Un des aspects fréquents du cheveu favique. x
LE CHEVEU FAVIQUE.
rie du détour imaginée par Kaposi et soutenue par tant d'auteurs presque jusqu'à nos jours (*).
Les Dermatophytes ne vivant que dans les tissus épidermiques kératinisés, ainsi que l'a montré Unna, ne peuvent ni descendre dans l'épiderme folliculaire jusqu'au niveau du bulbe pilaire, ni envahir le bulbe lui-même. Et c'est ce que des examens attentifs démontrent sans faute. J'ai dit que l'Achorion était très polymorphe dans le cheveu, mais son polymorphisme même, suivant le point du cheveu que l'on examine, est un élément de diagnostic.
En certains cheveux l'aspect du Parasite ressemble extrêmement à celui du cheveu atteint par un Trichophyton microïde (fîg. 242) . Ce sont les mêmes très fins mycéliums se résolvant en fines chaînes d'articles courts sporulaires, et le même mélange d'éléments parasitaires fins et disparates. Mais le diagnostic différentiel reste facile, à cause de l'absence des files de fines spores ectothrix qui ne manquent jamais chez le Tr. microïde.
En d'autres cas, on croirait un Trichophyton endothrix à cause du nombre des articles courts remplissant le cheveu.
Mais cela ne se produit qu'en un point du cheveu. Et, tout à côté, les filaments de l'Achorion redeviennent typiques.
Enfin si l'on examine le Parasite dans la partie radiculaire la plus profonde du cheveu, on voit les rameaux mycéliens fins et nombreux
(*) C'est à Unna que l'on doit la démonstration de l'erreur de cette théorie. Unna a montré que le Parasite s'arrêtait au point précis où la kératinisation s'effectue, et ne pouvait vivre que dans le tissu épidermique kératinisé (P. G. Unna. Mikologische Beitrâge. Vierteljahresschrift fur Dermat. und Syph., 1881), n°! 2 et 3, et : Zur Anatomie der favus. Vierteljahr. f. Dermat. und Syph.). C'est Behrend qui a montré l'Achorion passant dans le poil en venant de son fourreau épidermique (Behrend. Ueber Herpès tonsurans und favus. Vierteljahr. f. Dermat. und Syph., 1884). Balzer. Becherches histologiques sur le favus et la trichophytie (Arch. gén. d. méd., octobre 1881, p. 585) admettait la théorie du détour. Et Gaucher (1909) la croit encore valable.
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241. — Autre aspect fréquent du cheveu taviq'ue. Les tarses, x 260.
FAVUS.
devenir rectilignes et parallèles et prendre tout à fait l'aspect du mycélium intra-pilaire des Microsporums. C'est la frange d'Adamson que cet auteur a bien affirmée danslefavus comme dans les tondantes.
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Fig. 2i"2. — Aspect microscopique le plus polymorphe du cheveu favique. x 260.
Fig. 215. — Autre forme du mycélium favique dans le cheveu. x2t>0
Cet aspect n'est pas spécial à tel ou tel l'avus comme on l'a cru; il est spécial au point du cheveu que l'on examine, c'est-à-dire à la région sus-bulbaire (*), de la même façon que les tarses faviques ne sont pas caractéristiques d'une espèce favique ou d'une forme clinique, mais d'un Age, d'un stade de l'envahissement pilaire par le Parasite. Ces
(') C'est cet aspect que Bodin avait remarqué et dont il avait constaté la ressemblance avec la disposition du mycélium intra-pilaire du Microsporum Audouïni, mais il parle de ce l'ait comme d'une exception (E. Bodin. Sur la pluralité du favus. Ann. de Devinât, et de Syph., 1894, p. 1220 [voyez la note de la page 1254]). En réalité, il s'agit d'un l'ail constant au niveau de la région susbulbaire du cheveu.
EVULUTION DES FAVUS AU CUIR CHEVELU. 515
deux aspects spéciaux écartés, il n'en reste pas moins que l'Achorion, dans le cheveu, est beaucoup moins monomorphe et semblable à luimême que les Microsporums et les Trichophytons dans le cheveu.
ÉVOLUTION DES FAVUS AU CUIR CHEVELU.— LE VIEUX FAVUS ALOPÉCIQUE ET CICATRICIEL
A mesure que les années passent sur un favus du cuir chevelu, les régions malades changent d'aspect jusqu'à différer totalement de ce qu'elles étaient tout d'abord. « Il est, écrit Dubreuilh, des cas de favus sans godets, formés par des rangées de folliculites, entourant une plaque d'alopécie cicatricielle » (l). Nul doute que tous les dermatologistes ne reconnaissent à ces mots des cas déjà vus (2). Cette description est parfaitement vraie, mais ce qu'elle ne doit pas nous faire oublier c'est qu'un favus ne se présente sous un tel aspect que quand il est vieux de bien des années. C'est là une forme ultime de l'évolution du favus. Jamais un cas récent ne se présente ainsi. Au temps où Dubreuilh décrivait la forme alopécique du favus, on ne savait pas cela, car il existe des alopécies atrophiques, celles que Brocq en les décrivant a désignées sous le nom de Pseudo-pelades et qui étaient souvent prises autrefois pour des favus sans godets à forme atrophique d'emblée. Aujourd'hui la différenciation de cette espèce clinique est faite ; on sait qu'elle n'a rien ni de la pelade, ni du favus. Dès lors, on peut dire que le type clinique décrit sous le nom de forme alopécique par Dubreuilh ne correspond pas autant à une forme spéciale du favus qu'à un stade de déclin et d'usure de la maladie ; ces favus sans godets ont présenté des godets jadis.
