TOTAL
Microsporum Audouïni. . . .
Microsporum umbonatum. . .
Microsporum tardum
Microsporum lanosum ....
H2 MIGROSPORIES.
Ce tableau ne comprend ni le Microsporum velveticum, antérieur à ma statistique, ni le Microsporum pubescens postérieur à elle. Quant aux autres je ne les ai connus cpie par leur culture.
Variations du faciès microsporique suivant les pays. — On ne
peut encore établir la répartition et le nombre approximatif des espèces microsporiques dans le monde, entie.r. Mais il semble qu'on doive distinguer entre deux ordres de faits" différents. Les Microsporums animaux semblent exister partout au monde, puisqu'on en trouve en France, en Belgique, en Italie, en Sardaigne, en Angleterre, aux États- Unis, dans l'Amérique du Sud, etc. T.. Mais chaque pays semble avoir les siens. Au contraire, le Microsporum Audouïni semble cantonné dans le nord-ouest de l'Europe, et, là seulement, faire des victimes par milliers. En aucun pays on n'observe la microsporie aussi fréquente qu'en Angleterre, tous les auteurs s'accordent sur ce point. La Belgique en présente aussi un chiffre considérable (*), la France du Nord également. Au-dessous de la Loire les cas en deviennent rares. On n'en trouve plus que quelques cas en Espagne (2). Il n'en existe plus en Italie ("). Les épidémies connues s'arrêtent à la Suisse, au Rhin(4), dans l'Est, quoiqu'on en ait signalé quelques cas à Hambourg (s). Le Danemark (6), la Suède ne paraissent pas connaître notre microsporie banale, ni l'Autriche (7), ni la Hongrie (8).
Et quand on rencontre quelque observation qui semble faire échec à cette règle, il s'agit de Microsporums d'origine animale reconnue ou probable.
(') En ce qui concerne les études belges sur ce sujet, consulter : Ach. Minne. La teigne à l'hôpital de Gand, Bull, de la Soc. belge de dermat., 1901.
D. A. Lefebvre. La teigne dans l'agglomération bruxelloise, Journ. méd. de Bruxelles, n° 10, 12 mars 1905.
François, d'Anvers. Discussion sur la communication du Docteur Minne, Bull, de la Soc. belge de dermat., 1907.
(-) Fergnani. Communication écrite.
f3) Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons. Annales de dermat. et de syph., 1895, p. 733.
(*) Gunsett. Eine kleine Epidémie von Mikrosporie in Strasburg. Arch. fur Dermat. und Syph., Bd LIX, 1902.
(5) Frau D. Trachsler. Das vorkommen des mikrosporie in Hamburg. Monatshefte f. prakt. Dermat., Bd XXVI.
Plaut. Gibt es in Hamburg eine mikrosporie. Monatshefte fur prakt. Dermat. Bd XXX.
Mendès da Costa. Microsporie hambourgeoise. Vereiengingvan Nederlandsche dermatologen, 1900.
J. Frédéric. Beitrag zur Frage der Mikrosporie. Arch. f. Dermat. und Si/ph., Bd XIX, 1902.
(6) Cependant, à Copenhague a été observée l'an passé une épidémie de cinquante cas de tondante due au Microsporum Audouïni et étudiée par Henrik Bang (non publiée).
C) D'après Krzystallowicz (Cracovie). Communication écrite. (8) D'après Nékam (Budapest). Communication écrite.
Ainsi, presque en tous pays, on semble ne rencontrer que des cas sporadiques de microsporie ou de petites épidémies vite éteintes ; ces cas et ces épidémies dus à des Microsporums animaux dont le passage sur l'Homme a été accidentel. En étudiant, à nouveaux, ces cas on devrait rencontrer des espèces microsporiques inconnues encore, car ces espèces dont les observations sont rares semblent nombreuses.
Mais le nord-ouest de l'Europe est vraiment infesté de Microsporie. Et dans ces pays où la microsporie est fréquente, endémique et épidémique, l'espèce en cause est le Microsporum Audouïni. En nos contrées, cette espèce a pris sur l'enfant un véritable droit de domicile, et les cas où on l'observe se comptent par milliers. Chose étrange, cette espèce n'est ni la plus vivace ni la plus facilement inoculable à l'Animal. Ce parasite semble s'être spécialement adapté à l'espèce humaine, et c'est peut-être à l'absence de toute réaction inflammatoire de la peau, à son invasion, qu'il doit son succès unique au milieu de sa série familiale.
Processus d'inoculation des Microsporums. — L'inoculation des Microsporums se fait toujours dans l'épidémie d'abord. Une graine a été portée à la surface de la peau et s'y est fixée ; le parasite ne signale sa lésion primaire que dix jours plus tard, par une tache érythémateuse qui, dans beaucoup de cas, s'efface d'elle-même et disparaît. Dans d'autres cas, elle augmente, et s'entoure d'une aréole ronde, ronge, plus foncée. Dès lors si cette lésion s'est produite sur une région pilaire, les cheveux ou poils existant sur l'herpès circiné seront infectés.
Infection du cheveu. — Lorsque les filaments mycéliens rampants dans F épiderme corné rencontrent un orifice pilaire, ils s'infléchissent vers le fond du follicule, et s'insinuent entre le follicule et le poil. Leur développement en ce point crée l'écorce microsporique péripilaire qui fait au cheveu comme une cuirasse de sporules en mosaïque. Mais certains rameaux mycéliens, soulevant l'épidermicule du poil, descendent dans le corps même du cheveu en s'y ramifiant. Nous étudierons ce processus d'invasion avec les Microsporums animaux qui en montrent les plus beaux exemples (').
