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TROISIEME PARTIE

Après l'histoire de notre sujet et le résumé des méthodes et techniques nécessaire à son étude, je vais traiter maintenant point par point du sujet lui-même. Et je commencerai par l'exposer en ses grandes lignes, de façon que le lecteur en ait la vue d'ensemble avant l'étude de chacune de ses parties. Ce chapitre sera donc, à la fois, un aperçu synthétique de ce que l'histoire des teignes nous a déjà fait connaître, et aussi de ce que l'étude analytique qui va suivre nous apprendra.

Il existe, dans le monde des Mucédinées simples ou Moisissures, un groupe de parasites capables de déterminer, chez l'Homme et chez les Animaux, par l'envahissement des couches cornées de leur tégument, des maladies qui sont ordinairement bénignes, mais de contagion facile et de durée longue. Ce sont ces maladies que l'on appelle les Teignes. Et comme le revêtement tégumentaire présente, outre son épiderme corné, des organes kératinisés : cheveux, poils, et ongles, ces trois organes peuvent être envahis, comme 1'épiderme de la peau vague, par certains de ces parasites.

Peut-être ces êtres existent-ils à l'état libre dans la nature et peuvent-ils y avoir une vie indépendante. Beaucoup pourtant semblent depuis longtemps appropriés à la vie parasitaire, et n'en plus connaître d'autre. Le hasard des contacts prélève leurs graines et les porte sur une surface cutanée. Si elles y trouvent des conditions favorables, elles germeront, et la graine, qui germe, émet autour d'elle une série de filaments mycéliens en rayons de roue, ce qui donne à la lésion une figure ronde ou, comme disent les dermatologistes, circinée.

Les anciens, qui aimaient les images, avaient appelé rampantes ces lésions que nous disons encore serpigineuses. Les Grecs les appe- LES TEIGNES. 9

laient YJpTreTsç (serpere); le nom d'herpès leur est resté jusqu'à nos jours, et, pour les distinguer de l'herpès fébrile, et du zona, les auteurs les avaient nommées : Herpès, contagieux. On les appelle couramment encore aujourd'hui Herpès circinés.

Ces lésions sont essentiellement bénignes, parce qu'elles sont limitées aux couches kératinisées superficielles du tégument, et, alors, quelques applications antiseptiques suffisent à les faire disparaître. Il n'en est plus de même lorsque l'infection a gagné les cheveux ou les poils, dont la racine est profonde. Le cheveu envahi continue de pousser normalement, mais le parasite l'envahit au fur et à mesure qu'il se forme, et c'est ainsi que le parasitisme des teignes se perpétue. Et il se perpétue si continûment qu'il n'est presque aucune de ces maladies dont l'évolution, laissée à elle-même, ne dure des années. Les parasites que nous connaissons et qui sont capables de causer ces maladies sont maintenant très nombreux. Il en existe environ quarante espèces définies, caractérisées. Mais l'importance relative de chaque espèce n'est pas la môme ; certaines l'emportent de beaucoup sur les autres, par le nombre des contaminations qu'elles causent, ou par la spécificité des lésions qu'elles déterminent ; d'autres sont, si on peut ainsi parler, des sous-espèces ou, encore, des variétés fixes. A la vérité, toutes se montrent également irréversibles l'une à l'autre, mais certaines sont si proches l'une de l'autre, qu'elles forment ensemble comme un groupe naturel. On peut décrire quatre ou cinq de ces groupes dermatophytiques, sans compter certaines espèces que leurs mœurs isolent de toutes autres. Nous savons déjà que la clinique ancienne, livrée à ses seules ressources, n'a pas connu tous ces parasites ; nous avons vu combien l'histoire de ces maladies est vieille, et combien fut lent le progrès des connaissances humaines à leur sujet.

