IDENTIFICATION EN FRANCE DE L'HERPÈS CIRCINE
et Hebra purent penser que les deux maladies étaient dues au même parasite ('), quoique, toujours au nom de la clinique, un grand nombre de voix s'élevassent dès l'origine, et avec force, contre de telles confusions (*). Ces confusions provenaient surtout de ce fait que, sous le nom d'herpès circiné, on mélangeait des cas de pityriasis circiné pré-sternal, des cas d'eczéma nummulaire, de psoriasis annulaire, de pityriasis rosé, etc., ce qui rendait le rapport i\u cercle trichophylique à la tondante beaucoup moins précis.
Peu à peu, cependant, Bazin s'éclaira par la méthode expérimentale. Il chercha et trouva le Trichophyton dans l'herpès circiné. Mais comme, pour la raison qui précède, il n'en trouvait pas dans tous les cas, il refusait encore sa conviction.
« Je crois que l'herpès circiné favorise dans quelques cas 'le développement du Trichophyton et joue, par conséquent, le rôle de cause prédisposante ; mais, bien plus souvent, cet herpès fugace, temporaire est un des premiers signes de la germination du végétal parasite; c'est un effet, el non une cause (3). »
Enfin, un an plus tard, Bazin, tout à fait converti, écrivait :
« Tout herpès circiné est maintenant pour moi le signe de la germination du Trichophyton (4). »
Bientôt, emporté par son besoin de classification méthodique, simplificatrice et schématique, qui a été la première cause de toutes ses erreurs, Bazin voulut que l'herpès circiné fût le premier stade d'une évolution qui se continuait par le pityriasis alba de la tondante (2e stade) et dont le sycosis serait e troisième stade.
« Ce sont trois manifestations symplomaliques différentes, et, en même temps, trois périodes successives d'une même affection parasitaire. »
Il forçait ainsi les rapports cliniques des types morbides pour expliquer ce que leurs différences symptomatiques avaient encore d'inexplicable. Hardy, plus maître de son imagination, n'admit pas les trois stades trichophytiques de Bazin : Herpès circiné, tondante, sycosis; il
(') Tilbury Fox. The true nature and meaning of parasitic diseases of the surface (The Lancet, 2 et, 9 juillet, 1859, p. 5, et 31 septembre 1859, p. 260). Cf. aussi : Skin diseuses of parasilic origin, their nature, nnd treatment (1863, Londres). T. Fox croyait que le même parasite naissant était le Mierosporum Audoumi de. Gruby et faisait la pelade, plus âgé, faisait la trichophytie et, à son complet développement, le favus.
(2) Mac Call Anders'on. On the parasitic affections of the skia (Londres, 1.86 1 et 1868).
(3) Bazin. Considérations générales sur lu menlagre et les teignes de la face (in-8°, Pion, 1854).
(4) Bazin. Cours de séméiolique cutanée, suivi <lc leçons théoriques et pratiques sutla scrofule el les teignes (in-8\ Paris, 1855, Pion).
kk LES TEIGNES.
« considère ces trois formes morbides comme des variétés différentes produites par un même champignon, sans qu'il y ait réellement de lien chronologique entre elles (')- »
Quant à Devergie, il *admet une par une les idées de Bazin et le nomme à peine. Juhel-Rénoy a déjà fait remarquer combien la conduite de Devergie en cette occasion avait été gauche et peu loyale.
Depuis que M. Baerensprung a découvert un cryptogame dans l'herpès circiné (2), qui n'est pas accompagné d'herpès tonsurant, notre attention a été appelée sur le fait de la contagion. Or, il s'est présenté dernièrement, à notre consultation de l'hôpital Saint-Louis, une femme qui avait plusieurs plaques d'herpès, les unes au cou, les autres sur l'avant-bras. Elle m'a dit qu'ayant retiré de nourrice ses deux enfants, l'un d'eux, qui était atteint de cette maladie, l'avait communiquée à l'autre ; qu'elle l'avait gagnée d'eux, et que son mari en était aussi atteint. L'herpès doit donc être considéré comme une maladie contagieuse par le cryptogame dont il peut être accompagné. »
Toutes les fois que Devergie observe et qu'il décrit, il est excellent, toutes les fois qu'il interprète et fait de la théorie, il est au-dessous du médiocre :
« L'herpès tonsurant, contagieux de sa nature, développe sur la tête d'autres enfants, et par contagion, des plaques d'herpès tonsurant.... Sur les enfants qui en sont atteints, il peut développer ou il peut se développer des plaques d'herpès circiné sur le cou, les bras, la poitrine, qui coïncident avec l'herpès tonsurant..., l'herpès tonsurant peut faire naître de l'herpès circiné sur des parties autres que le cuir chevelu chez des enfants ou chez des adultes, et alors, ces sortes d'herpès circinés coïncident avec l'existence du même cryptogame que celui qui existe sur les plaques d'herpès tonsurant, c'est-à-dire le trichophyton ; ce qui n'empêche pas qu'il puisse exister des herpès circinés développés spontanément et qui sont exempts de toute production végétale...; il est très douteux jusqu'alors que l'herpès tonsurant soit précédé ou soit accompagné d'un bourrelet vésiculeux comme l'herpès circiné; enfin, que l'herpès tonsurant est une maladie essentiellement parasitaire (3) (sic). »
Toutes les confusions dont ces textes témoignent se poursuivirent longuement. Comme il est arrivé pour l'identification de toutes les lésions
(') Hardy. Leçons sur les. maladies de la peau, 1858-1859.
(2) Il n'y a aucun doute aujourd'hui que la découverte du Trichophyton dans l'herpès circiné ne soit l'œuvre de Bazin, bien qu'à diverses reprises Devergie ait tout fait pour lui en retirer la priorité et la transmettre à Baerensprung. Il est démontré que Baerensprung, élève à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de Bazin, commença ses recherches à l'imitation de celles du maître, et la publication de ses résultats est postérieure aussi aux affirmations de Bazin. Cf : Devergie. Traité pratique des maladies de ta. peau, IIe édit., 1857, p. 268. — Le travail de Baerensprung fut publié dans les Annalen des Charité-Krankenhauses, 6" année, 1855.
(5) A. Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, IIe édit., 1857, p. 543.
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parasitaires de la peau, les auteurs au lieu de se baser sur la présence ou suiTabsence du Trichophyton dans une lésion, pour affirmer ou rejeter sa nature trichophy tique, admettaient comme herpès circiné toutes sortes de lésions disparates; alors il fallait conclure que le Trichophyton ne se rencontrait pas dans toutes. J'ai trop souvent entendu des médecins contemporains raisonner de la sorte à propos des uréthrites et du gonocoque, des impétigos etdu streptocoque, etc.. pour m'étonnerde ces erreurs de logique qui doivent appartenir à tous les temps. Il est certain, en tous cas, que cette erreur fut celle de tous les médecins d'alors :
En 1886, Hardy écrit encore :
« Dans les lamelles épidermiques qui constituent les squames [de l'herpès circiné], il est quelquefois possible de reconnaître, t au microscope, des spores parasitaires ; nous reviendrons plus tard sur ces détails (*).
Mêmes incertitudes dans les leçons cliniques de Lailler (2). Jusqu'en 1895 on méconnaissait l'origine trichophy tique des folliculites agminées. Et jusqu'aujourd'hui j'ai vu confondre, entre eux, et par des maîtres, l'herpès circiné inguinal et l'érythrasma....
Bazin avait fourni la preuve microscopique de l'identité de l'herpèscirciné et de la tondante ; la preuve par l'inoculation fut donnée par Bouchard (3), alors interne des hôpitaux de Lyon; il reproduisit sur lui-même l'herpès circiné, par l'inoculation des spores d'une tondante. Et par ces expériences fut achevée la démonstration de l'identité de l'herpès tonsurant et de l'herpès circiné que Bateman, Mahon et Samuel Plumbe avaient affirmée au nom de la clinique, quarante ans plus tôt.
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De ce que nous avons raconté plus haut, il résulte que la trichophytie vraie demeura pendant cinquante ans, après Gruby, presque complètement méconnue. Sous ce nom on décrivait la teigne du Microspor um Audo uïni .
De temps en temps, les observateurs rencontraient bien, dans les examens microscopiques des cheveux teigneux, un parasite composé de chaînes régulières de spores placées côte à côte, mais sans y atta-
(*) Hardy. Loc. cit., p. 375.
(2) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, 1878, p. 40.
(3) Bouchard. Etudes expérimentales sur l'identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant, Lyon, 1860.
k& LES TEK '.NES.
cher d'importance, et on ne décrivait pas explicitement ce type microscopique. Beaucoup de cliniciens comme Devergie ne connais saient même cet aspect parasitaire que par ouï-dire et n'y croyaient guère .
Quant à la figuration du T.richophyton je ne l'ai rencontrée que dans le livre de Hardy (') où les cheveux des deux teignes sont figurés côte à côte, avec assez d'exactitude pour qu'ils soient tous deux reconnaissablés, mais sans aucun texte quelconque faisant allusion à ta différence des deux types parasitaires ou qui la souligne de quelque manière que ce soit.