Opposition de la vie des Microsporums dans V épiderme et dans le cheveu. — Un fait bien singulier de la vie des Dermatophytes, et des Microsporums en particulier, est la brièveté de leur existence intra-épidermique comparée à leur longévité dans le cheveu ou le poil. Cela est particulièrement remarquable chez le Microsporum Audouïni.
La plupart de ses inoculations à la peau sont abortives, même celles qui siègent au cuir chevelu. Très vite le parasitisme de la surface
(*) Voir p. 173.
lkk MICROSPORIES.
disparaît et, bien que la maladie pilaire dure des années, jamais le parasitisme de surface ne se reconstituera. Il s'ensuit cette chose sin gulière que la tache microsporique cesse de grandir ; comme l'inoculation du cheveu ne se fait que par le parasitisme de l'épidémie, celui-ci disparaissant, sur tout le pourtour d'une plaque, des cheveux sains côtoieront des cheveux malades, sans devenir malades à leur tour. Ainsi l'infection épidermique paraît le moyen indispensable de l'infection pilaire et n'exister que pour la faire, comme un organe transitoire qui disparaît, son rôle terminé, la vie du parasite se trouvant dès lors assurée pour de longs mois. Car l'infection pilaire, une fois constituée, se perpétuera d'elle-même. En effet, le cheveu n'étant pas atteint jusqu'à sa papille continue de croître tandis que le parasite, à mesure que le cheveu croît, croît en sens inverse, envahissant chaque jour la partie du cheveu qui vient d'être faite.
Or, on voit souvent des plaques microsporiques durer sur place quatre ans et davantage. Et comme le cheveu pousse en général de huit millimètres par mois, le parasitisme du cheveu se sera donc exercé sur 40 centimètres de longueur du cheveu et davantage, au cours d'une microsporie de durée moyenne....
Le parasitisme rend le cheveu cassant, si bien qu'il ne peut dépasser une certaine longueur, sans que les traumatismes de hasard ne diminuent sa longueur perpétuellement. Et cette fracture répétée du cheveu est le moyen par lequel le parasite dissémine au loin ses graines. Un simple contact les sèmera ; même le contact médiat des ongles qui ont gratté, ou du béret qui a touché une lésion. Ainsi le Microsporum naît dans l'épidémie, il porte graine dans le cheveu en même temps qu'il le fragilise, et la fragilité du cheveu sert à la reproduction du parasite qu'il contient et qu'il porte.
Avec une organisation si bien faite pour une résistance et une dissémination indéfinie, on peut vraiment se demander comment et pourquoi une telle maladie peut guérir, et comment ses cas ne sont pas encore plus nombreux. Qu'on essaie, même avec précaution, d'arracher le poil, il cassera; il cassera au point le plus malade puisque ce sera le plus fragile, et le parasite resté plus bas reconstituera la maladie dans le cheveu, à mesure de sa pousse nouvelle. Suivant une loi commune à tous les Dermatophytes, ce sont les Microsporums animaux dont l'attaque est la plus vive, et qui déterminent une réaction inflammatoire autour de leurs points d'inoculation, ce sont ceux-là dont l'organisme se débarrassera le plus vite et le mieux, grâce à la réaction même que leur attaque aura provoquée. Et, pendant ce temps, des Microsporums dont l'intrusion est moins vive et plus sournoise seront supportés sans réaction pendant des années.
Microsporums et Kérions. — Beaucoup d'auteurs, anglais, danois
MICROSPORUM AUDOUINI. 145
et allemands ont affirmé avoir trouvé des Microsporums dans des Kérions. J'étudierai cette question plus loin('). Cette affirmation comporte plusieurs conclusions possibles.
Ou bien le Microsporum Audouïni présente parfois, en Angleterre, un pouvoir pyogène qu'il ne montre pas en France ; fait possible mais invraisemblable.
Ou bien les Microsporums animaux qui donnent souvent lieu, en France, à des plaques de tondante microsporique visiblement inflammatoires, peuvent en Angleterre donner lieu à de vrais Kérions.
Ou bien on désigne, en Angleterre, toute tondante, de symptômes tant soit peu inflammatoires, sous le nom de Kérion.
Ou bien les auteurs étrangers ont pris, faute de culture, pour des Microsporums, des Trichophytons micfoïdes. Je traiterai de cette question avec l'étude de ces derniers, c'est je crois l'hypothèse la plus vraisemblable. Après cet aperçu général de la question des Microsporums il faut procéder à l'étude analytique de chacun d'eux. C'est d'abord avec le Microsporum Audouïni qu'il faut étudier la maladie microsporique, dans sa forme objective, ses mœurs cliniques, sa longévité, sa contagiosité extraordinaire, son pouvoir endémique et épidémique. Et, à côté du Microsporum Audouïni, il faut placer les rares petits Microsporums, de variété différente, mais de mœurs analogues, qui nous sont connus.
Ensuite nous étudierons les grands Microsporums à culture vivace, leurs caractères chez l'Homme et chez l'Animal, qui compléteront l'exposé de nos connaissances actuelles concernant les microspories.