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HISTOIRE DÈS TEIGNES TONDANTES DE LA BARBE

Les lésions des teignes tondantes de la barbe ressemblent extrêmement aux lésions suppuratives simples, aux pyodermites de la même région et naturellemeiit, leur double histoire se trouvait alors confondue.

Les Grecs distinguaient parmi les inflammations cutanées, les A/wpeç et les l\7)fia. Les a'/wpsç étaient semble-t-il, les épidermites superficielles, et les X7|piales dermites profondes. Au début du xix' siècle, Alibert

(') Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 1855, p. 501.

(a) C.-M. Gibert. Traité pratique des maladies spéciales de la peau. 2e Édition, 1840, p. 157.

(5) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu, in-80. Bafllière, étfit. Feins, 1850, p. 196.

distinguait encore les eczémas impétigineux de l'en lance sous le nom â,]Achore* et le mot de Kérian s'est conservé, même jusqu'à nous, toujours pour désigner les folliculites agminées en dermite profonde.

Les dermites profondes d'origine folliculaire ne sont nulle part plus fréquentes qu'à la barbe, et c'est là qu'elles ont de tous temps été le mieux étudiées. On les disait sycosiques, de tyuxcv, figue (ouverte), et Guy de Ghauliac distinguait entre ses cinq teignes la Unea ficoxn. Nous disons encore : les Sycosis pour désigner les dermites folliculitiques de la barbe. Le sycosis menti, ou mentagre, avait acquis à Rome une grande célébrité, du l'ait d'une épidémie grave, qui avait sévi sous le principat de Claude, et que Pline le Jeune avait relatée dans sa fameuse histoire du monde en 57 livres. Un certain chevalier Persinus avait rapporté d'Asie à Rome une mentagre. A celte époque, les hommes s'abordaient en s'embrassant ; une épidémie s'ensuivit, fort sérieuse, à ce qu'il semble. Les lésions de dermite profonde étaient horribles, la maladie très durable. Des empiriques égyptiens la guérirent avec des caustiques, mais au prix de cicatrices abominables. Ce texte de Pline hanta tout le moyen âge, et les auteurs de tous les temps ont retracé sa description qu'on retrouve encore dans Gibert (').

Parmi nos vieux auteurs, Lorry place la mentagre parmi les impétigines, comme Galien. Nous plaçons aujourd'hui encore la lésion élémentaire des pyodermites de la barbe parmi les impétigos pustuleux. Pour Rayer :

« Le sycosis est caractérisé par l'éruption successive de plusieurs petites pustules acuminées, semblables à celles de la couperose, éparses ou disposées en groupe*, sur le menton, la lèvre supérieure, les régions sous maxillaires et les parties latérales de la face(2). »

Rayer rattache au sycosis banal, très justement, l'acné pustuleuse cohérente de la nuque « sycosis capillitii », Il en décrit les indurations

(') Gibebt. Loc. cit., 2e édit, 1840, p. 198.

(-) Rayer. Traité Ihéor. et prat. des mal. de la peau. 2e Édit., 1835, p. 519. Je transcris ici une note de Rayer intéressante à plus d'un titre : « Celse (De remedica. Lib. VI, cap. 3), Aétius (Tetrab. I. Serai, "2, Cap. 80, 190) et Paul d'Égine (Pauli Aeginetae opéra. Lib. III, cap. 22) ont indiqué deux variétés de sycosis, dont une correspond évidemment à l'éruption que je viens de décrire. Pline (Plinii secundi. Natur. historiœ libri XXXVII, Venise 1569. In-fol. Lib. XXIV, cap. I, n° 4) en a fait une peinture vive et animée sous le nom de mentagre et la croyait contagieuse. L'expression sycosis (de auxov, figue) ne rappelle "qu'un des aspects de l'éruption, ses tubercules rouges; le mot mentagre est moins convenable encore, car il est applicable à toutes les éruptions du menton, et ne peut l'être aux sycosis développés exclusivement sur la lèvre supérieure.

Willan, Bateman, MM. Macartney et Samuel Plumbe ont rangé à tort le sycosis parmi les tubercules. Je n'ai pu consulter la dissertation de Johrenius (A. Johrenius, Diss. de mentagra. In-4°, Francfo. ad Viadrum, 1662). M. Alibert a décrit le sycosis sous le nom de dartre pustuleuse mentagre.

profondes. Il ne distingue pas un sycôsis qui soil contagieux, mais reste en doute au sujet de la contagiosité de tous. De tous les textes que j'ai lus sur ce sujet, il ressort que, vers 1830, la dermatologie française reconnaissait très bien les inflammations chroniques de la barbe, qu'elle les identifiait aux dermites profondes de tous sièges, et que si elle ignora, jusqu'à Gazenave, l'origine el le siège folliculaires de ces dermites profondes, elle admettait leur parenté comme prouvée avec les dermites pustuleuses en général. C'était là une idée parfaitement juste. Mais la dermatologie confondait ainsi, parmi les pyodermites locales, les teignes tondantes de la barbe qui peuvent affecter en ce siège une forme inflammatoire analogue. Nous verrons par contre des auteurs s'imaginer un peu plus tard que tous les sycosis sont de la teigne : la vérité doit souvent trouver son chemin entre des erreurs inverses.

Dans l'histoire des teignes tondantes, l'intervention du microscope apporta subitement, comme dans la question du favus, des lumières nouvelles; et ces lumières, c'est le même homme : D. Gruby, qui eut l'honneur de les fournir.

Depuis son mémoire sur le favus, que nous avons étudié plus haut, Gruby, qui observait le plus souvent dans un service hospitalier d'enfants, avait consacré un an à des recherches sur le muguet. Mais, à partir de 184!2, il s'appliqua de nouveau à l'étude des affections des régions pilaires, et publia, en trois années, trois mémoires, sur trois teignes, différentes entre elles, et différentes du favus. Le premier de ces trois mémoires eut pour objet une teigne de la barbe et pour titre : Sur une espèce de mentagre contagieuse résultant du développement d'un nouveau cryptogame, dans la racine des poils de la barbe de V homme (').

(l) Comptes rendus de l'Académie des Sciences. Tome XV, p. 51L2. L'importance historique des travaux de Gruby est telle, que je crois utile de donner ici le texte même de ses mémoires. Voici le mémoire sur la mentagre.

« Dans de précédentes communications, j'ai fait voir que deux maladies, la teigne laveuse et le muguet des enfants, résultent du développement de certains cryptogames dans les tissus de l'homme vivant.

Aujourd'hui, j'ai l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie mes recherches sur une troisième espèce de cryptogame qui s'établit dans la gaine du poil de la barbe chez l'homme, et qui vient y constituer une maladie qui n'a pas été jusqu'à présent suffisamment caractérisée.

Cette maladie siège dans la partie pileuse de la face ; mais plus ordinairement elle occupe le menton, la lèvre supérieure et les joues.

Elle couvre toutes ces parties d'écaillés blanches, grises et jaunâtres; ces

Assurément ce mémoire n'est pas sans défaut. D'abord, il est extrêmement sommaire; en outre, il contient une description clinique qui est, sans aucun doute, celle du cas que Gruby avait observé; mais ce cas est plutôt parmi les cas d'exception de la maladie qu'il décrivait.

Enfin, et comme dans tous les autres mémoires du même auteur, la description clinique y est tellement succincte, et, peut-on dire, sacrifiée, que le lecteur a peine à reconnaître le type morbide dont il est question. Néanmoins tous ces défauts n'entament en rien la valeur micrographique de ce travail.

La question, d'abord, est bien posée :

« 11 s'agît d'un cryptogame qui s'établit dans la gaine du poil de la barbe, chez l'homme, et y constitue une maladie qui n'a pas été jusqu'à présent suffisamment caractérisée. Mais l'auteur ajoute : « Celte maladie siège dans la partie pileuse de la face, mais plus ordinairement elle occupe le menton, la lèvre supérieure et les joues.

Or la maladie qu'il décrit est en réalité si rare à la moustache que

écailles sont de 2 à 6 millimètres de largeur sur 3 à <S millimètres de longueur ; elles sont un peu convexes au milieu, leurs bords sont anguleux, un peu déprimés et traversés de toutes parts par les poils ; elles, ne sont que légèrement attachées à la peau sous-jacente, elles adhèrent fortement aux poils.

En examinant les écailles sous le microscope, on reconnaît qu'elles ne sont composées que de cellules d'épiderme; mais l'examen microscopique du poil démontre que toute sa partie dermatique est entourée de cryptogames formant une couche végétale entre la gaine du poil et le poil lui-même, de telle sorte que le poil est enfoncé dans une gaine exclusivement formée de cryptogames, comme un doigt dans un gant. Mais, chose remarquable, les cryptogames ne dépassent jamais la surface de l'épiderme cutané ; ils prennent naissance dans la matrice du poil et dans les cellules dont sa gaine est composée, et ils remontent pour envelopper la partie du poil engagée dans la peau. Ils se présentent partout avec une quantité innombrable de sporules qui restent adhérents, d'une part, à la surface interne de la gaine du poil et, d'autre part, au poil lui-même ; ils sont tellement attachés à la gaine, qu'il est difficile de les en séparer sans la déchirer.