Pendant toute la période qui va de 18 io à 1892, à mon avis, un seul document est valable sur ce sujet. 11 a été fourni par P. Auberl, médecin de l'hospice de l'Antiquaille, dans une note présentée à la Société des sciences médicales de Lyon, en juin 1876. ('/est la description la plus précise et la plus minutieuse de la tondante trichophytique vraie et de son cheveu caractéristique. C'est la seule que j'aie pu trouver dans tous les livres dermatologiques que j'ai parcourus. Je citerai toutes les parties de cette note qui présentent de l'importance.
Son titre indique la position de la question : Deux observations d'herpès tonsurant survenant chez des malades en cours de traitement pour un favus.
L'auteur constate, en dehors des lésions l'aviques,
« en divers points de la tête, mais surtout à la région occipitale, un certain nombre de points noirs rappelant l'aspect d'un comédon et ne s'effaçant pas sous une friction pratiquée avec un linge. Un examen plus attentif, fait à la loupe, permet de constater que ces points sont dus à un court fragment de poil enroulé sous l'épidémie, et l'examen microscopique révèle dans ces poils une infiltration complète, par des spores ayant de 5 à 8 millièmes de millimètre de diamètre. »
Relisez, comparativement à ce texte, le dernier mémoire de Gruby, vous y retrouverez tous ces détails, le cheveu qui « se casse avant d'être sorti de son follicule » et « s'entortille » à son orifice, le cheveu
(') Hahd\. Rien que la juxtaposition de ces 2 dessins est à elle seule remarquable. Comme figuration du Trichophytori vrai, nous mentionnerons encore une coupe de tondante trichophytique par Thin,dans sa note: « On the condition ol" the skin in tinea tonsurans. » (Medico-chirurgical transactions, mars 1878, vol. 61).
Adamson cite encore les dessins de Malmsten (Millier'* Archiv., 1848) et de Baerensprung (Annalen des Charité-Krankenhanses, décembre 1855, p. 116). comme correspondant exactement au Trichophyton endothrix.
En regard de ces préparations, comparer les ligures -2 et 4 de la pi. II, dans les : Recherches sur la nature cl le traitement des teignes de Bazin1, Paris, 1855, p. 68. Comparer : II. (1. Adamson. Observations un the parasites of ringworm (Brit. journ. <</' dermat., vol. 7, n° 81, et spécialement Plate I, tig. .". Plate II, lit'-. 5).'
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« rempli complètement » par les spores (de 4 à 8 y.) ; l'identité des deux textes est tout à fait frappante (').
Mais, continue l'auteur,
« l'aspect symptomatique que revêt l'herpès lonsurant, en pareil cas, me parait mériter d'être mis en lumière plus que ne l'ont fait les ouvrages de dermatologie que j'ai pu consulter et qui né foui de ce symptôme aucune mention nette et bien positive. »
El après ce texte déjà excellent, Aubert, en quelques mots, différencie cette forme de tondante de la plus communément décrite :
... Alors «pie pour l'herpès, il est sans cesse question de l'aspect brisé, de la gaine blanchâtre qui enferme et entoure le tronçon du poil, il n'est pas question de l'aspect tout aussi caractéristique du point noir cpie revêt un poil infiltré sous l'épidémie^).
A une séance ultérieure, réfutant les objections de M. Horand, Aubert ajoute de nouveaux caractères à ceux qu'il a donnés aux poils trichophyliques :
« Si on les gralle avec une aiguille, comme le poil est excessivement friable, il se détache avec la lamelle épidermique qui le recouvre, et ce fragment de poil, mou, impuissant à réagir, garde sa petitesse et sa forme première.... On m'accuse d'embrouiller un peu la question si j'admets que, dans l'herpès lonsurant du cuir chevelu, les spores peuvent atteindre jusqu'à 0 ou 7 millièmes de millimètre de diamètre, présenter quelquefois une forme ovale ou allongée, si j'admets encore que le mycélium peut exister en proportion appréciable.
« Mais depuis longtemps déjà la présence du mycélium et des tubes sporophores a été signalée dans le Trichophyton. M. Bouchard, alors interne de Lyon et aujourd'hui médecin des hôpitaux de Paris, avait, dès r860, signalé l'extrême abondance de ces éléments dans l'herpès circulé. »
Il semble un instant que l'excellent observateur va conclure comme Gruby, à l'existence de deux parasites différents donnant deux formes symptomatiques différentes, car il ajoute encore :
(') Dans le texte suivant, je relève encore..." Nous croyons pouvoir conclure que les points noirs observés chez nos deux malades » sont « constitués par Venroûlement sous-épidermique d'un poil infiltré de spores »....
(-) Rien ne montre mieux l'état d'esprit des dermatologistes, sur cette question, à cette époque, que la discussion qui suivit cette présentation. M. Horand répond entre autres choses : « que les caractères assignés, par M. Aubert. au parasite végétal qui infiltre les cheveux, dans les cas de points noirs, se rapprochent beaucoup plus de ceux de l'Achorion que du Trichophyton ». M. Horand retombe ainsi dans l'erreur commune qui, sous le nom de Trichophyton, faisait décrire, très incomplètement et médiocrement, le MicrosporumAudouïni de Gruby. « En effet, poursuit l'orateur, le parasite qu'il décrit est constitué par des spores volumineuses, pouvant atteindre huit millièmes de millimètre, de forme elliptique, disposées en chapelet.... Or, on admet généralement que, dans l'herpès tonéurcmt, le trichophyton se compose à peu près uniquement de spores petites,
rondes.... .,
« Le fait est que j'ai presque toujours constaté, dans ces poils sous-épidermiques, la présence du mycélium, et trouvé le volume des spores plus considérable, en moyenne, que dans les poils brisés à quelques millimètres de la surface cutanée.
« Je crois donc... pouvoir maintenir que l'infiltration complète du poil par les spores appartient exclusivement à L'herpès tonsurant, que celle infiltration peut revêtir deux apparences sy mptomatiques principales, celle d'un poil brisé entouré d'une gaine blanche et comme enfariné, et celle d'un point noir résultant de V enroulement sous-épidermique du poil. »
Malheureusement, au lieu d'adopter cette conclusion et de séparer nettement le parasite à petites spores et le Trichophyton, Aubert tourne le dos à cette vérité, et se rallie à l'opinion unitaire dont Bazin avait fait un dogme. C'est le même Trichophyton sous deux formes différentes :
« Les conditions de végétation du Trichophyton influent donc notablement sur la proportion relative des éléments qui le constituent, et, s'il est vrai que, dans les poils brisés et entourés de la gaine blanche décrite par Bazin, il soit tout à fait exceptionnel de rencontrer du mycélium, il n'en est plus de même dans le poil, qui n'a pu traverser l'épiderme et qui, dès lors, s'est trouvé lui-même et a placé le parasite dans des conditions spéciales de développement et de nutrition. »
Telle est la seule description différentielle, clinique et microscopique que j'aie pu retrouver des deux teignes tondantes différenciées par Gruby, avant celle que l'étude mycologique du sujet m'amena à en fournir en 1892.
Je m'étonne qu'à cette époque, et lorsque je retrouvai et différenciai de nouveau ces deux teignes par la culture, M. Aubert, que j'ai vu à diverses reprises, et en particulier au Congrès de dermatologie de Lyon de 1890, ne se soit pas souvenu de la différenciation clinique si précise qu'il en avait faite vingt ans avant. J'ai retrouvé ces textes par hasard.
Bien avant l'époque où nous sommes parvenus, la dermatologie était arrivée à réunir peu à peu une série d'idées assez justes concernant le sycosis de la barbe. En le décrivant parmi les impetigines, Lorry avait affirmé sa parenté avec les pyodermites. Devergie et Bayer avaient noté ses affinités avec l'acné pustuleuse. Cazenave avait déterminé la localisation folliculaire des pustulations. Le mémoire de Gruby, en apportant une vérité nouvelle, troubla singulièrement ce chapitre nosographique, et les conséquences premières de cette découverte furent de faire naître un grand nombre d'hérésies cliniques.
Bazin, qui accepta d'abord toutes les affirmations de Gruby, reconnut dans la teigne mentagre le « Microsporum mentagrophytes » qui forme comme une gaine végétale autour du poil. Et il pensa très naturellement que toute mentagre était cryptogamique. Alors, il put dire justement que si, dans certains cas, la recherche du parasite était facile, dans d'autres elle était très difficile et montrait peu de parasites (*).
La meilleure preuve que l'on puisse donner de la confusion que faisait alors Bazin entre le sycosis pyodermique banal et le sycosis mycosique, c'est le tableau clinique qu'il en donne et les localisations qu'il lui attribue. La teigne mentagre de Bazin reste souvent « bornée et circonscrite à la gouttière sous-nasale » (s). Or c'est une région où l'on n'observe jamais le sycosis mycosique, alors que cette localisation est spéciale au sycosis pyodermique consécutif aux rhinites à répétition. C'est avec la génération médicale suivante que la vérité sur ce point s'établira (3).
