DECOUVERTE DE LA NATURE CR Y PTOGAMIQU E DU FAVUS
A cette époque Bassi venait de découvrir la nature mycosique de la Muscardine épidémique des vers à soie. Aussitôt beaucoup d'esprits prévirent que la muscardine n'était pas la seule maladie au monde
(') Duncan. Médical vases and observations, selecled from the Records of the Public, dispensary at Edinburg. Third édition, Edinburgh, 1784, p. 205.
(2) Murray. De niedeadi tineae capitis ratione para lipo mena, 1782. Collect. Faculté : Dissert., t. X, n° 2, p. 178.
(5) Àlibert en 1832 considérait les favi comme des lésions de sécrétion.
(*) Letenneur. Quelques recherches sur le favus. Th. de Paris, 1839.
(5) ■• En classant avec les auteurs anglais le favus ou la teigne dans l'ordre des pustules, nous ne pouvons cependant nous empêcher de reconnaître que l'élément faveux n'est point, à proprement parler, un bouton purulent, mais bien, dès le début, une croûte sèche, qui elle-même paraît être le produit d'une altération de sécrétion du follicule pileux.., mais nous avons cru devoir tenir compte de l'analogie d'aspect qu'offre cet élément avec les pustules véritables. >• Gibert. Traité pratique des maladies spéciales de la peau, IIe édition, 1840, p. 238.
causée par une moisissure, et de tous côtés, en Allemagne, en Suède, en France, on chercha. Ainsi la nature mycosique du fa vus se trouvât-elle affirmée presque à la fois en trois pays.
En 1857, et, je crois, avant tout autre, Remak (') observa que les fttvi étaient constitués par un agrégat de filaments de moisissures, ce qui suffisait à les distinguer des autres croûtes. Mais, l'idée ne lui vint pas que cette maladie eût la moisissure pour cause. Et c'est en 1859 que Schônlein (?) démontra la nature végétale des soi-disant « pustules sèches » du favus. Ayant examiné des éléments du porrigo lupinosa de Willan, il écrit : « Tout de suite mes premières recherches ne me laissèrent aucun doute sur la nature mycosique de la soi-disant pustule : und gleich die ersten Vêrsuc/se Uess-en fceinen Zweifel iiber die Pilz natter dev xogenannten Puxteln » ; un dessin médiocre accompagne ce texte ; il figure des filaments mycéliens ramifiés émergeant d'une masse granuleuse indistincte.
Dès cette découverte se formèrent deux courants d'opinions inverses sur la valeur à lui attribuer. Henle ne voulut voir, dans la moisissure des croûtes faviques, qu'une formation accidentelle, au sein d'une sécrétion purulente. Remak (3), Fuchs (4), et Langenbeck (s), élèves de Schônlein, défendirent au contraire sa constance et sa valeur.
Une chose remarquable en ces communications allemandes, c'est que presque toutes visaient à faire supposer des moisissures dans une quantité de lésions cutanées diverses, plus ou moins nettement classées comme scrofuleuses, et non pas exclusivement dans le favus. Klenke (G) trouve des champignons dans une croûte de lait et dans un lupus, B. Langenbeck (7) a observé aussi le développement de champignons dans diverses éruptions cutanées, croûtes serpigineuses, etc. Jahn (8) cite des cas analogues.
(M Dissertât, inaug. De morho scroftilo. Von Xaverus Hube Berolini, 1837. p. 19.
(2) Arch. fur Anat, und Physiol. Von f. Millier, Berlin, I839, p. 82. Zur Patfaogenie der Impetigines von Prof. Schônlein in Zurich. PI. III, fig. 5.
(?) Remak combat l'opinion de Henle dans le Medicînische Zeitung hèraùsgegeben von dem Vereine flir Heitkunée in Preusen. Berlin, 1840, n° 16, p. 75, 74, analysé dans Beperlorium fur anat. und Physiol. de Valentin, 1841, t. VI, p. 58.
(*) Fuchs, dans son traité des maladies de la peau (Die krankhaften Verdnderungen der Haut, 5 vol. in-8°, Gôttingen, 1840), fait déjà une classe de maladies « mit parasitischen vegetabilien » dont la première est le favus. T. II, p. 509-
(5) Langenbeck mentionne la découverte de Schônlein et l'a vérifiée, mais il en parle d'une façon moins nette, et n'en tire pas de conséquences. Fuchs et Langenbeck. C. H. de la Policlinique, de Goettingen, dans Annales Hanovrienncs de Holscher, 1840.
(6) Neue physiologisrhe Abhandlnngen. Leipzig, 1842, p. 60.
(7) Stammiicher Beriehl iiber die 18,e Versammlung der Gesellschaft deutsc/ier Naturforscher und Aertze zu Erlangen, septembre 1840, von Leopold und L. Stromeyer, Erlangen, 1841, p, 166.
(*) Naturgeschiehte der Schonleinschen Bimmen Ausehlaege und Exanthème, 1840, p. 155.
Les choses en étaient là, et ces faits, peut-être à cause de leur diversité, avaient assez peu ému le public médical allemand. A plus forte raison, la rumeur n'en avait-elle point passé les frontières, lorsque parut à l'Académie des sciences, le \u2 juillet 18-41, un mémoire de D. Gruby : Sur une végétation qui constitue la vraie teigne, mémoire dont on peut, sans erreur, faire dater l'ère moderne de l'histoire des teignes cryptogamiques.
