‹ Les tapisseries de Raphaël au Vatican et dans les principaux musées ou collections de l'Europe; étude historique et critique accompagnée de neuf eaux-fortes ou planches sur ouivre et de 125 illustrations reproduites directement d'après les dessins, cartons ou tentures de haute lisseChapitre 8 sur 28 · ÉTUDE POUR LA LAPIDATION DE SAINT-ÉTIENNE · texte numérisé non relu

ÉTUDE POUR LA LAPIDATION DE SAINT-ÉTIENNE

LES ACTES DES APOTRES

Actes (xiv, 8- 18) : « Il y avait à Lystra un homme impotent de ses jambes qui était assis ; il était perclus dès sa naissance et il n’avait jamais marché. Il entendit parler Paul qui, ayant arrêté les yeux sur lui et voyant qu’il avait la foi pour être guéri, dit à haute voix : Lève-toi et tiens-toi droit sur tes pieds; et il se leva en sautant et il marcha. Et le peuple, ayant vu ce que Paul avait fait,

s’écria et dit en langue lycaonienne avec nous. Et ils appelaient Barnaque c’était lui qui portait la parole, qui était à l’entrée de leur ville, vint et voulait leur sacrifier avec la mulet Paul, l’ayant appris, déchirèrent milieu de la foule, en s’écriant :

Le Sacrifice de Lystra est, le Saint Paul à ï Aéropage, le gement mis à contribution les mo-

Des dieux, ayant pris une forme humaine, sont descendus

bée Jupiter et Paul Mercure, parce Et même le sacrificateur de Jupiter, avec des taureaux et des couronnes, titude. Mais les apôtres Barnabée leurs vêtements et se jetèrent au O hommes, pourquoi... »

avec la Guérison du Paralytique et carton où Raphaël a le plus lardèles antiques : le victimaire qui lève

Spectatrice du Sacrifice de Lystra.

(D'après le Carton original de Raphaël.)

la hache est textuellement copié sur un bas-relief autrefois conservé à Rome, aujourd’hui exposé au musée des Offices. (Voyez, ci-après, la gravure de la page 18.)

L’illustration du récit de la Captivité de saint Paul (connue également sous le titre de Tremblement de terre) offrait le thème le plus brillant pour une mise en scène dramatique, comme 1 on en jugera par le texte des Actes (xvi, 20-40) : « Le peuple en foule s’éleva contre eux, et les magistrats, ayant fait déchirer leurs robes, ordonnèrent qu’ils fussent battus de verges. Et après qu’on leur eut donné plusieurs en prison, et ils ordonnèder sûrement. Ayant reçu de la prison et leur serra ves. Sur le minuit, Paul res, chantaient les louansonniers les entendaient, un grand tremblement de fondements de la prison même temps, toutes les les liens de tous les pri- Alors le geôlier, étant tes de la prison ouvertes, tuer, croyant que les prisonniers s 'étaient sauvés. Mais Paul lui cria à haute voix: Ne te fais point de mal, nous sommes tous ici... »

Malheureusement les nécessités que nous avons exposées plus haut obligèrent Raphaël à sacrifier cette composition. Il dut se borner à représenter saint Paul priant derrière les barreaux, puis le geôlier et un de ses compagnons s’appuyant tout bouleversés contre les parois de la prison, tandis qu’un géant, personnifiant le tremblement de terre, ébranle la montagne.

Le carton de Saint Paul en prison a disparu depuis longtemps; mais l’examen de la tapis-

coups, ils les firent mettre rent au geôlier de les garcet ordre, il les mit au fond les pieds dans des entraet Silas, étant en prièges de Dieu, et les pri- Et tout d’un coup il se fit terre, en sorte que les en furent ébranlés, et, en portes furent ouvertes, et sonniers furent rompus, réveillé et voyant les por-

Acolythes du Sacrifice de Lystra. — (D’après le Carton J 1

original de Raphaci.) tira son épée et allait se

sérié conservée au palais du Vatican suffit à prouver que Raphaël y a fait appel au concours d’un élève : Si les figures du fond ont toute l’allure, tout l’élan, qui caractérisent les créations du maître, le géant est une invention malencontreuse, que l’on peut mettre, sans trop de témérité, au compte de Jules Romain : elle forme comme un prélude aux figures de la Gigantomachie, que celui-ci devait peindre quelque vingt ans plus tard sur une des voûtes du palais du Té à Mantoue.