Du reste, à l'exception des cryptogames, on ne trouve aucun autre produit pathologique, ni globules de pus, ni globules inflammatoires.

Les cellules de la gaine du poil conservent leur transparence et leur forme normale; elles sont moins adhérentes entre elles, c'est-à-dire qu'on peut plus facilement les séparer les unes des autres que dans l'état physiologique,

On peut facilement distinguer les trois espèces de cryptogames de la teigne laveuse, du muguet et tle la nientagre aux caractères suivants :

DANS LES PORIUGOIUIYTES

(Cryptogames de la teigne faveuse).

1" Les cryptogames se logent entre les cellules épidermiques.

2° Ils descendent sur les follicules du poil.

•> Ils sont enfermés dans des capsules propres.

i" Ils n'ont que très rarement des granules daRS leurs tiges.

5° Leurs sporules sont grands et ordinairement ovales.

DANS LES MENTAGROPHYTES

(Cryptogames de la mentagre).

I" Les cryptogames se logent entre le poil et sa gaine.

2° Ils remontent de la racine du poil vers l'épiderme.

5° Ils n'ont point de capsule.

4° Ils ont presque toujours des granules dans leurs tiges.

5° Leurs sporules sont petits et ordinairement ronds.

je n'en ai pas vu, en quinze ans d'observation, plus de deux ou trois exemples. De ce seul mot de Gruby peut-être, est sortie une longue confusion entre les sycosis dus aux microbes pyogènes, très fréquents à la lèvre supérieure, et lamentagre mycosique qui très ordinairement ne l'atteint pas. En outre, la description clinique qui suit est celle d'une lésion sèche, squameuse, et la mentagre mycosique, qui peut à la vérité exister sous cette forme sèche, s'accompagne bien plus souvent de réaction inflammatoire et même de suppuration. Ceci confirme ce que je disais, que Gruby avait dû décrire le cas particulier qu'il avait vu et non pas un grand nombre de cas de cette affection.

Quant à la description du parasite elle est topique et d'une précision qui ne laisse prise à aucun doute.

« L'examen microscopique du poil, dit Gruby, démontre que toute sa partie dermatique est entourée de cryptogames, formant une couche végétale entre la gaine du poil et le poil lui-même, de telle sorte que le poil est enfoncé dans une gaine exclusivement formée de cryptogames, comme un doigt dans un gant. Mais, chose remarquable, les cryptogames ne dépassent jamais la surface de l'épiderme cutané,... »

C'est là le type parasitaire de ce que nous appelons aujourd'hui un Trichophyton ectothrix. En somme, et pour résumer en deux mots l'objet de ce mémoire, il décrit dans la barbe une affection sèche, desquamative, non suppurée, dans laquelle un feutrage mycosique constitue une gaine à la partie radiculaire du poil malade.

Tous les mémoires de Gruby le montrent mycologue supérieur et dermatologiste médiocre. 11 n'aurait pas dû lui suffire de décrire des parasites nouveaux; sa gloire d'inventeur et de précurseur des doctrines expérimentales eût été plus grande s'il eût indiqué en quels types morbides il avait trouvé ces parasites, d'une façon telle que d'autres auteurs eussent pu aisément pratiquer les recherches de contrôle nécessaires.

DANS LES APHTHOPHYTES.

(Cryptogames du muguet).

1° Les cryptogames sont logés entre les cellules d'épithélium.

2° Ils forment des champignons.

5° Leurs branches se détachent de la tige selon des angles aigus.

4° Les branches sont rarement striées.

DANS LES MENTAGROPHYTES

(Cryptogames de la mentagre).

1° Les cryptogames sont logés clans les gaines du poil.

2° Ils ne forment point de champignons.

5° Leurs branches se détachent selon des angles de 40 à 8(1».

4° Leurs branches sont toujours striées.

2k LES TEIGNES.

J'ai dit que la médecine d'alors connaissait les inflammations chroniques de la barbe et du menton, mais la teigne que Gruby venait de décrire demeurait confondue parmi elles. Les auteurs qui, dans la suite, croiront vraie la description de Gruby, voudront retrouver son parasite dans toute affection de la région. Et les négateurs qui, dans un cas, ne l'y retrouveront pas, auront beau jeu à nier sa constance et sa valeur causale.

Pour le mémoire qui va suivre, les contusions seront pires encore. Le beau texte de Cazenave qui venait de différencier la teigne tondante de la pelade, se trouva presque exactement contemporain du mémoire de Gruby sur le même sujet. Et Cazenave était encore à peu près seul, parmi les médecins à avoir la connaissance clinique exacte de la teigne tondante. Dans ses mémoires suivants, Gruby allait donc l'aire la preuve de l'origine mycosique de maladies encore tort mal différenciées pour tout le monde. Dans ces conditions, une parfaite description objective des faits cliniques eût été nécessaire, sans quoi de nombreuses confusions étaient à prévoir; il n'y a pas à s'étonner beaucoup qu'elles se soient produites.

Le mémoire suivant de Gruby a pour titre : Recherches sur lànature, le siège et le développement du « Porrigo decalvans » ou Phyto-alopécie (*) .

Or le porrigo decalvans n'avait alors qu'une définition^ celle de Bateman, et pour Bateman il était caractérisé par des taches ch/iuves, sur lesquelles la peau lisse, unie, brillante et blanche ne montrait plus aucun cheveu. Et voici au contraire la définition clinique que Gruby en donne :

« Le porrigo decalvans se caractérise, comme on sait, par des plaques arrondies, couvertes d'une poussière blanche et de petites écailles grisâtres, et par la chute des cheveux. »

Si l'on ajoute à cette définition, que Gruby décrit les cheveux malades comme ayant trois millimètres de long hors de la peau, on se rendra compte qu'il n'y a rien de commun entre la tache chauve, à peau unie, décrite par Bateman et la plaque grisâtre couverte de cheveux mal rasés, décrite par Gruby sous le môme nom.

Donc il y avait, dans l'observation de Gruby, une première et très grosse erreur. Non seulement il ne décrivait pas nettement la maladie dans laquelle il allait trouver un nouveau parasite, il ne la décrivait pas, du moins, assez pour qu'on pût la reconnaître à coup sûr, mais encore il lui donnait le nom d'une maladie différente.

Cette erreur, que tous les dermatologistes auraient dû reconnaître de suite, ne fut d'abord reconnue par aucun d'eux.

(') Comptes rendus <l<- l'Académie îles Sciences (séance du 11 août Î843. Tome XVII, p. 501.

Autre omission des plus graves et des plus grosses de conséquences ; dans tout son texte, lorsque Gruby parle des « individus » atteints de la maladie qu'il décrit, pas une seule fois il ne mentionne qu'elle soit spéciale à l'enfance ; il pouvait assurément ignorer ce fait, mais au moins devait-il dire qu'il ne l'avait observée que chez des enfants. Aucun lecteur ne pouvait le deviner, alors que le précédent mémoire de l'auteur avait une maladie de la barbe pour objet.

Mais lorsque Gruby, quittant le terrain de la clinique, commence la description microscopique, cette description met en évidence toute sa maîtrise. Assurément, quelques points de ce tableau sont à modifier ou à compléter. Néanmoins, même avec ses lacunes et ses légères erreurs, ce mémoire n'en reste pas moins une merveille de véracité et de précision; il n'est pas inutile de faire remarquer que lorsque j'ai retrouvé, en 1892, le même parasite, sans savoir qu'il eût été décrit, déjà par personne, ma description fut loin de valoir celle que Gruby en avait donné cinquante ans plus tôt (').

(') Voici le texte intégral du mémoire de Gruby :

•• Le porrigo decalvans se caractérise, comme on sait, par des plaques arrondies, couvertes d'une poussière blanche et de petites écailles grisâtres, et par la chute des cheveux.

En examinant attentivement sous le microscope, cette poussière blanche qui couvre la peau dans le porrigo decalvans, on sera étonné de la trouver formée entièrement par des cryptogames. En soumettant au microscope les cheveux provenant d'individus atteints de cette maladie, on y remarque une grande quantité de cryptogames qui les entourent de tous côtés, et leur forment une véritable gaine végétale qui les accompagne depuis leur sortie de la peau jusqu'à la distance de 1 à 5 millimètres.

En examinant au microscope la gaine dont je parle, on voit sa véritable composition végétale. Les cryptogames en sont admirablement rangés et feutrés pour constituer un tuyau ou gaine végétale solide autour de chaque cheveu. Ces cryptogames sont composés de branches, tiges et sporules. Les branches prennent naissance dans le tissu des cheveux, et constituent la couche interne de la gaine, tandis que les spores forment la couche externe. (L'épaisseur de

la paroi de la gaine est égale à -t-t-t- de millim. de diamètre). Les tiges ont une

forme ondulée ; elles suivent la direction des fibres des cheveux ; elles sont transpa-

rentes : leur diamètre est de -y— — à -r^ de millimètre de diamètre. Dans leur

intérieur, elles ne contiennent pas de mollécules; elles se bifurquent quelques fois en formant des branches d'un angle de 30 jusqu'à 50 degrés. Les tiges et les branches sont d'ailleurs du même diamètre.

