‹ Les teignesChapitre 9 sur 155 · I. — Culture primaire de 40 jours sur gélose maltosée · texte numérisé non relu

I. — Culture primaire de 40 jours sur gélose maltosée

II, II. — Culture mixte du Tr. astéroïdes : (forme primaire et forme pléomorphique mélangées), sur gélose glucosée après 16 jours.

III. — Culture mixte du Tr. astéroïdes : (forme primaire et forme pléomorphique mélangées), sur gélose maltosée après un 40 jours.

IV, IX. — Culture pure de la forme pléomorphique duveteuse du 7>. astéroïdes sur gélose maltosée après 13 jours.

IV*. - La même culture après 20 jours.

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SABOURAUD. — Teignes.

Planche I

Masson & Cie, Editeurs

Phototypie Berlhaud, Paris

LA QUESTION DU PLÉOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 123

starament (') et toute culture qu'on en laissera vieillir en milieu sucré en présentera. D'autres espèces au contraire n'y donneront presque jamais lieu (2). C'est une culture sur vingt ou trente sur laquelle on verra naître le duvet pléomorphique, tandis que les autres se dessécheront et mourront, après des mois, sans en avoir présenté de traces. On peut donc supposer que les espèces même, qui ne nous en ont pas montré, auraient pu, dans d'autres conditions, en fournir. Ce qu'on peut dire avec sécurité en tout cas, c'est que certains Dermatophytes donneront toujours et à coup sûr une forme pléomorphique, d'autres plus rarement et difficilement, tandis que d'autres en nos mains n'en ont pas donné.

Cultures mixtes (primaire et pléomorphique) des Dermatophytes. — L'expérience prouve qu'on peut obtenir d'un même parasite des duvets pléomorphiques d'aspect différent, dont les uns exclusivement filamenteux, les autres plus ou moins sporifères. C'est que, lorsqu'un duvet secondaire naît sur une culture trichophytique, il n'est pas très facile d'en obtenir une culture pure qui ne soit pas seulement un mélange de la culture primaire et de la culture seconde. Il semble aussi que la culture seconde change peu à peu de forme et d'aspect marchant vers un état plus complètement dégénéré. Ainsi quand on continue de cultiver, de génération en génération, certains duvets blancs, ils perdent peu à peu de leurs caractères différentiels, d'abord très accusés, pour se convertir en un simple tapis rond de duvet blanc comme beaucoup d'autres.

Chez certains Dermatophytes, le duvet le plus dégradé que nous avons pu obtenir est encore sporulé, mais nous en avons vu plusieurs, qui étaient d'abord sporulés, cesser de l'être, comme celui de l'Achorion banal. Ainsi certains duvets se dégradent de plus en plus, jusqu'à devenir ce que certains autres sont d'emblée, des duvets filamenteux ne montrant plus que des caractères négatifs.

Ressemblance de tous les duvets blancs pléomorphiques. — Un fait important est la grande analogie objective de tous les duvets blancs pléomorphiques, de quelque espèce dermatophytique qu'ils soient issus. Leur ressemblance est frappante et s'explique par la prépondérance, chez tous, des filaments mycéliens qui les composent. Ce qui appuie celte raison, c'est que les cultures pléomorphiques, lorsqu'elles montrent encore quelques appareils de reproduction de la culture primaire, ont un aspect beaucoup plus personnel qui s'efface de plus en plus à mesure que la culture devient plus exclusivement filamenteuse.

Malgré cette ressemblance de presque tous les duvets blancs pléo-

f1) Trichophytons microïdesi Microspurums animaux. (-) Trichephytons endothrix.

morphiques, on peut assez souvent, à l'œil nu, différencier plusieurs d'entre eux et dire le nom du Dermatophyte qui les a fournis ('). Et même, quand on ne peut affirmer à première vue l'origine d'un duvet blanc pléomorphique, on la présume souvent assez exactement.

