV, 1887, p. 282.
4. — Trull, Raphaël vindicated by a comparison betiveen the original Tapestries (now in London) ofLeo X. and the Cartons at Hampton Court, as repaired by Cooke (Voy. p. 2 3 ). — Waagen, Die Cartons von Raphaël in besonderer Beÿehung au f die nach denselben gewirkten Teppiche in der Rotonde des K'ôniglichen Muséums yu Berlin. Berlin, 1860.
LES ACTES DES APOTRES
Georges. Attribuée d’abord à la chapelle de Sainte-Barbe, elle fut exposée plus tard, après avoir été restaurée, dans un des appartements du palais ducal de Mantoue'.
L’existence, au x\T siècle, d’une manufacture mantouane de tapisseries a été niée catégoriquement par mon regretté ami , le chanoine Braghirolli 2 , mais un autre ami, dont le souvenir ne m’est pas moins cher, Antonio Bertolotti 3 , a montré que cette opinion était erronée. Nous savons en effet aujourd’hui qu’en 1 53g le duc de Mantoue prit à son service Nicolas Karcher de Bruxelles, avec mission de tisser des tapisseries d’après les cartons qui lui seraient fournis. En 1 555, le même Karcher travaillait encore à Mantoue, en compagnie de douze ouvriers. Il v mourut en i5Ô2.
Aujourd’hui, aucun doute n’est possible: les neuf pièces qui, du palais de Mantoue, sont entrées dans celui de Vienne (le Saint Paul en frison manque), portent toutes, outre les armoiries du cardinal Hercule de Gonzague (>ï< 1 563) 4 , la marque de Bruxelles et un monogramme de tapissier assez compliqué. Elles ont donc incontestablement une origine flamande 5 .
Le Garde-Meuble impérial de Vienne possède neuf autres pièces (le Saint Paul en frison manque également) exécutées, elles aussi, à Bruxelles au xvr siècle. Cette suite a été acquise en 1804 de la famille Ruffo de Naples par l’empereur François I er .
Chaque pièce porte la marque de Bruxelles et un monogramme composé d’un A et d’un C °.
L’exemplaire qui fait partie des collections de la couronne d’Espagne a ceci de particulier qu’il reproduit plusieurs des bordures des « Arazzi délia scuola Bordurecomposeeparvan vecc hj a » entre autres la bordure renfermant Hercule
Dyck pour les Actes des
Apôtres. - (D’après les / e Centaure , Hercule et Atlas. D’après une commu-
Tapisseries du Garde- 1
Meuble national.) nication de M. le comte de Valenciade don Juan, cet
exemplaire, composé de neuf pièces, tissé de soie et de laine, à Bruxelles,