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SABOURAUD. — Teignes.

Planche XXVII

Masson et Cie, Éditeurs

Phototypie Bertluud, Paris

ACHORION QUINCKEANUM. 551

Lorsqu'on étudie avec soin ces caractères de culture et qu'on les compare à ceux que fournit le duvet blanc pléomorphique de YAchorion Sckônleinii, cultivé sur les mêmes milieux, on reste frappé de leurs ressemblances, à ce point que j'ai pu me demander autrefois si YAchorion Quinckeanum n'était pas simplement (produite et fixée par un hasard) la forme pléomorphique duveteuse du favus humain, opinion que l'étude mycologique du Parasite m'a fait abandonner complètement.

Lorsque Bodin, en 1902, étudia les affinités nutritives de Y Achorion Quinckeanum, il fut frappé de les voir si différentes de celles de l'Achorion banal cultivé. Il en conclut alors que « cette Mucédinée, envisagée au point de vue de ses affinités nutritives et de ses caractères objectifs sur les milieux de culture, se rapprochait bien plus des Trichophytons et des Microsporums que de YAchorion Schônleinii. » Ces constatations, vraies en soi, ne comportent pourtant pas les conséquences que Bodin leur attribuait alors, car, d'abord, les affinités du duvet pléomorphique de l'Achorion banal sont identiques à celles de YAchorion Quinckeanum. Et nous verrons plus loin les affinités nutritives de Y Achorion gallinae et de Y Achorion gypseicm être analogues également. Ce sont là des caractères que l'expérience montre inconstants suivant les espèces d'un même groupe, et qui ne peuvent plus appuyer une classification. Ainsi voit-on certains Trichophytons avoir les affinités nutritives des cultures de l'Achorion vrai.

Pour en terminer avec l'étude culturale de l'Achorion Quinckeanum, je dois mentionner l'erreur qu'on pourrait faire à son sujet en confondant avec lui un Pseudo-achorion décrit à tort, comme créant le favus de la Souris, par Courmont, Désir de Fortunet et Busquet (').

Ce Champignon fut trouvé dans une éruption vésiculeuse circinée de main chez une jeune fille. D'après les caractères de culture attribués à ce soi-disant Achorion Arloini, il semble qu'il s'agisse d'un Trie liophy ton microïde à culture blanche : Trichophyton gypseum de variété indéterminée. En tous cas, ces caractères de culture poudreuse et jaunâtre au centre ne rappellent en rien celle de YAchorion Quinckeanum, dont on doit donc le distinguer soigneusement.

L'identification, par Busquet, de ce Champignon à celui du favus de la Souris (2) est toute entière hypothétique. Reprenant ce cas, en 1892, Busquet y superposa toute une théorie sur l'origine muridienne du favus. Il admet que les Muridés sont le premier terrain (5) sur lequel

15 à 20 jours, le lait est transformé en un liquide transparent jaunâtre, à la surface duquel végète la plante (E. Bodin. Les Champignons parasites de l'homme, p. 88-90).

(*) G. -P. Busquet. Étude morphol. d'un Cryptogame nouveau trouvé dans une éruption circinée de la main (Th. de Lyon, 1890).

(â) G. -P. Busquet. Étude morph. d'une forme d'Achorion, l'A. Arloini, Champignon du favus de la Souris (Ann. de Micros., III, 1891).

(3) G. -P. Busquet. De l'origine muridienne du Favus (Annales de Dermat., 1892, p. 916).

552 FAVUS.

croît le Champignon qui produit le favus humain. Il se modifierait par ce premier passage et en passant delà Souris sur le Chat, le Chien, le Lapin, le Bœuf, le Cheval, la Poule et l'Homme. Ce serait le même Champignon qui ferait le favus de la Poule et que Mégnin aurait désigné sous le nom d Épidermophyton gallinae, etc.... Autant d'affirmations, autant de faits non prouvés, ou controuvés. C'est là un de ces travaux « philosophiques » dont les tendances sont à éviter.

Bodin a le premier relevé toules ces erreurs et montré que l'Achorion Arloini n'a pas droit à être classé parmi les Achorions. Il a sans doute été retrouvé et classé comme il le devait être parmi les Trichophytons gypseums.

