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LES PREMIERES CULTURES DE TEIGNE

Dès l'époque de Gruby, on classa les Champignons des teignes parmi les Mueédinées.

« Les divers champignons des teignes, écrit Bazin ('), appartiennent à l'ordre des Mueédinées; ils ont tous des caractères propres qui les distinguent et qui, sans doute, permettraient de les classer ; mais c'est là un travail difficile, et qni, d'ailleurs m'écarterait du but que je me suis proposé : je laisse ce soin à d'autres, plus habiles que moi en cryptogarnie : j'ai dû me borner à constater la véritable nature des teignes et à en préciser le siège. »

( le travail difficile tentait d'autres observateurs. Dès la découverte de l'Achorion, Remak avait essayé de le cultiver. Gruby, dès sa découverte, l'essaya de môme. Ces premières cultures étaient ce qu'elles pouvaient être. Pourtant, Remak obtint, sur une pomme, un début de végétation, une culture favique dont il donna un dessin microscopique non équivoque. Cette hâte à essayer la culture artificielle des Dermalophytes pourra surprendre les bactériologistes, elle surprendra moins les mycologues. Les mycologues ont essayé et obtenu des cultures cryptogamiques, bien avant que Pasteur ail fourni des méthodes pour l'obtention des cultures pures. Leurs cultures étaient impures, naturellement; mais, le microscope aidant, on en tirait encore quelque profit. Beaucoup de mycologues ne savent encore pas faire des cultures pures de leurs Moisissures, et ignorent encore aujourd'hui les techniques pastoriennes !

Quoi qu'il en soit, les cultures à l'air libre se recouvraient de Penicillum et plusieurs auteurs se demandèrent sérieusement si l'Achorion et le Trichophyton n'étaient pas une moisissure banale devenue pathogène. Hebra (2) Neumann (3) croyaient les Dermalophytes dérivés du Penicillum ; J . Lowe (*) et Jobez Hogg' (5) voyaient dans le Trichophyton

(') Bazin. Recherches sur lu nature et le traitement des teignes, p. 71-72.

("-) « Hebra ayant semé, sur la peau, des moisissures, crut voir « se dévelop-

« per des godets faviques et des cercles semblables à ceux de l'herpès tonsurant : ■uissi, il pensa pouvoir affirmer qu'il existe un lien intime entre les champignons du favus, de l'herpès circiné, et les champignons des moisissures; le

« champignon qui pouvait, selon des conditions particulières, donner lieu au

« favus ou à l'herpès tonsurant était le Penicillum. » (3) Neumann. Lehrbuch der Hautkrankheiten, 2e édition. ('*) J. Lowe. Transactions of the botanical Society of Edinburgh, 2 v. On the true

nature of parasitic Diseases (The Lancet, 15 août 1859, p. 158). (:i) Jouez Hogg. Further observations on the vegetàbles parasites (Quartèrly

Journal of microscopical Science. Janvier 1866).

une l'orme sporulaire de l'Achorion, issu lui-même de l'Aspergillus. Hallier, Hoffmann, Atkinson renouvelèrent les mêmes cultures pour arriver aux mêmes conclusions erronées, et faire dériver le Trichophyton du Penicillum, de l'Ustilago carbo ou du Mucor mucedo (J). C'est de Barry qui confondit ces erreurs et en donna les raisons.

« Lorsque les parasites en question sont extraits du corps de leurs hôtes, écrit-il, et cultivés dans' l'eau, dans une solution de sucre, on observe d'abord la végétation de leurs spores, mais après un très court laps de temps, apparaissent dans ces milieux les Champignons universellement répandus : Penicillum glaucum, Aspergillus glaucus, ou Torula. Plus tard, le mycélium du Penicillum ressemble plus ou moins aux spores et au mycélium des parasites en question, et il semble qu'ils se soient développés d'eux dans le milieu artificiel (-). »

Kôbner, mieux inspiré que les précédents expérimentateurs, cherchait la solution du problème par l'inoculation. Le Trichophyton inoculé donne la trichophytie, ce que le Penicillum ne fait pas.

C'est à Grawitz, je crois, que revient l'honneur d'avoir obtenu les premières cultures pures de Trichophyton et d'Achorion. Il est difficile aujourd'hui de savoir quel Trichophyton Grawitz avait cultivé, mais peu importe. A ce moment ce qu'il fallait c'était différencier la Trichophytie du Favus. Grawitz reconnut que leurs cultures différaient extrêmement, et l'inoculation des deux cultures reproduisit chacune des maladies dans son type.

C'est exactement à la même époque, à dix jours près, que Duclaux obtint en France les premières cultures pures de trichophytie et de favus (»). Ses résultats coïncidaient avec ceux de Grawitz. Et pour la première fois la mycologie du sujet était abordée.

Mais, en dehors de ses communications à la Société de Biologie, Duclaux ne publia rien sur ce sujet; son élève Verujsky donna seulement, deux ans plus tard, une étude comparative du Trichophyton et de l'Achorion, étude qui, à côté d'erreurs ou d'omissions peu importantes, présente un grand nombre de faits nouveaux précis et intéressants (6). Évidemment Verujsky ignorait trop le côté clinique de la question, il ne comprit pas non plus l'intérêt des cultures sur milieux

(') Atkinson. On the botanical relations of the Trichophyton tonsurans (New York medic. Joum., décembre 1878).

(2) De Bary. Hofrneisters Handbuch der Physiologischen Botanik. Band II, Abth 1, p. 224.

(3) Kôbner. Klinisehe und Experimenlelle Milheilungen, Erlangën, 1864.

(4) Juiiel-Rénov. Art. Trichophytie du Dict. de Dechambre, t. XVIII.

(5) E. Duclaux. Soc. de Biologie, 16 janvier 1886. Ses résultats sont consignés dans la Th. de Feulard : Teignes et teigneux. Paris, 1886, p. 96. Je mentionne aussi le travail de G. Behrend. Contribution à l'étude de l'herpès tonsurant et du favus (Vierteljahresschrift fur Dermat. und Syph., 1884) bien inférieur au précédent.

(°) Dm. Verujsky. Recherches sur la morphologie et la biologie du Trichophy-

solides <[ui devaient donner plus lard la clef de la pluralité trichophytique. Il compare la culture de l'Achorion au godet favique : comparaison illusoire. Il méconnaît l'importance des transformations pléomorphiques de ses cultures, etc.... Malgré ces lacunes et ces erreurs, son travail reste (rime valeur exceptionnelle. Pour la première fois, l'auteur distingue nettement la fausse spore, mycélienne, des spores externes pédiculées sur les hyphes aériennes de la culture. Il décrit ces spores aériennes qui se fixent comme des grains de raisin sur une grappe.... Yerujsky étudie aussi les besoins chimiques des Dermalophytes. Il reconnaît que l'alcalinité et l'acidité des milieux nuisent également à leur croissance, et qu'ils se développent mal sur le liquide de Raulin en raison de son acidité même. Il reconnaît surfout que des milieux médiocres, comme l'urine, deviennent excellents quand on y ajoute 5 pour 100 de glucose, et que le Triehophyton gitilisè beaucoup les sucres dans ses cultures, tandis que l'Achorion préfère les matériaux azotés ('). A la vérité, les cultures photographiées par Yerujsky sont méconnaissables; on ne peut savoir quel Triehophyton il a cultivé, et il est probable que la culture donnée pour celle du favus est celle de son duvet de dégénérescence pléomorphique, car il y décrit des spores piriformes qu'il figure, et (pie la culture-mère du favus donne rarement et. tardivement. Yerujsky étudie en outre la température optima des cultures, il observe la résistance des spores au chauffage et à l'action des antiseptiques, d'où il conclut, le premier, que tous les antiseptiques les détruisent, et que si la maladie leur résiste, c'est parce que l'antiseptique ne joint pas le parasite dans la profondeur, vérité certaine que tant de cliniciens ont méconnue. On voit à combien de titres ce travail est remarquable. Après lui, la différenciation de l'Achorion et du Triehophyton ne fut plus, je crois, remise en question (-).

