V. - MICROSPORUMS ANIMAUX
Microsporum du chien (Bodin-Almy, 1897). Microsporum lanosum (Sabouraud, 1907).
De même que le M. Audouïni est le type des Microsporums à petite culture et d'habitat humain, de même le M. lanosum, que nous allons étudier maintenant, est le type des Microsporums à culture vivace, et d'origine animale ordinaire. Son histoire semble à peu près complète aujourd'hui ; on connaît les animaux sur lesquels il habite d'ordinaire : [e Chien, le Chat, le Cheval, et la maladie qu'il provoque sur eux; on l'a longuement étudiée chez l'Homme ; on connaît ses mœurs cliniques. Il a servi à fixer plusieurs points de la structure générale des Microsporums. Bref il est aujourd'hui l'un des mieux connus des parasites de la série dont il fait partie.
1. Historique. — Le M. lanosum a déjà une longue histoire, et celle histoire a présenté des phases successives.
C'est lui probablement que je décrivis et figurai en 1892-1894 comme cause d'un herpès contagieux des Poulains. Je l'avais isolé de sept cas d'une épidémie équine (1).
Il fut observé sur le Chien en 1897, par E. Bodin et J. Almy. De celte époque date la première description de la maladie qu'il détermine chez le Chien (2).
L'étude de ces deux auteurs était excellente, bien qu'incomplète en ce qui concerne la description clinique de la maladie du Chien, et la description mycologique du parasite cultivé. Elle était moins parfaite
C1) R. Sabocraud. Trichnphyties humaines. Atlas, p. 58 et figure 166 et 167. « En vieillissant, la culture équine, qui l'orme un tapis grisâtre, s'entoure oVuncevrle de duvet saillant et blanc. » Comparer à ce texte et à ces figures les figures r'* de la planche IV, représentant le M. lanosum. De tous les Microsporums actuellement^ connus celui-là est le seul à s'entourer d'un cercle duveteux blanc el saillant sur gélose maltosée. L'identité entre les caractères que j'avais donnés à cette culture sur pomme de terre et ceux du Microsporum lanosum sur ce milieu sont aussi extrêmement probants.
(2) E. Bodin et J. Almy. Le Microsporum du chien. Becneil de Médecine vétérinaire, 15 mars 1897, p. 161.
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sur deux points : d'une part, la morphologie du parasite dans ses lésions n'avait pas été spécialement étudiée ; en outre les cultures du Microsporum du Chien de Bodin et Almy n'ayant pas été faites par eux sur un milieu de composition fixe, par la suite elles ne purent être identifiées lorsqu'on rencontra le môme parasite.
Très peu après le travail de Bodin et Almy, le Microsporum du Chien fut retrouvé par Mibelli à Parme (') et identifié par Bodin.
Plus tard, en 1900, Mario Truffî, travaillant dans mon laboratoire à l'hôpital Saint-Louis, trouva, dans une tondante de l'enfant, un Microsporum dont la culture vivace était distincte de celle du Microsporum Audouïni banal, et la culture, envoyée à Bodin, fut encore identifiée par lui à celle du Microsporum du Chien (*„).
Enfin Nicolas et Lacomme de Lyon, retrouvèrent sur le' Chien et sur l'Homme le même parasite en 1906 (3).
Mais l'histoire de ce parasite fut obscurcie par un quiproquo. Alors que je me proposai d'étudier à nouveau toute la série des Microsporums (*) je reçus de Bodin, aux fins de comparaison, une culture de son Microsporum caninum, qui se trouvait être, depuis des années, devenue pléomorphique et méconnaissable. Cet élément de comparaison, sans qu'on le sût, n'était plus valable. Je pus dans ces conditions, rencontrer dans quatorze cas, chez l'homme le M. canînum de Bodin, sans pouvoir l'identifier à la culture dégénérée que j'en avais et à laquelle je le comparai. Ce parasite fut alors décrit et étudié comme un Microsjjorum nouveau sous le nom de M. lanosum. Et c'est seulement après plusieurs mois que l'identité du M. lanosum et du M. caninum put être prouvée par l'identité de leur dégénérescence pléomorphique (sj.
L'enquête ainsi faite sur le M. caninum devenu le M. lanosum montra plusieurs faits importants. D'abord la fréquence de la microsporie canine chez l'enfant et chez l'homme à Paris, l'aspect clinique
(') V. Mibellu I)i un caso di tigna del Gruby-Sabouraud, Microsporum Audouïni (var. : Bodin-Almv). Gorniale italiano délie malattie veneree e délia pelle, 1897, p. 463.
E. Bodin. Note mycologïque sur le Microsporum trouvé à Parme par M. Mibelli. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1897, p. 1145.