Gruby (*) est l'homme qui découvrit l'origine mycosique de toutes les teignes humaines. On ne trouvera donc pas étrange que nous consacrions à ce savant d'une physionomie singulière quelques lignes sommaires de biographie.
Gruby, israélite d'origine hongroise, élève à Vienne de Bokitansky et de Berres, vient à Paris, à la fin de l'année 1840, ayant quitté Vienne après avoir refusé d'échanger une chaire de professeur extraordinaire contre un certificat de baptême. A Paris, Gruby fréquente aussitôt le service du docteur Baron, à l'hospice des Enfants- Trouvés, rue d'Enfer. C'est de ce service que sortirent tous ses mémoires à l'Académie des sciences, lesquels sont demeurés la base de toute étude micrographique des teignes (1840-1845).
Durant ces années et celles qui suivent, Gruby découvre le champignon du « Muguet », le Tripanosome du sang de la grenouille, étudie le Demodex folliculorum de l'homme, et d'autres parasites des animaux, s'occupe de travaux d'anatomie comparée, et fait, pendant treize ans, un cours public de science expérimentale, où il compte parmi ses élèves : Flourens, Magendie, Milne-Edwards et ("lande Bernard.
Vers 1850, il commence à se consacrer à la pratique médicale, et devient bientôt un médecin en vogue, célèbre par l'originalité de ses prescriptions et de ses conseils. 11 s'occupe ainsi, durant, 40 ans, de médecine, et aussi d'astronomie, de météorologie, et, de plus en plus, d'oeuvres de philanthropie et de charité, et meurt à Paris, âgé de 88 ans. Tel fut l'homme étrange dont les œuvres scientifiques, toutes très brèves, comme on le verra, devront nous occuper tant de fois....
... Donc son premier mémoire avait pour sujet l'origine mycosique du favus. Son importance historique, aussi bien que sa valeur propre, nous font un devoir de le présenter ici en détail f2).
(J) Une excellente biographie de Gruby dont nous nous inspirons ici a été donnée par Raphaël Blanchard dans ses Archives de Parasitologie, II, n" 1, p. 43, 1899. David Giujby, 1810-1898. Consulter aussi L. Leleu. Le Dr Gruby. Notes et souvenirs. Stock, édit.-, 1908.
(*) Mémoire sur une végétation qui constitue la vraie teigne, par M. Gruby (extrait par l'auteur). C. R. Acad. des Se, 12 juillet 1841, t. .XIII, p. 12. En voici le texte intégral :
« Les médecins les plus distingués diffèrent d'opinion sur la nature de la teigne et sur son siège. Nous ne citerons que les opinions les plus répandues; ainsi MM. Willan, F. Batman et Rayer adoptent une pustule comme première
11 commence par un lumineux exposé des incertitudes et des contradictions des cliniciens que l'auteur opposera les unes aux autres, et toutes aux faits précis qu'il apporte. Il montre l'insuffisance des caractères cliniques du favus. « Pour reconnaître la vraie teigne, on n'a qu'à la soumettre au microscope. » Une parcelle de godet, délayée
formation, tandis que M. Baudelocque et MM. Mahon et Gibert nient l'existence de ces pustules comme éléments de la teigne. La même différence d'opinion existe concernant sa contagiosité. M, Alibert nie la contagiosité, en opposition en cela avec la majeure partie des médecins, qui l'admettent De même, M. Mahon et beaucoup d'autres considèrent les follicules de la peau comme siège de la maladie, tandis que M. Baudelocque le met dans les bulbes. Le diagnostic est. dans beaucoup de cas, très difficile par le manque de caractères essentiels, et il n'est pas rare de voir la vraie teigne confondue avec la pseudo-teigne et plusieurs autres espèces. On a basé le diagnostic sur les caractères suivants plus ou moins constants :
« 1° Sur les pustules placées au-dessus de l'épidémie autour des poils : mais nous avons vu la discordance des auteurs sur ce point, et en effet nous avons vu plusieurs cas de vraie teigne exempte de pustules. »
« 2° Sur les dépressions que les croûtes arrondies offrent : mais on ne peut se servir de ce caractère que lorsque les croûtes sont bien développées et encore entières, ce qui n'a pas lieu souvent. >•
- 3° Sur la contagiosité : mais outre qu'elle n'est pas encore bien constatée, il y aurait de grands inconvénients à inoculer une maladie si grave dans un but diagnostique. »
« 4° Sur l'odeur spécifique, que l'on ne. peut observer ni dans le commencement de cette maladie, ni dans les cas où elle n'a qu'une petite étendue. »
•• Tous ces caractères étant insuffisants pour constater la vraie teigne, j'exposerai dans ce travail :
« 1° Un nouveau caractère de la vraie teigne, assez constant et net pour devenir le caractère diagnostique de cette maladie. »
« 2° La physiologie de ce produit pathologique. »
•• 5° Le siège spécial et la relation qui existe entre ce produit morbide et les tissus environnants. »
« I. — Pour reconnaître la vraie teigne, on n'a qu'à la soumettre au microscope; pour cela on se sert d'une petite parcelle de la croûte, délayée avec une goutte d'eau pure; on la met entre deux lames de verre et on l'examine sous un grossissement linéaire de oOO. On v verra une grande quantité de çorpus-
cules ronds ou oblonss, dont le diamètre lougitudinal est de =—; à 77^. de
millimètre et le transversal de ^^ à — - de millimètre; ils sont transparents.
jOO la(l
à bord net, à surface lisse, incolores, légèrement jaunâtres, et composés d'une seule substance. On remarque en outre de petits filaments articulés d'un diamètre de ;j-— - à ^— de millimètre, transparents et incolores; la forme générale
de ces filaments est cylindrique ou ramifiée, selon la partie de la croûte à laquelle ils appartiennent.