Uni tonsûrans et de l'Achorion Schônleïni {Annales de l'Institut Pasteur. Première année 1887, n° 8, p. 369-591).

(') Verujsky a noté également que le Triehophyton n'assimilait pas la saccharose, et que la glycérine, dans les cultures trichophytiques, favorise l'assimilation des sucres.

(-) Notons à la même époque, un travail de Georges Thin : Patliology and Treatment nf ringworm (in-8° 87 pages, London. J. and À. Churchill, 1887), où il résume ses expériences sur le Triehophyton. Étant donné que le Triehophyton esl rare en Angleterre, et le Microsporum Audouïni fréquent, il est prohahle que les expériences de Thin ont dû être faites avec ce dernier. Avec Bantam (de Brown Institution) il a essayé des cultures dans l'humeur aqueuse, mais ses lechniques étaient si défectueuses que les résultats fournis furent d'abord nuls. Plus tard, Thin a bénéficié des procédés de culture sur milieux solides de Kôch. Et alors il vit le Triehophyton pousser « readily and with certainty » sur le bouillon gélatinisé. Mais, pour lui, le Triehophyton ne donne aucune fructification, ce qui le distingue des moisissures banales qui en donnent toujours : erreur que Duclaux et Verujsky n'ont pas faite. Thin ajoute, avec bon sens, (contre l'opinion qui voulait faire des teignes, des moisissures saprophytes

Cependant voici que le problème des Dermatophytes se complique. En 1890, Kral de Prague (^ annonce au Congrès de Berlin qu'il a isole dans un cas de favus, un champignon distinct de l'Achorion ordinaire, et l'Achorion ordinaire ne se retrouvait pas dans ce cas. Ce nouvel Achorion était inoculable à l'animal. C'était la première affirmation de la pluralité des Favus. Mais nous savons que depuis dix ans des hommes, qui n'étaient pas dermatologistes, un vétérinaire, Mégnin, el un histologiste, Malassez, croyaient à la pluralité des Trichophytons, et que Mégnin avait voulu démontrer la pluralité des Trichophytons par l'inoculation (2). Il poursuivait toujours la différenciation des deux espèces trichophy tiques tonsurante et épilante, qu'il avait cru différencier sur l'animal, et il présenta, cette môme année, à la Société de Biologie, les deux cultures correspondantes, faites par Duclaux; l'une en touffes neigeuses, l'autre formant une pellicule jaunâtre. 11 est impossible d'identifier ces deux espèces aujourd'hui, mais le fait de leur différenciation n'en demeure pas moins. Et l'année suivante (1891), Mégnin apporta à la Société de Biologie une autre culture, faite par Duclaux, culture blanche, colorant le milieu en violet-framboise, et extraite d'une mycose de la Poule. Cette fois, il est certain qu'il s'agissait de l'espèce connue aujourd'hui sous le nom (¥ Achorion gallinae. Et à l'occasion de cette présentation, Mégnin ne manqua pas de soutenir, une fois de plus, la pluralité des trichophyties animales que son adversaire, Neumann, de Toulouse, se refusait à admettre.

La question de la pluralité trichophytique était donc posée ; personne, sauf Mégnin, ne considérait cette pluralité comme probable, et le premier Congrès international de dermatologie, qui se tint à Paris en 1889, avait posé la question sans qu'aucun derinatologiste prît la parole pour la résoudre (3).

La question fut reprise en. 1891 par deux élèves de Unna : Neebe et Furthmann (4) qui, sur seize cas cultivés, trouvèrent quatre Trichophytons différents. Mais, ici encore, on ne peut savoir quelles espèces, maintenant connues, ces auteurs avaient rencontrées, car ce travail n'a été suivi d'aucun autre et ce n'est qu'une ébauche (5). Il ne contient

banales) que la contagion évidente d'un enfant par l'autre, élimine l'idée que des spores partout répandues pourraient causer la maladie. (') Xe Congrès intern. des Se. méd. Berlin., vend. 8 août soir, 1890.

(2) Mégnin, Présentation de cultures des champignons de quelques teignes d'animaux domestiques. Bull, de la Soc. cent, de méd. vétér., 1890, p. IXÔ.

(3) La question était ainsi posée : Des trichophytoses, des dermatoses trichophytiques. I. Mycologie, espèces, cultures, transmission expérimentale, contagion. II. Prophylaxie et traitement. Les discussions sur ces points furent toul à fait insignifiantes et n'apportèrent aucun fait nouveau à la question.

(*) Congrès de Halle, 24 sept. 1891 et « Vier trichophytonarten » in Monaïshefle fur praktische Dermatologie. Bd XIII, n° 11, déc. 1891, p. 477.

(5) Les deux premières espèces, nommées : oidiophoron (2 cas) et éréthmophoron (14 cas), paraissent avoir été des Mierospontms, car leur culture était un gazon

la figuration d'aucune culture. Il ne contient aucune description, différentielle ou non, des quatre parasites, dans le cheveu humain ou dans la squame. Aussi lorsque Unna lui-même reprit la parole sur la question au congrès international de dermatologie de Londres en 1896, laissa-t-il de côté tous les travaux de son laboratoire avant 1 8 9 !2 . Je ne crois pas qu'ils méritent en effet, plus que cette mention.

(Test alors, en 18912, que je commençai mes premières recherches sur le sujet. J'y fus poussé par E. Besnier, dont j'étais alors l'interne. Je ne connaissais rien du sujet, rien des travaux de Gravitz et des travniix expérimentaux récents, et des discussions auxquelles ils avaient donné lieu, rien même des travaux de Neebe et Furlhmann, que je n'ai appris «pie 10 mois plus lard, et le seul travail que je connusse, dès l'abord, fui celui de Yerujskv. Mes premières recherches sur les teignes durèrent environ trois ans, et donnèrent lieu à une douzaine de notes ou mémoires, que résuma un livre : Les Trichophyties humaines, paru en 1894. Mon sujet m'oblige à analyser ici mes propres travaux, je le ferai brièvement.

Dès le début on pouvait prévoir quelle méthode employer pour éclairer la question. Il fallait pratiquer l'examen clinique minutieux de

blanc, légèrement teinté, dans la profondeur du milieu, en jaune citron et en brun acajou, mais aucune étude microscopique différentielle n'était donnée du parasite dans le cheveu, et l'aspect clinique décrit est banal et non étudié dans le détail.

Mycologiquêment, les auteurs décrivaient des gemmes terminales et intermédiaires qui sont évidemment les chlamydospores terminales et intercalaires, et dans l'Erethmophoron des fruit* en forme de rame (6 épeT^oç) qui sont à coup sûr les fuseaux retrouvés plus tard, par moi, sur les Trichophytons à grande culture blanche (T. gypseum), et par Fox et Blaxall, chez les Microsporums.

Le 3e Trichophyton de Furtbmann et Neebe était dit attractophoron, de ses fuseaux multiloculaires ; la description de la culture ne correspond à aucune espèce actuelle qu'on puisse désigner. Les deux auteurs, sur le seul cas qu'ils en eussent observé, le croyaient probablement toujours le Trichophyton du corps, c'est-à-dire localisé à la peau glabre! Enfin, le dernier Trichophyton, décrit par les deux auteurs allemands, était nommé ptérygoïdes à cause de sa culture qui présente au début comme des barbes de plume. El ce seul caractère évoque l'idée du Tr. aeuminalum actuel, mais la culture décrite n'est pas reconnaissable. Mycologiquêment, étaient signalées des spores de 5 jj. « probablement formées dans des organes arrondis, semblables aux gemmes terminales », supposition erronée. Duclaux avait décrit déjà, cinq ans plus tôt, les grappes trichophytiques que nos auteurs n'ont pas vues. Les plaques de tondantes de ce Trichophyton étaient signalées comme squameuses, à fond rouge et très glabres. On en avait observé ."> cas.