Les branches se distinguent des tiges par des sporules qui les accompagnent; elles se terminent à la surface externe de la gaine en se couvrant complètement de sporules. Les sporules garnissent la surface externe de la gaine et se pressent les unes contre les autres au même niveau ; cependant on en rencontre quelques-unes à la surface des cheveux, adhérentes aux branches. Les sporules sont ordinairement rondes, il y en a aussi quelques-unes d'ovales ; leur dia-

mètre est de jjr-— à t^? de millimètre: Les sporules ovales sont un peu plus

grandes : elles ont de r^ à j-^ sur j-^ à j^) de millimètre de diamètre.

Qu'on lise avec soin ce texte admirable, on y retrouvera la description précise de tous les éléments caractéristiques du parasite.

D'abord est décrite la gaine entourant le cheveu à son émergence de la peau, et l'auteur insiste sur ce fait que rien d'autre ne la constitue que le pasasite lui-même. L'écorce faite d'une mosaïque despores

Elles sont transparentes, ne contiennent point de molécules dans leur intérieur, et dans l'eau elles se gonflent.

J'appellerai ces cryptogames, à cause de la petitesse de ces sporules, Microsporufn, et, pour attacher à cette partie nouvelle de la Pathologie, le nom de ce célèbre académicien qui, par ses belles recherches sur la muscardine, a beaucoup contribué à diriger les esprits sur les plantes parasites qui détruisent les tissus vivants des animaux, je propose le nom de microsporum Audouïni, pour dénoter les individus végétaux qui constituent le Porrigo decalvans.

Le tissu du poil est altéré par la quantité de microsporum Audouïni qui se fixe à sa surface. D'abord le cheveu devient opaque à l'endroit où les cryptogames sont placés ; sa surface lisse devient rugueuse. L épithèlium qui tapisse la surlace des cheveux perd son éclat et sa cohésion, il tombe peu à peu. Le tissu des cheveux lui-même devient friable, cassant ; un tel cheveu casse même par la simple flexion, et de là, partout où les plantes parasites ont envahi le lissu de cheveux (sic), les cheveux tombent peu à peu jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune trace. L'endroit où les cheveux sont tombés est d'un blanc grisâtre, parce qu'il y a encore une quantité de cryptogames qui reste à la surface de l'épiderme dont les cellules sont devenues le siège.

Outre ces cryptogames, on n'y rencontre aucun produit pathologique, ni inflammation, ni vésicules, ni pustules, ni hypertrophie de l'épiderme. Cette maladie de la peau doit donc être placée dans la nouvelle classe des maladies parasitaires végétales, c'est-à-dire une nouvelle classe de maladies que j'ai nommées phytoparasites, à côté de la teigne faveuse, de la phytomentagre et du muguet.

Les mierospores d'Audouïn qui constituent le phyto-alopécie (c'est le nom par lequel je propose de distinguer cette affection), ont beaucoup d'analogie avec les cryptogames qui constituent la maladie que j'ai décrite sous le nom de phytomentagre; mais ils se distinguent surtout par le siège. Les cryptogames dans la mentagre sont placés dans les follicules des poils, et même autour de leur racine ; les microspores d'Audouïn au contraire, sont placés autour de la partie aérienne des cheveux. Les sporules de la microsporie d'Audouïn sont plus petites, ses branches plus courtes que dans les mentagrophytes.

Le microsporum Audouïni commence son développement à la surface des cheveux, à 1 ou 2 millimètres de l'épiderme. On voit le tissu des cheveux devenir

moins transparent dans une étendue de tjtttt à jtttt- de millimètres. Il se déve-

loppe de petites molécules, à peine mesurables, de y-j^ à de millimètre

de diamètre. Le tissu ainsi altéré est accompagné de fibres ou cellules plus larges que les fibres des cheveux, allongées, qui sont placées parallèlementavec l'axe des cheveux, et c'est dans cette partie qu'on observe les premières traces du microsporum Audouïni, qui, en s'étalant entièrement sur les cheveux, et de là, par contact immédiat sur plusieurs cheveux, les altère peu à peu jusqu'à ce qu'ils tombent en morceaux et provoquent l'alopécie.

Les cryptogames se développent et se multiplient avec une rapidité incroyable; il suffit qu'un point de la peau soit atteint, pour qu'en peu de jours une plaque de ." à \ centimètres soit couverte de plantes parasites. Les cheveux, à l'endroit où ils sortent de la peau, deviennent grisâtres, et, en huit jours, ils cassent au même endroit, où les cryptogames les entourent. Les cheveux dont le diamètre est plus épais résistent plus longtemps, et à mesure que les cheveux sortent

contigûes, les filaments mycéliens parasitaires dans le corps du cheveu, leurs bifurcations, leur terminaison sous l'écorce sporulaire, tout cela est décrit merveilleusement bien, et le mémoire se termine par l'exposé des caractères différentiels du parasite des mentagres et du nouveau parasite décrit : le Microsporum Audouïni.

Dans cette description micrographique, certains points de détail concernant la structure du Microsporum Audouïni seront par la suite repris et précisés ; ainsi, le sens des bifurcations mycéliennes, la direction descendante des filaments mycéliens, et les rapports existant entre les filaments mycéliens et les éléments sporulaires du parasite. Mais, d'une part, plusieurs de ces points sont encore aujourd'hui litigieux, et, sur d'autres, beaucoup d'erreurs ont été faites, que ne fait pas le texte du premier observateur, car il est bien remarquable après soixante-cinq ans passés de ne pouvoir guère y relever que des omissions et non des erreurs.

Dix mois plus tard, Gruby présentait à l'Académie des sciences un nouveau et dernier mémoire sur un sujet analogue au précédent. Il est intitulé : Recherches sur les cryptogames qui constituent la maladie contagieuse du cuir chevelu décrite sous le nom de teigne tondante (Mahon). Herpès tonsurans (Cazenave)(1).

Ce mémoire est sans conteste le meilleur et le plus parfait que l'auteur ait fourni. Il est d'ailleurs à remarquer que la valeur technique micrographique de chacun d'eux s'accroît dans l'ordre même où ils ont paru.

A la vérité, les mêmes défauts que j'ai signalés dans les mémoires précédents, existent encore dans celui-ci, et en premier lieu l'insuffisance des descriptions cliniques, car elles ne permettent pas au dermatologiste de savoir quel est le type morbide, auquel s'appliquent les descriptions microscopiques qu'on va lire. Le titre de ce dernier

de leurs follicules, ils sont attaqués par ces plantes parasites : on y voit même autour, les cryptogames s'accumuler et former une petite élévation grisâtre de

7 à millimètre de diamètre ; et ce sont les mêmes élévations qu'on a consi-

dérées comme pustules, vésicules ou sécrétions de follicules sébacés.

La nature végétale du porrigo decalvans est un fait qui porte à regarder cette affection comme contagieuse ; et à ce titre elle exige les mêmes précautions de l'isolement que la teigne faveuse et le mentagrophyte. Aussi, les praticiens doivent-ils faire des efforts pour détruire ce parasite végétal qui a résisté jusqu'aujourd'hui à tous les traitements empiriques. »

(l) Comptes rendus de l 'Académie des Sciences (séance du 1er avril 18i4).T. XVIII, p. 585.

mémoire (') semble précis, mais sa clarté n'est qu'apparente. Les trois lignes dans lesquelles Gruby décrit la teigne tondante de Mahon sont presque identiques à celles par lesquelles il définissait le Pofrigo décdlvaris dans le mémoire précédent. Dès lors ces deux mémoires

(') Voici le texte intégral de ce mémoire : Sur la nature, le siège et le développement de la teigne tondante, ou de la rizo-phyto-alopécie.

« Depuis que j'ai eu l'honneur de communiquer à l'Académie, mes recherches sur la nature végétale de la phyto-alopécie (Porrigo decalvans), je n'ai pas cessé de continuer mes expériences sur les maladies contagieuses dont la nature nous est inconnue, et notamment sur celles qui attaquent le cuir chevelu. Parmi ces maladies, il en est une que sa nature contagieuse et l'opiniâtreté qu'elle oppose aux divers traitements à l'aide desquels on a cherché jusqu'ici à la combattre, signalent à l'attention des pathologistes. Je veux parler de la teigne tondante de M. Mahon, ou herpès tonsurans de M. Cazenave, affection caractérisée par la chute partielle des cheveux, et la formation sur les lieux dégarnis, de plaques arrondies couvertes de petites écailles blanches et de petites aspérités analogues à ce qu'on appelle vulgairement la chair de poule.

En examinant, avec attention sous le microscope les fragments de cheveux provenant de la teigne tondante, on reconnaît que tout leur tissu est rempli de cryptogames et que les cheveux sont encore couverts de leurs écailles épidermiques, lorsque leur intérieur est déjà plein de sporules.

Les sporules de ces cryptogames sont ordinairement rondes, transparentes, incolores; leur surface est lisse; à l'intérieur, elles ne contiennent qu'une subtance homogène. Leur diamètre varie de 2 à 6 et de 4 à 8 millièmes de millimètre.

Ces cryptogames prennent naissance à l'intérieur de la racine des cheveux, sous la forme d'un groupe de sporules rondes ; de ces sporules naissent peu à peu des filaments articulés en chapelet, qui en se développant, rampent dans l'intérieur du tissu des cheveux, parallèlement à leur axe longitudinal, en montant en ligne droite. A mesure que le cheveu pousse, les cryptogames, qu'il renferme dans l'intérieur de son tissu, poussent également, et jusqu'à ce qu'il sorte de son follicule. La quantité de sporules est tellement augmentée qu'elle remplit complètement l'intérieur du cheveu dont le tissu normal n'est presque plus reconnaissable.