•• Les filaments cylindriques sont composés de corpuscules oblongs ou ronds, qui ont souvent l'aspect d'un chapelet; les filaments ramifiés, au contraire, sont munis de distance en distance de cloisons végétales, représentant des cellules oblongues, dans lesquelles on trouve de petites molécules rondes et transparentes d'un
diamètre de rrrr^r, à t-jtttjj de millimètre. Ouelquefois on trouve des granules
adhérentes aux filaments, pareilles aux spores de la Torula olivacea et T. sachari, présentées dans l'ouvrage intitulé Icônes fungorum de M. Corda (Pragœ.
dans l'eau, et examinée à un grossissement de 300 diamètres, montre des quantités d'articles ronds, ou oblongs de 5-40 y. de long, sur f>-6 u de large, « transparents, à bords nets », et aussi de plus petits « filaments articulés » de I à 2 1/2 |/., cylindriques et ramifiés, composés d'articles en chapelet, séparés par des cloisons, et dont la nature
1841, t. IV). La l'orme de ces filaments met leur caractère végétal hors de doute; elles appartiennent au groupe des mycodermes, selon M. Brongniart.
« Comme nous n'avons pas encore trouvé une molécule de la vraie teigne qui ne soit chargée d'un grand nombre de ces mycodermes, celles-ci constituent un vrai caractère essentiel de cette maladie.
« IL — La croûte de la teigne offre quelques particularités trop intéressantes pour être passées sous silence. Il faut choisir une croûte isolée, entière, âgée seulement de quelques semaines, et dont la surface externe ne se soit pas brisée; pour cela, on la prendra d'un endroit où la quantité de cheveux ne l'empêche pas d'être enlevée avec facilité. La croûte offre alors l'aspect d'une capsule aplatie, semblable à celle de la noix vomique, c'est-à-dire la forme d'un disque dont l'une des surfaces est légèrement concave, l'autre convexe. Le bord, de forme circulaire, est partagé par un léger sillon en deux parties égales; dont la supérieure est exposée à l'air, et l'autre située vers le derme. Ces deux disques sont de couleur jaune à leur surface externe, et à l'intérieur de couleur blanc grisâtre. La surface concave est la partie aérienne, la convexe est la partie cutanée.
« La croûte tout entière est enveloppée dans des cellules d'épidémie., qui sont beaucoup plus nombreuses sur la partie aérienne que sur la cutanée.
" Il y a encore une deuxième enveloppe, qui entoure la croûte tout entière, qui est composée de molécules de différentes grandeurs, qui constituent une substance amorphe, placée entre les cellules d'épidémie et la végétation parasite elle-même. On trouve ensuite vers l'intérieur la plante parasite, dont les racines sont immédiatement placées dans la substance amorphe que je viens de citer; la ramification, au contraire, se prolonge vers le centre de la croûte. Une coupe verticale de la croûte offre un tissu central poreux et grisâtre, friable et composé des granules et des branches du mycoderme; le nombre des granules y -surpasse de beaucoup celui des branches. Dans la partie périphérique, au centre, on voit le tissu compact de la substance amorphe, où les racines du mycoderme sont placées.
•< Les granules paraissent être les produits de la plante, et servent probablement à sa propagation.
« En résumé, chaque croûte isolée de la teigne consiste en deux enveloppes et en un assemblage de mycodermes qui y sont renfermées comme les fruits dans leurs péricarpes.
<• La contagiosité de celte maladie devient plus probable par sa nature végétale, et j'aurai l'honneur de soumettre à l'Académie le résultat de l'inoculation de cette plante sur l'homme et sur différentes classes d'animaux. »
« III. — Le tissu de 1'épiderme est le siège particulier de la teigne ; les cellules de l'épiderme qui, par leur structure s'approchent de la composition du tissu végéta], paraissent bien aptes à donner naissance à un tissu pareillement végétal; aussi voit-on le mycoderme de la teigne se propager entre les cellules de l'épiderme, en comprimant seulement le tissu du derme sans le détruire. Seulement on trouve quelquefois le tissu cutané enflammé au-dessous de la croûte avec peu de globules inflammatoires.
« Presque toujours on peut enlever la croûte sans blesser notablement la peau.
« Dans le cas le plus fréquent, après la séparation de la croûte, un liquide séreux est exsudé sur la surface de la plaie pour la couvrir; aussi voit-on la guérison s'accomplir sans cicatrice, ce qui tend à prouver que le derme n'a été détruit ni par la suppuration, ni par l'ulcération.