P. G. Unna. Sur la culture et la pluralité des Tricbopbylons (Journal des mal. cul. cl syph., \m\-Ti).

chaque malade et en consigner les résultats dans une observation bien prise ; pratiquer l'examen microscopique du parasite dans les squames et les poils, et en garder des préparations permanentes, permettant des études comparatives; 5° enfin, pratiquer les cultures de chaque cas et les conserver vivantes pour qu'elles puissent servir à toutes comparaisons entre elles.

Cette méthode qui abordait la question par ses trois côtés, clinique, microscopique et cultural, donna des résultats immédiats et très inattendus.

Il y avait deux types de tondante infantile qu'on pouvait différenrencier par l'examen à l'œil nu, par l'examen microscopique et par la culture. C'était la tondante à petite* spores et la tondante à grosses spores (').

Ce travail établissait en outre que ces deux types parasitaires représentaient non pas des espèces uniques, mais des groupes d'espèces et décrivait parmi les Trichophytons à grosse spore, en dehors de l'espèce la plus commune, (2) une espèce à culture acuminée, (3) une culture poudreuse blanche, (4) une culture violet-noir, (5) et une culture rose (6j.

Le deuxième mémoire, laissant de côté le parasite à petites spores, était consacré à la pluralité des Trichophytons à grosses spores (7). Les espèces trichophytiques s'annonçaient de plus en plus, comme :

« Extrêmement nombreuses et spécifiquement distinctes, c'est-à-dire que les caractères de chaque espèce paraissent fixes, héréditaires et permanents (8) ». « Que l'on rencontre une série de lésions trichophytiques anormales, de trichophytie serpigineuse ou folliculaire ou suppurée, et avec elles, on obtiendra des séries de cultures nouvelles. Et cependant, toutes les cultures provenant d'un même cas garderont entre elles une parfaite similitude (9). »

Ces différentes espèces parasitaires sont caractérisées par l'aspect spécifique de leur culture en milieu artificiel. Mais, pour cela, il faut

(*) Contribution à l'étude de la trichophytie humaine. Étude clinique, histologique et bactériologique sur la pluralité des Trichophytons de l'homme. Communication à la Société de Dermatologie, 10 nov. 1892, in extenso dans Annale* de Dermatologie et de Syphiligraphie, 50 nov. 1892, et Sur la trichophytie humaine. Communication à l'Académie des Sciences. C. R. du 50 déc. 1892.

(2) Plus tard : Trich. crateriforme.

(3) Plus tard : Trich. acuminatum.

(*) Plus tard : Trich. gypseum.

(5) Plus tard : Trich. violaceum.

(6) Plus tard : Trich. rosaceum.

(7) Étude analytique des Trichophvtons megalosporon. Annales de Dermatologie du 50 fév. 1895.

(8) Loc. cit., p. 117.

(9) Trichophyties humaines, p. 28.

on milieu sur lequel les Dermatophytes se développent activement et pleinement. Le meilleur était le moût de bière, c'est-à-dire l'eau de malt. Je cherchai à faire un milieu analogue, facile à reproduire toujours semblable, en utilisant des matériaux tout préparés, en proportions constantes. Ce milieu eut pour formule générale.

Eau pure , . . . 1000 grammes.

Sucre 57

Peptone 10

Géloso (j.s. pour solidifier.

Il fut nommé milieu d'épreuve, on en fit d'analogues avec la mallose, la glucose, la mannite, la lactose. Et je posai en principe d'après mes expériences préliminaires que :

« Toute différenciation d'espèces, basée sur les caractères de la culture, devrait être établie :

a) Par des série* de culture des diverses espèces, cultures faites ensemble, sur un milieu différentiel fait en même temps; la série permettant de juger comparativement de l'aspect objectif de chaque culture ayant passé par des conditions physico-chimiques semblables.

p) Sur des séries de réensemeneements des mêmes espèces, permettant de poursuivre, pendant plusieurs générations, l'observation de leurs caractères différentiels et 1' 'irréductibilité de deux formes de cultures l'une à l'autre (') ».

Lorsque j'entrepris la différenciation des espères tricliophy tiques entre elles, j'avais en main, pour résoudre ce problème, lous les divers facteurs que je viens d'énumérer. ('/étaient, d'une part, les cultures purifiées de cinquante-quatre cas de teigne à grosse spore, d'origine différente, et de tout aspect clinique. C'étaient d'autre part trois milieux : maltosés, mannités, lactoses, extrêmement sensibles à une différenciation des espèces. Le même jour fut pratiqué l'ensemencement de tous les cas sur tous les milieux; et même, pour chaque cas, plusieurs cultures furent faites sur le même milieu, afin de parer à loule éventualité.

Les cinq cents cultures qui constituèrent cette expérience passèrent par des conditions de température et d'aération identiques. La différenciation des espèces fut aussi évidente que possible, et quelque inattendus que fussent ces résultats, leur identité sur les trois milieux d'essai était telle que je ne pouvais les mettre en doute, il fallait compter 19 espèces trichophyliques (espèces ou variétés fixes). Ces oOO cultures furent présentées à la séance de février 1895, de la Société française de Dermatologie. L'autonomie et la spécificité de chaque espèce était affirmée :

(') Trichophy lies humaine*, p. 53-54.

1° Par la similitude parfaite des diverses cultures du même cas sur le même milieu ;

2° Par les dissemblances nettes des types différents entre eux ;

5° Par ce fait extrêmement probant que les différents milieux affirmaient les mêmes cas dus aux mêmes espèces trichophytiques, et les mêmes autres cas comme dus à des espèces trichophytiques différentes (').

Et je concluais :

« La trichophytie vraie est un syndrome que peuvent causer plusieurs espèces parasitaires, espèces ou variétés, qui ont chacune, sur des milieux de culture appropriés, des caractères spéciaux et différentiels (2) ».

J'insistais déjà sur ce fait que, parmi les 19 types différenciés, il semblait y avoir des espèces très distinctes et au contraire des variétés très proches entre elles (3).

« Mais, je dois dire cependant, ajoutais-je, que même chez ces cultures peu différentes entre elles, jamais je n'ai pu, chez aucune, surprendre... le moindre retour à un type voisin.

« C'est un sujet d'étonnement constant, de voir les contagions familiales, quelque nombreuses qu'elles soient, fournir des cultures d'une absolue identité entre elles, même s'il s'agit, comme je l'ai vu, de contagions d'école comprenant plus de cent individus d'Ages divers.

« Et dé voir comparativement dix trichophyties [je parlais des trichophyties de la peau glabre] donner lieu à des cultures dont quatre ou cinq à peine se ressemblent de très près, et dont deux ou trois seulement sont pleinement identiques. Et ces cultures, qui se ressemblent de très près sans être identiques, ni la culture sur aucun milieu très riche ou très pauvre, ni le passage même sérié sur l'Homme, sur les Animaux, expériences qui, pour certaines espèces, durent depuis plus de vingt mois, n'ont pu altérer leur identité propre, ramener leur type au type d'un autre, restée au bout de ce temps, exactement aussi proche d'elle, et, cependant, aussi distincte (4). »

D'où cette conclusion que s'il y a des groupes trichophytiques très éloignés les uns des autres, et, dans ces groupes, des espèces proches

(') Dans le tableau des espèces que j'avais alors déterminées sans en donner la photographie, certaines ne peuvent plus être exactement identifiées par moi, ainsi les nos 7, 15, 16, 17, 18 et 19. Le n° 1 est le T. (gypseum) astéroïdes, le n" 5, le T. (gypseum) farinulentum, le n° 8, une autre variété de gypseum, le n° 2 est le Tr. (niveum) radians, le n° 4 est le T. rosaceum, le n° 5 le violaceum, le n° 11 est le rralériforme, les nos 10, 12, \'t sont des para-cratériformes, le n" 9. le T. cérébril'onne, le n° 13 le T.acuminalum et le n° (5 seinhle avoir été l'espèce actuellement connue sous le nom d'Achorion gypseum (Bodin, 1907).