Ce qui induisait surtout Bazin en erreur, c'est le succès de l'épilation dans la plupart des mentagres chroniques. Il y voyait la preuve de l'existence du parasite que la pince enlevait avec le poil (4). Plus tard Bazin publie son étude des sycosis (3) : la mentagre peut prendre trois formes, une forme humide ou pustuleuse, une forme sèche ou papulosquameuse, une forme tuberculeuse ousycosique.... Dès cette époque, commence, dans son esprit, une confusion très certaine entre les parasites mycosiques qui font la mentagre, et ceux qui font la teigne tondante :
« Il est, pour nous, parfaitement démontré aujourd'hui, que cette éruption est très souvent occasionnée par la présence du Trichophyton tonsu rant sur les poils de la figure (6). »
Limitée à cette proposition son opinion était vraie. Mais plus tard l'auteur ira plus loin et dira que le Microsporum mentagrophytes
(J) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1852, p. 70.
(2) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, p. 41-43.
(5) « B est aussi remarquable que cela a été peu remarqué, de voir l'extrême inégalité des différentes parties de la face devant le trichophyton : la région des sourcils, des cils, la moustache sont très rarement atteints, tandis que la barbe proprement dite en représente le véritable lieu d'élection. » E. Besnier. Note 1 de la p. 800, t. II de la traduction annotée de Kaposi.
(4) C'est vraiment à Bazin qu'on doit faire remonter le mérite d'avoir introduit la méthode de l'épilation et réglementé son usage dans la plupart des dermatoses des régions pilaires où elle est encore employée. Voir dans ses Recherches sur la' nature et le traitement des teignes (p. 70) l'insistance avec laquelle il expose les qualités d'un bon épileur.
(5) Bazin. Considérations générales sur la mentagre et les teignes de la face, in-8°, Paris, 1854, Pion (Extr. de la Gazette des Hôpitaux).
(6) Loc. cit., p. 20.
n'existe pas : « Ce n'est qu'un Trichophyton vieilli et dégénéré (l). Et cela est une erreur. Avec Devergie, commence la réaction qui différenciera le sycosis mycosique ou parasitaire du sycosis pyodermique ou non parasitaire (-).
Gibert accentua contre Bazin la réaction qui fit séparer l'un de l'autre les deux sycosis. A la vérité, pour lui, le parasite qu'on trouve dans certains sycosis est le Trichophyton, bien qu'il ait vu une préparation de Gruby montrant son Mentagrophyte, mais sans savoir de quel cas clinique il provenait. Gibert a d'ailleurs observé et bien décrit la coexistence de l'herpès circiné de la main et d'une mentagre sycosique dans laquelle « un poil de la barbe offrait de petites sporules extérieures appliquées sur lui (3) ».
Mais il revient nettement dans la vérité clinique en déclarant que
« dans la généralité des cas d'impétigo sycosiforme, d'eczéma, d'impétigo, de sycosis tuberculeux ou pustuleux, il n'y a pas de Champignon. » Et il conclut : « Tout en reconnaissant la vérité des traits du tableau tracé par M. Bazin, nous ne pouvons nous empêcher de croire encore à l'existence d'une variété de sycosis non parasitaire. »
Désormais l'identité du Trichophyton qui l'ait le sycosis et de celui qui l'ait les tondantes ne sera jamais plus sérieusement mise en doute jusqu'aux recherches modernes; et de 1860 à 1892 ce sera un dogme en dermatologie. Mais on distinguera désormais deux espèces distinctes de sycosis : « la première, de nature parasitaire, et la seconde, de nature inflammatoire simple » (4). A [l'étranger c'est surtout le travail de Kôbner et Michelson qui fît bien connaître le sycosis parasitaire et le différencia expressément du sycosis inflammatoire (s).
(') Article Microsporon du Dictionnaire de Dechambre, 1872-73.
(2) « Pour nous, dans la mentagre, tout le tissu de la peau et tous les organes contenus dans ce tissu sont malades. On observe bien, dans certains cas, l'existence d'un cryptogame, le Trichophyton tonsurant, que nous avons vu, mais qui est loin d'être constant. » Devergie. Loc. cit., p. 569.
(3) C. M. Gibert. Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis. IIP édifc, 1860, t. I., p. 279.
(4) Hardy. Traité pratique et descriptif des maladies de la peau, 1886, p. 396.
(5) Kôbner und MichelsOxN. Ueber parasitâre sycosis. Arch. f. Dermat. I. 1869. Très longtemps Hebra s'était refusé à croire à l'existence de sycosis trichophytiques, alors que son existence était depuis longtemps une chose établie en France pour Bazin, Gibert, Hardy, etc.... Voici le texte de Hebra :
... « Considérant à quel point il est facile de commettre des erreurs dans les recherches microscopiques, et combien nombre d'ouvrages sur les maladies cutanées renferment d'assertions erronées en matière de fait, je continue à exprimer un doute sur l'existence du sycosis parasitaire, jusqu'à ce que j'aie vu moi-même un exemple de l'affection à une période quelconque de son évolution ». Traité des maladies de la peau (trad. Doyon, t. I, p. 740).
Comparez : Hardy. Quelques considérations sur l'étiologie, la nature et le traitement des maladies contagieuses du système pileux {Annales de Dermat. 1876-77, p. 401. Cf. p. 404).
Bazin, Gibert distinguaient dans la teigne mentagre des formes sèches, des formes humides et des formes pustuleuses, mais, peu à peu, cette notion s'oblitéra, et c'est très justement que Besnier dut plus tard y revenir (i). En effet, Devergie, à grand tort, avait nié la trichophytie pilaire sèche de la barbe, et, par une erreur inverse, il niait aussi les trichophyties pustuleuses du cuir chevelu (*). Il érigeait ainsi, en règles absolues, des règles cliniques que l'on voit, à la vérité, se vérifier d'ordinaire, mais qui souffrent néanmoins beaucoup d'exceptions. Du reste, à cette époque, il ressort des textes comparés de tous les auteurs que la nature trichophytique du Kérion de Celse était tout à fait méconnue. Or, si l'on excepte les Kérions des trichophyties du cuir chevelu, il en reste évidemment moins qui soient pustuleuses.
Les auteurs de la période suivante revinrent à une plus, juste appréciation des faits cliniques. Lailler connaît les trichophyties sèches de la barbe dans lesquelles « le pityriasis s'accuse surtout au pourtour des poils (3) ». ;
Et Besnier va même jusqu'à dire qu'il n'y a pas de sycosis trichophytique d'emblée, et que la trichophytie sèche de la barbe ne devient sycosique que par absence de soins locaux (*). Le fait clinique est véritable ; les trichophyties, qui deviendront en quelques jours des Kérions suppures, débutent, avec une très faible réaction inflammatoire, par une plaque d'herpès circiné ; mais cette transformation est fatale, à moins qu'un traitement très bien conduit n'arrête immédiatement l'évolution de la maladie. Car les parasites qui déterminent ces Kérions sont pyogènes. Mais, je le répète, à cette époque l'unité du Trichophyton semblait définitivement établie, et, pour faire comprendre les Kérions, on en était réduit à expliquer leur forme suppurative par les infections secondaires ou par le tempérament du sujet.
(') « On continue, en France aussi bien qu'à l'étranger, à appeler sycosis toutes les lésions trichophytiques observées dans les surfaces occupées, chez l'Homme, par la barbe, alors que ce terme convient seulement aux cas dans lesquels le trichophyton a déterminé une folliculite pilaire qui, seule, constitue le sycosis ». Besnier-Doyon. Noies à la traduction de Kaposi. T. II, p. 841.
(a) « L'herpès tonsurant ne s'observe jamais à la barbe dans les conditions de celui de la tête.... L'herpès circiné ne se voit pas à la tête.... La mentagre telle que tout le monde la connaît, c'est-à-dire le sycosis tuberculeux et pustuleux, ne se montre jamais à la tête ». Devergie, loc. cit., IIe édit., 1857, p. 506.
(3) Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, 1878.
(4) Il a observé « beaucoup plus rarement qu'autrefois, aujourd'hui que la trichophytie de la barbe est mieux connue et traitée, les types divers de Kérion, de folliculites isolées ou agminées, simples, indurées, tuberculeuses, phlegmoneuses, qui sont, dans la totalité des cas, secondaires à la trichophytie commune, manifestée au début par les cercles érythémateux dans la barbe, les plaques grenues, typiques de la trichophytie du cuir chevelu, etc.... Notes de Besnier et Doyon à la traduction de Kaposi, IIe édit., 1891, t. II, p. 845, note 1.