(2) Mario Truffî. Sulla tigne, 1902.
(3) J. Nicolas et Lacomme. Dermatomycose des régions glabres causée chez l'homme parle Microsporum canis." Soc. des Sciences vétérinaires de Lyon, 16 mars 1906, p. 108, et Annales de Dermatologie et de Syphil., 1906, p. 321. Dans cette observation l'identification ne fit pas de difficulté pour l'auteur, parce qu'il ne connaissait pas d'autre Microsporum animal que le Microsporum du Chien de Bodin, et aussi parce que l'origine canine de l'inoculation humaine fut dès l'abord certaine.
(4) B. Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de Dermatologie et de Syph., mars, avril, mai, juin 1907.
(°) B. Sabouraud. Identification du Microsporum lanosum (Sabuuraud, 1907) au Microsporum caninum (Bodin et Almy, 1897). Annales de Dcrmalol. et de Syph., 1908, p. 155.
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de celte maladie et son évolution au cuir chevelu de reniant sous l'orme de tondante, à la barbe chez l'Homme adulte, à la peau glabre sous forme d'herpès circiné à petits cercles érythémateux non vésiculeux, ayant quelquefois tendance à la généralisation. Cette étude décrivit plus précisément la morphologie du parasite dans le cheveu humain (et il y peut revêtir des formes très particulières). Avec les inoculations positives du Cobaye, fut étudiée, de même, la morphologie du parasite dans le poil chez l'Animal, qui, elle aussi, est pleine d'enseignements.
Ainsi l'histoire de ce Microsporum se trouva, un moment, à peu près faite, mais sous deux noms différents, en deux tronçons qu'il fallut réunir pour faire un tout complet.
Il restait un point inconnu à élucider, l'importance de cette mycose chez l'Animal et sa fréquence. Des recherches de clinique vétérinaire faites par Suis et Suffran viennent de compléter l'histoire du Microsporum caninum ou lanosum (l) et permettre une description d'ensemble de la mycose que ce Parasite détermine communément chez le Chien et chez l'Homme.
Les résultats de ces recherches peuvent se résumer ainsi : sur dixsept cas de teigne animale observés à Toulouse, seize portaient sur des Chiens. Sur ces seize cas de teigne du Chien, quinze étaient dus au Microsporum lanosum.
Le Microsporum lanosum se présente donc comme le Dermatophyte animal le plus commun, au moins dans la région toulousaine. Sa fréquence chez le Chien explique les contagions humaines.
Ce parasite n'est pas seulement fréquent à Toulouse ; et sur le Chien, une note toute récente de R. Zollikofer (2) vient de nous raconter une épidémie de 45 cas due au Microsporum lanosum et propagée par les Chats, à Saint-Gall (Suisse), et ce fait explique, à lui seul, pourquoi, malgré la fréquence de ce parasite chez le Chien, nous croyons qu'il vaut mieux ne pas le désigner par le nom de cet Animal, car le Chien comme toutes les espèces animales peut offrir à l'examen plusieurs mycoses dues a des parasites différents, et ce parasite sera rencontré sûrement sur d'autres animaux que le Chien. Le nom de Microsporum canis ou caninum prêterait donc toujours à l'ambiguïté ; nous croyons qu'il vaut mieux adopter, pour tous les parasites des mycoses, des noms tirés de l'aspect de leur culture sur milieu d'épreuve. Ces noms les désignant mieux et ne préjugeant en aucune manière de leur habitat
(*) A. Suis et Suffran. Note préliminaire sur le Microsporum lanosum du Chien. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, mars 1908, p. 151. Cf. également Sabouraud, Suis et Suffran. Fréquence du Microsporum caninum ou lanosum chez le Chien et chez l'Homme. Annales de Dermat., 1908. p. 321.
{-) Zollikofer. Note sur une épidémie microsporique à Saint-Gall (Suisse).
Le rapport détaillé concernant cette épidémie paraîtra dans la Correspondanzblatt fur Schweizer Aertze.
MU IROSPORUM LANOSUM.
ordinaire. Néanmoins il importe de toutes façons de rappeler que la première étude valable de ce Microsporum fut celle de Bodin et Almy et qu'elle en fut faite sous le nom de Microsporum du Chien.