Le duvet blanc pléomorphique dans l'identification des Dermatophytes. - Dans ces conditions, on peut considérer comme utile, pour la parfaite identification d'une espèce dermatophytique, d'en connaître, non seulement la culture primaire sur milieu d'épreuve, mais aussi la forme pléomorphique. Nous nous sommes astreint à présenter ainsi la plupart des duvets blancs des Dermatophytes. Et nous croyons ce mode de procéder utile.

De Vinoculabilité des formes pléomorphiques. — On a beaucoup dit que la fructification d'une culture par spore externe était nécessaire pour qu'on pût l'inoculer à l'Animal. Les pléomorphismes se prêtent au mieux à démontrer le contraire.

Tous sont inoculables comme leur culture-mère, de la même façon, dans le même temps. Ils envahissent le poil semblablement. L'examen microscopique des lésions qu'ils provoquent est aussi probant que celui des lésions causées par leur culture-mère. On ne peut relever non plus de différence entre l'inoculabilité des duvets blancs encore sporulés, et de ceux qui ne le sont plus aucunement (2).

Lorsqu'on pratique, en partant de la squame ou du poil, la rétroculture d'une lésion qu'on a faite avec un duvet blanc pléomorphique, on obtient la culture même que l'on avait inoculée, à l'état exact de dégénérescence où se trouvait la culture inoculée. Si c'était un pléomorphisme parfait, sans spores, c'est lui qu'on retrouve; s'il avait des spores, il en a gardé.

En somme, presque tous les Dermatophytes sont inoculables, leur pléomorphisme de même. Les rares exceptions à cette règle paraissent dépendre de ce fait que certaines très vieilles cultures, conservées au laboratoire depuis des mois ou des années, finissent (et leur forme pléomorphique aussi) par perdre toute virulence. Ainsi j'ai eu, à la fois, deux duvets pléomorphiques d'un même Dermatophyte, mais de deux provenances: l'un, d'origine plus vieille, n'était plus inoculable; l'autre de provenance plus récente l'était constamment.

Il est remarquable que les rares Dermatophytes dont je n'ai pu avoir une inoculation positive m'ont donné des duvets pléomorphiques qu'il n'a pas été possible d'inoculer davantage (3).

Existe-t-il des formes pléomorphiques ayant un autre aspect que les

(') Ex : Microsporum lanosum, Trichophyton laclicolor, etc.

(-) Le duvet blanc pléormorphique du Microsporum lanosum est le plus inferlile qui soit. Il est très aisément et très constamment inoculable ; ainsi des autres. (') Epidermophyton inguinale par exemple.

LA QUESTION DU PLEOMORPHISME DES DERMATOPHYTES. 125

duvets blancs? C'est une question que pose un seul Dermatophyte le Trich. violaceum. Plus sa culture'vieillit, plus elle perd sa couleur, plus elle devient cérébriforme et contournée ; et plus on répète ses cultures, plus ses caractères nouveaux s'accusent, sans qu'on puisse désormais ramener la culture aux formes et à la couleur qu'elle avait à ses débuts. Mais je ne vois en ce fait que l'exagération d'une règle familière à tous ceux qui ont fait des cultures de teigne, c'est que, au cours des années, une culture, môme bien entretenue et repiquée, perd un peu de ses caractères primitifs. Et les caractères propres de certaines vieilles cultures sont un peu moins parfaits et comme estompés. Pourtant jamais on ne peut confondre une espèce avec une autre. Car, jamais une culture vieillie ne prend les caractères propres d'une autre espèce.

Moyen d'éviter le pléomorphisme des cultures de Dermatophytes. — Tout ce précède montre l'importance théorique et doctrinale de ce phénomène du pléomorphisme des cultures de Dermatophytes. Mais, pratiquement, ce qu'il faut en retenir, c'est que ce pléomorphisme est, pour tous les expérimentateurs, une pierre d'achoppement et une cause d'erreurs innombrables.

Il était donc indispensable de trouver un moyen pratique de l'éviter, pour garder toutes les cultures d'une collection indemnes de toute dégénérescence, sans être obligé de les réensemencer tous les mois. Ce moyen existe, et, depuis deux ans que je l'ai appliqué à des centaines de cultures, je ne l'ai pas une fois pris en défaut.