Changements qu'éprouvent les cheveux par suite du développement des cryptogames. Pour bien apprécier les changements qu'éprouvent les cheveux dans la teigne tondante, il ne suffit pas d'étudier les fragments qui garnissent ordinairement les plaques de cuir chevelu à l'endroit où la maladie est bien développée ; mais il faut aussi étudier les cheveux qui ne sont pas encore totalement envahis par les cryptogames et qui ne sont même pas encore cassés; alors on voit que l'intérieur des racines seul est devenu opaque et garni de sporules, tandis que le reste des cheveux est entier et complètement normal.

A mesure que le cryptogame se développe dans la partie dermatique des cheveux, celle-ci devient de plus en plus opaque. A mesure que les cryptogames remplissent le tissu du cheveu, celui-ci devient gris, opaque, perd de son élasticité et de sa cohésion; son tissu est tellement ramolli, que le moindre frottement suffit pour le briser; il augmente de diamètre, sans d'ailleurs discontinuer de pousser.

Ordinairement, les cheveux se cassent à 2 ou 5 millimètres de la peau, jamais en ligne nette, et ils laissent des inégalités imitant des espèces de filaments.

Il arrive quelques fois que les cheveux se cassent avant d'être sortis de leurs follicules, et alors l'ouverture qui devait leur donner issue est occupée par la matière sébacée qui se durcit au contact de l'air. Cette matière, poussée par le cheveu qui continue à croître, forme en se soulevant, une petite saillie semitransparente dans laquelle les cheveux malades, ramollis, s'engagent et s'entortillent de telle sorte que cette petite élévation composée de matière sébacée endurcie, de cellules d'épiderme desséché, d'un à ." cheveux malades différem-

posent un dilemme : ou bien le travail précédent s'applique vraiment au Porrigo decalvans de Bateman, à ce que Bazin dès lors appelait la Pelade : c'est ce que tous les contemporains croiront, mais alors, la courte description que Gruby en donne, est non seulement insuffisante mais fausse de tous points ; ou bien les deux derniers mémoires s'appliquent l'un et l'autre à des teignes tondantes qu'il faut expressément différencier, car elles demeurent confondues ; c'était là la vérité, et c'est ce que personne ne comprit, pas même Gruby. Dès que l'auteur aborde la description des cheveux malades et de leur parasite, toutes ses qualités se retrouvent : une seule erreur et de peu de conséquence quand il fait naître au fond de la racine pilaire le parasite dont les éléments sporulaires, en files ascendantes monteraient en ligne droite. Il n'y a nul doute aujourd'hui que la direc-

raent courbés et remplis de sporules, offre l'aspect d'une substance opaline, et c'est peut-être pour cela qu'elle a été regardée comme une vésicule ou comme du pus desséché.

Les mêmes élévations, jointes à celles qui résultent du gonflement des cheveux, gonflement qui a lieu même dans leur partie dermique, offrent l'aspect de chair de poule qu'on rencontre dans cette maladie.

A mesure que les cryptogames cessent de se développer dans l'intérieur de la substance des cheveux, ceux-ci deviennent de plus en plus transparents, moins grisâtres, plus fermes et le diamètre en devient de plus en plus mince, jusqu'à ce que l'état normal soit complètement rétabli.

Les cryptogames qui constituent la teigne tondante, diffèrent tellement de ceux qui constituent la phyto-alopécie, qu'il est impossible de confondre ces deux maladies. Leur siège même, leur développement et le rapport qu'ils offrent avec le tissu des cheveux, diffèrent également de celui de la phyto-alopécie.

D'abord, les cryptogames de la teigne tondante ne sont formés que de sporules en chapelet ; rarement on voit des sporules allongées imitant des branches.

Les cryptogames, de la phyto-alopécie au contraire, ont de nombreuses branches courbées, ondulées et les sporules placées à leur côté.

Dans la teigne tondante, les sporules sont grandes ; leur diamètre varie de "■1 à 6 sur 4 à 8 millièmes de millimètre.

Les sporules des cryptogames de la phyto-alopécie, au contraire, sont extrêmement petites ; leur diamètre n'est que de 1 à 5 millièmes de millimètre, et c'est aussi pourquoi je les ai appelées Microsporon.

Dans la teigne tondante, les sporules remplissent l'intérieur des cheveux, tandis que leur surface externe est peu changée.

Les sporules du Microsporon Audouïni, au contraire, sont placées à la surface externe des cheveux et forment une véritable gaine autour d'eux.

Les cryptogames de la teigne tondante prennent naissance et se développent dans la racine des cheveux.

Le Microsporon Audouïni, au contraire, se développe à la surface externe des cheveux, en dehors des follicules.

Ces caractères sont tellement constants dans la teigne tondante, qu'il n'y a pas un seul cheveu malade dans cette affection qui ne les présente,

La teigne tondante résulte uniquement du développement des cryptogames que nous avons déjà décrits, et elle mérite par conséquent d'être classée parmi les maladies dues à des parasites végétaux, à côté de la phyto-alopécie, de la mentagrophyte, de la porrigophyte et de l'aphtophyte. Et pour distinguer la teigne tondante de -la phyto-alopécie, je propose de donner à cette dernière, la dénomination de rizo-phyto-alopécie. »

tion du parasite ne soif inverse à celle du cheveu. Pour le reste de la description, tout est exact et d'une perfection de détail incroyable. L'auteur montre que le parasitisme reste limité à la portion radiculaire du cheveu, et que ce parasitisme n'empêche nullement le cheveu de croître. Il décrit avec la dernière perfection les contournements du cheveu malade, à l'orifice de son follicule, et cette description est tellement précise qu'on pourrait presque affirmer l'espèce mycosique spéciale que Gruby avait sous les yeux.

Enfin Gruby insiste avec des raisons péremptoires sur les différences fondamentales des deux derniers cryptogames qu'il a décrits.

Les différences provenant de la topographie des parasites, de leur morphologie, de la dimension de leurs éléments sporulaires, sont notées avec une scrupuleuse exactitude. Évidemment un homme très averti de notre temps pourrait relever çà et là, tel détail, comme la localisation prétendue exclusive du Microspofûm Audouîni à la tige du cheveu, hors du follicule, etc., etc.... Mais, dans ses grandes lignes, le parallèle entre le Microsporum Audouîni et le dernier parasite décrit est d'une vérité extraordinaire.

Ce mémoire se termine par un paragraphe audacieux attribuant chaque teigne à la seule présence du parasite qui la caractérise. Une telle affirmation nous semble simple aujourd'hui. Il fallait alors presque du génie pour la formuler. La suite nous le fera bien voir.

Résumons maintenant les faits apportés par Gruby en ces trois écrits mémorables, car de tout le reste de sa vie, désormais, il n'écrira plus jamais sur ces sujets, même pour défendre ses affirmations contre ses contradicteurs.

En ces trois dernières années 1812, 43, 44, Gruby a reconnu et décrit trois parasites.

I. — Le premier dans la mentagre. Celui-ci est caractérisé par des éléments sporulaires situés entre la racine du cheveu et son follicule, c'est ce que nous appelons aujourd'hui un Trie hoph.y ton ectothrix.

II. — 11 a décrit le second dans une maladie qu'il a malheureusement nommée du nom attribué jusque-là à la pelade, mais les quelques caractères objectifs qu'il en donne sont d'une teigne tondante. Ce parasite enveloppe le cheveu d'une écorce de petites spores, et infiltre tout le cheveu de filaments qui s'y dédoublent et s'y multiplient.

Le troisième parasite, dans la teigne tondante de Mahon, est un Triehop/tyton endot/rrix, parasite exclusivement inclus dans le cheveu, sous la forme de chaînes de spores verticales, tassées côte à côte, et qui remplissent le cheveu complètement.

Voilà donc trois ordres de faits nouveaux nettement posés et affirmés. Chacun d'eux provoquera des recherches nouvelles, et des luttes scientifiques dont les chapitres suivants vont tracer l'histoire.

PREMIER ACCUEIL FAIT AUX DÉCOUVERTES DE GRUBY IDÉES DE LÉPOQUE SUR LA CONTAGION

L'émoi que les découvertes de Gruby produisirent dans le monde médical l'ut considérable. Aussitôt, avant toutes vérifications, d'éminents pathologistes s'inscrivirent en faux contre elles. Comme après toutes les découvertes bactériologiques de la période qui suivit, des faits donnèrent lieu à des querelles de senïirnenl. On chercha à démontrer philosophiquement que de telles théories étiologiques ne pouvaient avoir aucune valeur. Dès -18-44, Cazenave répudie l'origine cryptogamique des teignes, il se battra contre elle pendant 29 ans (').