« La liaison entre les bulbes des cheveux et ses (sic) parasites n'est pas si in-
végétale ne fait aucun doute. Or, comme les moindres parcelles de godet montrent ces éléments cryptogamiques, ceux-ci « constituent un vrai caractère essentiel de cette maladie ».
La croûte spéciale du favus, ce que nous appelons aujourd'hui le godet, est décrite par Gruby en perfection. On a peine à comprendre aujourd'hui comment Gruby a pu se rendre compte, à ce point, de la structure du godet favique, qu'il a fallu la technique des coupes histologiques pour préciser. La description de Gruby est pleine de détails qui, pendant trente ans et plus, restèrent à peu près sans vérification ni contrôle, et n'ont pris place en nos livres classiques que dans les 15 ou 20 dernières années. C'est dans la troisième partie de son mémoire que Gruby décrit l'envahissement parasitaire du follicule, sans que l'envahissement parasitaire du cheveu y i soit pourtant expressément mentionné. Le texte de Gruby se termine enfin sur cette espérance que les médecins, comprenant mieux la direction à donner à leur thérapeutique, pourront arriver plus aisément à la guérison de la maladie.
Tel est le premier mémoire de Gruby, dont on pourra consulter cicontre le texte complet, transcrit avec les fautes mêmes de français que la récente arrivée de l'auteur en notre pays fait comprendre et excuser.
Le premier effet de la communication de Gruby fut de provoquer des revendications multiples, et d'apprendre à tous les constatations précédentes de Schônlein, de Remak, de Fuchs et Langenbeck : réclamation de Kettner (') pour la priorité de Schônlein; réclamation de Têxtor en faveur de Schônlein, de Fuchs et Langenbeck avec qui il a étudié dans le Porrigo favosa et Yimpetigo scro/ulosa des champignons, « analogues à celui de la muscardine » (2).
Mais précisément, ces travaux, comme je l'ai dit, étaient médiocres à cause de la multiplicité et de l'imprécision de leur sujet. Tel auteur, comme Meynier (3), revendiquait jusqu'à la priorité d'une note où « il
time qu'on l'avait supposée; car il arrive très souvent que le myooderme est bien développé, sans que les follicules des cheveux en soient notablement altérés Quelquefois cependant les filaments de myeoderme se prolongent vers les follicules des cheveux et entourent ses (sic) bulbes; ce qui cause alors la forme conique de la partie cutanée de la croûte.
« Le poil se ramollit alors tellement que, placé entre deux lames de verre, une légère compression suffit pour l'aplatir et pour le faire se fendre dans le sens de ses fibres, ce qui peut très bien servir à en étudier le tissu filamenteux. Les follicules de la peau sont secondairement atteints de la même altération, de même que les autres tissus de la peau.
« Quant à la thérapie de cette maladie, ces nouveaux faits doivent engager ios praticiens à faire de nouvelles tentatives dans cette direction. »
(1) 19 juillet 1841. C. R. Ac. des Se, t. XIII, p. 147.
(2) 26 juillet 1841. C. R. Ac. des Se, t. XIII, p. 220.
(3) C. R. Ac. des Se, 1841, t. XIII, p. 309.
croit que beaucoup de maladies cutanées sont dues à des parasites végétaux ».
Gruby se contenta de répondre à l'Académie (') qu'il ignorait tout à l'ait les travaux de Schônlein et qu'ils di lieraient beaucoup des siens, ce qui était vrai.
Plus tard, Gruby annonça qu'il avait réussi à inoculer le champignon du l'avus sur la peau de l'homme, qu'il l'avait inoculé à des animaux sains, enfin qu'il avait réussi à le faire croître même sur du bois (?)(2).
C'est Haunover (3) qui fournit le deuxième dessin du parasite du favus : filaments mycéliens articulés et articles mycéliens isolés que l'auteur compare à des levures. C'était une comparaison assez lointaine. En Italie, Dubini(4), en Angleterre, Benett(5), furent les premiers à vérifier l'existence du parasite du favus.
De toutes parts, d'ailleurs, les examens se multipliaient. Lebert(G) fournissait, avec une description un peu meilleure du parasite que les ouvrages contemporains, un meilleur dessin et un nom nouveau : Oïdium Schônleinii. L'honneur de nommer le parasite resta à Remak(7). C'est lui qui, s'inspirant du célèbre mycologue Link, différencia le champignon du favus du genre Oïdium et créa pour lui le genre Achorion. Ainsi fut nommé le champignon du favus. Il est resté définitivement VAchorion Schônleinii.
C'est aussi dans ce travail que Remak fit les premiers essais de germination et de culture de l'Achorion — après Gruby. Remak avait placé de la poussière de favus sur les milieux les plus divers : chair musculaire, pus, sérum, eau sucrée, pomme. Sur la pomme, il obtint, après vingt-quatre heures, une germination évidente. Les spores reprises poussaient des prolongements mycéliens qu'il reproduisit par le dessin, et ces dessins sont d'une vérité certaine;... seulement, au sixième jour, la pomme se recouvrait de Penicillum.
Enfin Remak raconte, dans ce travail, l'inoculation positive qu'il avait obtenue sur lui-même. Ayant posé sur son bras une croûte favi-
(') C. fi. Ae. des Se., 1841. t. XIII, p. 388.