La maladie chez le Chien. — Chez le Chien la maladie parcourt quatre phases successives, chacune assez brève mais toutes très distinctes :
Au début, les lésions sont annoncées par un soulèvement des poils qui paraissent ébouriffés et ternes, au milieu de la robe luisante. Ce
Fig. 58. — Tondante du Microsporum caninum chez le Chien (Bodin).
hérissement limité des poils est caractéristique du début de l'affection ; la robe de l'Animal paraît tigrée de boursouflures irrégulièrement semées et si l'on écarte les poils au niveau de ces plaques hérissées, on constate à leur base la présence d'un exsudât jaunâtre, épais, qui les agglutine et les redresse. Cet exsudât se concrète vite pour former croûte ; celle-ci s'enlève très facilement avec les poils qui la traversent.
Ainsi se produisent des surfaces tout à fait dénudées, dont le fond grisâtre tranchera d'autant plus sur la robe de l'Animal que celle-ci sera plus foncée (fig. 58).
I. En général, les taches ainsi caractérisées ont d'abord la dimension d'une pièce de 0 fr. 50 ou de 1 franc, régulièrement circulaires ou ovales. On peut en voir naître ainsi plus ou moins, quelques-unes ou
MICROSPORIES.
des multitudes (fig. 59). Dans ces cas l'éruption se fait par poussées, ce qui allonge la durée totale de la maladie.
II. Très peu de jours après l'apparition des croûtes, les poils hérissés tomberont avec la croûte qui les réunit, laissant une plaque nue, sèche lisse, non desquamante.
Os plaques spontanément dépilées offrent toujours des contours très réguliers. D'abord isolées, elles peuvent en s'agrandissant devenir
conlluentes; ainsi se forment des placards plus ou moins étendus, dont les contours festonnés témoignent encore de la forme primitivement arrondie des plaques qui les ont formés.
Dès le moment où la dépilation se produit, la peau à peine épaissie est légèrement douloureuse à la pression; son infiltration peut se résorber, et la plaque malade marcher directement vers la guérison, mais le plus souvent il n'en est pas ainsi, et alors les plaques dépilées passent par un stade de suppuration folliculaire.
III. Après quelques jours l'épaississement œdémateux a considérablement augmenté et les plaques forment des saillies discoïdes, dont le niveau surplombe nettement les régions saines, elles sont maintenant chaudes, rouges et douloureuses. Si on saisit la peau entre le pouce et l'index, on peut, par la pression, faire sourdre, des orifices folliculaires plus ou moins nombreux, de grosses gouttes d'un liquide purulent épais, rougeâtre, pus mycosique et non microbien, car ni l'examen microscopique, ni la culture n'y
Fig. 59. — Teigne micruspoi'ique du Chien (Suis el Suffran).
MICROSPORUM LANOSUM.
montrent de microbes banals de suppuration. Et les cultures, sur tous les milieux, donnent seulement lieu en abondance aux cultures du même Champignon que donne aussi la culture des poils et des croûtes. Cette période de folliculite agminée dure environ une ou deux semaines.
IV. Cependant cette irritation s'apaise. Une semaine encore et la
Fig. 60. — Teigne microsporique du Chien (Suis et Sufiïan)
peau redeviendra peu à peu lisse et souple et bientôt le poil renaîtra lin et régulier, tout à l'ait normal.
La double évolution de la maladie, avec ou sans stade suppuratif, ne constitue pas d'ailleurs deux variétés distinctes, car elle a pu être observée sur le même sujet, et il a semblé aux observateurs qu'un traitement énergique des plaques malades, dès leur début, suffisait à empêcher la folliculite, alors que d'autres plaques, négligées à dessein, sur le même malade, présentaient presque toutes cette complication.
Un symptôme négatif remarquable, déjà noté par Bodin, était l'absence du prurit. L'état général des Animaux ne se trouve non plus jamais altéré quel que soit le degré d'extension de la maladie.
L'évolution de cette teigne du Chien a toujours exigé plusieurs mois de traitement pour parvenir à la guérison complète. Sa durée semble
210 MICROSPORIES.
surtout dépendre du degré de diffusion des lésions. Los Animaux les
FLg. 61. — Culture provenant de six des quinze Chiens atteints de microsporie,
observés par Suis et Suffran.
plus gravement atteints sont guéris après cinq mois, mais à ce moment la repousse est encore incomplète.
Mil ÎRQSPORUM LANOSUM.
Caractères des poils malades chez le Chien. — Les poils épilés avec les squames-croûtes ne sont pas identiques et appartiennent à trois catégories différentes.
1° Il y a d'abord les poils qui sont tout à t'ait sains et ne diffèrent du poil sain que par leur caducité.
!2° II y a, en second lieu, des poils cassés à différentes hauteurs. 5° Il y a enfin des poils, ordinairement courts, qui montrent la gaine grise caractéristique de la microsporie (l).