Inoculations. — En ce qui concerne les inoculations expérimentales de l'Achorion Quinckeaimm, Bodin a pu les faire avec des cultures de récente origine animale. Elles lui ont donné sur la Souris six résultats positifs sans manque. Les inoculations étaient pratiquées, après rasage, par friction avec des parcelles d'une culture de 10 jours de date. Elles ont été suivies d'un développement parasitaire plus rapide que les ordinaires inoculations de teigne ; dès le quatrième jour, on pouvait voir à la loupe de très petits godets qui devenaient confluents vers le dixième jour. Ordinairement, l'Animal s'affaiblissait peu à peu et succombait à l'hecticite et à la misère physiologique.

Chez le Cobaye, la lésion était d'une évolution inoins sévère. Le godet apparaissait au quatrième jour comme sur la Souris, et au huitième jour il avait o millimètres de diamètre. Ou bien la lésion se recouvrait en totalité de croûtes ou de squames sèches, plâtreuses, ne contenant ou ne recouvrant aucun godet reconnaissable. La peau était infiltrée et épaisse. Cette lésion rétrocédait et guérissait en six semaines, spontanément, sans laisser de trace; Bodin n'a pas observé dans le poil du Cobaye une infiltration parasitaire nette et complète. Mais les godets, montraient sur leur coupe leur structure classique. Enfin Bodin a obtenu de ses Animaux la rétroculture du Parasite avec une constante facilité (').

Ailleurs (2), Bodin revint sur ce sujet pour décrire les inoculations humaines qu'il étudia de son Parasite. Dans les deux cas, il obtint une lésion trichophytoïde de 3 centimètres de diamètre, érythématosquameuse, sans pustules, ni godets, mais finement vésiculeuse. Le même Parasite, conclut Bodin, peut donc donner des godets et des lésions trichophytoïdes. Cela est vrai, mais cela est vrai de tous les Achorions.

En résumé, Bodin a transmis YAcliomon Quinckecmum à l'enfant, sous forme de cercles d'herpès circiné, à la Souris qui en meurt, et au

(') E. Bodin, loe. citât., p. Ti.

(a) E. Bodin. Inoculations humaines du favus de la Souris (Achorion Ouiiickeanum) (Annales de Derinat. et de Syph., 1905, p. 855).

ACHORION GALLINAE. 553

Cobaye qui en guérit spontanément, après avoir présenté une lésion séro-croûteuse trichophytoïde ou des godets.

Quant à nous, nous n'avons manié ces années dernières que des cultures d'Achorion Quinckeanum, que Bodin avait bien voulu nous envoyer et que l'on conservait en culture artificielle depuis des années. Avec elles nous n'avons plus obtenu d'inoculations positives.

Mais l'an passé nous avons reçu des cultures de l'Achorion Quinckeanum, de deux autres sources, de Bruno Bloch (Baie) et de Benno Chajes (Berlin). Avec ces deux dernières, nous avons obtenu exactement sur le Cobaye, le double tableau clinique et histologique décrit par Bodin, nouvel exemple de l'influence d'une culture d'ancienne extraction animale sur les résultats négatifs des inoculations expérimentales.

ACHORION GALLINAE (Mégnin-Sabrazès, 1890-93).

Le deuxième Achorion animal dont je vais parler peut s'inoculer à l'Homme, mais il n'a pas encore été observé à l'état spontané sur l'Homme ('). A l'état spontané, il existe sur le Coq, la Poule et le Dindon, Animaux chez lesquels il détermine une mycose connue depuis longtemps sous des noms divers : Crète blanche, tinea cristàe galli, favus de la Poule, etc., maladie qui a déjà une histoire longue et passablement confuse.

Les premières études que je connaisse sur ce sujet sont celles de Gerlach, de Leisering et de Millier en Allemagne (2).

En France le premier travail que j'ai trouvé sur la question fut celui de Mégnin(3). Il décrivit cette dermatose avec beaucoup d'exactitude, telle qu'il l'avait observée sur la tète et le cou d'un Coq ; travail exclusivement clinique d'ailleurs comme ceux des auteurs allemands et français qui suivirent (4).