(-) Sur les mycodermes qui conslituenl la teigne laveuse. C. H. Ac. des Se., I. XIII, p. 5119, et Ueber tinea l'avosa. Milliers Archiv. fur Aval, und Physiol, 1842, p. 22.
(3) Hannover. Arch. fur anal, and Physiol. von ./. Millier, 1842. 282-95, pi. XV, fig. 7, 8, 9.
(*) Dubini. Sulla natura vegelabile délia tigna vera o favosa. (Sazz. med. Milano, 1842, û p. 65-68.
(5) Benett. On the vegetable nature of Tinea favosa. (Porrigo lupinosa of Bateman) its symptoms, causes, pathology and treatement, with colored plate. The inonlhly journal of médical Sciences, 1842, and Transa<\ of the Royal Society of EdinburghAU% vol. XV, 2e partie, p. 277-94.
(6) Ledert. Physiol. patli., t. II. Mémoire sur la teigne, Paris, 1845, p. 477.
(7) Remak. Diagnostische und pathogenische untersuchungen, Berlin, 1845, VII. Muscardine und Favus (Porrigo lupinosa), p. 195-2 15.
que, il la maintint en place avec un taffetas d'Angleterre, pendant quelques jours, après lesquels tout tomba sans qu'il se fût rien produit. Mais quatorze jours plus tard, on vit apparaître une rougeur prurigineuse, puis un favUs se produisit qu'on enleva, qui se reforma, et qui fut enlevé de nouveau. Le tout dura plusieurs semaines. Le nombre des inoculations manquées fit croire à Remak qu'il fallait une prédisposition pour contracter la teigne, et il accusa la scrofule....
Cependant tous les médecins n'étaient pas convertis aux vues nouvelles des naturalistes. Beaucoup refusèrent avec Cazenave de voir et de croire; d'autres, comme Léveillé, essayèrent de voir et ne virent pas ('). Dès 1844, Cazenave (-) commençait, contre le champignon du favus, la campagne qu'il devait poursuivre pendant vingt-quatre ans. Comment croire à l'origine cryptogamique d'une maladie que tous les auteurs disaient avoir vu survenir spontanément? Biett certifiait avoir vu le favus naître après une émotion morale....
D'année en année pourtant, les idées nouvelles firent leur chemin. Rayer (•"'), depuis la publication de son ouvragé, vérifia la nature cryptogamique des favi, il l'avait dit à Ch. Robin qui consigna cette adhésion dans son ouvrage (l). Enfin Bazin fut un des premiers, non seulement à accepter les idées nouvelles et à combattre pour elles, mais à en tirer des déductions thérapeutiques et à transformer les anciens traitements du favus, comme nous le verrons plus loin.
L'Achorion Schônleinii entra définitivement dans la science classique, avec le considérable article que lui consacra Charles Robin dans son Histoire naturelle des végétaux parasites de l'homme et des animaux (;i). Ce livre, le plus scientifique de cette époque sur ces sujets, le plus consciencieux, et le mieux informé, est le trésor où tous les auteurs qui suivirent allèrent, comme moi-même, puiser le meilleur de leurs renseignements bibliographiques.
Robin classe YAchorion Schônleinii dans le genre Achorion de Link et Remak, dans la tribu des Oïdiés. Le parasite a deux habitats :
1° Autour du poil, et l'auteur note cette conséquence, qu'il devait tenir de Bazin — de son avulsion partielle par l'épilation.
2° Et dans la peau, où le parasite crée l'agglomérat parasitaire qui est le favus. ou godet.
Le développement du godet est décrit d'après Lebert et Remak :
(l) Léveillé. Art. Mycol. du Dict. mur. d'hist. naturelle, Paris, 1847, t. VIII, p. 461.
(a) Cazenave. Die. de méd., 1844, 2e édit., vol. XXIX. Art. Teigne, p. 338, Traité des maladies du cuir chevelu, 1850, p. 210.
(3) Rayer. Traité des maladies de la peau, Paris, 1855, t. I, p. 697.
(4) Loc. cit. infra, p. 481.
(5) Ch. Robin. Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et sur les animaux vivants, 1853 (avec un atlas de 15 planches).
dans la peau, « on aperçoit par transparence un i'avus sous la l'orme d'un petit corps jaune. Si l'on enlève le feuillet épidermique qui recouvre ce corps, il sort quelquefois une gouttelette de pus, et audessous existe un petit favus, qui, dès son origine, présente une surface lisse et se trouve enchâssé dans l'épaisseur de la peau(') ». Robin note la naissance sous-épidermique du godet, et l'exfoliation de l'épidémie corné, quand le godet est devenu énorme et saillant. Il croit à la formation possible de godets sur des régions dépourvues de follicules pilaires, quoique le godet prenne un follicule pour centre, le plus souvent. Et dans ce cas Robin note très exactement le début du godet au niveau où le follicule arrive à la hauteur des couches profondes de 1'épiderme cirçonvoisin (*).
J'arrêterai ici cette histoire, au moment où les premiers essais de culture vont être suivis de succès et faire entrer la question dans une nouvelle phase que nous retrouverons plus loin(r').