Le premier l'ait (pie montre l'examen microscopique dans la microsporie du Chien, c'est que beaucoup des poils caducs examinés dans toute leur longueur ne sont aucunement atteints par le parasite ; d'autres le sont à peine, et ceux qui en sont remplis,
sont certainement en minorité.
Second l'ait intéressant : en certains cas, rien n'est plus facile que de déceler le parasite dans le poil et d'affirmer la nature microsporique de la maladie que l'on examine, tandis qu'en d'autres cas, il est difficile de trouver, parmi les poils recueillis, un poil malade. C'est que, dans certains cas, il reste peu de poils malades autour d'une surface déjà déglabrée; dans d'autres la préparation est encombrée de cheveux sains.
Pour faire un examen rapidement probant , il ne faut pas examiner indifféremment tous les poils recueillis, mais les
Fig. 62. — Microspoi'wm lemôsum. Microsporie .spontanée du Chien. Préparation.- de Suis. Dessin de Bessin On y observe le poil microsporique avec ses caractères typiques, et, à côté de lui, les gros mycéliums qui signalent la période de début de la maladie, x '260.
(') Il est bon (le noter que cette gaine parasitaire est adhérente au poil, ce qui la fait différer de l'étui épiderinique engainant le poil du (Ihien dans urt certain nombre de maladies desquamatives et dépilantes., dont la nature est encore aujourd'hui imprécise, 'que beaucoup île vétérinaires prennent pour de la teigne et qui n'en sont pas.
MICROSPORIES.
trier d'abord à l'œil nu, et ne soumettre à l'examen microscopique que ceux < [ii i sont eourts et présentent la gaine grise adhérente signalée plus haut (Suis).
Un dernier point enfin : l'examen microscopique doit négliger la tige du poil pour se porter directement à son extrémité radiculaire. car elle seule est malade cl sur une hauteur qui ne dépasse pas deux millimètres. Le poil malade a tous les caractères du cheveu microsporique de reniant. Mais souvent il montre, en outre de l'écorce microsporique. les grands filaments sinueux faits de cellules énormes qui créent l'envahissement parasitaire du cheveu en descendant au long de lui, à sa surface. Ces filaments géants restent visibles dans leur l'orme pendant toute la période de début de la maladie.
Certaines préparations montrent même, juxtaposés, le tableau du
poil micrôsporique type et celui des g" r o s m y c é 1 i u m s d'ensem e n c e m e n t (fîg. 02j qui signalent la période de début de la maladie.
Dans la microsporie du Chien le poil n'est pas seul atteint, l'épidémie l'est aussi mais sans que le parasite y présente des caractères distinctes (fig-. 65). A côté des observatiosn si étudiées (le Bodin, . de Suis et Suffran, donnons une part aussi au très remarquable travail de Zollikôfer. Dans l'épidémie de Saint-Call, le Chien n'était pas en cause, c'est le Chat qu'on put incriminer de façon certaine.
Dans sept familles contaminées par la microsporie, le Chat delà maison avait été malade : lésions alopéciques et croûtes envahissant surtout la tête, les épaules et les pattes de devant. Cinq le ces Chats avaient été tués, à cause de leur maladie progressive et défigurante, mais deux fois l'auteur put examiner le Chat malade et constater chez lui le parasite absolument identique au Microsporum l<in<>*uni provenant des lésions humaines. L'épidémie a compté 45 malades et on a
— Mù
'osporum lanosum du Chien de la squame, x 260.
Parasitisme
MICROSPORUM LANOSUM. 213
pu relever chez 50 la cohabitation avec un Chat malade. Comme curiosité dans l'épidënuologie de cette mierosporie, mentionnons un cas probable de retour spontané de l'Homme au Chat (l).
Étude clinique du Microsporum lanosum chez l'Homme. — Si nous consultons ma statistique, le M. lanosum ne ferait pas le dixième des microspories humaines et ne s'observerait qu'une fois sur trente-cinq teignes prises au hasard. Mais il faut remarquer combien ces chiffres offrent peu de stabilité. Nous avons arrêté la statistique de l'Ecole Lailler à cinq cents cas (1907), mais cela ne nous a pas empêché de continuer à mettre en culture les cas les plus intéressants qui se présentaient à nous par la suite. Or, à peine notre statistique était-elle close que nous avons observé une épidémie familiale de six personnes due au Microsporum lanosum. Si' elle eût été observée quelques jours plus tôt, tous les chiffres que nous donnons eussent été profondément modifiés (2).
Cette mierosporie peut atteindre la barbe de l'Homme et produire l'herpès circiné sur l'adulte, mais on l'observe le plus souvent sur les enfants, au cuir chevelu, sous forme de tondantes ordinairement accompagnées d'efflorescences cutanées.
