L'INTERVENTION POLITIQUE DE L'ÉTAT DANS LES SPECTACLES PUBLICS
« … Panem et Circenses », (JuvÉNAL, Satires, X-81.)
Se distraire est une nécessité pour l’homme. C’est un besoin que l’on retrouve dans toutes les sociétés, primitives ou évoluées. Seules varient la qualité et la portée des délassements choisis. Certains sont physiques, d’autres sont intellectuels. Mais il existe un lien entre ces deux catégories, lorsque des hommes ont pour profession de distraire leurs congénères.
Les danses primitives avaient un caractère religieux. La tribu entière y participait. Les fidèles se contentèrent ensuite d'assister aux cérémonies dirigées par les officiants. Les évocations des dieux et des mânes des grands ancêtres avaient lieu‘ « dans certains temples où le prêtre, environné de ténèbres, imitait la voie sépulcrale et le geste du spectre invoqué ». |
4, Magnin, op. cit., Origines du théâtre antique et moderne.
Le besoin d'imitation poussa les hommes à se réunir, pour voir certains d’entre eux revêtir des personnalités défuntes ou imaginaires et vivre pendant quelques heures, dans un monde fictif. ; Ê
Dans une lettre à d’Alembert, J.-J. Rouseau rappelle qu’en Grèce « tous les sujets des pièces n’étant tirés que « des antiquités nationales dont les Grecs étaient ido- « lâtres, ils voyaient dans ces mêmes acteurs moins des « gens qui jouaient des fables que des citoyens instruits « qui représentaient, aux yeux de leurs compatriotes, « l’histoire de leur pays ».
Le goût du spectacle, inhérent à la nature humaine, se trouve développé par la civilisation et il prend des formes diverses. Il devient un besoin auquel on échappe de plus en plus difficilement, par suite d'expériences répétées. Ce besoin s'étend et atteint des classes sociales nouvelles. Cependant, à ne considérer que ce qui est indispensable à la vie, le spectacle demeure quelque chose de superflu. C’est un luxe.
Les spectacles publics attirent les foules pour lesquelles se distraire est devenu indispensable. Jeux, danses, courses, théâtres, peu importe la différenciation : des rassemblements importants de citoyens ont lieu dans le but de se distraire. Le désordre naît facilement de la foule. Les gouvernants prennent donc tout de suite en considération l’objet de ces attroupements. Il faut faire respecter l’ordre. Il ne faut pas non plus que ces réunions soient l’occasion de jugements politiques ou tout simplement de eritiques. L'opinion publique doit être préservée de toute corruption : la censure permettra de s’assurer de l’innocence des distractions. |
Gouverner c’est dépenser et les gouvernements sont
infatigables dans la recherche de nouvelles sources de revenus.
Les spectacles publics ont justement cet avantage de n'être pas indispensables et cependant d’attirer la masse. Dans une large mesure, on peut dire qu’ils ont, surtout de nos jours, une clientèle qui admet difficilement de se priver. C’est une assise toute indiquée pour de fructueuses impositions.
L'intervention de l’État dans les spectacles publics procède donc de deux mobiles : l’un politique, l’autre fiscal. Ce dernier seul sera étudié. Mais il n’était pas inutile de dire quelques mots de l'intervention politique de l’État dans les manifestations spectaculaires, car celle-ci à sans doute précédé de beaucoup l’intervention fiscale.