Très vite aussi des esprits clairs comprirent combien les 'découvertes nouvelles précisaient et amplifiaient subitement les notions jusque-là si vagues concernant la contagion et l'épidémiologie. C'est alors que Requin écrivait ces mots admirables (-) :

« Malgré la conscience de mon défaut de compétence en fait de micro-, graphie et de mycologie, je n'hésite pas à proclamer franchement, naïvement, je ne dirai pas ma conviction, mais bien mon penchant, mon sentiment, ma croyance, en ce qui concerne, du moins, les teignes faveuses et tonsurantes, considérées comme étant dues au développement de petits végétaux, de parasites. Cette manière de voir explique à merveille la contagion de ces teignes là, contagion trop réelle, et en môme temps, toute superficielle, toute extérieure, comme la contagion de la gale. »

Dès lors, il institue un chapitre des « maladies cutanées par présence d'êtres parasites », comprenant la teigne laveuse, la teigne tonsurante, la phtiriase, la gale, etc.. et il crée le néologisme de « Dermopathies parasites » pour les résumer.

Dès lors aussi, le premier à' l'hôpital Saint-Louis, Bazin a la pleine conscience de la nature exclusivement parasitaire et exogène des teignes. Il comprend qu'elles ne réagissent pas sur la santé générale, que le favus même ne fait pas exception à cette règle, et il rompt nettement sur ce point avec les errements des temps passés (•").

Cependant, en 1845, avait paru, en suédois, et en 1848, en allemand, le travail de Malmsten, travail médiocre, et de tous points incomparable à ceux de Gruby, plus célèbre qu'eux pourtant jusqu'en ces dernières années (4) . Il fut plus célèbre parce que Malmsten eut la pensée de nommer le parasite qu'il décrivait. Il le nomma Trichophylon

(*) A. Cazenave. Article Teignes, du Dictionnaire de médecine en 50 volumes.

(2) Requin. Éléments de pathologie médicale. Paris, '1852, t. III, p. 156 et suivantes.

(3) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1852.

(4) Malmsten. Le mémoire de Stockholm est traduit en allemand par Creplrn, in Arch. fur Anal, und Physiol. von J. Millier, 1848. p. I.

G;'.; — yu-rov. Et ce l'ut le Trichophyton de Malmsten. Plus lard Hardy créa le néologisme : Trichophytie; la maladie et son parasite eurent dès lors leur état civil. Les mots ont un grand pouvoir; suivant qu'ils sont heureux ou médiocres, ils l'ont souvent accepter ou refuser L'idée dont ils portent le sens et la fortune.

Cependant les objections pleuraient de toutes parts. C'était Léveillé, qui, malgré ses efforts, n'avait rien su voir qui ressemblât aux descriptions de Gruby (') ou Malherbe, recommandant de ne pas confondre avec des végétaux, les globules des éléments solides ou liquides de l'organisme (2). Et Robin de répliquer : « Cette phrase suffira pour montrer à ceux qui connaissent la structure des éléments anatomiques animaux, d'une part, et les caractères des champignons, d'autre part, que M. Malherbe n'a bien vu ni les uns, ni les autres. » Les plus avisés parmi les pathologistes gardaient une prudente réserve^3). D'autres, sans nier l'existence même du champignon dans la teigne tondante, ne voulaient y voir qu'un fait sans importance causale (4). Les plus désireux de voir et d'apprendre faisaient des erreurs techniques grossières. Bazin considérait des grossissements de 280- 7)00 diamètres comme des grossissements de 700 à 800 diamètres (s). Ou bien les vues théoriques a priori faisaient la conviction positive de certains, comme les vues théoriques inverses faisaient les affirmations négatives d'autrui; ainsi Bazin voyait d'emblée dans la Pelade le Microsporum Audouïni décrit par Gruby dans une tondante (6) et pourtant, avec quatre parasites décrits, dont il devait méconnaître deux, Bazin affirmait l'existence de cinq teignes cryptogamiques (7).

(') Léveillé. Article Mycologie du Dict. univ. d'hist. natur., de d'Orbigny, 1847.

(â) Malherbe. Étude* clinique* sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852. broch. in-8, p. Kl, suivies des notes de M. Letenneui'.

(5) Grisolle. Traité élémentaire de pathologie interne, 2e édit., Paris, 1846, I, p. 561 et 565. C'est seulement dans la cinquième édition, en 1855, que l'origine parasitaire des teignes est signalée, non sans restrictions.

('*) Letenneur. Réflexions sur l'herpès tonsurant, Nantes, in-8°, p, 17. L'auteur n'admet pas la présence du champignon, mais il n'a pas cherché à le voir et il ne le considérerait pas comme cause du mal, mais comme conséquence.

(5) Robin. Histoire naturelle des végétaux parasites, p. 403.

(G) Robin dit nettement (toc. cit., p. 424) que les documents apportés par M. Razin ne présentent de certitudes que pour la teigne faveuse, la teigne tonsurante et la mentagre et non pour les pelades, « ce qui ressort du reste de la lecture de son travail ». Et il ajoute judicieusement : « la plupart de ces documents sont excellents, bien que parfois incomplets au point de vue de l'anatomie normale et pathologique ».

(7) 1° Teigne faveuse (Porrigo favosa et scutulata).

2° Teigne tonsurante (teigne tondante de Mahon, herpès tonsurant de M. Cazenave).

5° Teigne mentagre ou sy.cosique.

4" Teigne achromateuse (Porrigo decalvans de Rateman; vitiligo du cuir chevelu de M. Cazenave).

5° Teigne décalvante (alopécie idiopathique).

(Razin. Recherches sur In nature et le traitement des teignes, 1852).

Pendant ce temps, Hardy publiait, à côté de deux dessins excellents, plusieurs autres, fantaisistes. Jusqu'en 1886 il croira que le Trichophyton peut pousser dans les glandes sébacées (').

Et puis, en vérité, les idées médicales de toute cette époque sur la contagion sont si étranges pour nous, aujourd'hui, que si nous voulons comprendre l'hostilité qui accueillit les découvertes de Gruby, il nous faut un peu les connaître.

Rattacher l'idée de la contagion à la transmission d'un contage vivant, puisqu'il se reproduit, est une idée qui nous paraît aujourd'hui banale. Cette idée, le bon sens d'aujourd'hui suffit à la faire admettre. Mais le bon sens d'il y a cinquante ans lui était hostile. Tout paraissait plus simple que cette idée-là. Cette idée paraissait ne pas pouvoir s'adapter à ce qu'on connaissait des lois de la contagion. L'esprit de l'homme moyen est essentiellement illogique ; il adore les mots qu'il ne comprend pas ; il préfère beaucoup un mystère à son explication naturelle ; une loi incomprise lui paraît quasi divine; elle perd de son prestige quand on lui en montre le mécanisme. Il y a des médecins célèbres qui étaient de pitoyables savants, mais qui auraient fait de très bons prêtres.

En 1857, Devergie, partisan résolu de la génération spontanée, émettait comme hypothèse plausible : « L'acarus est un produit morbide de la gale, comme le mycoderme est le produit morbide de la teigne, comme l'insecte de l'acné punctata est le produit morbide de cette maladie, comme le pediculus est le produit morbide du prurigo pediculaire » (2).

Dans la même brochure précitée, Letenneur disait : « Il est possible que l'existence de ces parasites soit réelle ; mais on aurait tort, comme le font les micrographes,... » de croire... « qu'ils sont la cause et non la conséquence de la maladie, et, bien plus, qu'ils sont toute la maladie ».

Pour Cazenave (3) ce qui est hors de doute, bien qu'inexpliqué, c'est le principe contagieux de l'herpès tonsurant.

Dix-huit ans plus tard il écrira encore (4) :

« La contagion, ce principe inexplicable, joue un rôle aussi important que mystérieux dans certaines affections cutanées. Il suffit de signaler la gale, qui est essentiellement transmissible ; ce n'est pas là, à la rigueur, de la contagion proprement dite; c'est un insecte transmis d'un individu à un autre, et l'éruption, toute spéciale, il est vrai, qu'occasionne sa présence n'est qu'un résultat qui disparaît avec elle.

« Mais, la contagion existe incontestablement dans le favus, dans

(') Hardy. Leçons sur les affections cutanées dartreuses, 1862, p. 368.

(2) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, IIe édit., p. 566-567.

(3) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, in-8°, p. 40.

(4) A. Cazenave. Pathologie générale des maladies de ta peau, 1868, p. 250-251.

Y herpès tonsurant.. Elle a élé l'origine d'une théorie nouvelle, dont j'ai déjà dit quelques mots, et qu'il importe d'examiner en détail: la théorie des végétaux parasites de la peau.

« Le i'avus, essentiellement contagieux, avec son aspect particulier, avec ses croûtes toutes spéciales, a été le point de départ de cette théorie, L'imagination aidant, elle a fait tant de progrès que, je l'ai dit déjà, ce nouveau système, d'origine allemande, tend à substituer, pour toutes les maladies de la peau, le morbidisme végétal aux phénomènes pathologiques que l'expérience nous a appris à voir dans ces affections.

« Il est curieux de suivre la filière par laquelle l'esprit d'invention a été amené à englober tant de maladies dans le parasitisme. On a admis la nature parasitaire du favus pour expliquer la contagion: mais il y a une autre maladie du cuir chevelu qui est contagieuse, V herpès tonsurant.... Elle a dû avoir aussi son parasite.... »

En regard de ce texte d'un homme intelligent, mais prévenu et obstiné, en voici un autre presque incompréhensible pour des gens nés après Pasteur.