Tondante. — Chez l'enfant, la tondante du Microsporum lanosum peut ne se pas différencier de celle du Microsporum Audouïni. Dans beaucoup de cas, au contraire, on peut présumer l'espèce que la culture démontrera. En général il s'agit de plaques moyennes ou petites, couvertes de squames grisâtres, avec très peu de cheveux sains sur leur surface, et les cheveux malades, cassés, gris, à manchette, caractéristiques de la Mierosporie banale.
Dans la majorité des cas, ces plaques s'accompagnent d'un état marqué de rougeur et d'irritation sous-jacente. Et les cas qui ne montraient aucune irritation visible étaient presque tous de date trop récente pour la présenter. Plusieurs étaient alors caractérisés par le grand nombre des petits points d'attaque de la maladie. Celle-ci semble donc avoir un premier stade caractérisé par l'apparition de taches microsporiques de type normal, et un second stade caractérisé par un léger processus inflammatoire sous-jacent à ces lésions.
Dans un cas, une plaque unique, grande comme un franc à peine, était d'un rouge violet, comme un kérion au déclin, et avait déjà perdu presque tous ses cheveux, par éviction spontanée du cheveu
(') Ce fait de rexistence spontanée du Microsporum lanosum sur le Chat est à rapprocher des ressemblances existantes entre le M. lanosum de France et le .1/. felineum en Angleterre.
(â) En 1908. j'ai observé, dans un collège, une épidémie de 25 cas de tondante due au .1/. lanosum.
214 MICROSPORIES.
entier, sans qu'on vît pourtant aucune pustule folliculaire, et aucune saillie de la peau malade sur la peau saine.
Dans un autre cas, où le traitement radiothérapique l'ut appliqué à une lésion récente, cette lésion restait dessinée en rose sur la peau blanche du voisinage, longtemps après la dépilation faite de toute la région, exactement comme lorsque la radiothérapie est appliquée à un kérion trichophytique vrai.
Pourtant je n'ai jamais vu ce Microsporum causer un kérion vrai, avec relief de la lésion sur la peau voisine (surtout ce haut relief d'un demi-centimètre, caractéristique des vrais kérions qui ne guériront pas toujours sans cicatrice), mais seulement des lésions s'accompagnant ordinairement d'un degré de réaction inflammatoire reconnaissante à l'œil nu.
Un autre fait que j'ai cru observer dans l'évolution des tondantes microsporiques dues au Microsporum lanosum, c'est la fréquence des inoculations accessoires de ce parasite à la peau glabre. Jusqu'ici je les ai rencontrées presque constamment avec cette espèce parasitaire, et on sait combien elles sont peu ordinaires dans la microsporie banale.
La tondante due au Microsporum lanosum ne me parait pas très rebelle. La dermite dont elle s'accompagne doit favoriser la chute intégrale et spontanée du cheveu, et hâter ainsi le processus de la guérison.
Mais ce processus inflammatoire peut sans doute ne pas survenir toujours. Gomme j'ai traité sans retard les cas que j'ai rencontrés, je ne puis savoir ce qu'eût été leur évolution naturelle. Mais presque tous les cas que j'ai observés étaient de date assez récente, et une tondante de cinq mois de durée était en guérison spontanée. Les cas de tondante observés par Zollikofer ont guéri, en moyenne, en 70 jours.
De tous les cas qui s'accompagnaient d'un état de dermite sousjacente, aucun ne s'est terminé, comme certains kérions, par cicatrice. Et les surfaces spontanément dépilées se sont intégralement recouvertes.
Cette affection est certainement très contagieuse, d'enfant à enfant, et semble se comporter, en ceci, comme les microspories d'origine humaine. Pourtant on en a peu vu constituer d'épidémies scolaires, mais plus souvent des épidémies familiales.
C'est un caractère très spécial à cette teigne, et je citerai ici une dernière observation tout à fait typique : le père, homme de cinquante ans, présentait trois ou quatre taches érylhémateuses à bords nets, ovales, de la dimension d'une pièce de cinquante centimes, un peu surélevées, occupant le tour du cou à la limite de la barbe.
La mère présentait des taches semblables sous le sein. Deux filles
MICROSPORUM LANOSUM. 215
en montraient de semblables an visage, et il en était, paraît-il, de même, d'un fils de vingt ans que nous n'avons pas vu.
Le petit garçon de huit ans, pour lequel on était venu nous consulter, montrait au cuir chevelu trois petits points de teigne tondante microsporique. Un Chien était accusé de cette épidémie familiale. La culture de tous ces malades fut identique : Microsporum lanosum.