A cette époque, et malgré des dissidences encore nombreuses, pour tous les hommes de science, la question de l'origine mycosique du favus était définitivement tranchée. Sans doute Gazenave, en dépit de tout son esprit, refusait jusqu'en 18=68 de faire pénitence, et s'entêtait dans ses négations C"); mais, à côté de lui, l'immense majorité des savants acceptait la conquête scientifique nouvelle, et Bouchardat, dès 1857, pouvait dire(;) : « Pour les maladies de la peau déterminées par des parasites végétaux, la science ne date que du jour où l'on a découvert, décrit ces êtres microscopiques, étudié leurs conditions d'existence, en leur rapportant les désordres si variés qu'ils déterminent.... C'est dans les voies qui nous ont été ouvertes par ces recherches que j'aperçois pour la thérapeutique le progrès, la perfection »(6j.
(*) Robin. Loc. citât., p. 4i5. Je n'ai pu retrouver, avec certitude, quel est l'auteur qui créa le nom de godets faviques, nom qui, peu à peu, remplaça le mot de fmri, usité auparavant. C'est dans Robin que j'en ai trouvé la première mention. Godet est sans doute la traduction de scutulum (écuelle), qui est resté usité en Angleterre avec le même sens.
(2) Sa description anatomique du godet n'est pas aussi exacte que celle de Gruby. Et la figure 10 de la planche III, qui représente des unités morphologiques, spores et tubes mycéliens de l'Achorion, est assez médiocre.
(3) Voir p. 66.
(4) A. Gazenave. Pathologie générale des maladies de la peau, 1868. « ... MM. Robin et Bazin ont parfaitement décrit des corps ovoïdes, de 5-8 millièmes de millimètres, qu'ils ont cru être les spores du champignon de Schônlein, et qui ne sont que cette matière sébacée qui, d'après Kôlliker, provient par métamorphose des cellules d'épithélium, nucléeuses, tapissant la face interne des conduits glandulaires..., p. 129.
«... Nous avons vu..., à propos des lésions pathologiques qui sont produites par l'inflammation, ces favi qui constituent une espèce de pustule particulière accompagnés d'une hypersécrétion d'un liquide fourni par les cryptes destinées à lubréfler le poil, p. 155.
C°) Bull, de /'.4c. de tnéd., t. XXIII, 1857-58.
(6) Cité par Feulard. Teignes et teigneux, p. 7(1.
Le i'avus, dont nous venons d'étudier l'histoire première, n'était pas la seule maladie contagieuse et mycosique du cuir chevelu. Il en existe d'autres, aujourd'hui désignées sous le nom commun de Tel gnes tondantes. Mais l'histoire de celles-ci a été beaucoup plus difficile à faire. Le favus se présentait, en tous sièges, avec des caractères presque identiques. 11 n'en était pas de môme pour les teignes tondantes. Leur parasite, comme l'Achorion, peut avoir diverses localisations : au cuir chevelu, à la peau glabre, aux ongles, et même à la barbe chez l'homme, mais leurs lésions avaient, en chaque point, une physionomie spéciale. On comprend donc que la médecine ne parvint pas, du premier coup, à identifier des types morbides aussi apparemment distincts.
La tradition médicale en Angleterre semble pourtant être parvenue, dès le xvie siècle, à réunir sous le même nom de rlngworm (ver en anneau), les lésions qu'on nomma plus tard, en France, l'herpès circiné et la teigne tondante ('), deux des localisations des mêmes parasites, au cuir chevelu et à la peau glabre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le rlngworm de la vieille médecine anglaise devint, sous la plume de Bateman, Vherpes circinnatùs, et que Bateman le décrit d'emblée comme fréquent chez les enfants, et comme contagieux et épidémique :
The herpetic ringworm is most commonly seen in children and has been deemed contagious. It has sometimes, indeed, been observed in several children, in one school or family, at the same Urne.
Or Bateman n'ignorait pas (la planche xxxix de son atlas le démontre) la parenté du ringworm et de la teigne tondante. Car on y voit, sur la tempe du petit malade, un cercle rouge, en partie posé sur les régions pilaires du cuir chevelu, et, en partie, sur les régions glabres du front. Il semble que pour la plupart des auteurs anglais de cette époque, l'identification de l'herpès circiné et de la teigne tondante est faite définitivement. Samuel Plumbe, plus explicite que Bateman, dira (2) :
The diseased sécrétion of the scalp affection is capable of producing, by inoculation, the ringworm of the skin on others parts and vice versa.
(1) Le mot : Ringworm existe dans le Manipulus vorabulorum de Levin, 1570, d'après M. Morris.
(2) Samuel PlumBe. A practical treatise of the diseuses of the skin, 1824, IVe édition. 1837. Londres, p. 146-147.
Willan et Bateman avaient classé le ringworm du cuir chevelu dans les Porrigos. Ils distinguaient six espèces de porrigos dont nous connaissons déjà le P. lupinosa, lequel, suivant la tradition galénique du moyen âge, était la teigne vraie, notre actuel favus. C'est sous le nom de P. scutulata que Willan et Bateman donnèrent la description des teignes tondantes ('j; description médiocre, et l'identification du type morbide ainsi nommé resterait peut-être incertaine sans la planche que nous avons citée tout à l'heure, qui est tout à fait démonstrative et précise le texte. Il faut croire néanmoins que le type du porrigo scutulata était dans l'esprit des maîtres anglais assez peu clair, car lorsque la dermatologie willanique vint orendre racine à l'hôpital Saint-Louis, avec Biett, celui-ci en avait tout à fait perdu la notion. On ne trouve, dans son enseignement, aucune description qui puisse s'y rapporter, et Gibert affirmera positivement que Biett avait toujours méconnu ce type morbide.