« Nous ne nions pas, écrit Devergie ('), 'l'existence de ces cryptogames, nous la constatons, au contraire ; seulement, au lieu de considérer les cryptogames comme cause absolue, constante de la maladie, nous les considérons comme pouvant être tantôt effet, tantôt cause de l'affection, ce qui constitue une dissidence très grande d'opinion.

Il y a la graine et le terrain. On guérit souvent la maladie par un traitement général, alors que les traitements antiparasitaires restent sans effet.

Je repousse de toutes mes forces cette opinion, qu'il suffît de détruire le champignon pour détruire la maladie. »

Ainsi pensait le monde savant en 1850 et quelques auteurs en 1857 et 1868. Pour comprendre l'histoire dermatologique de cette époque, il est bon de ne pas ignorer cela.

HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRES GRUBY

L'histoire des teignes tondantes après Gruby fut faite d'une série de quiproquos invraisemblables.

On ne pourrait comprendre ce qui va suivre si l'on ne se rappelail d'abord que les travaux de Gruby sont, à quelques mois près, je l'ai dit, contemporains du travail de Cazenave qui venait de différencier explicitement la teigne tondante du Porrigo decalvans c'est-à-dire de notre Pelade (2). L'excellente étude de Cazenave séparait deux entités

(') A. Devergie. Loc. cit., p. 499.

(-) A. Cazenave. Porrigo decalvans et Herpès tonsurcms (in Annales /les maladies de la peau. Paris, 1845-1844, p. 37-44).

HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUÏNI APRES GRUBY. 35

morbides qui nous paraissent aujourd'hui sans ressemblances, mais <[ui, à l'époque, étaient 1res mal différenciées (r>).

Or, au même moment, Gruby, qui n'était pas un dermatologiste, trouvait, dans deux affections du cuir chevelu, fort analogues entre elles, deux parasites mycosiques différents. Il dut supposer que les deux parasites correspondaient aux deux maladies différenciées par Cazenave, que l'un devait appartenir au Porrigo decalvaris, et l'autre à ÏRerpès tonsitrant. A parler le langage toujours si baroque des dermatologistes, sans être dermatologiste soi-même, on risque les pires eonfusions. (".elle qui suivit dura cinquante ans.

Il est étrange pourtant, que, parmi tous les cliniciens de cette époque, Cazenave seul ait compris l'erreur de Gruby et dit qu'en décrivant le porrigo decalvaus, Gruby « avait voulu parler de l'herpès tonsurant (-) ».

Mais comme Cazenave était un adversaire systématique, la passion qu'il apportait dans le débat fit sans doute négliger son avis. Il reste quand même assez étonnant que Bazin, Hardy, Devergie, Gibert, qui ont connu Gruby et lui ont parlé, ne lui aient pas demandé, après avoir vu ses préparations, de quels cas cliniques elles provenaient.

En tous cas l'erreur d'attribution du Microsporum Audouïni fut faite de suite, et ses conséquences poussées jusqu'au delà des limites croyables.

Les deux teignes tondantes qu'avait analysées Gruby ont des symptômes tels que le diagnostic différentiel peut en être fait sans le microscope, mais l'une a des caractères symplomatiques frappants, même à l'œil nu, même à distance, tandis que l'autre a des caractères discrets qu'on doit étudier de près et même à la loupe. A l'époque de Gruby, il était fatal que la plus évidente fut la seule remarquée, et qu'elle dut recouvrir l'autre. Jusqu'en 1892, une seule teigne tondante fut donc décrite par presque tous les auteurs, et c'était la plus fréquente, la plus frappante comme symptômes.

Pour Bazin, par exemple, la tondante, c'était la teigne constituée par des plaques grises, ardoisées, squameuses, couvertes de tronçons de cheveux engainés, blanchâtres. Bazin ne put jamais supposer, même un instant, que ce fut dans cette maladie que Gruby avait découvert le Microsporum Audouïni, puisque Gruby disait l'avoir vu dans le Porrigo decalvaus, lequel, pour Bazin, était la Pelade. Com-

(') Il y a, d'ailleurs, des cas de pelades à cheveux fragiles (E. Besnier) qui ne sont pas sans présenter d'étroites analogies objectives avec des cas de teigne tondante, ot il y a, d'autre part, des cas de teigne tondante s'accompagnant de déglabration périphérique (Bald-ringworm des Anglais), d'aspect extrêmement peladoïde. Ce sont ces cas qui, de tous temps, ont facilité ces confusions entre ileux affections qui dans leurs formes typiques sont très dissemblables.

(-) A. Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 197.

ment ces deux auteurs auraient-ils pu s'entendre, ils ne parlaient pas le même langage.

Bazin n'eut donc pas d'hésitation lorsqu'il attribua le Microsporum Audouïni à la Pelade. Or Bazin admettait alors deux pelades et ne savait pas bien dans laquelle Gruby avait décrit son parasite, mais, pour lui, c'était certainement dans l'une des deux ('). Et il admettait par provision que toutes deux fussent parasitaires (*).

De tous les auteurs de cette époque, sauf l'irréductible Cazenave, aucun ne put se soustraire à la domination intellectuelle de Bazin. L'exemple en est frappant dans le fameux ouvrage de Bobin (3), qui est comme le compendiwm de la science de cette époque. Lorsque Bobin décrira le Microsporum Audouïni, il le donnera comme le champignon de la teigne achromateuse [Porrigo decalvans de Bateman] (vitiligo du cuir chevelu de Cazenave) et de la teigne décalvante (alopécie idiopathique), d'après M. Bazin.

Le Microsporum Audouïni est décrit par Bobin d'après Gruby, c'est à-dire parfaitement bien, et, chose plus remarquable, Bobin adopte jusqu'à la description clinique donnée par Gruby (4) :

« Les parties du cuir chevelu, dont les poils se sont rompus, restent (run gris blanchâtre, à cause du cryptogame qui couvre ces surfaces.... »

C'est qu'il a vu un enfant atteint de cette affection et qu'il a pu vérifier l'exactitude de la description malheureusement trop succincte de Gruby. Néanmoins il parle :

« des plaques ou croûtes d'un gris blanchâtre qui recouvrent les parties du cuir chevelu dont les poils se sont brisés. »

Or tout cela ne s'applique en aucune façon à la teigne achroma-

(') « ... C'est encore à M. Gruby que nous sommes redevables du champignon propre au Porrigo decalvans ; que, par cette dernière expression, le célèbre niicrographe ait entendu le vitiligo du cuir chevelu, ou ce que j'appelle la teigne décalvante, peu importe; l'erreur n'a pas de conséquence en thérapeutique, puisque dans l'une et l'autre affection, il existe également une production mucédinée qui déracine le poil et détermine l'alopécie.... »

« Dans toutes ces affections, le champignon détermine plus ou moins vite et d'une manière plus ou moins durable l'alopécie, mais enfin il l'amène toujours après lui. » Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Paris, 1852, p. 71.

(-) La teigne décalvante est notre pelade : alopécie rapide sans squames, sans croûtes, sans décoloration des parties malades. Bazin en parle comme d'une chose curieuse (donc rare)? la teigne achromateuse est notre vitiligo, et Bazin le dit : vitiligo dermophytique.

Bazin. Loc. cit. Cf. aussi : Des teignes achro maternes (Pion, 1855, in-8° ext. de la Gazette des Hôpitaux).

(3) Ch. Bobin. Histoire naturelle des végétaux parasites, etc.... Paris, 1853, p. 426.

(4) Bobin, (oc. rit., p. 428.

HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRÈS GRUBY. 37

teuse ou décalvante de Bazin, notre pelade, dans laquelle les régions frappées sont toutes nues et la surface de la peau saine.

Cela n'empêchera pas Robin, qui n'est pas un dermatologiste, de décrire l'évolution de la maladie d'après Bazin, et alors il parle de son extension aux sourcils, aux cils, aux favoris, aux moustaches, et successivement aux poils des diverses parties du corps, ce qui est le tableau évolutif des pelades graves. Il parle alors des plaques découpées, d'alopécie, sur lesquelles :

« On trouve la peau saine, sans changement de couleur. Lorsqu'on examine les parties à la loupe, on n'aperçoit, sur les orifices béants des follicules pilifères, aucun vestige de poil. Il n'y a ni tuméfaction, ni rougeur, ni squames.... »

A la suite de Bazin ('), la dermatologie du monde entier se trompa sur l'attribution du Microsporum A udouïni. Tous les savants le cherchèrent dans la Pelade, et naturellement ne le trouvèrent pas. En Allemagne, cette erreur d'identification fut d'autant plus naturelle que la teigne due au Microsporum Audouïni n'y existe pas. Il eût existé que les Baerensprung(-),les Bceck (3), les Pincus (i)et Scheerenberg(5) et Rindfleisch (6) ne l'auraient pas trouvé dans l'Alopecia areata.