{i) Trichophyties humaines, p. 55-56.

(3) « Au premier coup d'oeil, la différenciation précédente semhle annoncer, ;'i côté de quelques espèces très différentes les unes des autres, un grand nombre1 de variétés peu distinctes de l'une d'entre elles. -

(4) Trichophyties humaines, p. 57.

1k LES TEIGNES.

entre elles, ces espèces sont fixes, et ne sont pas de simples variétés à caractères réversibles (l).

Devant le grand nombre des espèces trichophytiques, on devait penser naturellement à leur origine saprophyte possible, c'est ce que discuta la note suivante (2). Cette hypothèse s'appuyait sur des raisons de trois ordres :

1° Sur ce fait que ces parasites, en culture artificielle, émettent des spores externes sur des hyphes différenciées, alors que dans leur vie parasitaire, ils sont réduits à des formes mycéliennes de souffrance.

2° Sur ce fait que la plupart des Champignons parasites ont une existence saprophyte connue (Aspergillus fumigatus), ou probable (Actinomyces Bollingerii) ;

5° Sur ce dernier fait qu'on peut obtenir des cultures des Trichophytons les plus vigoureux, sur des débris de graines, de paille, sur du chaume pourri, sur du terreau de serre, etc..

Entre autres conclusions, mes recherches précédentes aboutissaient à celles-ci, que certaines espèces trichophytiques se retrouvaient en des lésions de caractères particuliers, et, par exemple, les Trichophy- • tons à culture blanche, poudreuse, dans des lésions folliculitiques et suppurées : Kérions de Celse. C'est au groupe de ces Trichophytons spéciaux et pyogènes que le suivant mémoire fut consacré (3). Il montra ce groupe homogène composé de six espèces distinctes, et dont les caractères de culture, très analogues, décelaient la proche parenté. Pour toutes, l'origine animale était probable, et pour plusieurs, démontrée. La première et principale qui est devenue le T. (gypseum) astéroïdes, était prouvée d'origine équine et déterminait, sur l'homme, le kérion Celsi du cuir chevelu, de la barbe et de la peau glabre (*).

Ce travail donnait la description des Trichophytons ectothrix, envahissant non seulement le poil, mais sa gaine folliculaire, la description de la Trichophytie du cheval, d'où venaient les contagions humaines, et la description mycologique des spores externes, des grappes, des fuseaux, et des spirales du parasite en culture artificielle, des grappes et de la spirale vues par Duclaux deux ans avant, et des fuseaux multiloculaires, décrits par Neebe et Furthmann en 1891.

L'étude qui suivit se proposait pour objet les Trichophyties de la

(') Trichophyties humaines, p. 58.

(-) Note sur l'hypothèse d'une existence saprophyte des Trichophytons. Annales de Dermatologie, 50 mai 1895.

(') Etude des trichophyties à dermite profonde, spécialement de la folliculite agminée de l'homme et de son origine animale. Annales de l'Institut Pasleitr, 15 juin 1895, 2 planches.

(*) On se rappelle que le kérion Celsi de la peau glabre n'était pas identifié jusque-là aux kérions des régions pilaires.

barbe. Elle mit en évidence ce fait singulier qu'en France, les parasites qui font les tondantes de l'enfant ne sont pas, [ordinairement] ceux qui font les Trichophyties de la barbe (M.

Les Trichophytons des tondantes trichophytiques communes sont endot/trix, c'est-à-dire contenus dans le cheveu. Les Trichophytons qu'on rencontre le plus ordinairement dans la barbe, sont des ectothrix (*). Or, tous les Trichophytons que nous avions vu transmis à l'Homme par les Animaux étaient ectothrix sur l'Homme : les anciennes mentagres, les sycosis trichophytiques, les kérions de la barbe provenaient donc de trichophyties animales. Et je donnais la description des trois types de trichophyties de la barbe que je connaissais alors : 1° le kérion dû aux Trichophytons pyogènes à culture blanche (3) dont six variétés étaient déjà différenciées; 2° une trichophytie nodulaire et sycosique due à un Trichophyton à culture cérébriforme ("'), et o°, une trichophytie sèche, à forme d'ichthyose pilaire, due à un Trichophyton à culture rose que je croyais d'origine aviaire (5).

Ce fut alors qu'en préparant l'édition des Trichophyties humaines | 1894) je lus pour la première fois les mémoires de Gruby, et constatai que cet auteur avait découvert et décrit, de J 8 412 à 1815, les trois types "parasitaires que je venais de retrouver : Le Trichophyton à petites spores était son Microsporum Audouïni. Il avait décrit les Trichophytons endo-ectothrix dans la barbe, et les Trichophytons endothrix des tondantes. Et aussitôt je le publiai (6).

Cette lecture, me ramenant à l'étude du Microsporum, donna lieu bientôt à un mémoire sur la teigne tondante à petites spores « de Gruby (7) ».

Cette fois c'est la description clinique minutieuse de la microsporie, avec les caractères objectifs qui la font reconnaître à l'œil nu; c'est aussi la description du parasite, corrigée d'après le texte de Gruby dont l'observation avait été plus précise que la mienne. Et c'était aussi la description du premier Microsporum animal, observé sur le Cheval et sur l'Homme, et qui devait devenir le Microsporum caninumou lanosum d'aujourd'hui.

Telles furent, sommairement résumées, les études partielles que le

(') Étude synthétique des Trichophytons à grosse spore. Les mégalo-lrichophytons animaux. Trichophytie de la barbe. Annales de Dermatologie, 30 juillet 1895, 2 planches.

(-) Cette opinion doit être corrigée, comme nous le verrons plus loin.

(3) Ils font aujourd'hui les deux groupes des T. gypseum et des T. niveum.

(*) Aujourd'hui T. cérébriforme.

(5) Aujourd'hui T. rosaceum.

(6) Notes sur trois points de l'histoire micrographique des Trichophytons. Annales de Dermatologie, 30 janvier 1894.

(7) Sur une mycose innominée de l'homme : la teigne tondante à petites spores do Gruby. Annales de l'Institut Pasteur, 25 lévrier 1894.

volume sur los Trichophyties humaines réunit et compléta (1894). Cette question des Trichophyties humaines, qui paraissait auparavant une des mieux connues de la Dermatologie, se révélait tout à fait neuve.

Il faut dire que les faits nouveaux, qui se manifestaient en si grand nombre, n'étaient pas énoncés sans erreurs. Leur multiplicité même fil, sur plusieurs points, leur étude hâtive, et le sujet avait une face mycologïque qu'un dermatologiste était mal préparé à bien voir. Je mentionnerai brièvement ces erreurs.

Le Trichophyton microsporon, le Microsporwm Aitdçuïni de Gruby, avait été décrit d'abord comme entourant et remplissant le cheveu de petites spores, erreur que Gruby n'avait pas faite, et qui fut rectifiée après la lecture de son texte. Et le mycélium du Microsporinn Audoùïni, que j'avais incomplètement vu et décrit, dut être réétudié par les auleurs anglais, les années suivantes.

Je crus aussi que tous les Trichophy tons ~pyogen.es montraient autour du cheveu des spores très grosses, erreur que le* Trichophyties humaines rectifièrent en partie, mais non complètement.