Avec ce parasite nous avons observé, plusieurs fois, des épidémies familiales analogues. Mais la pauvreté, la promiscuité, la saleté demeuraient souvent la cause évidente de ces contagions ; ainsi, dans une autre observation, le Microsporum lanosum existait sur le père et deux fillettes, parce que ces pauvres gens étaient sans asile, et couchaient côte à côte où ils pouvaient.
J'avais attiré l'attention sur ces épidémies familiales dès ma première étude du M. lanosum; elle a été depuis souvent confirmée (').
La microsporie du M. lanosum est épidémique plutôt qu'endémique, au contraire de celle du M. Audouïni banal, qui est endémique et sujette seulement à des réveils épidémiques. Lorsque j'ai reconnu et étudié le M. lanosum, la proportion des cas que j'en trouvais était d'abord de 1 sur 4 (épidémie probable) ; puis je passe 5 mois sans en voir un cas, ce qui ramène la proportion totale à moins d'un dixième. De même Suis et Suffirai! réunissent en quelques mois à Toulouse leurs seize observations, et depuis lors ils n'en trouvent plus un seul cas. Enfin l'épidémie de Saint-Gall, admirablement suivie, dure de novembre 1907 à juillet 1908, faisant 45 cas, par petits foyers épidémiques de famille. Et pendant ce temps la ville de Baie lutte depuis 1905 contre la microsporie banale qui a fait plus de deux cents contagions dans ses écoles. La différence de mœurs des deux parasites est évidente.
Le Microsporum lanosum peut déterminer, chez l'enfant et l'adulte, une éruption de microsporie cutanée généralisée à tout le corps, fait
f1) •• Suivant le type de cette affection écrit Zollikôfer : l'épidémie (de Saint-Gall) s'est montrée éminemment familiale et non scolaire. Chaque fois que le diagnostic avait été porté sur un écolier, une inspection soigneuse était exécutée dans la division à laquelle le malade appartenait, et ces inspections scolaires sont toujours restées sans résultat positif, tandis que, parmi les membres de la famille du malade, nos recherches ont été rarement infructueuses. Comme exemple, nous citerons une famille où la grand-mère, la mère et quatre enfants étaient atteints. Cette famille venait de changer de domicile. Dans la maison qu'elle avait quittée était venue habiter une autre famille chez laquelle nous découvrîmes les malades suivants : deux filles adultes et un petit enfant; dans une troisième famille, deux garçons. »
« Dans une autre maison, deux enfants, la mère et la servante furent trouvés malades; dans une troisième maison, quatre enfants appartenant à deux familles, et de plus, un cousin et un ami qui fréquentaient une de ces familles. » Et l'auteur ajoute très justement : ■< Ces divers faits cliniques et épidémiologiques écartaient dès le commencement l'idée du Microsporum Audouïni et évoquaient la présomption du M. lanosum, bien avant que les cultures et les inoculations eussent pu nous en fournir la certitude ».
MIGKOSPORIES.
que je n'ai jamais observé qu'une fois chez deux membres delà même famille. En voici l'histoire en deux mots : Une grande jeune fille de 16 ans présente d'abord au devant de l'aisselle droite, puis en cinq ou six points du corps, des cercles d'herpès circiné, spécialement au cou, aux bras et à la poitrine. Tous ces cercles étaient identiques
Fig
Petits éléments circinés érythémato-squameux d'une éruption généralisée due au Microsporum lanoswn. (Malade de Brocq, cliché de Sottas.)
de 1 1/2 à 7) centimètres de diamètre, tout petits par conséquent, et pour la plupart grands comme une efflorescence d'érvthème polymorphe annulaire [herpès iris) auquel ils ressemblaient tout à fait. Leur ourlet périphérique, un peu saillant, n'était pas vésiculeux mais sec, de couleur rouge brunâtre, peu squameux, le centre légèrement fûrfureux et lustré (fig. 64).
Après quinze jours, cette jeune fille communiqua sa maladie à sa
MICROSPORUM LANOSUM. 217
jeune sœur âgée de 7 ans, et, chez celle-ci, l'éruption fut généralisée.
Les cercles passèrent de l'un à l'autre sujet en conservant pleinement leur identité et leur personnalité. D'abord l'enfant en présenta sur le visage et sur les mains, puis au cuir chevelu et sur le corps. Au total l'éruption pouvait comprendre cent à cent cinquante cercles identiques, et qui ne différaient que par leur âge, roses au début, brun violàtres à la fin, avant de desquamer et de laisser leur trace dessinée en blanc sui la peau du voisinage. Tous les cercles d'une dimension petite et presque uniforme.