HISTOIRE DU KÉRION ET DE LA FOLLICULITE AGMINEE
C'est Tilbury Fox qui reconnut le premier l'origine trichophytique du Kérion (1856). Pour lui, c'est une trichophytie compliquée de lésions inflammatoires, c'est-à-dire d'infections secondaires, opinion qui sera partagée par toute la génération suivante jusqu'en 1895. Mais les contemporains de Tilbury Fox ne connaissaient point le Kérion comme trichophytique, ainsi Bazin, Devergie (').
A la génération suivante l'origine trichophytique du Kérion est reconnue, mais on s'étonne que le môme parasite puisse donner lieu à deux maladies différentes comme la teigne tondante et le Kérion, et on conclut vaguement que :
« le kérion ne prend naissance que par suite de circonstances relatives à l'âge du malade et à la morphologie du champignon, circonstances assez rares, du reste (-). »
La question des Kérions resta toujours ouverte en Italie, c'est Maiocchi (3) qui démontra le siège du parasite au long de la gaine du poil, dans le follicule pilaire. Il le vit même dans les espaces lymphatiques; c'est lui qui montra que chaque abcès du kérion avait toujours un follicule pour lieu anatomique. Je cite pour mémoire les travaux italiens de Schilling (*)', de Bardazzi (5), de Ferrari (6) et je passe à deux travaux qui parurent en 1880 et 1884, en Italie et en France, travaux analogues, on pourrait presque dire symétriques, dont l'étude histologique qu'ils contiennent vaut plus que l'étude écologique, mêmement fausse chez les deux auteurs, car ils concluent tous deux à l'origine non trichophytique du kérion. L'un de ces travaux est de Forlamini (7) il a pour sujet le kérion du cuir chevelu, l'autre
(') Cl. aussi : Drnixi : Vespaïo del capillizio, in Giorn. Uni. del malalr. ven. e délia pelle, 1860.
Tanturi. Kérion celsi. (// Morgagni, 1871, p. 150.)
(2) Jullien. Annales de Dermat., 1876-77, p. 595.
(5) Majocciii. Cherion dei greci et Dieci casi di Kérion Celsi : Gaz"tta Medien di Romq, 1875, n° 5 et Studi analomo pilliologia, id. n° 5, 1877.
(4) Schilling. Copendio clinico délie malallie cutanée et rendi conto statistico di quelle anat. nelV ospedale di s. gallicano nell anno, 1876. Roraa, 1877.
(5) Bardazzi. Kérion celsi o tinea Kérion in Commentario clinico de Pisa, 1877, p. 21(1.
Cf. également. Alsimtz. l'eber (1er soeenannte Kérion celsi (W'ien. mr-d. Près*., i878).
(6) Ferrari. Studi di derniatoinycologia (Academia Gioenia, 25 nov. 1879). Catane, mémoire dont la partie historique est très développée.
(7) Forlamini. Studi sulla anatomia pathologîca, la natura del Cheridïi (Celso) o Vespaïo del capillizio (Dubini) Giorn. ilal. del malat. vener. e délia //elle, 1880.
HISTOIRE DU KERION ET DE LA FOLLICULITE AGMINEE. 53
est de Leloir et traite de la folliculite agminée des régions glabres. Forlamini, observant le kérion vers sa phase de décroissance, put en l'aire une consciencieuse étude sans y rencontrer de Trichophyton. Il vil des poils morts et non trichophytiques tombant par suppuration de leur follicule. L'inflammation et la suppuration semblent marcher de la profondeur vers la surface. Partout il vit des cellules géantes en grand nombre, ayant tous les caractères de celles qu'on observe dans les lésions tuberculeuses, etc.. Aussi met-il en doute la valeur causale du Trichophyton qu'il a trouvé une fois, mais non régulièrement. Il a tout examiné : pus, squames, 150 cheveux, il a fait 17 inoculations négatives, avec les mêmes produits, 200 coupes avec 800 cheveux dont un seul trichophytique. Aussi ne peut-il conclure que le kérion soit ordinairement une trichophytie. D'ailleurs, au contraire des trichophyties ordinaires, le kérion guérit par les seuls antiphlogisliques.... Ce travail, fait avec une grande application et une grande sincérité, mais par de mauvaises techniques, et dans de mauvaises conditions d'observation, arrivait ainsi à des conclusions tout à fait fausses. De même celui de Leloir ('). A l'époque où Leloir observait, l'identification n'était pas faite entre le kérion du cuir chevelu et la folliculite agminée des régions glabres. Aussi étudia-t-il celle-ci comme une affection particulière de cause inconnue. Il en avait observé un cas chez Vulpian en 1881, il en avait vu plusieurs autres depuis. Ce n'est pas une affection rare, dit-il, « et elle paraîtrait plus fréquente si elle était mieux connue ». Sa description clinique est excellente, complétée par une planche, et par des moulages, laissés au musée de l'hôpital Saint-Louis, qui ne permettent aucun doute sur la nature des cas étudiés. Leloir émet d'ailleurs l'hypothèse d'une lésion trichophytique; mais dit-il,
« jamais l'examen histologique ne nous a permis de trouver la moindre trace de Trichophyton, »
et jamais on n'a trouvé de cercle de trichophytie banale sur le même sujet. Et il retrouve l'argument de Forlamini :
« La guérison se fait, en quelque sorte, spontanément sous l'influence d'un simple traitement compressif ou émollient. »
Histologiquement, Leloir avait noté la parakératose, l'exocytose et, autour des follicules, la tendance à la formation de petits abcès intra-
(') H. Leloir. Sur une variété nouvelle de périfolliculites suppurées, conglomérées en placard* (Annales de Dermat., août 1884, p. 437). Leloir avait déjà traité de cette question dans le Progrès médical, 1 mai 1884.
dermiques et épidermiques. Les follicules pileux sont remplis de cellules épidermiques, de globules de pus, de poils de toutes directions. Les muscles érecteurs des poils ont disparu; la moitié supérieure des follicules est comme kystique. Le derme, au pourtour des kystes et des abcès folliculaires, est enflammé ; en somme, tout ce processus est folliculitique et périfolliculitique essentiellement. Comme Forlamini, Majocchi, etc., Leloir a trouvé dans plusieurs coupes des cellules géantes qu'il figure (PL IL fig. 4). Quant à son étude microbienne, elle est sans valeur. Beaucoup de ses cultures ont été pratiquées avec le sang du doigt. Il a obtenu ainsi des cultures de cocci banals de la peau, comparables à ceux qu'il trouvait à la surface des lésions.
.le retrouverai, à propos du granulome de Majocchi ('), les recherches de Campana, Pellizari, Golombini et Maz/a. Je mentionne seulement les études de Scharff (2) et un cas intéressant de Saafeld (3). En résumé, vers 1890, les auteurs, sans exception, reconnaissaient le kérion du cuir chevelu comme trichophytique, et attribuaient sa suppuration aux infections secondaires (*). C'est ce que dit très explicitement la thèse de Dépéret-Muret (5), étude clinique des régions pilaires avec planches excellentes reproduisant leurs divers aspects. Mais les périfolliculites agminées de la peau glabre n'y sont signalées que comme une maladie différente, et cependant, la ressemblance objective et histologique entre les deux lésions est telle que l'auteur se base sur l'absence de Tricbophyton à l'examen microscopique, pour en faire le diagnostic différentiel (6).
Pendant ce temps, les périfolliculites suppurées de la peau glabre étaient étudiées comme une autre maladie; ainsi dans une thèse de Johannès Pallier sortie comme la précédente du service de Quinquand, à l'hôpital Saint-Louis (7).
C'est à ce moment que mes recherches démontrèrent l'identité des kérions des régions pilaires et des régions glabres, et leur commune nature trichophytique. Leurs mœurs spéciales étaient dues à l'espèce
(') Voir ce volume. Anatomie pathologique.
(2) Scharff. Sur le sycosis. Monats. f. prakl. Dermat., n" 10, 1890.
(3) Saafeld. Soc. berlin. de Dermat. Séance du 2 juin 1891.
(4) E. Besnier. 5e jeudi de l'hôpital Saint-Louis, Tt déc. 1888. Ann. de Dermat. H. Tenneson. Traité clinique de Dermatologie, 189.", p. 226.
(5) J.-R. Dépéret-Muret. 'De la folliculite conglomérée trichophytique. Th. de Paris, 1892.
(6) R. Sabouraud. Trichophyties humaines. Note de la p. 98.
(7) Johannès Pallier. Les perifolliculit.es suppurées. Th. de Paris, 1889. C'est une monographie de la périfoïliculite agminée, considérée comme non trichophytique. Le microbe de Leloir n'y est plus considéré comme spécifique, et le parasite de la lésion serait inconnu ; l'origine animale est invoquée parmi d'autres idées pathogénétiques.
spéciale des Trichophytons qui les causaient : Trich. pyogène à culture blanche, ordinairement venu à l'homme par le cheval (*).
Avant de pousser plus avant l'histoire des teignes humaines, il devient indispensable de savoir ce que les vétérinaires, et les médecins, étaient arrivés à connaître des teignes des animaux, et ce sera l'objet du présent chapitre.