(') Au moment où je corrige ces épreuves, un élève du service de M. le Dr Brocq vient d'extraire d'une lésion Irichophy tique de l'Homme, une culture très certaine de l'Achorion gqllinae. Je viens d'en faire l'identification.

(2) Gerlach. Grind der Hùbner. Tinea (favus, porrigo) galli; Habnenkammgrind, Tinea cristae galli (Magasin fur Thièrheilkunde von Gurlt und Hertwig. Berlin 25e année, 1858-59, p. 236). — Leisering, Bericht iiher das Veterinanvesen in Kônigreich Sachsen, 1858, p. 32; 1804, p. 47. — F. Muller. Ueber eine eigenthùmliche, favusâhnliche, mit Pilzbildung verbundene Hautkrankheit bei Haushiïhnen (Vierteljahrsschrift fuir Wissenschafîliche Veterinairkunde, XI, Vienne, 1858, p. 37).

(3) Comptes rendus de ta Société de Biologie, 1881, p. 404.

(*) F. A. Zurn, Die Krankbeiten des Hausgefliigels. Weimar, 1882, p. 155, Cf. aussi. Die pflanzlichen Parantcn, etc., 2e édit., Weimar, 1889, p. 255. — Pauly. Deutsche Zeitschrift f. Thiermed. u. vergl. Pathol. IX, 1883. p. 202. — Schultz. Ueber das Eindrigen von Pilzsporen, etc. Der HOhnergrind, Tinea galli. — (Mittheilungen aus de m Kaiserlichen Gesundheitsamte, Berlin, 1884, p. 208).

55^ FAVUS.

Les premières discussions sur le sujet s'engagèrent à la Société de Biologie entre Neumann ('), de Toulouse, qui soutenait l'identité du favus de la Poule et du favus humain, et Mégnin (-) qui, avec grande raison, repoussait toute identification entre ces deux teignes.

La lumière ne pouvait être apportée en cela que par l'étude expérimentale. Les premières cultures de la teigne de la Poule faites par Duclaux furent présentées à la Société de Biologie par Mégnin, en 1890. Elles faisaient la preuve de son opinion (3). Tandis que les cultures du favus humain sont « jaune ambré », celles de la teigne des poules sont « remarquables par le liquide couleur jus de groseille qui s'écoule des déchirures que l'on produit avec une aiguille sur la couche blanche, neigeuse, de la culture ».

L'année suivante le favus de la Poule fut plus complètement étudié par Sabrazès, dans sa thèse sur le favus de l'Homme, de la Poule et du Chien (4).

Les cultures provenaient de deux sources. Les unes avaient pour origine la Poule étudiée par Mégnin et les cultures faites par Duclaux et présentées à la Société de Biologie, les autres provenaient des squames-croûtes d'une Poule envoyées au D' Busquet parle professeur Neumann. Et les cultures des deux provenances étant identiques, cette identification prouve que la maladie étudiée par Mégnin et celle dont parlait Neumann étaient bien la même maladie.

Les inoculations tentées sur l'Homme par Sabrazès ne donnaient lieu qu'à «de larges plaques érythémato-squameuses. Nous n'avons jamais pu, dit cet auteur, provoquer l'apparition d'un godet (s) ». Cependant le Parasite forme facilement sur la crête et le cou des Poules « des colonies denses, d'aspect verruqueux » et « sur la Souris, ces cultures donnent également des godets de couleur grisâtre, exubérants, mamelonnés, évoluant très lentement ». Sabrazès a vu dans 1'épiderme épaissi et mortifié de l'oreille de la Souris, des amas touffus de spores et de mycélium et « des gerbes de filaments minces qui atteignent et perforent le cartilage central de l'oreille » et il conclut : « L'examen

(') G. Neumann. Revue vétérinaire, 1885, p. 280 et Comptes rendus de la Société de Biologie, 1886, p. 175 et 216.

(-) P. Mégnin. Comptes rendus de la Société de Biologie, 1886, p. 174.

