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DIFFÉRENTS BUTS DES TATOUAGES DANS LES PAYS CHAUDS

41° Ornemental

a) L'application la plus répandue du tatouage dans les pays chauds comme ailleurs est l’ornemen-. tation. La décoration de la peau, cultivée dans tous les temps et chez tous les peuples sous des formes variées, se rattache à un des instincts primordiaux de l'humanité : amour de la parure.

En Algérie, les mauresques se tatouent par coquetterie; on rencontre le plus souvent des croix, des fleurs, des guirlandes autour du cou ou des poignets. On peut ranger aussi parmi les tatouages d’ornementation les brûlures produites par les cigarettes, que se font les femmes algériennes sur le poignet et l’avant-bras. Les cicatrices résultant de ces brûlures sont censées augmenter leurs grâces.

Les jeunes filles tunisiennes, pour se donner un attrait de plus, se font latouer avant leur mariage

des croix, des fleurs de lys empruntées, paraîtal, aux croisés de Saint Louis? (1)

Chez les femmes gabonaises (2), le tatouage consiste en points dont la forme est semblable ordinairement au modèle ci-contre: (). Ces points sont disposés en losanges ou en triangles au-dessus des seins, au-dessous de la nuque et sur les reins.

En Océanie, cette coutume paraît avoir pour but de se rendre plus séduisant pour le sexe opposé et aussi de montrer son endurance pour la douleur physique. En général, c'est au moment de la puberté que les indigènes se tatouent.

Aux iles Marquises, le tatouage a une grande importance; les dessins sont très variés, ne manquent pas d’une certaine élégance et peuvent occuper le corps entier. Vus de loin, les naturels qui sont complètement tatoués semblent avoir des vêtements collants (3). À une distance moyenne, ils ont l'air de preux bardés de fer ; de près, on dirait des arlequins masqués. Chez les femmes, les organes génitaux mêmes sont couverts de dessins.

À Tahiti, le tatouage fin et élégant se compose de petits pointllés bleus qui occupent les joues, les lèvres, les poignets.

(1) Tatouage. — Guiol. Thèse Bordeaux, 1896.

(2) Quelques notes sur le Gabon, Dorlhac de Borne. — In Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, &. 1, 1890.

(3) Tantain. — Notes sur l'ethnographie des Iles Marquises. In l'Anthropologie, t. VII. Année 1896.

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A Pile de Haïnan, À Formose, des cérémonies à l’occasion des tatouages précèdent le mariage chez les femmes (1).

Mais c'est au Japon, où le tatouage est extrêmement répandu, qu'il y atteint un degré de perfection artistique incomparable. On y trouve des latoueurs de profession si habiles, qu'on les a nommés des Raphaëls du tatouage. D'après le docteur Baëlz, on ne doit y voir qu'un ornement, n mode de décoraüon. On retrouve souvent des dessins aulour des lèvres et autour des poignets et des avant-bras, en forme de bracelets (2).

Deuxième but du tatouage : distinctif.

b) Chez les peuplades sauvages des pays chauds, le tatouage est très employé aussi comme signe distinclif de race, de tribu, même d'état social.

Chez les indigènes de PAlgérie, ce mode de distinclion se retrouve avec peu de régularité ; mais, en général, ce ne sont que certaines tribus Kabyles qui possèdent une eroix sur le front.

Parmi les peuplades nègres de l’Afrique (3), les

(1) Revue scientifique, p. 604, 1885.

(2) Mittheilungen aus der medecinischen Facultat der Kaiserlich Japonischen Universitat Tokio, 1894.

(3) Variot. — Tatouages et peintres de la peau. Revue

scientifique, p. 397, 1889.

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tribus ont des marques si caractéristiques qu'elles suffisent à les distinguer : les Makoko ont des stries cicatricielles au nombre de six sur chaque joue. Les Shake ont, au-dessus de la racine du nez, deux séries linéaires parallèles de petites cicatrices.

Les Bafourous sont marqués de petites entailles sur le front ; ces entailles, sur deux ou trois rangées, s'étendent de la queue du sourcil d’un côté au côté opposé.

Les Kroumen (entre Sierra-Leone et le cap des Palmes) portentune raie noire du haut du front à l'extrémité du nez, signe distinctif de leur race (1).

Les Aoussas portent trois traits descendant de la tempe et se réunissant à la commissure des lèvres.

Les esclaves en Afrique portent, surtout sur le visage, la marque de leur propriétaire.

Les tribus de l'Inde se distinguent par ce fait caractéristique, que nulle part on ne rencontre d’ornements garnissant les lèvres comme en Afrique ou en Amérique (2).

Certains palefreniers japonais, les Baitos, ont un tatouage professionnel qui les distingue ; il ont le corps presque entièrement couvert de dessins.

Des associations occultes, comme celle des Arreoy, à Tahiti, se distinguent par un tatouage spécial.

(1) Tatouage, Guiol, Thèse Bordeaux, 1896.