Depuis plus d'un siècle, pour les vétérinaires comme pour les médecins, l'herpès circiné, la teigne tondante, étaient un sujet d'observation, surtout sur le cheval et sur le bœuf. Dès le xvme siècle, en effet, il semble bien que Chabert avait en vue la trichophytie des Animaux lorsqu'il décrit ces dartres contagieuses de figure ronde « qui affligent quelques parties du corps et de l'encolure (â). » Mais c'est en 1820 qu'un vétérinaire du canton de Zurich, Ernst, constata pour la première fois d'une façon explicite la transmission des dartres de la Vache à une jeune fille (3). Et en 1851, Grognier dit expressément que, dans l'opinion des paysans de la Haute Auvergne, la dartre du Bœuf est contagieuse à l'Homme (4).
A partir de ce moment les exemples et observations se multiplient.
Kollreuter en 1856 (5), Carrère en 1858 fournissent d'utiles remarques cliniques. Carrère écrit, par exemple :
« Le virus dartreux peut se conserver longtemps dans les endroits des étables où ont séjourné les Veaux atteints de cette maladie, si on n'a pas eu la précaution de brûler les instruments qui ont servi à les attacher, et de nettoyer les différents objets où ils se sont frottés (6). »
(*) « En réalité, disais-je, le Trichôphyton existe dans toutes les lésions (des régions pilaires et des régions glabres), mais il est rare que des filaments mycéliens nombreux se rencontrent dans la préparation, à moins que les produits de raclage examinés ne contiennent un poil malade, ce qui est loin d'être la règle. La culture, au contraire, est toujours probante. Si les premières cultures faites par Leloir en 1884 ne lui avaient pas donné le Trichôphyton, c'est parce que les isolements avaient été faits en milieux liquides, où la culture mixte du Trichôphyton et des staphylocoques est impossible ; le Trichôphyton n'y pousse pas, et s'il a déjà poussé avant l'ensemencement de staphylocoques, il y meurt. Ce fait, que nous avons exposé à la Soc. de Dermat. le 16 fév. 1895, suffit à expliquer l'échec des premières recherches. » R. Sabouraud. Les Trichophyties à dermite profonde. Annales de l'Institut Pasteur, 1893, juin, p. 497.
(*) Chabert. Traité de la gale et des dartres des animaux, 1783 (Cité par Neumann).
(5) Ernst. Arehiv fiir. Thierheilk. v. d. Gesellsch. Schweizer Thieraerzte, 1820.
(*) Grognier. Recherches sur le bétail de la Hante Auvergne, Paris, 1831, p. 95..
(5) Kollreuter. Medic. CorrespondenMatt, 1836, n° 26 (Cité par Neumann).
(6) Carrère. Journal des Vétér. du Midi, 1838, p. 257 (Cité par Neumann).
Verheyen, en 1842, rapporte aussi les observations de Hintermùller, de Epple, très analogue aux précédentes et qui sont de 1859('). Houles, de Sorrèze, en 1845, affirme comme Grognier la transmission de la dartre bovine à l'Homme et en présente des exemples (2). Très peu après (1848), Papa, cité par Zurn(3), aurait observé plusieurs fois la transmission des dartres du Cheval à l'Homme; mais, pour voir le sujet traité avec l'intérêt qu'il mérite, il faut arriver aux travaux de Malherbe (4) et de Letenneur.
Le texte de ce dernier est surtout d'une précision absolue, et mérite d'être résumé :
« Lorsque je vins exercer la médecine dans la Vendée, écrit cet auteur (3), je vis que non seulement l'herpès circiné se communique de l'Homme à l'Homme, mais encore des Animaux à l'Homme. J'en ai eu cent fois la preuve, et je m'étonne cpie ce fait n'ait pas attiré l'attention des dermatologues (6).... L'herpès circiné est très commun dans l'espèce bovine, surtout chez les jeunes sujets. On l'observe particulièrement au prinlemps, lorsque les Animaux ont passé l'hiver dans des étables mal aérées, et qu'ils ont en nue nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité.
« Le siège le plus fréquent de l'éruption est le cou ; on y remarque des plaques isolées ou confluentes, présentant, dans ce dernier cas, des bords festonnés ; à la surface de ces plaques, la peau paraît glabre et est couverte de squames blanchâtres, au milieu desquelles on distingue des poils en partie détruits. C'est exactement ce qui a lieu dans l'herpès tonsnrant. Lorsque cette maladie apparaît dans une étable, on regarde comme utile de séquestrer les Animaux qui en sont atteints, afin de préserver les antres. Les personnes chargées du soin des bestiaux, et qui sont exposées à toucher fréquemment les parties malades, contractent facilement des herpès circules. »
Letenneur insiste alors sur la localisation habituelle des lésions humaines ainsi produites :
« J'ai observé le plus souvent cette maladie au poignet, à la face palmaire de l'avant-bras, et quelquefois au menton et autour de la bouche,
(') Verheyen. Transmission de quelques maladies des Animaux à l'Homme (Journ. vétér. et agr. de Belgique, 1842, p. 321). (-) Houles. Société de méd., chir. et pharm. de Toulouse, 1845. Cf. également : Audouy. C. R. de la Soc. de méd. de Toulouse, 1842. Rademacher. Magazin. d. ges. Thiérheilkunde,X, 1844, p. 112.
(3) Zurn. Die planzlichen Parasiten, 2e édit., Weimar, 1889.
(4) Malherbe. Étude clinique sur l'herpès tonsurant, suivie de réflexions sur l'herpès tonsurant, par Letenneur. Journal de la sect. de médecine du département de la Loire-Inférieure, 1851, p. 298.
(5) Letenneur. Réflexions sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852, in-8°, p. 17.
(°) On sait que cette remarque n'est pas juste, et qu'à cette époque la contagion d'homme à homme, d'enfant à enfant avait déjà été affirmée par plusieurs. Mais ces notions n'étaient pas généralement admises et, quant à la contagion de l'homme à l'animal, les dermatologistes à Paris, comme à Nantes, allaient en signaler des exemples à la même époque.
chez des enfants qui avaient l'habitude d'embrasser les jeunes Veaux confiés à leur garde. »
Et très justement il ajoute :
« Le siège le moins fréquent de la maladie est peut-être le cuir chevelu.
La transmission de cette maladie des Animaux à l'Homme est un fait parfaitement connu des paysans. Si les auteurs classiques n'en parlent pas, c'est qu'ils n'ont étudié les maladies de la peau que dans les hôpitaux et dans les grands centres dépopulation, et que, souvent, dominés par des idées préconçues, ils n'ont pas vu la vérité quand elle s'est montrée à eux ('). »
Et Let (Mineur conclut par ces mots :
« Je regarde donc comme un fait positif, et qui doit êti;e acquis à la science, que l'herpès circiné et l'herpès tonsurant sont également contagieux, soit de l'Homme à l'Homme, soit des Animaux à l'Homme. »
Les observations de Letenneur avaient surtout pour sujet l'herpès circiné des Veaux; les observations analogues, faites à Paris, furent d'abord faites sur des Chevaux. La première, due à Bouley jeune et Raynal, est racontée par Bazin (2), et par Railletp), dont la relation est saisissante : Il s'agit dans ce cas d'un Cheval de remonte arrivé récemment du dépôt de Caen à la caserne de gendarmerie de la Seine, et qui communique une affection cutanée dont il est atteint, à son arrivée, d'abord à son voisin, et successivement à sept Chevaux de la même écurie. Les gendarmes eux-mêmes se trouvent contaminés, et l'un deux communique à sa femme cette affection.... Deux des Chevaux sont envoyés à l'école cl'Alfprt, où ils transmettent la maladie à deux autres Chevaux, et à deux Veaux, ainsi qu'à un palefrenier, et à l'élève chargé de les soigner.
Cette observation, est, je crois, la première dans laquelle l'examen microscopique des poils de F Animal malade est apporté. Bazin raconte comment il la pratiqua. Il trouva le Champignon infiltrant le poil, semblable à celui de l'Homme, mais il mentionne pourtant avec vérité que les éléments parasitaires sont plus petits....
Les observations vétérinaires devinrent peu à peu plus fréquentes,
(') L'auteur appuie alors son affirmation d'un exemple : <• C'est ainsi, dit-il, que dans une leçon faite par un observateur, par M. Cazenave, sur l'herpès circiné (Annales des maladies de la peau, 14 mai 1851), le savant professeur montra à ses élèves un malade offrant sur le visage un exemple de cette maladie. Cet homme attribuait son mal à ce qu'il avait porté sur ses épaules un Veau dartreux, et cette circonstance ne semble pas avoir frappé M. Cazenave, puisqu'il parle seulement du diagnostic et du traitement ».
(2) Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1855, p. 59.