Mon erreur la plus grosse fut mycologique. Voyant naître, sur les vieilles cultures de Trichophyton, des duvets blancs, je crus que ces cultures nouvelles qu'on pouvait reprendre et séparer des premières, avec des caractères différents d'elles, étaient des moisissures d'impureté. Et au lieu de comprendre leur naissance, comme résultant d'une transformation pléomorphique de la culture-mère, je crus y voir le commensalisme de deux espèces. Il fallut deux ans de travail pour corriger cette erreur qu'un mycologue averti eût redressée au premier coup d'œil.

Quoi qu'il en soit, et malgré les lacunes, les erreurs et les fautes d'interprétation que comportaient ces travaux, il semble bien aujourd'hui, qu'avec eux, se soit constituée la troisième phase du sujet, et que la question soit entrée par eux dans l'ère moderne. Avant eux on croyait savoir, après eux on vit qu'on ne savait pas. Ils apportaient une méthode de travail et des techniques nouvelles. On comprit que les éludes à venir devaient s'appuyer, non sur quelques cas pris isolément, mais sur des centaines. Depuis longtemps personne n'avait pensé qu'on pût baser une différenciation d'espèces sur l'examen microscopique du cheveu teigneux. La différenciation pourtant si élémentaire du Microsporum Audoaïni et des Trichophytons endothrix, celle des Endothrix et des Ectothrix prouvèrent qu'on avait regardé sans voir, et firent penser qu'il pouvait rester encore beaucoup de détails importants à rechercher. Enfin la différenciation des espèces, par la culture en milieux spéciaux, quoique bien des observateurs doutassent de la vérité des faits avancés sur ce point, tenta beaucoup d'expérimentateurs.

L'histoire des années suivantes est ainsi, en grande partie, l'histoire des adhésions et des contradictions que ces travaux rencontrèrent.

Les faits qui vont suivre entrent dans le vif de notre sujet. Ils sont trop récents pour faire encore partie de son histoire ; et comme nous devrons les retrouver un à un, en étudiant analytiquement le sujet luimême, nous n'en ferons ici qu'une très brève mention.

I. L'un des points que les Trichophyties humaines avaient le mieux établi, c'était la nécessité, pour l'observateur, de réunir un nombre de faits considérable, avant de poser quelque conclusion que ce fût; c'était la nécessité des grandes enquêtes. La mienne avait porté sur 400 cas, et il est remarquable de voir que les erreurs de ses conclusions provenaient encore de généralisations trop promptes.

Les statistiques de beaucoup des auteurs qui suivirent ont aussi compté les faits par centaines, celles d'Adamson(T), de Colcott Fox(2) par exemple.

En Angleterre, Adamson(3) fut un des premiers à vérifier les caractères cliniques, microscopiques et culturaux de la Microsporie. En France, Béclère .et Wiekham(i) firent de même. J'en pourrais citer

(*) Adamsox. Observations on the parasite of Ringworm, Brit. Journ. of Dennat. vol. VII, 1895, p. 201-257. Cf aussi : Transactions of third international Cowjrcss of Derrhatology . London, 1897, p. 555.

La première enquête d'Adamson, très fructueuse en ce qui concerne la morphologie des Dermatophytes, portait sur 178 cas de tondante, et cinq trichophyties de la barbe, mais elle ne comportait pas de cultures. Sa deuxième compril la culture de 55 cas de microsporie, 10 cas de tondante trichophytique, cinq cas de trichophytie de la barbe.

(-) G. Fox et F. Blaxall. An inquiry into the plurality of fungi causing ringworm in human beings. Brit. Journ. of Dermat., vol. VIII, 95-96. Ce travail porte sur 452 cas, et apporte des faits nouveaux importants concernant la morphologie du Microsporum Audouïni dans le cheveu. Il appuie les faits principaux que j'avais établis, et me contredit sur un certain nombre de jtoints de détail. La séparation du Microsporum et des Trich. ectothrix, ainsi que celle du Microsporum Audouïni et des Microsporums animaux est encore insuffisante. La partie qui concerne les cultures est faible.

(3) Dès 1895 (toc. cit.), Adamson, sans trancher les rapports botaniques des Microsporums et Trichophytons, déclare qu'il est aisé de les distinguer microscopiquement et que l'aspect du Microsporum Audouïni est infiniment spécial.

Adamson, l'un des premiers, vérifia que le cheveu microsporique esl entouré de spores, mais qu'il n'en contient pas. Le tableau clinique qu'il donne de la microsporie est semblable au mien, etc....

Presque à la même époque Fox et Blaxall reconnaissent à l'œil nu la microsporie de la trichophytie au cuir chevelu. (An inquiry.., elc...).

(*) Béclère. Les teignes tondantes à l'Ecole des teigneux de l'hôpital Saint-

beaucoup : Malcolm Morris (M, White de Boston (2), Given de Liverpool(3), Mibelli(*), Ducrey et Reale(5), M. Truffi(6), Minne(7), etc.(8).

II. Une deuxième nécessité évidente désormais, était de conjoindre. à l'analyse clinique des lésions, leur analyse microscopique et leur culture. Les auteurs qui ont suivi ont compris peu à peu la nécessité de ce triple travail; très peu pourtant se sont astreints à l'inoculation systématique à l'Animal, et à l'examen microscopique de ses poils lorsque l'inoculation était positive. Ces examens et ce 3 cultures de retour n'ont été faits, peut-on dire, qu'exceptionnellement. Aussi beaucoup de résultats de ce procédé sont-ils restés long-temps dans l'ombre, par exemple la structure du mycélium intra-pilaire des Mierosporums que l'inoculation au Cobaye était seule capable d'éclairer (9). Ce procédé de l'inoculation animale prouve en outre la valeur parasitaire de tous les Dermatophytes nouveaux qu'on rencontre; avec lui, quelques auteurs n'auraient pas fait l'erreur de décrire une moisissure saprophyte pour un Trichophyton nouveau.

III. La mycologie des Dermatophytes a, elle aussi, beaucoup attiré l'attention de certains auteurs, parmi lesquels : Colcott Fox, Bodin et Matruchot. C. Fox, dès 1896, insista sur l'évidente parenté mycologique des Microspontms avec les Trichophytons(i0). En 1900, l'étude de

Louis, 1894. (Annales de Dermat. el de Syph., p. 687). B. confirme la plupart de nies 'résultats : la différenciation de la petite et de la grosse spore par l'examen microscopique et par la culture : « Tous les élèves du service annoncent maintenant, à coup sûr, le genre de culture que donnera, après ensemencement, un cheveu examiné au microscope. » •< Spécifiées par leur cause, les deux tondantes ne se distinguent pas moins à l'œil nu, par l'aspect différent du cuir chevelu et des cheveux. » — L. Wickham. Une épidémie de teigne tondante à l'asile Lamhrechts. Annales de Dermat., juin 1894, n° 6.

(J) Morris parle d'après 126 cas microscopiquement examinés, mais avec peu de cultures de contrôle. (Ringworm and the Trichophytons. A paper read ai the meeting of the international Congress of Dermatology in London, 1896.

(2) White parle d'après 279 cas examinés microscopiquement, dont 159 microspories.

(3) Given. Clinical and microscopital varieties of ringworm (British journal of Dermat., sep. 1899, p. 348) parle d'après 50 cas observés à Liverpool, sur lesquels 44 microspories.

(*) Mibelli (1896) a observé 28 cas seulement à Parme, mais il en a régulièrement pratiqué la culture.

(3) Ducrey et Reale. Transactions of th," third Congress of Dermatology, 1896, London, p. 580.

('"') M. Truffi. Salle tigne, 1902, a étudié et cultivé 64 cas.

(7) Ach. Minne, Les teignes à l'hôpital de Gand. La Clinique, 1901, n° 23.

(8) F, Krzystaelowicz. Grzyby chorobowôrcze wlosôr trichophyton, microsporon, favus. Cracovie, 1906. Comparaison des espèces dermatophytiques rencontrées en Pologne autrichienne aux espèces déjà connues.