Plus un favus est de date ancienne, plus les cicatrices qu'il déterminera prennent dans son tableau objectif une part importante. Les cas varient d'ailleurs ; la cicatrice peut survenir plus ou moins vite, quoique toujours des mois, et souvent des années, après le début de la maladie. D'abord les cicatrices apparaissent par points isolés, entre les lésions en activité, qui sont couvertes encore de leurs croûtes jaunes, à travers lesquelles les cheveux sortent. Tantôt on ne voit plus de godets du tout, et tous les follicules occupés par un poil malade sont seulement marqués d'un point rouge persistant. Tantôt, au con-
(') \Y. Dubreuilh. Alopécies atrophiques {Annales de Dermal. et de Syph., 1893).
(-) Allardo, dans sa thèse, complète d'ailleurs bien cette description, lorsqu'il écrit : « C'est à la périphérie (des plaques) qu'il faut rechercher révolution du Parasite. En ce point, il existe une zone active, comprenant une bordure de quelques millimètres seulement de diamètre, caractérisée par l'existence de petits points rouges. Si l'on examine avec soin ces petits points, on constate qu'ils siègent à l'orifice des follicules pileux.... Que l'on examine le poil épilé, et l'on verra qu'il est recouvert dans sa partie... qui correspond à la racine, d'une gaine molle, vitreuse et blanchâtre qui demeure intimement attachée à lui.»
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traire, il persiste par ci, par là, de petits godets, et, ainsi, la forme folliculitique du favus se trouve mêlée à la forme urcéolaire, à une forme urcéolaire régressive, clans laquelle les godets diminuent de dimension jusqu'à disparaître. Alors le favus en arrive à ressembler à certaines folliculites chroniques du cuir chevelu de l'adulte (sycosis capillilii de Rayer), mais on y trouve, entre les cicatrices et autour d'elles, dans la lisière de cheveux sains qui les entourent, quelques cheveux décolorés, dans lesquels on peut mettre le Parasite en évidence.
Inversement les cicatrices l'aviques, gaufrées, raboteuses comme des cicatrices de brûlures, lors même qu'elles en arrivent à être continentes et à occuper la presque totalité du cuir chevelu, présentent ' encore de-ci, de-là, des îlots de cheveux isolés. Quelques-uns sont tout à fait sains, d'autres ont les caractères l'aviques atténués, et sortent d'un follicule marqué seulement d'un point rouge.
Naturellement, plus le temps passe, plus les lésions actives cèdent le pas aux lésions cicatricielles, plus les cicatrices s'agrandissent aux dépens des lésions croùteuses. Mais celles-ci progressent lentement aussi. J'ai vu, dans le service de E. Besnier, une malade âgée de 80 ans qui gardait son favus depuis la première enfance. A ce moment, sauf une étroite bordure que le favus ne franchit guère autour du cuir chevelu ('), et qui gardait son intégrité, tout le cuir chevelu était transformé en une cicatrice immense sur laquelle persistaient quelques cheveux qu'ont eût pu compter et quelques godets gros comme des grains de mil.
Du reste, l'évolution du favus banal du cuir chevelu est plus ou moins rapide suivant les cas. Tantôt on voit de petits placards de cinq ou six centimètres de diamètre et qui ont déjà deux ou trois ans d'âge, tantôt on voit des régions entières de la tête envahies en moins de six mois.
En général, plus un favus vieillit, plus ses lésions deviennent de marche torpide et d'extension lente; la maladie demeure sur place et s'use elle-même, mais le processus de sclérose et de cicatrice spontanée auquel elle aboutit reste toujours insuffisant à la guérir. Elle est devenue méconnaissable, mais elle n'est pas morte (2).
Sur le mode de formation de la cicatrice du favus, les idées des divers auteurs ont varié comme leurs conceptions anatomo-pathologiques, ce qui est naturel. Ce qui est plus étonnant, c'est que leurs conceptions anatomo-pathologiques aient beaucoup varié, puisqu'elles s'appuient sur des constatations de fait.
(') E. Besnier et J. Doyox. Notes de Kaposi, t. II, p. 770.
(2) ■< A la longue, et au-dessous de la croûte laveuse..., il s'établit un travail hyperhémique manifeste, puis une véritable pblegmasie, qui, jointe à la destruction de l'épidémie et de l'extrémité du conduit pilifère, se termine en une inflammation adhésive et par l'oblitération du conduit. C'est ainsi que se manifeste l'alopécie, dernier terme du favus. » (Cazenave, loc. cit.. p. 25:2.)