(3) Raillet. Teigne tonsurante chez les animaux. (Annales de'dermal. et de syph., 1880, p. 235.)
et plus précises. C'est Epple qui signale la transmission de l'herpès tonsurant de la Chèvre au Bœut'f1); Chandeley qui rapporte de nouvelles contaminations humaines (*). En Allemagne, la maladie animale était aussi décrite cliniquement de mieux en mieux (*), quelquefois, comme par Santlus, sous un faux nom('). Les travaux de Gerlach(3) furent les plus importants de cette époque, parce qu'ils furent systématiquement expérimentaux. Il prouva jusqu'à l'évidence la nature parasitaire des dartres du Bœuf, et fit, sur l'inoculabilité de la maladie, les recherches les plus précises. Il réinocula en série la dartre bovine, et montra qu'on obtenait à coup sûr des résultats positifs, tant qu'on opérait sur les Veaux, et non sur des Animaux adultes. Il obtint de même l'inoculation du Chien au Chien, du Veau au Cheval. En huit à dix jours, se reproduisait la lésion en tache circulaire dont la guérison spontanée demandait quatre ou cinq semaines. Et, sur cette lésion, il vit le poil tomber sans se casser, au contraire du cheveu des trichophyties humaines.
Exactement à la môme époque (30 juin 1857) Reynal lisait à l'Académie un mémoire démontrant la contagion, à l'Homme, de la dartre du Boeuf et du Cheval, et leur identité de nature avec l'herpès tonsurant de l'Homme. Procédant à l'inverse de Gerlach, c'est la teigne du Cheval qu'il avait passé à deux Veaux.
A partir de ce moment, les observations se multiplient à ce point que c'est à peine si on les peut mentionner. C'est Galligo observant la transmission de l'herpès du Cheval à son cocher(6), Lemaistre, de Limoges, relatant la transmission commune à l'Homme de l'herpès du Bœuf, connue en Auvergne sous ce nom d'Anders(7). D'autres apportent des faits sans les interpréter ni les discuter (8). Parmi ces mémoires, les observations médicales concernant les épidémies humaines d'origine animale restent assez rares pour valoir encore la peine d'être mentionnées. En 1X71, T. Fox expose à la Société clinique de Londres
(') Epple. Canstatt's Jahresber. ù. Leistungen in der Thierlieilk, 1854.
(-) Chandeley. Maladie cutanée de nature douteuse transmise du bœuf à l'homme. Gaz. hebdorn., 1856, p. 496.
(3) Rueffert. Canstatl's, Jahresber. il. Leistungen in der Thierlieilk, 1856.
(*) Santlus. Psoriasis vitulina. Deulsche Klinik, 1856.
(5) Gerlach. Die Flechte des Rindes. Mag. /'. d. gesamnte Thierlieilk, 1857, p. 292, trad. et anal, par Veriieyen (Ree. de méd. vétér., 1859, p. 81 et 557).
(°) Galligo. Gaz. méd. ital. slal. Sard., 1858, reproduite dans la Gazelle hebdomadaire, 1858.
(7) Lemaistre (de Limoges). Transmission de l'anders du Bœuf à l'Homme. Union médic, 1858, p. 58.
(8) Macorps. Affection dartreuse épizootique. Ann. méd. vétér., 1859, p. 1.
Cf. également : Fuenstiteck. Bericht il. das Veterin. im. K. Sachsen, 1865-1864, p. 85.
Bregeman. Matjaz.in fur Thierheilkunde, 1866.
Nettlesuir. The veterinarian (Juil. 1870).
Kretsciimar. Magazin fur Thierheilkunde, 1871, p. 140 (Cités par Neumann).
sept cas de contamination humaine trichophytique par un môme Poney(').
Quant aux faits concernant les Animaux seuls, ils n'ont plus d'intérêt que lorsqu'il s'agit d'épizooties considérables, comme celle que raconte Neumann, qui sévit sur les Veaux rassemblés à Lyon, en 1871, en prévision du siège possible de la ville (2), ou bien lorsqu'il s'agit de trichophyties plus rarement observées que celles du Bœuf : Ainsi lorsque Perroncito observe la transmission de Vherpes tonsurans du Bœuf à l'Agneau(5). De môme Siedamgrotzky (*) a passé la teigne d'un Cheval à deux Moutons. Le môme auteur décrit, sur deux Porcs, des plaques trichophytiques de deux à cinq centimètres de diamètre, irrégulièrement rondes, de surface rouge desquamante. La semence provenait du Cheval. Les deux Porcs inoculèrent deux autres Porcs qu'on mit cohabiter avec eux.
Quelques rares médecins comme Bouchard s'inoculaient à euxmêmes la trichophytie(3). D'autres tentaient des inoculations inverses à celles que les vétérinaires observaient, en portant sur l'Animal les teignes humaines. Ainsi Horand obtenait, sur de jeunes Chiens et de jeunes Chats, des inoculations positives que relatait la thèse de Vincent (6). Et comme, à cette époque, l'unité du Trichophyton était acceptée par la plupart des auteurs, sans qu'ils songeassent même à la mettre en discussion, plusieurs médecins cherchaient à tort la cause des endémies trichophytiques humaines qu'ils observaient, dans la trichophytie des Animaux domestiques (7).
Les contagions humaines provenant du Chien sont relevées rarement
(*) Tilbury Fox. The Lâncet, 1871, p. 412. Cf. également T. Fox. Clinical lectures on tinea sycosis. The Lancet, 1873.
(2) Neumann (de Toulouse). Les maladies parasitaires des animaux, 1892, p. 269. Nous avons fait à cet ouvrage de nombreux emprunts bibliographiques.
(3) Perroncito. Trichophyton tonsurans végétante sopra un ovino. Ann. dell. R. aead. d'agric. di Torino, 1872.
(*) Siedamgrotzky. Bericht ù. d. Veterindrw. im. K. Saehsen^ 1872, p. 80. (3) Ch. Bouchard. Études expérimentales sur ('identité de l'herpès circiné et de l'herpès tonsurant (Paris, Savy, 1860).
(6) Horand. Rech. expér. pour servir à l'histoire de l'herpès tonsurant chez les animaux. Thèse de J. Vincent, Paris 1874.
(7) Ainsi Lespiau qui observait dans les cantons de Céret et d'Arles sur Tech (Pyrénées-Orientales) (observations portées à la Soc. méd. des hôpit. par Lailler. Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1876, p. 379). D'après lui, trente-quatre personnes furent atteintes dont vingt-huit enfants. La contagion semblait venir du Chien et. être passée parle Porc. Elle aurait passé du Porc, familier dans la maison, aux enfants et aux adultes. Mais ce qui rend ces observations douteuses, c'est d'abord le nombre relatif des enfants et des adultes contaminés. Letenneur avait fait remarquer déjà que, dans les contagions animales, l'enfant était moins souvent contaminé que l'adulte, ce qui s'explique aisément, et quand l'enfant était atteint, il l'était moins souvent au cuir chevelu qu'aux régions glabres. Mes observations ont toujours confirmé cette manière de voir. Or dans les observations de Lespiau, les localisations les plus habituelles de la maladie étaient : la tête d'abord, et puis les sourcils, les joues et les organes génitaux.
dans la littérature de cette époque, c'est pourquoi il faut mentionner le travail de Friedberger('). C'est l'histoire d'un Chien familier qui contamina un enfant au visage, et, au cou, une servante (2). D'ailleurs, d'après Friedberger et Frôhner (a), la trichophytie du Chien est fréquente en Allemagne, et très analogue à ce que nous verrons plus tard être la Microsporie du Microsporum lanosum ('-).
Les épidermophyties du Chat, auxquelles les récents travaux de Zollikôfer viennent de donner un nouvel intérêt (5), présentent, elles aussi, une longue histoire. En 1865, Fenger (fi) constatait la teigne tondante chez le Chat, sous forme de plaques de 1 à 3 centimètres 1/2 de diamètre, dépilécs entièrement, et très squameuses. Un Chat teigneux a donné sa maladie à vingt personnes, et Bosch, cité par Fenger, s'était assuré de la réalité de cette transmission.
11 y a quelques observations françaises des mêmes faits. En 1874, Lancereaux et E. Besnier rapportent deux cas de contamination humaine par le Chat (7). Dans le premier cas,' trois enfants sont contaminés par un Chat malade; dans le deuxième cas, une infirmière.
Mais la plupart de ces constatations viennent d'Allemagne où les faits semblent plus fréquents, comme depuis quinze ans ils semblent plus fréquents en Angleterre. Ainsi la très intéressante observation de Michelson (8) : Un jeune Chat est atteint à la fois de gale et d'herpès. Il contamine toute une famille. Trois étudiants s'inoculent avec les croûtes. Ils prennent l'herpès et non la gale (9).
En Allemagne, Braiier donne aussi vers cette époque une description de la trichophytie du Mouton (10) et de ses plaques démangeantes sur lesquelles, «les squames, et des croûtes, à travers lesquelles la laine sort et se prend en pinceaux.
(') Friedberger. Herpès tonsurans l>ei einem Hunde mit LTebertragung aui' den Menschen. Archiv. /'. Wissensch. u. pratk. Thierheilk, 1876, p. 369.