Sur les milieux sucrés d'épreuve, les formes pléomorphiques se développent fréquemment sur les cultures primaires quand elles vieillissent.

Mais si, au lieu de cultiver les Dermatophytes sur de tels milieux peu azotés et très sucrés, on les porte, au contraire, sur des milieux exclusivement azotés et non sucrés, ou pour parler plus exactement sur un milieu nutritif ne contenant pas d'hydrates de carbone, on verra que les différentes espèces mycosiques, si elles y prennent des caractères moins différentiels, n'y montreront, du moins, aucune dégénérescence pléomorphique, quel que soit le temps pendant lequel on les observe (i).

En d'autres termes, cest la présence ou l'absence des hydrates de carbone (glycérine ou sucres), dans les milieux nutritifs, qui provoque ou empêche V apparition des formes pléomorphiques dans les cultures de Dermatophytes, et, quand le milieu nutritif n'en contient pas, il ny a

(l) En augmentant la dose de peptone dans les milieux d'épreuve on rend la naissance des formes pléomorphiques de plus en plus difficile et inconstante. Il semble donc que lo naissance de ces formes dépende non pas strictement de l'absence du sucre, mais du rapport entre : 1° la quantité d'hydrates de carbone et 2° la quantité de matières albuminoïdes que le milieu contient. Plus celle-ci est élevée par rapport à l'autre, moins les formes pléomorphiques peuvent naître.

pas de pleomorphisme: Et alors la culture gardera, jusqu'à la dessiccation du milieu, les caractères spéciaux que ce milieu lui donne, sans en acquérir de nouveaux (').

A la vérité, un milieu exclusivement et pauvrement azoté tel que

Eau distillée -. 100 grammes.

Peptone granulée Chassaing 1 gramme.

Agar-Agar le^s

peut suffire, et il ne me semble pas qu'aucune forme pléomorphique s'y produise, mais il vaut mieux prendre un milieu beaucoup plus azoté, et, par exemple, peptonisé à 5 ou à 5 pour 100. Il est d'avance probable que les champignons n'utilisent pas tout l'azote albuminoïde que contient un milieu si riche. Mais ce qui est certain, c'est que les champignons parasites , portés sur ce milieu, y prennent une physionomie plus personnelle et plus tranchée que sur les milieux plus pauvres.

Il va sans dire que, sur ces milieux fortement et exclusivement peptonisés, que j'appellerai milieux de conservation, les cultures dermatophy tiques assument, toutes et chacune, de nouveaux caractères totalement différents de ceux qu'elles offrent sur les habituels milieuxd'épreuve.

Ainsi une collection de Dermatophytes, transportée sur un milieu de conservation, donnera des cultures qui, pour un œil habitué aux cultures sur milieux d'épreuve, seront devenues méconnaissables. Mais l'œil se familiarise vite avec ses nouveaux aspects et apprend vite à y faire des identifications. Celles-ci sont toujours faciles, d'ailleurs, car il suffît de replacer, sur un milieu sucré à 4 pour 100 et peptonisé au centième, toute culture que l'on voudra, pour retrouver ses caractères étalons, après quelque temps que ce soit(2).

En conséquence, les expérimentateurs, qui voudront conserver intactes leurs espèces dermatophytiques, devront les porter sur le milieu de conservation peptonisé à 5 pour 100 et ne contenant ni sucre, ni glycérine. Quand ils auront besoin d'une culture neuve pure, non pléomorphique, c'est ce tube qui leur en fournira la semence.

Ce milieu de conservation est d'ailleurs très différentiel, et montre

f1) Unna se demandait comment j'avais eu tant à lutter contre la dégénérescence pléomorphique des cultures de Dermatophytes, alors que les auteurs antérieurs à moi ne semblaient pas avoir éprouvé les mêmes difficultés. Une des principales raisons de ce fait, très véridique, est sans doute que les milieux usuels de laboratoire, sur lesquels on avait, par habitude, cultivé les teignes comme les microbes, ne contenaient ni sucre, ni glycérine.

