PROCÉDÉS DE TATOUAGE SUIVANT LES RACES
Nous passerons rapidement en revue les prineipaux procédés de tatouage usités dans les pays chauds.
On peut les classer ainsi :
l° Tatouages par piqûres :
20 Tatouages par incisions {avec cicatrices bourgeonnantes où nOn) ;
3° Tatouages par brûlures.
l° Le tatouage par piqûre, le plus répandu de tous, se retrouve dans toutes les parties du monde.
Chez les Arabes et les Kabyles d'Algérie, l'instrument est un faisceau d'aiguilles fortement serrées et souvent même une seule aiguille. La matière colorante est du bleu de Prusse délayé dans de l’eau (1). Dans les villages pauvres on ulilise simplement un éclat de roseau finement appointé ou la pointe même
(1) L'Anthropologte, 1899, €. X. — Jacquot, Le tatouage chez les Kabyles.
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d'un couteau. Souvent anssi, les indigènes emploient simplement une épine d’accacia triaconthos.
Chez les Marquisiens, l'instrument est déjà plus perfectionné ; il est formé d’une écaille de tortue découpée en forme de scie, emmanchée dans un morceau de bois.
Les Japonais ont des séries d’aiguilles enchässées par 4,8, 20, 10, dans des morceaux de bois. Les pointes des aiguilles sont d’inégale hauteur, de façon à pouvoir produire des ombres et des effets de dégradé.
Le nombre des matières colorantes employées au tatouage est infini: encre de Chine, noir de fumée, indigo, carmin, vermillon, minium, cinabre.
En Algérie, on emploie le kohl, qui donne une coloration bleue {mélange de sulfate de cuivre, d’alun calciné, de carbonate de cuivre et de clous de girofle).
En Egypte, la composition est formée de noir de fumée et de lait de femme. Dans toute l'Océanie, c'est le charbon de fumée produit par la combustion d'un pin, l’Aleuriles triloba, mélangé à du jus de canne à sucre.
À Jérusalem, c'est de l'encre ordinaire mélangée à du fiel de bœuf.
Au Laos, le tatouage est noir (ainsi que l'indique le mot Laos, ventre noir).
Les tatoueuses de Ponapé emploient le noir de fumée obtenu par une flamme dans laquelle on fait brûler une noix appelée driakan.
2? Le tatouage par inecisions peut se faire par une simple incision de l'épiderme, suivie d’une applicabon de malière colorante. Ces tatouages durent peu, en général.
Les Mauresques d'Algérie se tatouent ainsi avec du henné ou du charbon pilé.
Au Sénégal, les tatouages des lèvres et du visage sont dus à de simples ineisions.
Au Gabon (1), où le tatouage est usité chez les femmes seulement, on fait une incision, puis on introduit dans la blessure de la cendre de grains de maïs calcinés où des graines colorantes. |
En Océanie, ce procédé est très répandu. L'opérateur trempe son instrument, un ciselet en métal, dans un liquide huileux où on a délayé la racine du Phormium lenax.
Aux iles Andaman, l'instrument est un éclat de quartz où un morceau de verre.
ILest un deuxième mode de latouage par incisions: c'est lorsque l'incision intéresse le derme et que la plaie ainsi formée, restant béante, détermine une cicatrice tranchant par sa couleur claire sur la teinte sombre de la peau des indigènes. C'est, en effet, chez les noirs de l'Afrique qu'on les rencontre et chez les races malaises, dont les téguments ont une couleur très foncée ; il est, d’ailleurs, très répandu chez ces peuplades.
(1) Dorlhac de Borne. — Quelques notes sur le Gabon. in Bulletin de la Sociélé d'anthropologie de Paris, {. 1, 1890.
Les mouchetures et les incisions sont employées. Certaines races font davantage. En irritant les plaies avant leur cicatrisation, les indigènes obtiennent la formation de bourgeonnements, appelés en chirurgie chéloïdes superficielles. Ces bourgeonnements forment des saillies souvent très fortes sur la peau des indigènes ; ils sont disposés en lignes le long des membres, ou en mouchetures sur le thorax ou l'abdomen. Jouent-ils le rôle d'ornement ou sont-ils destinés à donner un aspect effrayant, capable d’inlimider les ennemis ? La seconde explication serait plus plausible.
3 Ces bourgeonnements peuvent être produits également par de véritables brûlures. Ce procédé est très répandu en Nouvelle-Calédonie. On place un morceau de bambou ou une nervure de plante sèche sur la peau, puis on y met le feu, et on l’active en soufflant dessus. En Australie, en Tasmanie, en Nouvelle-Guinée, ce procédé grossier et douloureux est en honneur.
On peut rapprocher de ces sortes de tatouages la curieuse habitude des femmes algériennes indigènes qui, à l’aide de cigarettes, se font des brûlures à l’avant-bras.