En France, c'est un empirique, Mahon l'aîné (2), qui découvrit la teigne tondante et la nomma. La description de Mahon semble celle de la teigne tondante que nous appelons aujourd'hui la Microsporie. Il s'agit de tonsures plus ou moins grandes, rondes, à cheveux cassés visibles; sur ces taches, la peau est bleuâtre, et lorsqu'on la gratte, elle se recouvre de poussière blanche semblable à de la farine. Pourtant Mahon semble confondre, parmi les teignes tondantes, des cas de Monilithrix, affection qui ne ressemble qu'à la tondante à grosses spores. Sa description est certainement plus complète et de beaucoup plus explicite que celles de Willan et Bateman.
« Les individus affectés delà teigne, dit-il, nous ont toujours offert, sur le cuir chevelu, au moins une tonsure plus ou moins étendue, mais toujours régulièrement circulaire, où les cheveux étaient naturellement coupés, ou plutôt cassés à une ou deux lignes au-dessus du niveau de l'épiderme. A cette place, la peau était extrêmement sèche, plus compacte, plus serrée, que les parties voisines qui étaient saines ; les aspérités qui se faisaient remarquer étaient sensibles à la vue et surtout au toucher ; elles étaient semblables à celles qui deviennent apparentes sur la surface de la peau à la suite de l'impression subite du froid, ou après le frisson causé par un sentiment d'horreur, enfin, à ce que l'on appelle vulgairement la chair de poule. La teinte de la peau était un peu bleuâtre; mais, lorsqu'on la grattait, la surface soumise à ce frottement se recouvrait d'une poussière fine et très blanche, que l'on peut comparer à de la farine très ténue. »
(*) Les quatre autres porrigos de Willam-Bateman étaient : 1" le porrigo larvalis, eczéma impétigineux, croûtes de tait du premier âge ; 2" le porrigo furfurans qui est notre pityriasis capitis, mélangé à des eczémas squameux secs ; 3° le pomgo decnlvans, qui est notre pelade, Valopecia areqta de la dermatologie internationale; i°le porrigo favosa, qui est notre impétigo contagieux et l'eczéma impétigineux.
(2) On trouve sa description dans l'ouvrage de son frère, Mahon le jeune : Recherches sur le siège d la nature des teignes, 1829, 5 pi. colorées, p. 1401
Aucun dermatologiste ne peut se méprendre à cette description. C'est bien là celle de nos teignes tondantes dont le type clinique est encore aujourd'hui l'un des plus fréquents.
Et non seulement le livre de Mahon décrivit la teigne tondante, mais il mentionna sa propagation fréquente à [la peau glabre, et même sa transmission possible aux ongles. Ainsi trois sur quatre des manifestations de la maladie furent, à la fois, et très précisément mises au jour par un observateur qui n'était pas un médecin.
La découverte de Mahon eut peu d'écho. On retrouve, il est vrai, la teigne tonsurante dans la 2e catégorie des dermatoses teigneuses d'AlibertC) et plusieurs de ses élèves la nommeront(2) ; mais quand on parcourt leurs textes on n'y trouve point le cachet de l'observation personnelle, comme dans Mahon, et, au contraire, on y ,trouve d'évidentes confusions de mots et de choses. Du reste la plupart des auteurs contemporains, Rayer, par exemple, ignorent absolument la teigne tondante (5) ne la nomment ni ne la décrivent; et il me paraît tout à fait vraisemblable que le diagnostic de la teigne tondante ne fut jamais porté en France, de 1850 à 184-0, excepté chez les frères Mahon.
Ainsi donc et pour résumer l'histoire ancienne de cette maladie : une mauvaise description et une bonne planche de Willan-Bateman, une bonne description et une planche médiocre de Mahon, description reprise par Alibert, et c'est tout. Les contemporains négligent et continuent d'ignorer la nouvelle entité morbide. Et c'est en 1840 que Cazenave la retrouve et la décrit (4).
Cette fois, la description est tout à fait magistrale, à ce point que désormais la maladie ne pourra plus être méconnue.
Le titre de cette note : Porrigo decalvans et Herpès tonsurans, annonce une différenciation entre la pelade et la teigne tondante, et montre à quel point le porrigo decalvans de Bateman, notre pelade actuelle restait encore confondue parmi les affections du cuir chevelu mal différenciées.
Le travail de Cazenave se trouve donc être, à la fois, la première
(*) Alibert. Monographie des Dermatoses, 1832-1835. Les dermatoses teigneuses comprenaient quatre groupes : 1° achores, 2° porrigines, 3° favus, 4° trichoma ou plique. Les porrigines étaient au nombre de quatre : p. furfuracée, amiantacée, granulée et tonsurante.
(2) P. Baumes. Nouvelle Dermatologie. Lyon, 1842, t. II, chap. VI, ordre V. Éruptions squameuses, p. 34. Consulter à ce sujet la note 2 de la page 70 du tome II du présent ouvrage.