(3) P. Mégnin. Différence spécifique entre le Champignon de la teigne des Poules et celui de la teigne laveuse, démontrée par la culture. .Soc. de Biologie, 15 mars 1890. C. R. p. 151.

('*) Sabrazès. Sur le favus de l'Homme, de la Poule et du Chien. Paris, 1895. Cf. également :

Costantin et Sabrazès. Étude morphologique des Champignons du Favus (Comptes rendus de la Société de Biologie, 15 mai 1895).

Costanti>{. Remarques sur le Favus (Bulletin de la Société de mycologie. Tome IX, 1895, p. 166).

(5) Loc. cit., p. 345.

ACHORIOX GALLINAE. 555

histologique des lésions obtenues sur la Poule et sur la Souris ne laisse aucun doute sur leur nature, il s'agit là d'un favus ».

Jusqu'ici la question s'éclairait peu à peu. Les années suivantes y ramenèrent la confusion. Et mes propres travaux, je le dis à regret, y contribuèrent. Au cours de ma première enquête sur les trichophyties humaines (1892-94), je découvris un Trichophyton à culture rose pâle, fleur de pêcher, dans une trichophytie sèche de la barbe en forme d'ichthyose pilaire ('). Et M. E. Duclaux fut frappé de la ressemblance de cette culture avec celles qu'il avait récemment obtenues de la teigne du Coq et que Mégnin avait présentées à la Société de Biologie. Je consignai ce fait en passant (-).

L'année suivante, M. Mégnin, mis au courant de mes recherches par M. Duclaux, voulut bien m'envoyer la tête et le cou d'une Poule atteinte de la maladie. Je présentai cette pièce de tout intérêt à la Société de Dermatologie le d 2 juillet 1894, avec les cultures que je venais d'en pratiquer (3).

Or, les cultures que je présentais avec cette pièce me parurent alors identiques à celles de la Trichophytie en forme d'ichthyose pilaire de la barbe humaine, et dont je fournissais en même temps des cultures de comparaison. Je pus donc croire, et je l'ai cru pendant quinze ans, que la maladie de la Poule n'était pas un favus; que c'était une trichophytie, et enfin que Y Epidermophyton gallinae de Mégnin de 1891 était identique à mon Tric/iop/iyton aviaire à culture rose de 1895; c'est ce que je croyais encore l'an passé ('"). Et c'est une erreur, car ces deux Parasites ne sont pas identiques. 11 serait évidemment possible que j'aie réellement extrait le TV. rosaceum de la poule de Mégnin en 1894, et que ce Parasite déterminât chez la Poule une trichophytie très analogue en ses symptômes au favus dit « crête blanche » (3).

(') R. Sabouraud. Contribution à l'étude de la trichophytie humaine (1er mémoire, Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie. Nov. 1892, p. 1061. ; R. Sabouraud. Les trichophyties pilaires de la barbe. (IIIe mémoire. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1893, p. 814. Cf. p. 832-35).

(-) ■< Je dois rappeler que les cultures de ce groupe sont celles dont les caractères correspondant à ceux qu'a fournis une trichophytie du coq décrite par MM. Mégnin et Duclaux (Loe. cit., p. 823). »

(3) R. Sabouraud. Trichophytie d'origine aviaire. Présentation d'une tète de poule trichophytique et des cultures qui en sont issues (Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1894, p. 807.

(4) Sabouraud. Le Trichophyton de la Poule et la maladie humaine qu'il détermine (Arch. de méd. expér., Mai 1909).

(5) A l'appui de cette opinion on peut dire qu'il doit exister plusieurs dermatomycoses de nos Oiseaux domestiques. Certains auteurs ont décrit, en effet, une maladie du Pigeon de symjjtômes très différents de ceux du favus de la Poule. Ainsi Rivolta et Delprato ont décrit sommairement (dans YOrnitojatria, Pisa, 1891, p. 491) une maladie du Pigeon qu'ils appellent Dermatomicose aspermllina glauca. Ils la décrivent comme une dermatose généralisée à toute la sur-

556 FAVUS.

Mais il est bien plus croyable que j'ai fait à tort l'identification du Tr. rosaceum et de VAchorion gallinae, dont les cultures présentent entre elles des points frappants de ressemblance. En tous cas, après quinze ans, il m'est impossible de me rappeler exactement les caractères des cultures que j'identifiai.