Toutefois, la simple observation permettait de faire, dans l'ensemble des teignes, une première grande division. Il existe une teigne dans laquelle le Champignon prend autour des orifices pilaires un développement particulier. Ses filaments s'accolent les uns aux autres et se multiplient en tel nombre que leur masse arrive à créer des surproductions d'aspect croûteux, très visibles à l'œil nu. Ces surproductions en forme d'écuelles, ou de godets péripilaires, sont si caractéristiques que leur présence a différencié la maladie qu'ils accompagnent; c'est celle que nous appelons aujourd'hui la teigne faveuse ou le Favus; et le mot favus, avant de désigner la maladie, a désigné le godet favique. Depuis longtemps cette teigne fut connue, sans qu'on en connût toutefois la nature ; les autres teignes étant d'une symptomatique plus fine, et plus difficile à reconnaître, ne furent découvertes qu'au commencement du dernier siècle, mais leur diagnostic

ne fut couramment posé qu'en 1850, après que leur nature mycosique et celle du favus eurent été découvertes par Gruby (1841-1845). Dans cet autre type clinique, les parasites, lorsqu'ils envahissent le cheveu, le remplissent si bien, que les cheveux ne présentent plus aucune résistance à la traction, ils cassent au moindre contact; ainsi les plaques contaminées du cuir chevelu semblent tondues ou rasées. Aussi Mahon l'aîné les désigna-t-il sous le nom commun de teigne tondante ou tonsurante « et ce nom, comme disait Lailler, est à lui seul une définition »(1). Ce sont des maladies très contagieuses, car chaque fragment cassé de cheveu malade porte des graines. Et ce sont des maladies d'une durée très longue, car l'extirpation du cheveu malade, possible dans le favus, et qui le guérit, est impossible dans les tondantes : le cheveu fragilisé laissant dans le 'follicule un fragment de lui qui suffit à perpétuer la maladie.

11 existe plusieurs types de teignes tondantes : Gruby avait différencié les principaux par la forme microscopique de leur parasite dans le cheveu, mais leur différenciation clinique n'avait pas été faite, elle est de date plus récente (1892-1894). Cette différenciation est assez délicate et demande des yeux exercés. Pour la faire avec sécurité, il fallait avoir d'abord différencié les parasites des tondantes par la culture ; cette culture ne fut pratiquée systématiquement qu'à cette époque, et c'est de ce moment que date la découverte progressive de toutes les espèces de teigne tondante.

Depuis que les études de ce genre ont été commencées en plusieurs pays, on s'est aperçu que le problème des teignes ne se présentait pas partout sous le même aspect. Ces moisissures des teignes constituent une flore, et cette flore varie avec les climats. Ce qui est vrai en une contrée n'est pas également vrai en une autre, chacune a ses espèces rares et ses espèces fréquentes; et comme chaque groupe dermatophy tique a ses caractères spéciaux et ses mœurs spéciales, les savants de tous pays ont compris pourquoi les descriptions qu'ils avaient faites de ces maladies, en des lieux différents, ne se ressemblaient pas toujours. Il existe, on le sait, des dermatophyties exotiques de caractères spéciaux; sans doute, sont-elles dues, elles aussi, à des espèces de Dermatophytes qui pourraient être de la môme famille que les nôtres, mais qui doivent être d'espèce différente.

Certains Dermatophytes peuvent exister sur l'homme sans provoquer de réaction inflammatoire, ils déterminent alors des teignes de durée indéfinie. Ainsi voit-on des favus ou des tondantes durer depuis des années, sans causer de symptômes fonctionnels, sinon de vagues démangeaisons. Ce sont les espèces les moins virulentes, qui

(M Lailler. Leçons sur les teignes, recueillies par Landouzy, 1878.

sont devenues les plus fréquentes, parce qu'elles font les teignes les plus durables. Dans certains pays, une ou deux espèces dermatophytiques causent à elles seules des milliers de contagions.

Plus rares sont les Dermatophytes capables de créer une réaction inflammatoire très vive. Lorsqu'ils sont descendus dans le follicule, ils se trouvent au niveau du derme. Gomme ils sont pyogènes, chaque follicule devient un abcès, le poil est détaché de sa racine et tombe en emportant le parasite. Mais cette réaction suppurative se trouve, par le fait, être curatrice parce qu'elle est expulsive. Le cheveu malade expulsé, l'inflammation du voisinage se calme. Ce sont des lésions suppurées de la peau, rondes comme tous les herpès contagieux des anciens, que nous nommons encore des kérions, du nom que les Grecs leur avaient donné.