(2)H. Fischer.— La parure populaire dans l’Indeet la façon de la porter. In Annalen des K. K.naturhistorichen Hofmuseums, L. V,n°7, Vienne, 1890, in & avec planches et figures.

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Aux îles Marquises, les veuves se reconnaissent à un tatouage qui leur est propre.

Chez les Néo-Zélandais, les guerriers ont des déssins particuliers, personnels, sur le corps. Les grands chefs des Maoris ont une sorte de blason, constitué par des lignes extrêmement nombreuses couvrant la figure.

c) Enfin, le tatouage est, chez certaines races, une marque d'initiation dans le domaine religieux. En Nouvelle-Guinée, les prêtresses du culte du Serpent portent sur les bras, la poitrine etle visage, des cicatrices représentant des serpents. Cette opération les rend sacrées.

Chez les prêtres Polynésiens, le tatouage s'étend sur toutes les parties du corps : ce sont des fleurs, des emblêmes, des représentations d'animaux lézards, serpents, qui ont un caractère de consécration religieuse.

Troisième but des tatouages: thérapeutique

d) Comme procédé thérapeutique où prophylactique, les tatouages sont employés à peu près partout dans les pays chauds.

En Algérie, les matrones indigènes emploient couramment le tatouage pour préserver les enfants des maladies. Ce tatouage consiste le plus souvent en deux traits sur l'aile droite du nez. Parfois c’est le tebib (médecin arabe), lui-même, qui opère.

= Épee

Combien de fois 1lnous a été donné de voir, sur le ventre, le dos, la poitrine ou les membres des indiœènes reçus dans les services de l'hôpital de Mustapha, des cicatrices en lignes parallèles, de scarifieations grassières pratiquées avec un couteau enlamant plus ou moins régulièrement les téguments.

En Egypte, les femmes de la tribu des Ghazar pratiquent des tatouages médicaux qui ont, paraît-il, une influence souveraine contre les migraines, les maladies des articulations et des os, les douleurs (1).

Le tatouage est souvent aussi chez les Tunisiens un moyen thérapeutique ; c’est un traitement des douleurs rhumatismales, des névralgies, des contusions ou blessures anciennes. Ce sont alors de simples lignes ponctuées ou de simples traits au niveau des articulations, des malléoles ou sur la poitrine.

Au Congo , les tatouages ont aussi souvent un but thérapeutique.

Chez les Botocudos, pourse préserver ou se guérir des maux de tête, on pratique une brûlure donnant une cicatrice blanchâtre au milieu du front.

Au Cachemyr et au Ballislan, on pratique sur les enfants, vers l’âge de cinq à six ans, une brûlure qui occupe soit le centre de la région frontale, le vertex, la peau de la région temporale au-dessus de l'oreille, la région dorsale du pied, en dehors du premier métalarsien, le poignet. Cette brûlure préserve des maladies épidémiques.

(1) L'Anthropologie, 1891, &. IT, Brussaux.

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Dans le Laos, les névralgies seraient écartées par le tatouage des jambes. On trouve aussi chez les Laoliens un tigre dessiné sur le mollet. Cette figure aurait pour but de protéger contre les attaques de ce carnassier.

4° Tatouages obscènes

. d) Les tatouages obscènes se retrouvent dans les pays chauds; mais, chose curieuse, ce n’est point chez les peuplades sauvages, sans mœurs réglées, vivant nues et sans frein, qu'il faut les chercher. En effet, les sauvages ne s’ornent pas de dessins essentiellement lubriques. Si chez certains peuples comme les Marquisiens, les parties du corps les plus intimes sont couvertes de dessins, cela n’a pas un caractère de débauche. Les prêtres se font tatouer ainsi en Nouvelle-Guinée ; dans ce dernier cas, les tatouages affectent un caractère religieux : l’obscénité disparait donc.

Le docteur Batut, qui a recueilli des observations sur un bataillon de tirailleurs indigènes en garnison à Bône, fait remarquer que les sujets orduriers ou obscènes n'existent pas sur eux, même sur ceux qui ont blanchi dans les prisons militaires (1).

(1) Du tatouage exotique et du tatouage en Europe, Louis Batut, In Archives d'Anthropologie criminelle, 8° année, 189, LEE

Par contre, c'est dans les pays chauds que sont envoyés, dans les bagnes, les condamnés, les criminels, rebut des peuples civilisés. A la Nouvelle Calédonie, à la Guyane, les déportés offrent une riche collection de tatouages obscènes. De plus, on connait le goût des tatouages dans les milieux nautiques. Les marins, passant une grande partie de leur vie aux colonies, appartiennent, en somme, aux pays chauds.

Ils sont fréquemment tatoués. Le docteur Guiol, dans sa remarquable thèse (1) sur le tatouage dans la marine, nous en donne l'explication : loisiveté forcée des longues traversées, l'imitation, en sont les deux causes principales. Chez eux, les tatouages obscènes ne font pas défaut.

(1) Tatouage. — Guiol, Thèse Bordeaux. 1896.

et De

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