La question fut reprise en 1897, par Matruchot et Dassonville (^qui ignoraient, je crois, mon identification erronée. Pour eux, la teigne de la crête n'est pas un favus et se rapproche plutôt des trichophyties (*).,. Leur description symptomatique faite sur des poules inoculées (3) est très bonne, de même la description des cultures, l'étude mycologique et l'étude expérimentale qu'ils ont présentées du sujet.

face du corps des Pigeons, plus marquée au ventre et sous les ailes, caractérisée par des croûtes minces, larges, jaunâtres, humides et fétides là où elles étaient le plus épaisses, de couleur grisâtre en surface. Au point où la maladie était moins marquée, des croùtelles étaient disséminées entre les plumes. Les Pigeons avaient un état général mauvais, ils étaient très affaiblis. Les auteurs ont trouvé, dans les croûtes, deVAspergitlus glàucus. Ils attribuaient la maladie à l'habitation des Animaux dans un colombier chaud et mal aéré. Cette affection semblait incurable. Les auteurs faisaient de cette maladie une aspergillose. Il ne faudrait pas croire cette origine établie, car rien n'est plus commun que de trouver, dans les croûtes de toutes sortes des Animaux domestiques, des fructifications d'Aspergillus; j'ai dit ailleurs que la fréquence de l'Àspergillus à la surface de la peau des bêtes et des paysans rendait quelquefois l'isolement des Triehophytons plus difficile chez eux que sur la peau des hommes ou enfants habitant la ville.

(*) Matruchot et Dassonville. Recherches expérimentales sur une dermatomycose des Poules et sur son Parasite (Revue générale de Botanique, XI, 1899, p. 249).

(-) « Ce mycélium est intimement mêlé aux débris épidermiques exfoliés, ce * qui rappelle plutôt l'aspect d'une lésion trichophytique cutanée que celui des lésions faviques. ••

(5) Au bout de 15 jours environ, chacune des poules inoculées présentait, au; niveau de la région inoculée, une tache blanche d'aspect plâtreux et ayant en diamètre un peu plus de 1 centimètre. A la loupe, chaque papille, porte à son extrémité un petit bloc de matière blanche, de forme ovoïde et de la grosseur d'une fine tète d'épingle. Ce bloc est formé de cellules épidermiques intimement mélangées au Champignon parasite. Dès cette époque, d'autres régions de; l'Animal sont envahies. Sous les ailes, on trouve de petites plaques érythémateuses, à bourrelet épidermique saillant, d'un gris sale, se desquamant avec facilité. D'autres lésions s'observent au voisinage du cloaque, rappelant assez celles de la crête. Les unes et les autres proviennent d'une contamination secondaire (l'Animal mettant sa tète sous son aile pour dormir). Dans le cours des semaines ultérieures, la crête est envahie totalement et les lésions s'étendent même sur les faces latérales de la tète. Les plumes tombent spontanément. Les inoculations à la Poule ont été pratiquées avec succès par Matruchot et Dassonville, mais ils fournissent avec beaucoup plus de détails les résultats des inoculations pratiquées par le professeur Raillet, d'AIfort, de Poules malades à des Poules saines. Ces inoculations avaient été faites sous les ailes, où les plumes sont largement espacées, les lésions circulaires atteignent d'assez grandes dimensions et confluent bientôt entre elles. Comme elles guérissent d'abord en leur centre, à un moment donné les régions malades de la peau constituent une sorte de réseau dont les mailles, légèrement en relief, sont formées d'un épiderme desquamé recouvrant un derme vascularisé et rougeàtre. La maladie inoculée a duré environ 5 mois; elle a guéri spontanément, sans phénomènes généraux.

ACHORION GALL1NAE. 557

Ils identifiaient d'ailleurs leur Parasite kYÈpidermophyton gallinae de Mégnin, mais comme le nom d'ÉpidermopKyton avait déjà été donné par Lang à un autre Champignon ('), ils proposèrent le nom de Lophop/iylon gallinae (Xocpoç, crête, œ-'jtgv, végétal) pour caractériser le Parasite et celui de lophophytie pour la maladie qu'il détermine.