Une étude à la plume, pour le géant, fait partie de la collection de Dresde.

La dernière composition, Suint Puul à l Aréopuge, forme l’éloquente interprétation de ce récit des Actes (xvii, i5-3q): « L ayant pris, ils le menèrent à l’Aréopage, en lui disant : Pourrionsnous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu nous annonces ? car nous t’entendons dire certaines choses fort étranges; nous voudrions donc bien savoir ce que c’est. Or, tous les Athéniens et les étrangers qui demeuraient à Athènes ne s’occupaient qu’à dire et à écouter quelque nou-

velle. Alors Paul, de l’Aréopage, dit :

je remarque qu’en êtes, pour ainsi dire, cès... en regardant trouvé même un auscription : Au Dieu donc que vous honaitre, c’est celui ce... » — Une fort saint Paul et cinq se trouve au musée ignore ce qu’est delà même figure, venavec la collection Sylvestre. Quant au dessin, beaucoup plus complet, qui tions du Louvre (Passavant, n° 194), il n’est pas de la main de Raphaël.

Bas-relict antique imité par Raphaël dans le Sacrifice de Lystra. (Musée des Offices.)

se tenant au milieu Hommes athéniens, toutes choses vous dévots jusqu’à l’exvos divinités, j’ai tel avec cette ininconnu. Celui norez sans le conque je vous annonbelle étude, pour autres personnages, des Offices. On venue l’étude, pour due en i 832 à Paris fait partie des collec-

n nous plaçant au point de vue spécial de la tapisserie, la tentative de Raphaël soulève plus d’une critique. Mais, considérée au point de vue plus général de la peinture, les cartons sont et resteront l’éternel honneur de l'art- moderne. Il faut nous pénétrer de l’idée que nous avons devant nous une des manifestations les plus généreuses, les plus sublimes, dont puisse s’honorer l’humanité: la candeur, la ferveur, l’extase de saint Étienne au milieu des souffrances, la foi du centenicr Corneille ou de l’apôtre Paul, l’abnégation, fixées avec une sincérité, une sûreté, une chaleur, une éloquence incomparables. Regardez toutes ces figures : chacune, parmi les plus effacées, traduit un sentiment, fait entendre une note dans ce vaste concert. Le domaine de la peinture n’offre certainement pas une telle série de passions saisies sur le vif, aussi variées que fortement exprimées. Et aucun de leurs interprètes n’est une abstraction : tous ont vécu ou sont vivants. Quelle inspiration soutenue, quelle puissance d’évocation, n’a-t-il pas fallu pour créer un tel ensemble !

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D'après la Tapisserie conservée au Vatican

LES ACTES DES APOTRES

es contemporains de Raphaël, non moins que la postérité, ont prodigué aux Actes des A -boires tous les témoignages imaginables d’admiration • les npintrpc Ipc

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Apôtres tous les témoignages imaginables d’admiration ; les peintres, les dessinateurs, les tapissiers, les ont copiés à l’envi ; les critiques en ont mis en lumière les beautés; les souverains, François I er , Henri VIII, Philippe II, Charles I er et Louis XIV, ont tenu à honneur

d’en faire figurer des repromême temps les plus habiles mondi, Agostino Veneziano, au loin les reproductions de ment d’Élymas , du Saint Au xvif siècle, Rubens et tant hommage aux Actes des Charles 1 er d’Angleterre à en composant les bordures d’oeuvre. (Voyez les gravures Le xvm e siècle, malgré ges à cette création grandiose Goethe l’a longuement 1787, ainsi que dans ses Sir Josuah Reynolds, sonne n’a possédé à un plus personne n’a eu moins besoin phaël, constate que, lorsqu’il sériés, il avait sous les yeux les cio ; il prit à ce maître la figure Athènes, celle de saint Paul figure qui, dans la Prédicaparmi les auditeurs, avec la et les yeux fermés, comme de profondes réflexions. Le aux deux figures de saint de la main gauche, qu’on ne nolds ajoute que Raphaël

Saint Paul visitant Saint Pierre, par Masaccio et Filippino Lippi. — (Église du Carminé à Florence.)

ductions dans leur palais. En graveurs, Marc-Antonio Rai- Ugo da Carpi, répandaient la Mort d’Ananie, du Châti- Paul à l’ Aréopage.