Ainsi les trichophyties, lorsqu'elles semblent d'allure grave et inflammatoire, se trouvent les plus bénignes. Elles sont autophages, et leur propre durée est restreinte par la forme spontanée de leur évolution. Ce sont presque toujours les Dermatophytes originaires des animaux qui donnent lieu à des folliculites suppurées quand ils passent sur l'homme.

Quelle que soit leur espèce, les parasites des teignes s'offrent à nous, au microscope, sous la forme d'articles mycéliens cylindriques, plus ou moins allongés, juxtaposés en rubans et présentant un peu l'aspect d'un bambou dont les entre-nœuds seraient les cellules mycéliennes, et les nœuds, les cloisons intercellulaires. Ges cloisons peuvent être plus ou moins distantes ou serrées, les articles qu'elles séparent n'en ont pas moins la même signification.

La langue dermatologique a consacré, à ce sujet, une erreur de mot qu'il faut connaître. On dit communément que le mycélium d'un Trichophyton est, ou n'est pas, sporulé, suivant qu'il est fait d'articles très allongés, ou d'articles ovoïdes et courts, soudés en chaîne. C'est qu'on a considéré, autrefois, les articles courts comme la spore, c'est-à-dire la graine, née dans les articles longs du mycélium. On assimilait ainsi ces articles courts aux endospores de certaines bactéries. C'est là une erreur qui a eu cours parmi les dermatologistes jusqu'en 1892. En fait, les articles, courts ou longs, sont également mycéliens et non sporulaires. Mais le mot est demeuré dans la langue dermatologique, à ce point, qu'il semble impossible de l'en faire disparaître. L'erreur qu'il confient n'a d'ailleurs aucune importance si l'on est averti de l'impropriété du terme qu'on emploie.

Ainsi, tous fes Dermatophytes, dans le cheveu de l'homme, sont laits de filaments mycéliens, et cependant, malgré cette unité élémen-

taire de leur morphologie, les divers groupes de Dermatophyles ont chacun une disposition caractéristique dans le cheveu ou le poil humain. Un observateur connaissant la question ne confondra pas le cheveu d'un favus, et celui d'une trichophytie par exemple; et môme, ce livre montrera qu'on peut distinguer, par leurs caractères dans le cheveu, beaucoup de Trichophytons entre eux.

Les éléments de cette différenciation sont morphologiques et topo graphiques : Morphologiques, c'est la forme et la dimension des éléments parasitaires, et aussi leur mode d'agmination. Topographiques, c'est la répartition de ces éléments, en dedans du cheveu (Endothrix) ou, dans le cheveu et hors de lui (Endo-ectothrix). Ainsi un observateur peut savoir, par l'examen microscopique, à quel groupe parasitaire appartient le Dermatophyte qu'il examine. Toutefois c'est la culture en milieu choisi qui déterminera seule, avec certitude, l'espèce parasitaire rencontrée, parce que la culture, sur ce milieu, prendra des caractères personnels.

Sur ces milieux d'épreuve, qui contiennent des sucres, beaucoup de Dcrmatophytes ne gardent leur physionomie spécifique qu'un certain laps de temps, après lequel apparaissent, sur la culture vieillie, des touffes de duvet blanc pléomorphique. Ces duvets blancs pléomorphiques qui représentent une dégénérescence de la culture-mère, si on les réensemence, pousseront sous leur forme de duvet blanc, sans rappeler la culture-mère dont ils sont issus, et ne pourront jamais être ramenés à sa forme par quelque moyen que ce soit. Pour éviter l'apparition du duvet pléomorphique, et garder à une culture primaire ses caractères spécifiques, il faut la conserver sur un milieu exclusivement azoté, ne contenant pas d'hydrate de carbone. Elle reste alors à l'état de culture primaire jusqu'à sa mort. Ce moyen permet de garder, sans dégénérescence, les cultures dermatophytiques d'une collection ; chaque espèce reprendra ses caractères propres si on la reporte sur milieu d'épreuve.