(fl) Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Mierosporums. Annales de Dermat. et de Syph., 1907, février, mars, avril, mai.

(,0) Colcott Fox. Transactions of the third Congress of Dermatology, 1896. London.

YAchorion du Favus me permit de rattacher ce parasite à la même famille botanique^). Bodin étudia mieux que personne la mycologie des Microsporums animaux et celle du dernier Achorion qu'il trouva. Enfin Matruchot, dans une série de travaux mycologiques exécutés avec Dassonville, crut pouvoir situer les trois groupes de Dermatophytes parmi les Gymnoascées.

Nous retrouverons tous ces travaux en étudiant la mycologie des teignes.

IV. Les premiers travaux confirmatifs de la différenciation clinique et microscopique à faire entre Trichophytons et Microsporums sont venus d'Angleterre où la microsporie est fréquente (2). La seconde adhésion vint d'Amérique (s).

Beaucoup de travaux anglais, par la suite, confirmèrent la séparation des Microsporums et des Trichophytons (f). En Italie, au contraire, où la microsporie n'existe pas, et où l'on n'en peut observer, à de rares intervalles, que des cas d'importation étrangère, l'adhésion fut plus lente à venir(s). La première fut de Mibelli(6), de Parme, avec un bon travail sur la pluralité trichophy tique.

Mais c'est en Allemagne que les esprits restèrent le plus longtemps

(') Sabouraud. La pratique dermatologique, T. II, art. Favus.

(-) « Sabouraud's doctrine lias been accepted in Great Britain by Jamieson » dit M. Morris (loc. cit., p. 27). G'était au Congrès de la Brit. med. association tenu à Newcastle. Mais Jamieson ne s'y ralliait pas sans réserves. Cf. Brit. med. journ: Aug., 20, 1893, p. 470.

(r>) New-York dermatological soeiety (226e meeting, 1893). Rapport de la Commission chargée d'examiner les échantillons de Trichophytons envoyés par M. Sabouraud de Paris. La Commission rappelle que le Dr Sabouraud a bien voulu adresser à la Société, sur sa demande, des préparations et cultures de diverses variétés de Trichophytons qu'il a décrites dans ses travaux. Elle a le plaisir de déclarer qu'elle ne peut que confirmer les résultats obtenus par lui.

(*) M. Morris. Ringivorm in the lighl of récent research. Londres, 1894.

Pernet. One hundred and thirty cases of ringworm observed in the skin department of University collège hospital (The Lancet, Ie' oct. 1898). Sur cent tondantes l'auteur a observé 96 cas de microsporie.

Given". Clinical and microscopical varieties of ringworm. British journal of Dermat., sept. 1899, p. 348. La proportion qu'il a trouvée est de 44 microspories sur 50 tondantes.

Fox et Blaxall. (An inquiry. etc.), insistent sur ce fait que n'importe quels transferts ne font en rien varier la culture du Microsporum Audouïni quand on la replace sur le même milieu (tirage à part, p. 59).

(3) Marianelli. Sul Trich. lonsurans. Sienne, 1895. Pour cet auteur, ni l'examen microscopique ni la culture ne montrent la pluralité trichophy tique. Les variations de ces cultures dépendent des conditions extrinsèques : aération, humidité, etc.

De même pour Majocchi: Sopra alcuni cambiamenti morfologici del trichophyton (Giorn. ital. del. mal. ven. c. délia pelle) et aussi : Saggio di alcune dermatosi parassitarie dell' uomo (Bollet. del sei. med. di Bologna, 1894).

(G) Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons (Annales de Dermat. et de Syph., 1896, p. 755).

fermés à celte différenciation ; niée par Kaposi, par Ki'ôsiiig(i) eL beaucoup d'autres jusqu'en- 1896. Pour tous ces auteurs, les spores variant de dimension en un même cheveu, on ne pouvait se baser sur leur dimension pour différencier entre eux des Dermatophvtes. Les doutes s'éclaircirent au Congrès international de Londres (2j où l'on put dire que le Microsporum Audouïni recevait son état civil définitif^3). On s'expliqua à son sujet. Ceux qui ne le connaissaient que par ouï dire purent examiner ses lésions, ses cultures, examiner sa structure dans le cheveu, etc.; à partir de ce moment sa différenciation l'ut définitive.

V. En ce qui concerne, d'ailleurs, le tableau clinique de la Microsporie dans la tondante de l'entant, tous les auteurs confirmèrent la description que j'en avais faite (*), à cela près que les auteurs anglais observaient assez souvent un Kérion à petites spores sur lequel nous reviendrons. A la frontière allemande, suisse et italienne de semblables épidémies microsporiques avec leurs caractères classiques ont été observées (3) et même reconnues par des auteurs qui n'en avaient appris les symptômes que par les livres.

VI. De 1892 à 1894 la pluralité des Microsporums avait été peu étudiée. A peine avais-je observé, une fois chez l'homme, et quatre fois sur le Cheval, un Microsporum vivace (°) celui probablement qu'on appelle aujourd'hui M. lanosum, et que Bodin découvrit sur le Chien, en 1897, et décrivit le premier, sous le nom de M. canis. Bientôt Fox et Blàxall, d'une part, et Adamson, d'autre part, décrivirent le Microsporum du chat et affirmèrent les premiers que la Microsporie même de l'enfant n'était pas toujours causée par une même espèce. Mais

(M 1». Krôsing. Sludien liber trichophyton. Congrès allemand de 1895. Weitere studien ûber trichophyton Pilze. Areh. /'. dennat. a. syph., 1890, l. XXXV, ]). 07-16.",.

Dans la discussion du travail de Krôsing, M. Ullmanx représenta 1res juslement que les Allemands n'ont pas en mains de quoi pouvoir affirmer que la microsporie, déjà retrouvée fréquemment en Angleterre et accidentellement en Italie, n'existe pas.

(-) IIIe International Congress of Dermalology. London, 1897. Transactions.

(3) Sabocraid. La question des teignes au Congrès de Londres. Revue critique. Annales de Devinai, et de Syph., 1890, p. 1355.

(') Ainsi Adamson dans son travail déjà cité 1895. Ainsi, Lolcott Fox et Blaxall (An inquiry, etc..) disent reconnaître à l'œil nu la microsporie de ta trichophytie du cuir chevelu. Ainsi Béclère, Wickham dans leurs notes déjà citées.

(3) Mme Schwenter-Tbachsler (Monatsch. /'. Dennat., t. XXVL p. '275) a publié 9 cas de microsporie observés à Hambourg en 1898.

I'lait (Monatsh..f. Dennat., I. XXXI, p. 401) en a publié 12 cas en 1900..

A. Glnsktt (Areh. /'. Dennai. and Syph., I. LIX, fasc. 1, 1902) a longuement relaté « une petite épidémie de Microsporum Audouïni à Strasbourg », comprenant 7 cas. L'aspect clinique était typique, l'aspect microscopique du cheveu également.

(6j Sabourajjd. Sur une mycose innommée de l'homme. Annales de l'institut Pasteur. Février 1891.

c'est au cours des plus récentes années que les recherches combinées de Bodin, de Mibelli, de Minne, de Uriburu, de Suis, de Zollikofer et les miennes, commencèrent d'établir la multiplicité des espèces microsporiques et qu'on s'efforça de les classifier. Ce travail n'est point terminé.

Il résulte pourtant des faits observés par Minne, Lefébure, Uriburu, etc., et que ces auteurs ont bien voulu me faire connaître, que la diversité des espèces microsporiques, suivant les contrées, est extrême : il est rare que des Microsporums, venus d'un pays étranger, soient tout à fait semblables aux nôtres.

Ce que les dernières recherches ont établi (l) c'est principalement que les Microsporums forment deux classes, les Microsporums à culture petite ou moyenne, et Microsporums à culture viyace ; ceux-ci ont une origine animale, et c'est surtout parmi eux que s'observe une grande variété.