Van Dyck ont rendu un écla- Apôtres , l’un en engageant acquérir les cartons, l’autre destinées à encadrer le chefci-après.)

sa frivolité, a prodigué les éloentre toutes.

célébrée dans une lettre de Mémoires (2 e partie, livre IX).

après avoir constaté que perhaut degré l’invention et que du secours d’autrui que Racomposa les cartons des tapisétudes faites d’après Masacdu saint Paul prêchant à punissant Élymas, enfin la tion de saint Paul , se trouve tête enfoncée dans la poitrine une personne ensevelie dans principal changement apporté Paul consista dans l’addition voit pas dans l’original. Reyavait pour principe de tou-

jours montrer les deux mains du personnage principal, afin que le spectateur ne pût pas se demander ce que faisait la main que l’on ne voyait pas

Ecoutons à son tour Prudhon : « Je pensai... en voyant les tapisseries de Raphaël (et après avoir vu un grand nombre d’autres tableaux), que l'on ne pouvait rien faire de mieux que de faire une copie d’après l’une d’elles. Ce sont (sic) dans ces admirables tapisseries où brille le plus éminemment le génie divin de ce grand maître. Après son École d’Athènes, ce sont

1 . — Discours prononcés à l’Académie royale de Peinture de Londres, tome II, pp. 127-128; traduction française, 1787.

ses plus beaux ouvrages, et on pourrait dire les seuls qui legalent dans le simple de la composition, comme dans la force des caractères et de l’expression... Saint Paul prêchant dans l’ Aréopage, tableau qu’on pourrait mettre en parallèle avec son École d’Athènes ; Saint Paul et saint Barnabe déchirant leurs vêtements, parce qu’on voulait leur sacrifier comme à des dieux,, autre tableau tout aussi admirable que le précédent; le dixième, A4 «ante et' Saphir a, expirant

dans les convulsions aux présence des autres apôtres, dans l’argent de la vente de offrir et dont il avait détourné guérissant un aveugle en bun, ou quelque autre Rognore le nom... Jésus-Christ Pierre; la Pêche miracune le cèdent en rien aux trent dans des beautés diffésublimité.... (Seul) Saint rissant un boiteux à la porte des colonnes torses... ne me Parmi les jugements Actes des Apôtres, je n’en nant des connaisseurs les « Ces onze admirables quis Léon de Laborde, resdes hommes, tant qu’il plasus dés goûts matériels, duction la plus grandiose, plus pur, à l’époque la plus moment le plus vivace de sa force exubérante, la science étudié, lui auraient inspiré, si pas été en lui, le calme, il tire toute sa grandeur ; teront aussi des chefsappropriées à leur destirare ; Raphaël le possédait,

Le duc d’Aumale, de son côté, déclare que

Le Tremblement de Terre (Saint Paul ea Prison. (Tapisserie du Palais du Vatican.)

pieds de saint Pierre et en pour lui avoir célé la vérité ses biens qu’il venait de lui une partie....; Saint Paul présence d’un consul ou trimain en dignité, dont j’iqui donne les clefs à saint leuse ; ces quatre tableaux deux précédents, et monrentes le même degré de Pierre et saint Jean guèdu temple, celui-là où sont plaît pas infiniment 1 . »

portés par notre siècle sur les retiendrai que deux, émaplus éminents.

compositions, a écrit le marteront l’éternel enseignement liera quelque chose au-desparce qu’elles sont la prola plus complète du génie le brillante de sa carrière, au vie, en face d’un rival, dont la prétentieuse et le désordre même ces qualités n’avaient l’ordre et la simplicité d’où mais ces compositions resd’oeuvre, parce qu’elles sont nation, et c’est là un mérite parce qu’il les avait tous 2 . »

les cartons sont, avec les marbres du

Parthénon, ce que l’Angleterre possède de plus beau en fait d’art » ; il ajoute que, dans l’œuvre de Raphaël, « ils n’ont peut-être de supérieur que les Stanze du Vatican 3 ».

1 . — Charles Clément, Prudhon ; Paris, 1872, pp. 12 3 , 124, 2 e édition.

2. — La Renaissance des Arts à la cour de France , additions au tome I er , p. 965.

3 . — Inventaire de tous les Meubles du cardinal Ma^arin, p. 14.

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