Dès leurs premières cultures en milieux propices, on voit les Dcrmatophytes prendre des formes microscopiques différenciées, s'y créer des organes nouveaux qu'ils ne montrent jamais dans leur vie parasitaire, et, par exemple, émettre des tiges sporifères, couvertes de petites spores, pédiculées sur elles de part et d'autre. De tels organes classent d'abord les Dermatophytes parmi les Mucédinées qui sont les champignons mycéliens se reproduisant par spore externe (Costantinj. La forme de leur organe sporifère place provisoirement tous les Dermatophytes connus dans le groupe des Sporotriçhums de Linck et de Saccardo, caractérisé par des grappes de spores externes.

Cette apparition des spores externes à la première culture artificielle des Dermatophytes est l'un des gros arguments qu'on a pu

donner de l'existence probable et libre des Dermatophytes dans la nature, car comment supposer que la première culture artificielle de ces parasites fasse apparaître des organes de reproduction qui n'existent jamais dans la vie parasitaire, et qui n'auraient pas eu l'occasion de naître depuis des milliers d'années que les teignes existent, si ces êtres n'avaient pas d'autre vie que leur vie parasitaire? Néanmoins certains de ces Champignons, qui sont les plus fréquents sur l'Homme et les plus exclusifs à l'espèce humaine, les plus éloignés, semble-t-il, de la vie saprophytiqué, produisent, comme les autres, des grappes de spores externes, dès qu'ils sont placés sur un milieu nutritif artificiel. La question reste pendante. Certains auteurs ont bien cru pouvoir conduire de la vie saprophyte à la vie parasitaire une moisissure qu'ils jugeaient proche de la famille des Dermatophytes, mais ces expériences, ne peuvent encore être acceptées sans réserve.

L'inoculation des Dermatophytes aux animaux est simple, et le plus souvent positive : l'animal qu'il est le plus commode d'employer dans ce but reste le Cobaye, auquel presque tous les Dermatophytes donnent une teigne d'une durée d'un mois. Ces inoculations sont vaccinales et l'animal qui a servi est désormais vacciné contre tous ou presque tous les Dermatophytes. On peut inoculer les cultures primaires et aussi leurs duvets blancs pléomorphiques, mais l'inoculation de certaines cultures primaires et de leurs duvets pléomorphiques reste négative. Lorsque l'inoculation est positive, il est aisé de reprendre sur le Cobaye la semence d'une rétroculture. On retrouve alors, avec sa forme caractéristique, la culture inoculée et, si c'était un duvet pléomorphique, on le retrouve sous la forme duveteuse qu'on avait inoculée et, jamais, sous la forme de la culture primaire dont il est issu.

Le poil du Cobaye, inoculé d'un Dermatophyte, montre un tableau microscopique très analogue à celui qu'offre le cheveu humain atteint du même parasite, mais souvent le parasite s'y présente sous des formes plus visibles, plus claires que dans le cheveu humain, lequel est plus épais et plus foncé que le poil du Cobaye. Ainsi les inoculations animales des teignes ont-elles grandement servi à élucider le problème de la structure des principaux Dermatophytes dans le poil humain. Ceci est vrai surtout en ce qui concerne les Microsporums, dont la structure dans le cheveu humain est extrêmement compliquée.

Chez les Animaux comme chez l'Homme, les teignes sont des maladies des jeunes. Chez l'Homme, l'âge des teignes est l'âge scolaire et beaucoup de teignes ne dépassent pas la puberté. Même le l'avus, lorsqu'on l'observe chez l'adulte ou chez le vieillard, n'existe chez eux que comme reliquat d'une affection contractée dans la seconde

enfance. Quant aux teignes tondantes de l'enfant, elles guérissent spontanément, à la puberté, sans qu'on sache exactement le mécanisme de leur disparition à ce moment; les unes un plus tôt (tondantes microsporiques), les autres un peu plus tard (tondantes trichophytiques), mais toutes, sauf exception rare, avant seize ans.

Les tondantes banales ne peuvent plus s'inoculer à l'adulte sous forme de tondante. On a dit que la transformation des acides gras sébacés, qui, à partir de la puberté, prennent, dans les deux sexes, des caractères chimiques et organoleptiques différents, pouvait les amener à jouer un rôle parasiticide; et ceci peut être soutenu, puisque le canal qui contient le cheveu est partiellement celui de la glande sébacée. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Les trichophyties animales peuvent, au contraire des précédentes, s'inoculer à l'homme à tout âge, et la différence de mœurs des parasites de cette famille, suivant leur espèce, n'est pas un des moindres sujets étalonnement de celui qui se consacre à leur étude.