Depuis lors, il y eut encore sur ce sujet quelques observations cliniques, sans cultures, comme celle de Campana (2), une notice bibliographique de Blanchard, identifiant TÉpidermophyton gallinae de Mégnin à mon Trichophyton à culture rose, mais sous le nom encore nouveau de Trichophyton Megnini (5) et une autre de Guéguen, donnant cette identification comme possible mais sans la faire (*).

Enfin un dernier travail expérimental, de date récente, sur le sujet, fut fait par Suis, Suffran et moi. Il résuma six mois d'étude, et des observations cliniques poursuivies par mes collaborateurs à Toulouse sur sept épidémies- de basse-cour. Ce travail précisa les caractères symptomatiques et surtout évolutifs de la maladie, établit sa vraie nature favique par la découverte du godet sur la Poule et sa reproduction dans la lésion expérimentale de l'Homme, et donna de la maladie une figuration qui lui manquait. C'est naturellement d'après ce travail surtout que je résumerai la question (3).

Étude symptomatique . — Chez la Poule, la maladie apparaît d'abord sur la tête ou sur les appendices qui s'y insèrent : crête, oreillons, barbillons. Presque toujours, le début se fait autour du bec sous la forme d'un ou plusieurs petits points blancs. Le point blanc grandit en s'étalant comme une pellicule, adhérente à 1'épiderme sousjacent. Sa couleur est blanche ou grise. A la longue, son épaisseur augmente comme ses dimensions en surface, et des points d'abord distincts en arrivent à se fusionner. La tache blanche peut ainsi recouvrir la crête entière et sur ses deux faces ; le plus souvent la crête garde des parties saines. Plus une tache est âgée, mieux elle se détache sur le fond rouge de la crête. Surtout en son pourtour, elle est constituée par de petites éminences dures, d'un blanc-grisâtre, régulièrement disposées en une ligne continue bordant la tache. Entre ces élevures, la tache n'est qu'une mince membrane de couleur blanc nacré. Le grattage détache de la plaque, lorsqu'elle est épaisse, de

(') E. Lang. Versuch eine Beurteilung der Schuppenflechte nach ihren KHnischen Carackteren (Viertejahrsschrift fur Dermat. und Syph., X, 1878).

(2) R. Campana. Tigna achorion nella cime e nei bargigli un polio (Clinica dermosifilopatica délia R. universita di Roma, janv. 1897, p. 233).

(3) Blanchard. Traité de pathologie générale de Bouchard, 189(5.

(4) Gueguen. Les champignons parasites de l'homme et des animaux. Paris, 1904, page 141.

(5) Sabouraud, Suis et Suffran. La « Crète blanche » et son Parasite : Achorion Gallinae. (Revue vétérinaire de Toulouse, octobre-novembre 1909.)

558 FAYUS.

petits fragments blanchâtres, dont certains semblent micacés; le

Fig. 255. — Coq atteint de « crête blanche ». (Cliché de Suis et Suffran.)

grattage sur les parties minces de la plaque n'arrive à l'effacer qu'en

décortiquant l'épidémie]

Lorsque la lésion se produit sur une surface ayant des plumes, on voit se former à la base de chaque plume, autour d'elle, une sorte de collier ou de cône, et les plumes ainsi atteintes tombent spontanément, ordinairement avec le cône qu'elles centrent (fig. 200).

Tel est l'aspect symptomatique du favus de la Poule.

Cette maladie, ordinairement localisée et bénigne, guérit très sou-:

vent, spontanément, en quelques mois. Mais elle . ,. . . peut durer deux ans et

■ Poule atteinte de « crête blanche ». l . .

(Cliché de Suis et Suffran.) plus, avec des périodes

I ii

ACHORION GALLINAE.

Fig 255. — Tète de coq atteint de « crête blanche ». (Cliché de Suis et Suffran..

de guéri son apparente et des récidives ou rechutes.