Les faits de ce genre sont assez rares dans la science, mais il en existe cependant. Le premier cas est dû à Malherbe (de Nantes) ('). Il concerne une enfant de cinq ans qui, un mois après une Microsporie du cuir chevelu, lit une éruption généralisée de cercles1 typiques, grands comme des pièces de deux francs et de cinq francs, avec un centre bistre moiré. Les bras de l'enfant en étaient couverts, ainsi que le ventre, les cuisses. Et cette éruption dura, comme dans le cas que nous avons observé, environ un mois et demi. La morphologie du parasite dans le cheveu, telle que l'auteur la retrace, ne laisse aucun doute sur sa nature. Il s'agit bien d'un Microsporum. L'examen des squames semble avoir été très succinct, et l'auteur déclare simplement que le parasite y est rare, l'ait qui contraste beaucoup avec ce que nous verrons plus loin. Quant à la culture, son tapis duveteux, amiantacé, affirme un Microsporum; la différenciation de l'espèce n'a pas été poussée plus loin.
La seconde observation du même fait est due à Danlos (î). Dans ce cas, l'éruption, constituée par des anneaux rouges offrant le type parfait de l'herpès circiné, siégeait sur le front, le côté droit du nez, occupait la nuque en totalité, et couvrait la partie supérieure du tronc et des bras. L'examen microscopique de la tondante qui avait précédé cette éruption démontrait une microsporie. Pas de cultures (3).
(l) H. Malherbe. Tondantes à petites spores. Généralisation à la peau glabre (Gazelle médicale de Nantes, 1900).
(*) Danlos. Teigne tondante à petites spores, avec eflloreseences cutanées (Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1902, p. 623).
(3) Ces cas sont à rapprocher de la microsporie généralisée décrite par Colc.ott Fox et Blaxall (Notes on tvvo cases of tinea circinata. British Journal of Dermatology, toc. cit.): Deux enfants 11 et 7 ans présentent, sans tondantes, une éruption d'herpès circiné généralisé. Les cercles ont un centre bistre, un liséré rouge desquamant périphérique, quelquefois double, donnant à la lésion l'aspect d'une cocarde. La culture donne, sans aucun doute, le Microsporum du Chat. Il est à remarquer que le Microsporum du Chat semble tenir en Angleterre la place du Microsporum lanosum en France. Il est en effet assez fréquent. Les auteurs ont isolé ce Champignon de 14 cas provenant de II sources. Dans un seul cas la lésion fut un kérion.
Les auteurs notent aussi un détail qui correspond tout à fait à ce que nous avons vu : Dans les squames, le parasite montre un mycélium extrêmement abondant.
218 MICROSPORIES.
('es observations sont tellement semblables que la communauté de leur origine, l'identité de leur parasite causal, restent peu douteuses. Ce fait demande cependant confirmation. Il faudra dorénavant que les éruptions microsporiques semblables soient plus soigneusement étudiées par ceux qui les rencontreront, et que l'espèce qui les cause soit chaque fois déterminée.
Microsporie de la barbe. — Je n'ai observé que trois fois l'inoculation du M. lanosum à la barbe de l'Homme : c'était au menton, el une fois sur une joue, trois cercles roses, squameux, sur lesquels les poils malades présentaient l'aspect typique du cheveu microsporique. Mais il s'agissait d'inoculations récentes et les poils n'étaient pas tous fragilisés. Dans un cas, on put les enlever en totalité par une épilation attentive. La guérison, chez les trois malades fut obtenue assez vite, par des applications iodées faibles. La culture faite, des trois patients, donna le Microsporum lanosum (').
En résumé le Microsporum lanosum provoque chez l'Homme des lésions dont les caractères et l'évolution diffèrent de ce qu'on observe avec le Microsporum Audouïni.
Tandis que la tondante du Microsporum Audouïni est faite de grandes plaques rares, sans réaction inflammatoire, criblées de squames grises, et couvertes de cheveux cassés, engainés de blanc, la tondante àu^Microspomm lanosum est ordinairement faite de points plus petits et plus nombreux, présentant d'ordinaire une réaction inflammatoire plus marquée; la surface des tonsures est également squameuse, grise, mais beaucoup des cheveux parasités et engainés de blanc qui les couvrent peuvent être épilés entiers entre les doigts
Cette inflammation légère du derme facilite l'épilation du cheveu entier, en provoquant son décollement, et cela fait sans doute plus brève la durée de la maladie.