(2) Cf. aussi. Zùrn. Die pflanzlichen Parasilen, 2e édit., Weimar, 1889, p. 264. qui signale la transmission du Chien au Chat et A. Haas, Identitat von Herpès tonsurans und Pitysiasis circinata. Berlin. Klin. Wochensch., 1882, p. 259 et liée, des Se. méd. XX, p. 224.
(3) FriedberGer et Frôjiner. Pathologie et thérapeutique spéciale des animaux domestiques. Édit. franc., 1891, p. 593.
(*) Voir ce volume : Microsporum lanosum.
(3) Zollikôfer. Sur une épidémie de microsporie humaine due au Microsporum lanosum. La Clinique, 1908, nu 39. p. 621.
(6) Fenger. Tïdsskrift for veterinairer. 1863. Repertorium Thierdheilkunde, 1866.
(7) Lancereaux et E. Besnieh. Soc. rnédïc. des hâpit., 1874, p. 539.
(8) P. Michelson. Uebertragùng des Herpès von einem an Herpès und Scabies lei dénden Thierauf den Menschen. Berlin. Klin. Wochensehr., 1874.
('•') Quelques réserves sont à faire en cette observation où les jeunes gens inoculés commencent à ressentir du prurit 8 heures après l'inoculation. Alors que l'apparition d'une lésion d'inoculation tarde toujours de 8 jours.
(10) Braùer. Berichl. u. d. J'eterinàrw. im. K. Sachsen, 1879, p. 159.
Mais de toutes les épidermophyties animales, celles du Cheval et du Bœuf restent les plus étudiées et les plus fréquentes. Les descriptions concernant le Cheval abondent. Pour le médecin qui connaît les Trichophyties humaines, il est frappant de voir tous les vétérinaires décrire bien plus souvent les plaques dépilées, glabres, que les plaques couvertes de poils malades cassés. Et alors, ou bien la maladie est active, et, sous les squames et croûtes, on trouve des nodules papuleux circumpilaires. avec, en leur milieu, une fossette humide de pus. pu de sérosité purulente. Ou bien la maladie est en régression et. sous la squame-croûte qui tombe avec les poils qu'elle engaine, l'épidémie neuf est refait déjà.
Très fréquentes restent les épidémies équines et humaines dans les régiments de cavalerie ; la plus connue est celle que Dieu relata : en huit mois, vingt-deux cavaliers furent successivement contaminés par de jeunes Chevaux arrivés de la remonte de Caen (').
C'est vers cette époque que' Mégnin fit son étude clinique des trichophyties du Cheval. Il est à remarquer que, presque seul en France, et contre l'opinion médicale française tout entière, Mégnin conserva toujours l'avis que les Trichophytons des Animaux devaient être d'espèces diverses, et, chez le Cheval, il essaya même de différencier cliniquement le Trichophyton tonsurans du Trichophyton ej)ilans (2).
Il avait repris de bien des façons ses expériences, et toujours pour conclure de même en faveur de la pluralité des Trichophytons animaux. Ainsi il avait inoculé, côte à côte, sur un jeune Chien, la teigne du Cheval et celle du Veau; il avait obtenu côte à côte deux lésions : une lonsurante, l'autre ulcérée (3). Et Malassez, répondant à cette communication, dit nettement qu'on voit à l'hôpital Saint-Louis des teignes d'aspects très différents qui doivent correspondre à des variétés différentes (4).
(') Dieu. Contagion de l'Herpès cireiné du Cheval à l'Homme. Gaz. des Hôpitaux, 1876.
(2) Mégnin. Bull. soc. centr. de méd. vétér. Recueil de Méd. vétér., 1878, p. 205 et 831.
(3) M. Mégnin. Soe. de Biologie, 8 nov. 1879.
(4) Les idées de Mégnin, qu'il énonça en 1880 dans une revue <• Sur les teignes chez les Animaux domestiques et leur identité ou leur analogie avec celles de l'Homme » (Annales de Dermat. et de syph., 1880, p. 101), valent d'être résumées ici. Mégnin considère que les teignes de l'Homme ont pour source principale les teignes animales. •• La teigne tonsurante du Cheval se présente constamment sous forme de plaques herpétiques nummulaires ou annulaires, de la dimension d'une pièce de à francs, couvertes d'une croûte ardoisée, composée exclusivement d'un mélange de pellicules épidermiques, de poils brisés à un ou deux millimètres de la surface, et dont les fibres sont dilacérées, désunies par une végétation cryptogamique, qui s'insinue entre elles, et qui est composée presque exclusivement de sporules légèrement bleuâtres, du diamètre de 0,002 à 0,003.
Mégnin différencie par son aspect la dartre du Veau de celle du cheval. Celle
A lire la description clinique que Mégnin donne de la dermatose causée parle Trichophyton epilans, je crois reconnaître la Microsporie du Cheval, que j'ai observée et cultivée en 1895 ('), et dont il existe deux variétés, la deuxième observée et cultivée par Bodin en 1895 (*).
Dans beaucoup d'observations animales sont notées des contaminations humaines. Ainsi dans l'observation de Gerlier, à Ferney-Voltaire, où les entants d'un tondeur de Chevaux lurent contaminés par leur père, qui leur avait coupé les cheveux avec sa tondeuse (:>). Et presque toutes les épidémies animales, dont on nous présente l'histoire, se compliquent d'épidémies humaines. Ainsi dans l'observation de Larger, où un homme sur cinq est atteint sur tout l'effectif d'un régiment (*). Ainsi dans les faits relatés par Mégnin, Aureggio, Trouvé (3). Enfin il faut citer encore le travail excellent de Longuet qui résume la question, bien que les vues théoriques qu'il contient, sur l'origine animale des teignes de l'Homme, ne se soient pas toutes vérifiées (6).
De tout ce qui précède, on peut conclure que les teignes animales, qui étaient le mieux connues des vétérinaires, étaient celles du Bœuf et du Cheval. C'est aussi sur les Hommes approchant le Bœuf et le
du Veau a des squames jaunâtres et non gris ardoisé, la surface est nue, sans poils brisés, il y a plus de parasites de l'épidémie, moins dans le follicule, les spores sont jaunâtres et elles ont de 0,005 à 0,006. C'est à lui que Mégnin réserve le nom de decalvans.
Ainsi, dès cette époque, Mégnin voulait différencier deux teignes trichophytiques animales par la dimension des spores parasitaires. Au contraire de Mégnin, Raillet pose la question de l'identité ou de la pluralité des Trichophytons animaux, sans la résoudre. 11 trouve les arguments de Mégnin insuffisants à eux seuls (Teigne tonsurante chez les animaux. Annales de Dermat., 1880, p. 243).
Cf. également : Weber et Mégnin. Note sur le Trichophyton epilans. Recueil de inéd. vétér., 1882, p. 1247 et 1250. Derrière les travaux de Mégnin, doivent se placer ceux de ses élèves qui ont étiqueté : Trichophyties épilantes, les nouveaux cas de teigne du Cheval qu'ils ont observés. Ainsi : Viseux (Maladie cutanée de nature herpétique. Rec. de mém. et obs. sur l'hyg. la méd. vêler, milit., VII, 1881, p. 338).
(') Trichophyties humaines, p. 226 et Atlas, p. 58 et fig. 166, 167.
(2) E. Bodin et F. Almy. Le Microsporum du Chien. Recueil de médecine vétérinaire, 1er mars 1895, p. 161.
Delamotte et Bogenez. (Epizootie d'herpès epilans. Rev. vétér., 1886, p. 267.)
Evrard. (Bull, de la Soc. cent, de méd. vétér., 1890, p. 309.) Evrard insiste particulièrement sur la possibilité d'éclosion foudroyante de centaines de plaques sur le même Cheval, fait souvent vérifié, en effet, et précisément observé, par Pécus, dans l'épidémie de Sedan (1906) que nous relaterons.
(5) Gerlier. Une épidémie trichophytique à Ferney-Voltaire. Lyon médical, 1880, p. 335-376. Cf. aussi : Chaboux. Union médic. de la Seine-Inférieure, 1880, n° 61.
(*) Larger. Épidémie d'Herpès tonsurant causée par le pansage des Chevaux teigneux. Rev. d'hyg. et de pol. sanit., 1881, p. 158.
(5) Cités par Neumann. Recueil de méd. vétér., 1881, p. 93.
Cf. aussi dans : Mégnin. Rev. d'hyg., 1881, p. 54, l'histoire de quinze soldats contaminés par les couvertures de leurs Chevaux.
(°) R. Longuet. De la trichophytie par contagion animale et en particulier chez les cavaliers. Paris, 1882.
