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EVOLUTION DES FAVUS AU CUIR CHEVELU

Au cuir chevelu le fa vus chronique s'accompagne toujours de cicatrices. Or une lésion cicatricielle est plus profonde que l'épidémie. De là, à supposer le développement de l'Achorion dans le derme, il n'y a qu'un pas. Ainsi un très grand nombre d'auteurs ont-ils été conduits à admettre comme fréquente la tvie intradermique de l'Achorion. Ainsi Remy ('), ainsi Renault (2), Malàssez, Cornil et Ranvier (3). Ces derniers sont particulièrement explicites et une figure môme accompagne leur texte.

Des figures similaires illustrent un texte analogue de Vidal et Leloir (-*-). Jusqu'en 1892 on admit donc que l'Achorion du favus vivait dans le derme comme dans l'épiderme, et Balzer divisait même l'évolution du processus d'envahissement parasitaire en trois phases (5) : de végétation intra-épidermique, de végétation intra-dermique, celle-ci naturellement suivie d'une phase cicatricielle avec alopécie définitive. On se rappelle qu'à la même époque, certains auteurs croyaient symétriquement à l'invasion trichophytique du derme (6). Tous les ouvrages des mêmes années montrent peu ou beaucoup

(1) Remy présentait (dans le Progrès médical du 20 novembre 1875) une anatomie du favus qui nous paraît aujourd'hui tout à fait fantastique : Le Parasite du favus siège bien plus souvent entre les deux couches épidermiques que dans le cheveu. Il dissocie le cheveu et le brise, mais sans pénétrer dans son intérieur.... Les spores détruisent la couche cornée pour arriver à la couche papillaire, où elles puisent dans un afflux sanguin les éléments de leur multiplication. Les godets faviques donnent lieu à de la périlymphangite. Mais le parasite n'entre pas dans les vaisseaux....

(2) J. Renault (in Cornil et Ranvier. Manuel d'histologie pathologique, IIIe partie, p. 1219) admet que le tissu conjonctif envahi par le thalle de l'Achorion se résorbe et que la cicatrice favique est due à cette résorption.

(5) « Au niveau de la saillie formée par le godet, les couches épidermiques sont remplies de spores comprises entre les cellules cornées. A côté de ces spores se rencontrent des micrococci et des bactéries ainsi que des gouttelettes de graisse. L'accumulation de tous ces éléments étrangers détermine la saillie en bourrelet du godet.... Sur les godets faviques d'un certain diamètre, l'invasion du Parasite n'est pas limitée par les couches épidermiques. Le mycélium pénètre perpendiculairement dans le derme en s'y ramifiant. Cette pénétration n'est point due à un simple refoulement des tissus, mais à un véritable envahissement (Malàssez); on voit en effet sur les coupes, les tubes du mycélium partir du fond du godet et s'insinuer en droite ligne dans le tissu conjonctif, entre les faisceaux de ce dernier à la façon des racines pivotantes. Le derme réagit peu devant cette invasion, il se produit cependant, au niveau des godets faviques, un suintement continuel ou même de la suppuration. Dans tous les cas, le tissu conjonctif envahi par le thallus de l'Achorion Schônleinii se résorbe peu à peu, et c'est probablement à cette résorption que sont dues les cicatrices parfois profondes qui se montrent au-dessous des godets faviques après la guérison de la teigne. » (Cornil et Ranvier. Manuel d'histologie pathologique, 2e édition. p. 873, 874 et fig. 287, 1884.)

(4) Vidal et Leloir, p. 565-66-67 et Atlas, PI. XV et PI. XVI.

(5) F. Ralzer. Recherches histologiques sur le favus et la trichophytie (Arch. générales de médecine, oct. 1881, p. 585).

(6) Campana. Tricofitiasi dermica (Giorn. ital. del malat. vener. e délia pelle, 1887, p. 230).

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les mêmes opinions ('). C'est Unna, le premier, qui certifia que l'Achorion ne vivait pas hors de l'épiderme, qu'il n'envahissait pas le derme, et que, bien loin de rechercher les parties succulentes de l'épiderme, l'Achorion ne pouvait vivre qu'aux dépens des éléments cornés {-). Mibelli (3), Kellog(l) et Walsh (;) appuyèrent bientôt ces affirmations de constatations semblables.

Mais alors comment expliquer des textes comme ceux de Leloir et Vidal par exemple, si précis, si différents de ce que nous savons? Ou bien il faut renoncer à les expliquer et croire à la généralisation de faits exceptionnels, ou bien il faut les supposer dus à la fausse interprétation d'un fait constant qui est le suivant. Les follicules pilaires d'une coupe histologique ne sont pour ainsi dire jamais compris tout entiers dans la coupe, mais seulement pour un fragment. Ils contiennent des cheveux transformés en faisceau mycélien plongeant, et qui semblent partir du godet. Souvent leur épithélium folliculaire est peu visible, plus ou moins détruit ou transformé; je crois volontiers qu'on a pu prendre un de ces cheveux parasités pour un faisceau de filaments faviques échappés du godet et plongeant dans le tissu conjonctif. Je ne puis non plus interpréter autrement la figure 4 de la planche XVI de l'Atlas de Leloir et Vidal, qui montre dans une fente lymphatique des amas de spores; ou ce ne sont pas des spores, ou cette « fente lymphatique » est un follicule pilaire déformé.

Le texte de Malassez et le dessin, d'ailleurs médiocre, qui l'accompagne ne peuvent être interprétés de même, et étant donné la valeur des observations ordinaires de ce maître, je suis porté à conclure que l'analomie pathologique du favus est très insuffisamment connue et qu'elle demande de nouvelles recherches.

Pour moi, je n'ai vu dans le favus que ce qu'ont vu Unna, Mibelli, Kellog et Walsh, mais il se pourrait que la pénétration de l'Achorion dans le derme fût possible à une certaine phase du parasitisme, sans être constante : on ne doit pas la nier sans réserves.

Granulome favique. — Ce qui est dès à présent certain c'est qu'il existe un granulome favique, homologue au granulome trichophytique. C'est M. Truffi qui l'a, je crois, signalé le premier (°), etMajocchi,

(') Neumann. Atlas der Haatkrankeiten. Vienne, 1890. Schweninger et Bazzi. Charité Annalèn, 1890.

(2) P. -G. Unna. Drei Favus Arten (Monats, /'. prakt. Dermat., W XIV, n° Ht. p. 7 et Die Histopathologie der Hautkrank., 1894). (5) V. Mibelli. Sul i'avo (Giorn. ital. (tel. mal. vener. e délia pelle, 1892).

(4) Kellogg. Monats. /'. prakt. Dermat., Bd XXV, n° 9.

(5) Walsh. Archiv. f. Dermat., u. Sijph., 1895, B'1 XXXI, p. 49.

(6) Truffi. Voyez la note de la page 402. Mais ce cas doit à mon avis être rapporté à un Trichophyton faviforme et non à l'Achorion de Schônlein.

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