Les teignes sont des maladies qui ont besoin, pour se propager, de conditions spéciales. On en peut rencontrer des cas dans la classe sociale la plus élevée, mais c'est toujours dans la classe la plus pauvre qu'on en voit naître des épidémies. Les teignes sont des maladies populaires. Les unes d'ailleurs, comme les trichophyties, sont plutôt des maladies urbaines ; les autres, comme le fa vus, des maladies rurales. Mais toutes demandent, pour naître, la pauvreté, l'absence des soins d'hygiène réguliers, la promiscuité des lits où couchent plusieurs enfants, etc.

C'est ainsi qu'on a pu dresser la carte parisienne des teignes (*), où l'on voit que les quartiers excentriques sont les seuls teigneux. Il y a des pays où deux populations sont juxtaposées et non mêlées, et dont l'une fournit presque toutes les teignes, comme, en Algérie, les enfants arabes. Certaines populations africaines ont presque tous leurs enfants teigneux. Ce sont donc là des maladies que la civilisation écarte et dont elle devra nous débarrasser. Ce qui précède montre l'intérêt de ces maladies spéciales pour le pathologiste et l'homme de laboratoire. Elles ont encore d'autres droits à intéresser le médecin. Ces maladies qui prennent l'enfant au début de son instruction pour ne le quitter qu'à l'âge où il devrait quitter l'école, ont pour résultat de créer des illettrés et des vagabonds. Nos' statistiques portant à plusieurs milliers le nombre des enfants teigneux, dans Paris seulement, jusqu'à ces années dernières, l'intérêt social de la lutte contre les teignes ne peut échapper à personne, surtout si l'on ajoute que l'hospitalisation d'un teigneux, pendant la durée de son traitement,

O M. Pignot. Étude clinique des teignes. Hygiène publique et prophylaxie des teignes tondantes en 1900, à Paris et dans sa banlieue. Thèse de Paris, 1900,

revenait à 2000 francs par tête au budget de l'Assistance publique, avant que ne fût découvert le traitement rapide des teignes par la radiothérapie.

L'expérience de cent ans pour le fa vus, de cinquante pour les teignes tondantes, a prouvé en toute évidence que l'habitat des Dermatophytes au fond des follicules pilaires les met complètement à l'abri de tous les agents antiseptiques quels qu'ils soient, même gazeux. On guérit le favus par l'épilation répétée des cheveux malades, en amenant au dehors le parasite qu'on ne peut atteindre à sa place. On a pu prédire poui les teignes tondantes que leur guérison serait due à la découverte d'un agent d'épilation lente, automatique, l'épilation à la pince cassant les cheveux au-dessus de leur racine. On trouva cet agent physique sous la forme des rayons X. Une close connue et repérée de rayons X amène la dépilation d'une surface donnée. Le parasite est jeté dehors avec le cheveu, et quand le cheveu renaît, deux mois plus tard, il ne rencontre plus, dans le follicule, de graine capable de le réinoculer et repousse sain.

La systématisation du traitement des teignes par les rayons X est donc un fait considérable. On peut souhaiter un traitement encore plus prompt, d'une application plus aisée et moins délicate, mais on n'en peut souhaiter de plus efficace. Ainsi la thérapeutique des teignes se trouve avoir accompli un progrès égal à celui qu'accomplissaient, dans le même temps, toutes nos connaissances théoriques et expérimentales à leur sujet.

Telle est en résumé la question des teignes à laquelle est consacrée le présent volume.

Division.