(3) Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau. Paris, J.-B. Bail- Hère, 1826-27, 2 vol. in-8° avec atlas. — 2e édition, 1855, 3 vol. in-8° avec un atlas de 20 planches.
(4) A. Cazenave. Porrigo decalvans et herpès tonsurans. Annales des maladies de la peau, Paris, 1845-44, p. 37-44.
complète description clinique de la teigne tondante, et la première différenciation de cette teigne et de la pelade.
« Au mois d'août 1840, je fus appelé dans un collège de Paris, pour donner des soins à un assez grand nombre de jeunes gens atteints d'une éruption du cuir chevelu, éruption identique chez tous, et évidemment transmise par contagion. J'avais, quelque temps auparavant, donné, en ville, des soins à deux petits malades atteints de la même affection, et dont le plus jeune, appartenant à ce collège, était considéré comme le point de départ de la maladie. En observant l'éruption de près, et avec attention, je fus frappé de sa forme ronde, de sa marche excentrique, de sa superfïcialité, et je restai aussitôt convaincu que j'avais affaire à une variété de l'herpès, à cette forme que j'ai appelée l'herpès squameux, et dans laquelle l'état vésiculeux est si fugace, si éphémère, qu'il est presque toujours difficile de l'apprécier. J'avais l'avantage de pouvoir étudier la maladie à ses diverses phases, et je pus en constater sur place, pour ainsi dire, le développement et l'évolution. Au premier aspect, l'éruption était caractérisée par des plaques très petites, pour la plupart, mais, régulièrement arrondies, sèches, d'un aspect grisâtre, recouvertes de squames, ou plutôt de farines, d'une sorte de poussière se détachant avec facilité. En étudiant de plus près ces plaques, je pus, avec la loupe, reconnaître quelques points encore évidemment vésiculeux, et, ce qui ne permettait pas le moindre doute, je retrouvai dans la plupart des cas, sur le front ou sur le cou des petits malades, des disques d'herpès circiné.
... Enfin, si les plaques, même les plus petites, étaient évidemment dégarnies de cheveux, l'alopécie était plus apparente que réelle, puisque les cheveux étaient seulement coupés court, comme rasés, à 1 ou l2 millimètres du cuir chevelu. »
« Cette circonstance, en me donnant le secret de la teigne tondante de M. Mahon, achevait de m'éclairer sur toutes nos hésitations ou nos erreurs ; je compris qu'une partie au moins du ringworm des Anglais, que cet herpès mystérieux pressenti par Biett, que la teigne tondante, étaient une seule et même maladie n'ayant rien de commun avec le porrigo et je n'hésitai pas à lui donner le nom d'herpès tonsurant, qui exprimait à la fois et la nature vraie, et l'aspect caractéristique de cette éruption. »
A partir de ce moment, la teigne tondante entrait définitivement dans le cadre nosographique, et ne devait plus être oubliée ou ignorée de personne. Mais sa différenciation, qui nous paraît si simple, avec la pelade, restait pour la plupart, fort obscure, assez pour fournir encore matière, dans l'avenir, à d'amples confusions, dont nous aurons à rappeler l'histoire chemin faisant.
HERPES CIRCINÉ
On a beaucoup reproché à Gazenave le nom d'herpès tonsurans ('). Mieux valait sans doute le nom de teigne tondante qui ne préjugeait
(') E. BesNieiî. Note* de K/tposi, t. II, p. Ï98.
en rien la nature de la maladie. Je vois pourtant à ee mot une grande qualité, car il rapprochait l'herpès tonsurans de l'herpès circinatus de Bateman, c'est-à-dire du ringworm, il tendait à identifier, avec les Anglais, les deux types objectifs que revêt la maladie, sur les régions pilaires et sur les régions glabres.
Cette notion, que Mahon avait fournie, était retombée en oubli. A la vérité le nom d'herpès circiné était passé en France, mais il servait à désigner de la façon la plus confuse toutes les lésions nummulaires, annulaires et circinées, plus ou moins analogues aux cercles trichophytiques, et que nous savons maintenant en différencier, depuis le pityriasis rosé de Gibert, jusqu'aux placards du type de 1' « Eczéma séborrhéique de Unna » etc.. En 1855, Rayer (') décrit l'herpès circinatus comme une éruption saisonnière et non contagieuse, de cause inconnue et sa description symptomatique est des plus insuffisantes. En 1840, Gibert (s) ne mentionne même pas la parenté possible de l'herpès circinatus avec la teigne tondante; il l'identifie aux petits cercles du pityriasis stéatoïde présternal. Et c'est peu à peu que la notion de l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant se fera jour dans l'esprit de Cazenave jusqu'à prendre sa forme parfaite dans son Traité des maladies du cuir chevelu (3).
Ainsi les quatre manifestations de la maladie à laquelle Hardy devait donner, un peu plus tard, le nom générique de trichophytie ont une histoire ancienne qui précède les découvertes des micrographes. Nous l'avons vu pour la trichophytie cutanée avec le ringworm, pour la tondante, pour Yonychose avec Bateman et avec Mahon; mais l'histoire des teignes de la barbe est encore plus ancienne. Leur description se retrouve aisément jusque dans les livres antiques.