VII. Jusque-là, la Morphologie du Microsporum dans le cheveu, n'avait été étudiée qu'au point de vue de la différenciation clinique du cheveu microsporique et du cheveu trichophy tique. Et lorsque Bodin reprit l'étude des Microsporums, il ne poussa pas plus loin que moi leur description morphologique dans le poil. Les travaux anglais sur ce point, ceux de Adamson d'abord (2), ceux de Fox et Blaxall plus tard(3) augmentèrent beaucoup nos connaissances sur le sujet. Ces recherches établirent entre autres choses, l'existence nécessaire d'une lésion épidermique avant la lésion pilaire (4), et une réelle communauté dans le processus d'envahissement du cheveu par les différents Dermathophytes. Cette étude, poursuivie par Fox et Blaxall, fut reprise par moi il y a deux ans.

VIII. En ce qui concerne la pluralité des Trichophytons on peut dire vraiment qu'elle ne fut nulle part étudiée par d'autres comme elle l'avait été à Paris (3). Aussi quoique la plupart des auteurs aient

(') Sabouraud. Nouvelles recherches sur les Microsporums. Annales de Dermat. et de Syph., 1907, février, mars, avril, mai.

(2) H. G. Adamson. Observations on the parasites of Ringworm (loc. cit.).

(3) P: Golcott Fox et F. R. Rlaxall. Some remarks on ringworm. British médical association at Edinhurgh, 1898. Brit. medic. journal, 2 déc. 1899.

(*) Cette question a été longuement débattue en 1894-1896. Ayant étudié des •cas en traitement depuis longtemps et dont l'épiderme avait été décapé par des couches successives de teinture d'iode, je croyais à l'envahissement du cheveu d'emblée. Malcolm Morris s'était rallié à mon avis. (Ringworm, in the Light of récent research. Pathology Treatment, Prophy Iaxis, London, 1898, p. 45). Au contraire Bodin écrivait : « J'ai d'abord constaté que la végétation du Microsporum est constituée par des mycéliums... dont le siège est exclusivement intraépidermique avant d'être intra-pilaire. » (Sur le Microsporum du. cheval. Arcli. de Parasit., 1898, t. I. p. 390.)

(5) Je rappelle à ce sujet mes conclusions de 1894. (Les Trichophyties humaines, p. 202.)

« I. En dehors des Trichophytons endothrix de l'enfant qui causent chez, lui

admis en principe cette pluralité ('), néanmoins, faute de travaux de contrôle valables, plusieurs auteurs pensèrent que j'avais donné trop d'extension à cette pluralité (2). Tous les cas observés par Malcolm Morris lui avaient donné la même culture.... Il admettait deux et peut-être trois espèces parasitaires capables de produire le syndrome tri chophy tique. A Wiesbaden, en 1894, Rosenbach isolait sept espèces trichophvtiques difficiles d'ailleurs à reconnaître aujourd'hui (').

la tondante, et chez l'enfant comme chez l'adulte un petit nombre des trichophyties circinées qu'il présente, il existe de très nombreux parasites cryptogamiques, de même ordre, et de même famille botanique, qui causent la plupart des trichophyties cutanées humaines. Ce sont les Trichophytons ectothrix d'origine animale. »

« II. Un grand nombre de ces espèces appartiennent au groupe déjà bien nettement constitué des Trichophytons pyogènes à cultures blanches. D'autres se réunissent par trois ou par quatre pour ébaucher des groupes encore moins connus. »

« Mais, en dehors de ces groupes, il existe encore d'autres espèces, dont l'inoculation à l'homme est tellement rare, que leur étude et leur groupement dans l'état actuel des connaissances demeure impossible, et leur nombre même ne saurait être précisé. •>

(') En Angleterre, Adamson (loc. cit.) est le premier qui ait contribué à établir la pluralité trichophytique en séparant nettement au microscope le Microsporum, les Endothrix et les Ectothrix. C'est le premier qui ait admis comme un fait certain, la conformité morphologique du parasite sur la même tête, ou dans les cas issus l'un de l'autre, et l'un des premiers qui ait vérifié par la culture la pluralité du Trichophyton (5 espèces).

Fox et Blaxall aussi, rejetèrent nettement l'unicisine de Kral de Prague et admirent avec moi l'existence d'une série d'espèces trichophvtiques stables « remarkably stable species ». Ils insistent aussi sur ce fait que tous les membres contaminés d'une même famille donnent toujours à la culture la même espèce. (An inquiry, p. 39.)

(*) •< While holding that the plurality of the ringworm fiingi is an established scientific truth, I think that the infinité séries of species which M. Sabouraud asks us to accept is still nothing more than a jolie hypothèse... » Ainsi parlait Malcolm Morris (loc. cit.). Il aurait presque ajouté comme Erasmus Wilson disait de Bazin (On the phytopathology of the skin and nosophyto dermata) : « Bazin is a generous parent ; he divides bis little fungi equitably among bis children. » Dans ce travail M. Morris fournit pourtant une bonne planche colorée représentant un cheveu de Trichophyton endothrix, un cheveu mierosporîque et trois coupes transversales du cheveu de la microsporie, d'une trichophytie à T. endothrix et d'une trichophytie à T. ectothrix.

(3) F. ,1. Rosenbach. Ueber die tieferen eitemden Schimmel erkrankungen der Haut und der Ursache. Les sept trichophytons de Rosenbach s'appelaient T. holosericum album, fuscum tardum, plicans fusisporium, farinaceum album, candidum endosporum, propellens leptum, planum fusolargum. Rosenbach ne connaissait pas de différence entre leur aspect microscopique dans le poil.

Cf. aussi dans le compte rendu de ce même Congrès (IVe) des Dermatologistes allemands p. 54-115, les travaux suivants :

Pick. Der augenblickliche stand der Dermatomycosenlehre.

Winternitz. Ueber eigenartige Trichophyton-cidtaren, où l'auteur présente peutêtre une culture du Trichophyton rosaceum.

Et le travail de Krosing : Sludien ùbcr Trichophylon-culturen.

En Italie, Mibelli (4) prouva trois types trichophytiques, Ducrey et Reale en trouvèrent quatre (2). Mais, même à cette époque, où Bodin publiait sa thèse sur les teignes tondantes du cheval, il y avait encore des unicistes en Allemagne (3) et en Italie (*), et les travaux de presque tous les observateurs sont médiocrisés par l'insuffisance de leurs techniques (s). En fait et malgré les travaux plus récents de Reale (6) de Truffif*), l'étude de la pluralité trichophytique est à peine commencée. C'est en ces derniers mois que Dalla Favera a étudié les espèces trichophy tiques de la province de Parme et que Fox vient d'aborder l'étude des Trichophy tons endothrix de l'Angleterre (8).

Tous les derniers travaux sur ces sujets montrent que la pluralité des Trichophytons existe bien telle que je l'avais dit, et non pas en France seulement. En fait, dans chaque pays, les auteurs ont reconnu de-ci de-là, quelques-unes des espèces décrites, les plus caractéristiques. Tr. crateri forme, Tr. violaceum, Tr. gypseum : mais plusieurs ont délaissé l'étude complexe du groupe des cratérif ormes, du groupe des gypseums, composé chacun de 5 et 6 espèces très différenciées culturalement. C'est simplifier la recherche, mais aux dépens de la précision.

IX. Les causes qui ont le plus contribué à obscurcir le sujet, et amené le plus d'erreurs, sont l'existence du polymorphisme et du pléomorplrisme des Dermatophytes.

Sous le nom de polymorphisme on a désigné deux ordres de faits. D'abord celui-ci : que chaque Dermatophyte prend une figure différente-

(') V. Mibelli. Sur la pluralité des Trichophytons. Annales de dermat. et de syph., 1895, p. 733.

(2) Ducrey et Reale. Réunion de la Soc. ilal. de Dermat., 1895.