(l) Vers la fin de sa vie, Bazin, qui avait passé 15 ans à chercher le Microsporum Audouïni de Grubydansla pelade, et qui l'avait même figuré (fig. 2, pi. IV de ses Leçons théoriques sur les affections cutanées parasitaires, IIe édit., 1862). — adopta une théorie nouvelle. Il y a deux pelades. L'une, qu'il appelle décalvante, est une « fausse pelade » trichophytique en réalité. (Bazin prenait-il les poils peladiques cassés pour des poils trichophytiques? ou bien avait-il rencontré quelques cas de tondantes accompagnées d'alopécie périphérique dont nous parlons dans la note 1 de la page 150? Je ne sais). La seconde, la seule vraie pelade, ou pelade achromateuse, est celle qui est due au Microsporum Audouïni, mais elle est rare. Et alors, pour que son édifice nouveau présente cette architecture régulière et symétrique à laquelle il tenait tant, Bazin admet deux Trichophytons : le T. tonsurans pour la tondante (comprenant aussi le sycosis et l'herpès circiné)et le T.decalvans pour la pelade décalvante d'emblée. Le T. decalvans remplace donc le Microsporum Audouïni. Bazin le décrit mal, et on se demande, à la lecture, si cette description ne correspond pas à ce qui devait être, un an plus tard, la spore de Malassez et que Bazin serait ainsi le premier à avoir décrit : « Sur la tige des poils, les spores forment parfois de petits groupes isolés ou affectant une disposition racémiforme. Cette tige, ellemême, présente, de distance en distance, des renflements ou nodosités constituées par des fibres longitudinales dilatées et incurvées, et au travers desquelles on aperçoit des amas de sporules. C'est au niveau de ces renflements que se brisent les poils.... » (Dictionnaire de Dechambre, t. VII, art. Microsporon. p. 612).

(-) Baerensprung. Ueber Area Celsi (Charité- Annalen, Jahrg, 1858, Heft. 5).

(3) Boeck. Beobachtungen ûber Area Celsi (Virchow Arch., XLIII, 1868, p. 556).

(4) Pincus. Ueber Alopecia areata und Herpès tonsurans (Deutsrhe Klinik, 1869, n" 1, 2, 14, 15, 18).

(5) Scheerenberg. Virchows Arch. fur Path. Anal., XL VI, p. 4.

(6) Rindfleisch. Area Celsi (Arch. fur Dennat. und Syph., 1869, p. 485. Cf. aussi Neumann (de Vienne), Traité des maladies de la peau. Trad. Darin. Paris, 188(1, p. 398).

Cependant, pour tous les dermatologues, la teigne que cause le Microsporum Audouïni était la vraie tondante trichophy tique, et les médecins en traçaient désormais des tableaux cliniques merveilleux de détail et de précision. Lisez Cazenave, sa description est si parlaite qu'on peut l'accepter toute entière ('). Il semble que l'auteur,

(') A. Cazenave. Traité d?s maladies <la cuir chevelu (J.-B. Baillière, édit. Paris, 1850, p. 191).

Après avoir présenté ici les mémoires de Gruby, c'est justice de transcrire de même la description clinique de Cazenave. La voici :

« Depuis 1X40, dit-il, j'ai pu observer un grand nombre de fois cette maladie qui semble avoir, dans ces derniers temps, fait de grands progrès et être aujourd'hui très commune en France : j'ai recueilli des documents complets qui me permettent de donner de cette éruption une histoire exacte et précise. »

« § 2. Il existe donc une forme de l'herpès circiné, particulière au cuir chevelu, caractérisée par des plaques d'inégale grandeur, mais exactement arrondies, sèches, d'un aspect grisâtre, et remarquables par une alopécie particulière, dans laquelle, le plus souvent, les cheveux sont seulement coupés court en forme de tonsure, mais si près de la peau que la dénudation parait complète à première vue. »

« L'herpès tonsurant débute à la manière de l'herpès circiné, par un point d'ordinaire très petit, mais qui tend à s'élargir sans cesse, jusqu'à atteindre, par exemple, les dimensions d'une pièce de cinq francs et quelquefois plus. A leur début ces points sont rouges, animés, recouverts de vésicules (?) très ténues et aussi très éphémères, qui se terminent toujours par résolution, et deviennent le point de départ d'une desquamation qui persiste à toutes les phases de l'éruption, mais dont on ne s'aperçoit que quand la brisure du cheveu est déjà manifeste. La plaque s'élargit en suivant une marche excentrique; et si l'on observe attentivement l'évolution de la maladie, il semble que la brisure du poil précède l'état squameux : au moins dans les premiers temps et surtout quand la plaque est unique, la tonsure en est le caractère saillant.

... Plus tard, surtout quand les plaques sont très larges, l'alopécie perd son caractère de tonsure, et les cheveux qui restent sont irrégulièrement épars sur une surface sèche, inégale.

Quant à l'état squameux, il existe dans toute l'étendue de la plaque, si large qu'elle soit d'ailleurs, et dont le centre n'est jamais sain, bien qu'il soit sans rougeur et sans humidité. Il n'y a presque jamais de chaleur; quelquefois les malades accusent de la démangeaison.

Les plaques présentent des diamètres qui peuvent varier depuis celui d'une pièce de 2 francs jusqu'à celui d'un ancien écu de six livres.

Quand la plaque est unique, ce qui arrive assez fréquemment, elle dépasse rarement le diamètre de 2 à 5 centimètres : elle simule exactement une tonsure assez bien arrondie : les cheveux y sont coupés net, à 2 ou .1 millimètres de leur point de sortie; ils sont un peu dégarnis d'ailleurs et laissent voir une foule de petites squames blanches, très minces, répandues sur une surface grisâtre, comme un peu décolorée; les cheveux qui servent de limites immédiates à cette tonsure sont fournis et épais, comme dans tout le reste de la tète, et même ceux qui sont coupés ras sur la plaque malade conservent longtemps leur intégrité sous tous les autres rapports. Quelquefois, il y a autour de cette plaque principale, deux ou trois petites tonsures inégales dont le développement reste incomplet.

La tonsure peut aussi être multiple : il arrive même parfois que, par suite du développement excentrique et progressif des diverses plaques, celles-ci se joignant et se confondant, la tète soit en grande partie tondue, et que l'on ne retrouve plus qu'aux extrémités de l'éruption des moitiés ou des quarts de cercle qui permettent encore de reconstruire les plaques qui ont primitivement existé. La maladie alors a beaucoup perdu de son aspect caractéristique. C'est

HISTOIRE DU MICROSPORUM AUDOUINI APRES GRUBY. 39

fut d'autant meilleur clinicien qu'il haïssait le microscope davantage.

Si l'on réunissait le tableau clinique qu'il fait de la maladie, au tableau microscopique de Gruby, l'ensemble serait parfait.

Parcourez de même tous les ouvrages dermatologiques, si la description de Cazenave reste la meilleure, néanmoins, c'est toujours la même teigne tondante que les autres ouvrages décrivent. A la vérité plusieurs auteurs de cette époque sont encore confus. Ainsi Gibert, qui décrit la teigne « furfnracée, herpétique ou tonsurante » comme Cazenave, mais qui appelle du nom très peu différent de teigne tondante la pelade à cheveux fragiles ('). De telles confusions de mots sont bien frappantes et expliquent beaucoup des confusions de faits que nous connaissons maintenant (2).

Dans Gibert comme dans Bazin, la description de la tondante est

surtout clans ce cas, qu'au lieu d'une ou plusieurs tonsures bien nettes, une plus ou moins grande partie du cuir chevelu présente de larges surfaces inégales, farineuses, grisâtres, sans turgescence aucune, couvertes de cheveux plus rares et disséminés. J'ai vu plusieurs fois, quand la maladie existait déjà depuis longtemps, se développer de nouveau, au centre de ces surfaces, de petits disques d'herpès circiné, qui ne tardaient pas à se confondre avec la plaque farineuse ancienne.

L'herpès tonsurant semble n'attaquer que la première et la seconde enfance; pour ma part, je ne l'ai pas encore rencontré à l'âge adulte. Je ne connais pas non plus d'exemple de récidive. Il peut se développer sur tous les points du cuir chevelu, mais il affecte de préférence, et bien évidemment, la partie postérieure et la face pariétale. Il a d'ailleurs une marche essentiellement chronique; il dure ordinairement plusieurs mois; je l'ai vu persister au delà d'une année. » (p. 196).

•< Il est impossible de confondre la plaque farineuse d'un bleu grisâtre, tondue, de l'herpès, avec les plaques lisses, décolorées, d'un blanc de lait, chauves, du porrigo decalvans. » (p. 200).

Tel est le. texte de Cazenave et c'est après ce texte d'une si remarquable vérité, et d'une si belle allure clinique que se trouve une lamentable étude de la pathogénie de cette affection :

« La cause première, intime de l'herpès tonsurant nous échappe....

... Je n'insisterai que sur un point, c'est sur le peu de cas qu'il faut faire de ce qu'on a appelé les illusions du microscope....

... Ce qui est hors de doute, bien qu'inexpliqué, c'est le principe contagieux de l'herpès tonsurant », etc. (p. 197).

(x) C. M. Gibert. Traité pratique des maladies de ta peau, 1860, t. I, p. 325.