Il semble que la maladie persiste lorsque les sujets malades demeurent en commun et dans des locaux contaminés, et qu'elle guérit en quelques semaines, sur le sujet isolé, dans un local sain. Lorsqu'il s'agit de sujets habitant des locaux largement contaminés, on voit, dans- un petit nombre de cas, la maladie s'étendre au

Fier. 256.

Tète de poule atteinte de « crête . (Cliché de Suis et Suffran.)

lanche

corps sous la forme de plaques arrondies, d'abord petites, et qui grandissent par progression excentrique. Dans ce cas, leur contour d'abord très net tend à s'effacer, et la peau malade ne montre plus que de petits amas squameux disséminés qu'il faut rechercher. Après un temps, les plumes tombent toujours sur les taches, et le

corps des Poules malades se dénude par places irrégulières. Rarement les Poules ainsi atteintes gardent leur bon état général ; ordinairement elles maigrissent et meurent, sans que l'examen de leurs viscères y montre rien d'anormal.

Cette maladie n'apparaît jamais spontanément dans une bassecour, mais on la voit à; l'état épidémique quelques mois après l'introduction de sujets malades dans le poulailler.

Comme la maladie commence toujours par la crête, elle n'apparaît que quand la crête est développée, c'est-à-dire vers le sixième ou septième mois après la naissance. Mais, à partir de cet âge, le Coq ou la Poule peuvent la contracter toute leur vie, c'est-à-dire jusqu'à cinq ans, âge où ils sont toujours sacrifiés.

Les Coqs, dont la crête est plus grande, sont plus souvent et plus atteints que les Poules. Les modes de contamination sont variables. Il faut incriminer d'abord les modes de transport en commun des Poules sur les marchés, dans des cageots trop étroits. En second lieu, dans l'acte de l'accouplement, le Coq pince la crête de la Poule et peut la contaminer ainsi ou se contaminer lui-même. Enfin, lorsque les Poules, en picorant, impriment à leur tête des mouvements saccadés, elles ne

Fig. 237. — Généralisation de la maladie sous forme de lésions annulaires d'herpès circiiié (Cliché de Suis et Suffran.)

ACHORION GALL1NAE.

peuvent pas ne pas joncher le terrain du poulailler d'une quantité de croûtelles contagieuses. En tous cas, il est certain que la maladie est éminemment transmissible. Suis et Suffran en ont trouvé, sur les marchés aux volailles de la région toulousaine, maints exemplaires. Et ils en ont étudié, en tout, une centaine de cas, dont la moitié environ en sept épidémies nées en sept élevages différents. C'est eux qui ont, depuis Raillet et Matruchot, le mieux tixé les caractères spécifiques de la maladie.

Examen microscopique. — Lorsqu'on veut se rendre un compte exact de la nature de la maladie, la première chose à faire est de pra-

Fig. 258. — Coupe verticale d'un point squameux épais de crête blanche. G, godet; C, lame cornée épidermique passant au-dessus de lui; F, follicule rudimentaire; H, hématies ovales nucléées. x 150.

tiquer une biopsie des lésions jeunes et actives du pourtour de la crête malade.

On découvre que les #points squameux épais ont exactement la structure du godet favique humain, comme lui enchâssés entre deux lames épidermiques, et ayant pour centre un follicule rudimentaire. L'amas mycélien constitutif du godet ayant toutes les particularités du godet favique normal, savoir : la disposition des filaments mycéliens divergents en bas et en dehors du centre du godet, comme les tiges d'un bouquet renversé, et sans qu'on puisse trouver entre eux d éléments leucocytaires ou épidermiques, sauf au centre (follicule) et au pourtour.

Quant à l'examen microscopique extemporané, suivant qu'on le pratiquera sur les squames épidermiques minces de la crête ou sur 'les

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Fig. 259. — Examen extemporané des squames de la crête blanche, x 260. Bleu de Sâhli.

amas plus épais, il montrera des aspects différents. La squame mince

Fig. 260. — Plumes extirpées au niveau des lésions actives.

présente un lacis mycélien assez rare, fait, soit d'éléments rubanés jeunes, peu colorés, soit d'éléments en chapelets, plus courts, plus

ACHOMON GALL1NAE.

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