Microscopiquement, les cheveux atteints par le Microsporum lanosum et par le Microsporum Audouïni peuvent être identiques entre eux, mais, les mycéliums géants qui descendent au long du cheveu, hors de lui, el vont l'infecter dans la profondeur, sont souvent plus nombreux, plus fréquents, plus durables, dans la tondante due au Microsporum lanosum que dans celle du Microsporum Audouïni banal, où leur présence paraît rare et brève. Enfin le Microsporum lanosum peut causer des lésions pilaires de la barbe chez l'Homme et des lésions circinées nombreuses des régions glabres, ce que le Microspomm Audouïni ne fait jamais.
(*) Un seul de ces trois malades est compté dans notre statistique, les deux autres ayanl été observés après qu'elle eut été close, après 500 cas cultivés.
MICROSPORUM LANOSUM.
Ainsi les lésions du Microsponim lanosum présentent des mœurs, des caractères objectifs et des caractères microscopiques qui permettent en général de les différencier avant d'avoir pratiqué la culture du parasite. Mais c'est la culture qui fait la différenciation, et, si Ton peut ainsi parler, la certification absolue du parasite.
Examen microscopique. — On peut rechercher le M. lanosum dans la squame des lésions de la peau glabre, dans le cheveu des tondantes ou dans le poil de la barbe.
D'après ce que nous avons vu, le M. lanosum peut créer sur la peau glabre des lésions dissemblables. Les unes sont de simples taches roses
Fig. fia. — Microsporum lanosum clans la squame des éruptions circinées généralisées qu'il détermine. Bleu de Sahli. x 270.
furfureuses dans lesquels le parasite peut être assez rare et, difficile à mettre en évidence. Les autres sont des cercles parfaits, ordinairement très nombreux.
Dans ce cas, au niveau du large liséré d'un rouge brun, qui cernait chacun d'eux, les squames montraient un véritable feutrage d'éléments mycéliens enchevêtrés, chacun composé d'éléments rectangulaires, assez réguliers, placés bout à bout. Os filaments de 5 y. de diamètre environ, rubanés, réguliers, se multiplient par dichotomie et s'enchevêtrent d'une façon qui rappelle les agglomérats parasitaires des godets faviques (fig. 65).
Dans les squames de la tondante, à son début, il est aisé de trouver aussi un abondant mycélium que reproduit la figure 66 à deux grossissements. Ses filaments ont les flexuosités des mycéliums microsporiques en général. La coloration les montre divisés en éléments quadrangulaires assez réguliers.
MICROSPORIES.
Fig. 66. — Filaments mycéliens dans la squame d'une tondante due au Microsporm lanosiùn. Bleu polychrome, x 270. Le carton : x 7,j0.
Fie. G7.
Microsporuvn lanosum autour du cheveu de l'enfant, x 260.
Fi^. 68. — Cheveu de l'enfant dans la microsporie du Micrpsporum lanosum. Les 2 figures superposées se complètent. A, gros mycéliums d'envahissement. B : îlots de grosses spores en mosaïque dont la multiplication forme la gaine microsporique. C.-E est un fragment de l'étui épidermique du follicule. D, est la frange mycélienne d'Adamson au collel du bulbe pilaire. x "2(30.
MIGROSPORIES.
Quant au cheveu envahi par le M. lanosum, il peut copier si exactement le cheveu du M. Audouïni qu'il serait impossible d'en essayer la différenciation (fig\ 67).
C'est le même tronc de cheveu strié, entouré dune gaine continue <le spores petites, polyédriques par tassement, et disposées sans ordre apparent, en mosaïque ; si l'on examine une plaque de tondante déjà ancienne, c'est le tableau que l'on retrouvera, sur tous les cheveux malades; ou bien on trouvera un aspect moins parlait, analogue à celui <pie représente la figure 16, et pour la même raison. Le cheveu micro-
sporique usé par tous les traumatismes de hasard, ne montre plus sa gaine qu'à l'état de débris, sous forme de groupes de spores, accrochées au cheveu, en des points disséminés.
Il en est tout autrement si l'on examine des plaques de tondante jeunes, portant des cheveux visiblement gris, engainés et qu'une épilation ménagée arrive à épiler sans fracture. Alors on peut retrouver, en multipliant ses recherches, tous les tableaux que nous avons figurés déjà, en parlant de la structure des Microsporums dans le cheveu, car c'est d'après les Microsporums animaux et tout spécialement d'après le Microsporum lanosum que tous ces dessins ont été faits.
Un des aspects du parasite est assez fréquent pour être expressément figuré. C'est celui que représentent la figure OS. C'est le même che-
Fig. 69. — Préparation extemporanée dans la microsporie du M. lanosum. A, est le cheveu. B, l'écorce microsporique dont pendent des fragments dissociés mélangés de cellules épidermiques C, el de gros mycéliums d'envahissement D. x 260.
MICROSPORUM LANOSUM.
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