(*) Ce pFocédé a été exposé par moi en 1908. Sabouraud. Sur Te pleomorphisme des cultures de Dermatophytes et le moyen de l'empêcher. Arch. de parasitologie, t. XII, p. 33, 1908.

LA QUESTION DU PLÉOMORPHISiME DES DERMATOPHYÏES. 127

d'une façon suffisante la diversité des espèces de Dermatophytes, mieux même pour certaines espèces que les milieux d'épreuve; ainsi dans la différenciation des Trichophytons gypseums, par exemple. Néanmoins l'emploi de ce milieu a surtout pour effet d'écarter de ce sujet la plus fréquente et la plus sérieuse des causes d'erreur que l'on y pouvait rencontrer, et celle qui a certainement déterminé les plus graves confusions.

C'en est assez pour qu'on donne à cette technique nouvelle l'importance pratique qu'elle mérite et qu'on n'oublie pas désormais d'y recourir (*).

Conclusions. — Il est facile de résumer en propositions claires tous les faits que condense ce chapitre :

I. La plupart des Dermatophytes, cultivés sur milieux sucrés, donnent lieu, en vieillissant, à une transformation pléomorphique de leur culture qui se traduit sous la forme d'un duvet blanc, fixe en sa nouvelle forme, que la culture reproduit et qui ne peut par aucun moyen être ramené à la culture primitive dont il est né.

II. Ces duvets paraissent être une forme de dégénérescence de la culture-mère, car beaucoup ne sont plus constitués que par des filaments mycéliens stériles, et chez ceux-mêmes qui présentent des organes de reproduction (spores latérales) ces organes sont toujours moins différenciés que ceux de la culture-mère dont le duvet pléomorphique est issu.

III. La plus grande variété existe entre les Dermatophytes, en ce qui concerne la constance, la fréquence ou au contraire la rareté du duvet pléomorphique, et la date de son apparition sur la culture-mère. Il y a des Dermatophytes qui n'en ont jamais montré.

IV. On peut obtenir des cultures mixtes faites de la forme primaire et du duvet blanc pléomorphique mélangés, ce que l'examen mycologique démontre. Il faut se garder de confondre ces cultures mixtes avec la culture pléomorphique pure, car celle-ci peut servir à l'identification d'un Dermatophyte.

V. Bien que tous les duvets blancs pléomorphiques se ressemblent

(') Quelques essais, faits avec des Mucédinées non parasitaires de l'homme, me semblent donner à cette technique une valeur plus générale encore. Il y a au moins un certain nombre de Mucédinées, autres que les champignons des teignes, que la transportation sur milieux peptonisés non sucrés préserve de tout pléomorphisme.

Dans les études de botanique cryptogamique générale, on cherche plus souvent à provoquer le pléomorphisme qu'à l'éviter. Peu importe. Car ce qui précède montre inversement l'importance des hydrates de carbone dans l'apparition des formes pléomorphiques. Sans formuler la loi tant cherchée du développement des pléomorphismes cryptogamiques, ces faits éclairent au moins en partie les inconnues de ce problème.

128 LES TEK) NES.

dassez près, certains sont reconnaissables et permettent de dire, sur leur seul aspect, de quel Dermatophyte ils proviennent.

VI. Les duvets blancs pléomorphiques sont exactement inoculables à l'animal comme leur culture-mère, et aussi facilement, qu'ils portent ou non des organes de fructification différenciés.

VII. Il ne semble pas qu'il existe parmi les Dermatophytes de formes pléomorphiques autres que les duvets blancs, et quand on voit des Dermatophytes, conservés au laboratoire depuis des années, perdre quelques-uns de leurs caractères originels, ce phénomène doit être distingué soigneusement des phénomènes de pléomorphisme.

VIII. Il existe un moyen d'éviter l'apparition du pléomorphisme dans les cultures de Dermatophytes. C'est de conserver les culturesmères sur milieux exclusivement peptonisés à 5 pour .100 et non sucrés. Ces milieux de conservation permettent de garder indéfiniment

d intactes les cultures primaires d'une collection.

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