Cheval que sont signalées par eux les plus fréquentes inoculations. Sans doute en parcourant les auteurs qui en ont écrit, on voit signaler de temps à autre des teignes du Mouton, du Chien, du Porc et, sous des noms divers, une dermatophytie de la Poule, mais en somme celles du Bœuf et du Cheval restent les plus importantes. Aussi présenteraije de chacune un bref résumé clinique :
I. Trichophytie du Bœuf. — La trichophytie peut exister endémiquement, sur le Bœuf, en des pays où la trichophytie du Cheval est rare('). Pour les Animaux, comme pour l'Homme, le jeune âge est une condition évidente de réceptivité (-).
D'après Raillet, la trichophytie, chez le Veau, est le plus souvent limitée à la tête et à l'encolure. Les éléments auraient la forme de boutons croûteux. D'après la plupart des auteurs (3) la maladie a pour localisations principales chez le Veau : les lèvres, le tour des yeux, des narines, les oreilles, le cou; la moitié antérieure du corps est la plus envahie et la plus tôt prise. La lésion première a été bien vue par Achille Minne et voici comment il la décrit (4) :
Le premier stade de la lésion est une pustule à rebord rouge. Autour de la première il s'en forme bientôt d'autres et il s'établit ensuite une fonte de l'épiderme qui conduit à la formation de croûtes jaunâtres, sèches et onctueuses au toucher. Ces croûtes recouvrent d'abord une lésion active; elles s'enlèvent facilement et reposent sur une peau rouge présentant de petites fossettes remplies de pus, lésions de folliculite et de périfolliculite suppurée. Ensuite la lésion sèche. La croûte fait une saillie circulaire hérissant les poils. Elle a de deux à sept millimètres d'épaisseur (Neumann). Les poils tombent avant la croûte, ou avec elle, englobés par elle. Les croûtes squameuses, d'un jaune blanchâtre, peuvent être très apparentes, et expliquent le nom de psoriasis vitidina sous lequel la maladie a été décrite en Allemagne.
Ce qu'il y a de très remarquable c'est le nombre considérable de points d'attaque de la maladie. Tous les auteurs signalent les « taches nombreuses, serrées, petites et arrondies au début, grandes plus tard et à contour capricieux par suite du phénomène de la confluence. » (Minne.) Chaque lésion « procède par une irradiation centrifuge régulière » (Neumann), mais elle ne dépasse guère quatre centimètres de diamètre, et c'est par confluence que se constituent les lésions grandes
(') Ainsi, d'après G. Fleming, la trichophytie est commune sur le gros bétail d'Australie et rare chez le Cheval.
(2) Raillet dit que la trichophytie des jeunes Veaux est aussi fréquente que celle des Vaches et des Bœufs âgés est rare.
(3) Neumann. Les maladies parasitaires des Animaux, 1892, p. 269.
(4) Ach. Minne. Le Trichophyton de la Vaehe peut passer sur l'Homme. Travail du service de Dermatologie du Dr Cruyl à l'hôpital de Gand, 1898.
comme- une assiette dont parle Gerlach. Neumann a vu des poils brisés. Minhe ne décrit que la chute du poil.
Quand la croûte se détache, l'épidémie nouveau est refait sous elle, la tache est glabre mais sèche. Le poil repousse toujours régulièrement (Neumann). Colin et Raillet disent qu'un traitement quelconque abrège la durée de la maladie chez l'Animal, et Fleming constate que cette maladie disparaît au printemps. Cependant Minne a vu durer six mois la teigne de la Vache qu'il a observée.
La contagion du Veau à l'Homme se fait ordinairement au niveau des régions découvertes. Au cou, Cazenave avait observé une contagion chez un Homme ayant porté un Animal malade. Horand a constaté le môme fait chez un boucher ayant chargé sur son cou un Veau trichophytique (1).
Pour Johansen (''), la trichophytie venue du Bœuf se distingue aisément des trichophyties d'origine humaine et domestique. Les taches sont pigmentées, brunâtres, le bord est fait de vésicules abortives, le centre moins desquamant.il y a peu de taches qui deviennent vite grandes et ovalaires. Il a observé deux cas de kérion venant de la Vache : chez une femme qui, en trayant une Vache, appuyait sa tête sur le flanc malade de la bête ; sa fille avait une trichophytie bovine ordinaire sur le bras. Dans un autre cas, un enfant présentait un demi-kérion du cuir chevelu complété par un demi-cercle trichophytique bovin, ordinaire, sur le front.
J'ai vu la trichophytie du Veau, chez l'Homme, remarquablement monomorphe, et stable en ses caractères. Je la décrirai avec les espèces mycosiques qui la déterminent (5).
IL Dermatophyties du Cheval. — La trichophytie du Cheval a été décrite maintes fois par les vétérinaires et leurs descriptions se ressemblent.
La maladie siège ordinairement à la partie supérieure du corps, à l'encolure, au dos, aux reins, à la croupe, aux flancs. Ce qu'on voit tout d'abord, écrit Neumann,
(') Cf. : Boucher et Mégnix. Affection de peau de formes variées et d'origine parasitaire communiquée à plusieurs individus par un Veau malade. Comptes Rendus de la Soc. de Biologie, 1887, p. 476. — Vidal. Revue vétér., 1888, p. 299. — Gailleton. Gaz. hebdomadaire, 1889, p. 398. — Lucet. Bal. de la Soc. eentr. de méd. vétér., 1890, p. 183.
(-) A- Johansen. Kerion Celsi, Hospitalstidende, 6 sep. 1893.
(3) Cf. ce volume : Les Triehophylons faviformes. Il est à remarquer que plusieurs auteurs insistent, au contraire, sur le polymorphisme'des trichophyties du Veau chez l'Homme. Ainsi Lesser, qui a observé plusieurs fois de petites épidémies d'herpès, ordinairement venues du bétail, leur a vu des aspects différents sur les membres d'une même famille (Séance du 5 juil. 1898, de la Berliner dermatol. Gesellsehaft). Cela veut dire ordinairement que ces auteurs ont observé des lésions d'âge différent.
« Ce sont des plaques circulaires, dont le diamètre oscille autour de celui d'une pièce de un franc, et qui tranchent sur le reste de la robe par le hérissement et l'aspect terne des poils qui la recouvrent.
Ceux-ci tombent au bout de quelques jours et c'est souvent le premier symptôme qui attire l'attention.:.. Et, si la maladie a pris de l'extension, la robe de l'animal a acquis, par l'ensemble de ces taches nummulaires, une physionomie toute particulière^). »
Rien n'est plus vrai, et je dois ajouter que la lésion des chevaux ressemble alors infiniment plus à la pelade humaine qu'aux teignes tonsuranles de reniant. Neumann ajoute :
« Les poils ne tombent pas par évulsion, mais par brisure, presque an ras de l'épidémie, et l'on reconnaît aisément que l'extrémité brisée est irrégulière, divisée en petits brins, comme épilée ou pénicillée. »
("elle description est trop précise pour être douteuse, et d'ailleurs Mégnin la confirme en distinguant, de cette forme, la trichophytie exilante où le poil tombe entier. Celle dernière forme est la seule des deux dermatophyties décrites par Mégnin que j'aie observée chez le cheval. J'ai observé aussi une forme suppurée qui copie d'assez loin le kérion de Celse, chez l'homme, et dans laquelle le poil est détaché par une folliculile suppurée d'aspect presque furonculeux. Dans la forme sèche, la gué ri son se produit par dessiccation de la croûte qui « tombe en même temps que les poils » (Neumann). La surface glabre est sèche, chagrinée, d'une coloration ardoisée, encore squameuse. Peu à peu, les poils y repoussent lentement, plus foncés qu'avant; guérison locale d'ailleurs, car d'autres plaques se sont reformées (-).
Les plaques ne dépassent guère la dimension d'une pièce de 5 francs et sont ordinairement plus petites. Même nombreuses, elles restent ordinairement distinctes.
La contagion se fait parles objets de pansage, le plus souvent communs à plusieurs chevaux : étrilles, brosses, ou par les harnais, les couvertures. L'homme s'inocule par les mêmes intermédiaires. J'ai vu l'inoculation d'un bourrelier, par une piqûre, faite à la main, avec l'ardillon d'une boucle de harnais. Je ne compte plus les inoculations de soldats, et même d'officiers de cavalerie, contaminés pour avoir, à l'occasion de manœuvres ou de grèves, couché roulés dans des couvertures de cheval. Tout cela se comprend de soi sans qu'il soit utile d'insister.
J'arrêterai ici l'histoire des dermatophyties animales. Elles en étaient à ce point lorsque j'ai commencé mes éludes sur le sujet en 1892.Mais
(') Loc. cit., p. 270.
(-) Colzin à la Guadeloupe a signalé, chez le cheval, une alopécie presque totale des membres, vérifiée par Neumann. Fleming a signalé une variété de trichophytie à plaques annulaires (Thr veterindrian., mai 1872, p. 287). Nous verrons, plus loin les caractères de la très importante épidémie équine observée par Pécus tout récemment.
avant de présenter les résultais de ees recherches, je dois encore raconter les premières applications à noire sujet des méthodes pastoriennes de culture et leurs résultats.