(2) Gibert transcrit d'ailleurs la description de Bazin : « La teigne tonsurante est une affection contagieuse du système pileux, caractérisée par la décoloration des poils, l'altération de leurs qualités physiques, qui les rend fragiles et susceptibles de se casser à quelques lignes de leur insertion sur la peau; par l'état chagriné bleuâtre, hérissé de follicules pileux, et aussi par des squames blanches, minces, pulvérulentes, formant de petites gaines à la base des poils. »

Pour Bazin, « la partie malade est en outre recouverte d'écaillés et de squames blanches comparables... à de l'amiante, ou mieux encore au duvet blanchâtre qui recouvre la coque de l'amande avant sa maturité. Ces petits flocons blancs... forment des gaines (aux cheveux). Les plaques s'élargissent de jour en jour, finissent par se rencontrer et forment alors de larges surfaces; si l'on veut arracher, avec les pinces, les cheveux rompus qui recouvrent la plaque, on les brise de nouveau un peu plus près de leur insertion ». Bazin, Recherches sur la nature et le traitement des teignes.

absolument caractéristique. La description laite par Devergie ne Test pas moins. Impossible de se méprendre sur la nature de ces plaques, grandes au maximum comme une pièce de cinq francs,

« tapissées d'une sorte de poussière grise, sale, adhérente, formant moitié duvet, moitié écailles (1), »

Devergie ajoute d'ailleurs à son texte une figure qui représente; sans doute possible, le cheveu du Microsporum Audouïni (2).

Bref, après des années, tous les dermatologistes savaient diagnostiquer la tondante due au Microsporum Audouïni, mais ils appelaient son parasite le Trichophyton, et personne n'ayant retrouvé le Microsporum Audouïni dans la pelade, on admettait que Gruby s'était complètement trompé dans sa description:

Alors Bazin écrivait cette affirmation tranchante : « Malheureusement, la plus grande partie du mémoire de M. Gruby n'est qu'un roman (3). »

De même, après avoir décrit, comme tondante trichophytique, la teigne du Microsporum Audouïni ', Lailler dira en parlant des mémoires de Gruby :

La description [du parasite] y est si incomplète au. point de vue histologique, si obscure au point de vue clinique, qu'il faut arriver jusqu'à Malmsten pour avoir une notion précise sur le Trichophyton (*).

Avec Cazenave, Hardy avait pourtant supposé que Gruby avait décrit comme pelade une tondante (s), mais, de tous les cliniciens de cette génération et de la génération suivante, un seul, Tenneson, un bibliophile, relisant dans le texte des Mémoires de Gruby, avait pleinement compris la confusion faite par ses contemporains et avait écrit cette phrase caractéristique :

« Il suffît de lire la note de Gruby pour se convaincre qu'il avait en vue, non la pelade, mais la teigne tondante.... Il a donc simplement méconnu « le porrigo decalvans » de Bateman et appliqué le mot à contresens ; mais, on ne s'en est pas aperçu, et le Microsporum Audouïni a été patronné, figuré par Bazin, comme le parasite de la pelade (6). »

(*) Devergie. Loc. cit., p. 275-276.

(-) « Le diagnostic de cette affection, ajoute-t-il, est très facile. La dénudation d'un ou plusieurs points de la tête, sur une surface grisâtre ou légèrement squameuse, couverte de cheveux de 3 à 4 millimètres, grisâtres eux-mêmes £ la forme ovoïde de la plaque, l'aspect de tonsure qu'elle représente forment autant de caractères... pour reconnaître Ja maladie. » (Loc. cit., p. 546).

(3) Bazin. Leçons théoriques sur les affections cutanées parasitaires. Paris, 1858. (Cf. p. 144 et p. 196).

(4) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, recueillies par Landouzy, 1878, p. 33.

(3) Hardy. Traité pratique et descriptif des maladies de la peau. Paris, 1886, p. 570.

(6) H. Tenneson. Traité clinique de Dermatologie. Paris, 1895, grand in-8°. Doin, édit., p. 223.

IDENTIFICATION EN FRANCE DE L'HERPES C1RC1NE. kl

Mais, dira-t-on, comment des centaines de cliniciens ont-ils pu pratiquer dans la teigne tondante des milliers d'examens sans reconnaître le Microsporum Audouïni si exactement décrit par Gruby? C'est qu'à l'inverse de Gruby ils étaient cliniciens, mais non pas micrographes. S'ils ont vu mille t'ois le Microsporum Audouïni sans le reconnaître, cela tient à bien des causes. D'abord les cliniciens examinent des cheveux malades quelconques, le plus souvent pris au hasard, sans chercher à l'aire porter leur examen sur les plus typiques, et les plus intacts. Ils les épilaient brusquement, sans chercher, par une épilation lente, à les épiler entiers, ou du moins à les casser le plus près possible du bulbe. Leurs préparations étaient faites brutalement, sans souci de ménager le plus possible les rapports des éléments parasitaires. Souvent les préparations que ces auteurs ont fait représenter étaient bien dessinées, mais c'étaient des préparations médiocres.

Je connais trois dessins de cette époque représentant le Microsporum Audouïni, tous trois, d'ailleurs, sous le nom de Trichophyton. L'un est le dessin de Devergie mentionné plus haut (') avec la légende : Herpès tonsurant. ThrichopKyton (sic) 200 diamètres; le second est une coupe du cuir chevelu dans la teigne tondante due à Frédéric Taylor (2) ; le troisième est un dessin de Hardy, que nous avons déjà mentionné. Bien plus, et le chapitre suivant en fera la preuve, les dermatologistes de cette époque ne connaissent que le Microsporum Audouïni sous le nom de Trichophyton. Devergie ne décrit que kles groupes de petites spores parsemant Fécorce du cheveu, et même, il plaisante les descriptions qui représentent le Trichophyton comme composé de grosses spores en chaînes, « que, dit-il, on ne rencontre jamais ».

Arrêtons ici l'histoire de cette suite ininterrompue d'erreurs et de confusions. Elle montre à quel point l'étude microscopique des teignes restait incomplète, et combien il était nécessaire de la reprendre par la base.

Nous allons voir maintenant ce qu'était devenue pendant ce temps l'histoire de la trichophytie vraie et du Trichophyton, et d'abord je dois dire quand on parvint en France à l'identification définitive des tondantes et de l'herpès circiné.

IDENTIFICATION DÉFINITIVE EN FRANCE DE L HERPES CIRCINE ET DE LA TEIGNE TONDANTE

J'ai exposé plus haut comment le ringworm, traditionnellement connu en Angleterre, avait été de prime abord rattaché à la tondante

(') DevergiK. Traité pratique des maladies de la peau, II* édit., 1857, PI. VI. (2) Medieo chirurgical transactions, 1879.

par Willan, Bateman et Samuel Pkimbe, et que Mahon, en France, avait fait la même identification entre les deux manifestations de la maladie aux régions glabres et chevelues. Néanmoins, lorsque Cazenave reconnut de nouveau la même identité en 1850, elle était encore assez incertaine pour que son affirmation eût toute la saveur dune nouveauté.

Parlant de l'épidémie de teigne tondante qu'il avait observée en IN il), il écrit :

« J'ai trouvé, dans un grand nombre de cas, c'est-à-dire i l'ois sur 5, des disques d'herpès circiné, développés en même temps sur des points plus ou moins éloignés du cuir chevelu; j'en ai vu sur les membres, au devant de la poitrine (M, mais c'est surtout au cou et au front que je les ai rencontrés le plus fréquemment. Ce fait est très important, ne fût-ce qu'au point de vue du diagnostic, et surtout pour établir, sinon la nature, au moins la forme positive de cette maladie si curieuse : il acquerra plus de valeur encore quand je dirai que j'ai vu plusieurs l'ois ces mêmes plaques se communiquer du cuir chevelu aux autres régions, et même de ces régions au cuir chevelu. »

Afin que l'identité des deux lésions et leur communauté d'origine soient mieux affirmées, Cazenave ajoute encore :

« ... J'ai vu plusieurs l'ois des disques qui existaient exactement aux limites du cuir chevelu, et dont une moitié, développée sur la peau, laissait voir manifestement le caractère vésiculeux, que l'on ne retrouvait plus que difficilement dans l'autre moitié, perdue dans les cheveux (-). »

Presque à la même époque, Malherbe et Letenneur affirmaient à la fois l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant, leur existence sur l'animal et leur contagion fréquente de l'animal à l'homme (3).

Bazin, au contraire, repoussait l'identité de l'herpès circiné et de la teigne tondante, à cette époque, et ses raisons pouvaient alors paraître plausibles. 11 connaissait le favus en cercle « le favus herpeticus », et raisonnait ainsi : Le cercle d'herpès peut aussi bien précéder le favus que la trichophytie, donc il n'est ni l'un ni l'autre (''). Et la même objection arrêtait ses émules en Allemagne et en Angleterre; le favus pouvant s'accompagner de cercles comme la trichophytie, Tilbury Fox

(') Remarquer que, dans tous les auteurs de ce temps, l'herpès circiné est indiqué comme fréquent à la poitrine, parce qu'on appelait à tort dé ce nom le pityriasis circiné surséborrhéique fréquent en ce siège.

(2) Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris. 1850, p. 201.

(â) Letenneur esl très explicite : « Je regarde comme un fait positif et qui doit être acquis à la science, que l'herpès circiné et l'herpès tonsurant sont également contagieux, soit de l'homme à l'homme, soit des animaux à l'homme. » Letenneur. Réflexion* sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852, p. 17. Cf. également : Malherbe. Éludes cliniques sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852. p. 10.

(4) Bazin. Recherches sur lu nature ri le traitement îles teignes, p. 69.

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