Au moment d'étudier analytiquement les diverses teignes, le problème se pose de savoir dans quel ordre les présenter. Ce problème soulève des difficultés réelles, car il existe dans nos classifications médicales et naturelles une part d'idéologie. La teigne faveuse occupe une place spéciale; elle offre un type symptomatique assez distinct de tout autre, pour qu'on ne puisse sérieusement mettre en discussion son autonomie. Mais les divisions à établir entre les autres Dermatophytes sont toutes discutables. Lorsque j'ai retrouvé le Microsporum Audouïni de Gruby, je n'ai pas pu ne pas mettre en évidence la spécificité de ses caractères microscopiques et culturauxet les symptômes différentiels de la tondante qu'il détermine. Il en est résulté, en face des frichophyties, les microspories.

Mais aujourd'hui, sans même parler de V Ëpidermophyton ingiii-

nale qui cause une lésion tout à fait à part : l'Eczéma marginatum de Hebra, il est certain qu'on peut catégoriser en quatre ou cinq classes tous les Dermatophytes qui ne sont pas des Achorions et ne causent pas de favus, et que chacune de ces classes présente à peu près autant de titres que la microsporie a être étudiée séparément. Ce morcellement total de l'ancienne trichophytie doit-il être essayé? Je le crois de moins en moins.

On peut au contraire se demander très simplement s'il ne vaudrait pas mieux n'admettre, en dehors du favus, qu'un seul chapitre nosographique des trichophyties, parmi lesquelles, des groupes naturels dont celui des microspories. Peut-être cette conception du sujet seraitelle la plus logique.

Mais, d'autre part, doit-on remettre en question les classifications scientifiques dès le moment qu'elles sont douteuses? En fait, ces classifications correspondent aux nécessités de notre esprit autant qu'à celles du sujet. A celui qui connaît bien un ordre de faits, les classifications par lesquelles on les encadre ne servent plus guère. C'est pour cela que je ne leur accorde pas grande importance. L'avenir dira si les microspories rentreront parmi les trichophyties ou si elles en resteront distinctes.

Ce qui me porte le plus à leur garder leur place en dehors des trichophyties, c'est leur importance en clinique, leur grand nombre et la personnalité de leurs symptômes. Étudier les microspories comme un dernier chapitre des trichophyties, entre la trichophytie et le favus, ce qui serait leur place, étant données les affinités mycologiques des parasites qui les causent, ne correspondrait pas à la vérité clinique et reporterait trop loin des tondantes trichophytiques banales les tondantes microsporiques aussi banales : deux types cliniques qu'on observe journellement côte à côte et souvent mélangés dans nos écoles pauvres.

Au contraire, en étudiant les microspories d'abord, et en leur donnant la place nosographique que leur fréquence leur doit valoir, nous les plaçons exactement devant les trichophyties qui font les tondantes banales dont l'étude suivra. Ainsi seront juxtaposées des espèces mycosiques, de fréquence et de lésions équivalentes. Et il me semble que cela est mieux ainsi. Mais je reconnais volontiers qu'une autre classification aurait d'autres avantages, et qu'il n'y a pas d'argument décisif pour défendre contre toutes critiques celle que je vais suivre.

Je présenterai donc les dermatophyties dans l'ordre suivant.

J'étudierai les microspories d'abord, les trichophyties après elles, et les favus en dernier lieu, me réservant au cours de cette longue étude de signaler entre les divers Dermatophytes les affinités qu'ils présentent et qui pourraient donner lieu à une classification différente.

MICROSPORIES.

MICROSPORIES

Les microspories s'observent surtout au cuir chevelu de l'enfant sous la forme de tondantes; on peut en observer de très rares inoculations à la barbe de l'homme, et, sur la peau glabre, sous forme d'herpès circiné.

Ces teignes ont une caractéristique objective fréquente : l'aspect du cheveu givré, cassé à 5 ou A millimètres de la peau et entouré d'une mince écorce blanche. Elles ont une caractéristique microscopique absolue : le parasite entoure le cheveu malade d'une écorce de petites spores, de 2 à 4pt. de diamètre, qui ne dessinent pas de chaînes, mais sont disposées en mosaïque à sa surface.

Quant à l'herpès circiné microsporique, il a quelquefois des caractères objectifs et microscopiques qui peuvent faire présumer sa nature; mais elle n'est certifiée que par la culture.

Le tableau suivant peut donner une idée synthétique de l'importance des microspories parmi les autres teignes à Paris.

Microspories.

Trichophvties Favus

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