(5); Wâlsch. Congrès allemand de Dermatologie de Gratz, 1895. Ueber die- Mannigfaltigkeit (1er Wachstumformen (cultureller Pleomorphismus) der pathogenen Schimmelpilze, insbesondere des Pilzes des eczéma marginatum. Arch. f. Dermat. und Syph., 1896. Bd XXXVII, n°s 1-2. Weitere Mittheilungen zur Pathologie der Hyphomyceten. Arch. f. Dermat. und Syph., 1897. Bd XXXVIII.

Pour cet auteur, toutes les variétés de cultures trichophytiques dépendent du pléomorphisme.

(*) Caruccio. Bollet. del. R. Acad. di Roma. A. XXIII, fasc. IV et V, 1896-97 et S&c. ital. di dermat. et sif., 1897. Cf. aussi :

Mazza. Bollet. délia Poliambulanza di Milano, 1898.

H. Pelagatti. I. trichophyton délia provincia di Parma, 1896, qui est pluraliste.

(5) Ainsi les travaux de Krôsing (Congrès allemand de 1896), qui compare sesespèces cultivées sur pomme de terre, en énonçant sérieusement cette opinion qu'il n'y a pas de milieu meilleur et de plus différentiel pour les Dermatophytes. Il admet cependant (conclusion 6) que la comparaison de cultures faitesen milieux identiques est le seul vrai moyen de différencier des espèces. Et il parvient à différencier trois types trichophytiques. De même LJllmann qui se sert de gélose maltosée.

(c) A. Reale. Sul pluralisme e pleomorfismo trichophy tico (Studio critico, clinico e sperimentale) in-8°. Napoli, 1901,

(7) M. Truffi. Sulle tigne, 1902.

(8) Colcott Fox. A further contribution to the study Jof the Endothrix Trichophy la Flora, in London, Proceedings of the Royal society of médecine. January, 1909.

suivant la nature du milieu nutritif sur lequel il croît. Et cet autre fait qu'un grand nombre de conditions secondaires sont capables de faire varier, dans une certaine mesure, sa physionomie sur le même milieu. Ainsi, par exemple, la vieillesse ou la dessiccation du milieu, l'aération de la culture, le plus ou moins de profondeur d'implantation de la semence, etc.

Beaucoup d'auteurs ont attribué à ces facteurs de différenciation, très secondaires en réalité, une importance qu'ils n'ont pas du tout (J), et ont pu croire que la plupart des espèces trichophytiques décrites n'étaient que d'artificielles différenciations dues précisément à des variations dans les conditions physico-chimiques du développement de cultures semblables.

Avec des techniques sérieuses, les erreurs de ce chef sont pourtant faciles à éviter, mais il n'en était pas de même des transformations pléomorphiques des cultures de Dermatophytes. Beaucoup des cultures de Dermatophytes, lorsqu'elles vieillissent en milieux sucrés, donnent lieu à une forme de dégénérescence d'un tout autre aspect, que la culture primitive dont elles sont nées. On peut avoir ainsi deux cultures différentes, dont la seconde irréversible à la première, et issues primitivement d'une môme graine. Ceci a jeté dans le sujet une grande confusion.

En 1892-1894, j'ignorais l'existence des faits de pléomorphisme, connus pourtant des mycologues professionnels, et j'avais interprété ces faits comme, le commensalisme en une même culture, de deux êtres différents dont un seul parasite. Et beaucoup d'auteurs avaient accepté cette théorie du commensalisme (2).

C'est Bodin, en 1895, qui mit le premier en doute la réalité du commensalisme à propos du Microsporum du cheval (3). Ensemble nous comprîmes la vraie nature des faits de pléomorphisme. Je vérifiai leur

(i) M. Caruccio. Pléomorflsmo e pluralisme) tricofltico. Clinica dermosifilopatica délia R. universita di Roma, juil.-oct., 1897, p. 77 et 107. Pour cet auteur qui parait avoir surtout examiné la question par le côté mycologique, cultures en goutte pendante, etc.. il n'existe qu'un Trichophyton mais très pléomorphe.

De même Kral, de même Krôsixg, font jouer au pléomorphisme un rôle hors de toute proportion avec son rôle réel. Cf. : Ueher den Pleomorphismus pathogener Hyphomyceten. Archiv. f. Dermat. und Syph. W XXVII, p. 597.

(-) Ainsi Unna : (Transactions of the third Congress of Dermatology of London). Ainsi Mibelli : Sur la pluralité des Trichophytons (foc cit.). Ainsi Ducrey et Reale (Comptes Rendus de la soc. ital. de Dermat., oct. 1895), disaient: « Il est nécessaire surtout d'isoler les divers commensaux, et de faire beaucoup d'inoculations de leur culture à l'homme et à l'animal.... » Ailleurs : « on doit admettre le commensalisme dans les cultures (de dermatophytes) clans les limites qui résulteront d'une étude expérimentale plus rigoureuse et plus vaste ».

(3) Il étudia ces faits avec MM. Delacroix et Prillieux, deux mycologues; la lecture de son mémoire montre très bien comment il comprit, à la lumière de nombreux faits.de comparaison, la nature vraie des faits de pléomorphisme que nous observions ensemble depuis trois années.

identité pour les diverses espèces trichophytiques que je connaissais, et je les exposai au Congrès de Londres en 1896 sous leur vrai jour. Je fus assez heureux pour voir Unna, Ducrey et Réalèse ranger immédiatement à notre opinion (4). Par la suite le commensalisme trichophytique fut étudié de nouveau par Reale, par M. Truffi (2). Mais la question du pléomorphisme ne cessa vraiment d'obscurcir la question que lorsqu'en 1907 fut observé ce fait que les cultures sur milieux exclusivement peptonisés n'en présentaient jamais d'exemple (3).

Depuis lors on peut considérer cette question comme éliminée du sujet, au moins comme cause d'erreur, et sans nier que les transformotions pléomorphiques des Dermatophytes gardent pour le mycologue un incontestable intérêt.

X. Un fait reconnu, mais trop strictement affirmé dans Les Trichophytiés humaines, c'est que les grandes Trichophyties inflammatoires correspondaient à des Trichophytons animaux à grande culture blanche. Les recherches ultérieures et surtout celles de E. Bodin étendirent ces premières conclusions. Le Trichophyton, trouvé dans les premiers Itérions étudiés, n'était pas le seul qui pût causer le kérion (4).

Néanmoins lui et ceux de son groupe restent ceux qui le causent le plus fréquemment, en nos contrées, et c'est ce que les travaux d'autrui confirmèrent pour la plupart (3), celui de Karl Ullmann (G) en particulier, qui est une intéressante étude évolutive du kérion.

(') Voici mon texte au Congrès de Londres : « Le pléomorphisme des Trichophytons existe et se traduit dans les cultures vieillies d'un Trichophyton quelconque par l'apparition, à la surface de l'ancienne culture, d'une ou de plusieurs formes culturales nouvelles » (loc. cit., p. 503)... « Ces formes pléomorphiques ne sont plus des Trichophytons. Il faut éviter le pléomorphisme. » Il est à remarquer que toutes ou presque toutes ces cultures trichophytiques apportées au Congrès de Londres, ainsi que j'en faisais la remarque dans mon étude critique (Ann. de Dermat., 1896, p. 1555), étaient entachées de pléomorphisme.

(â) M. Truffi. Suite ligne, 1902, rapporte à tort la découverte du pléomorphisme trichophytique à Ducrey, Reale, Pelagatti, etc.. Il est tout à fait incontestable que l'identification des faits de « commensalisme » à des faits de pléomorphisme est de Bodin. Ducrey et Reale n'ont jamais fait cette identification avant le Congrès de Londres.

(5) Sabouracd. Sur le pléomorphisme des cultures de Dermatophytes et le moyen de l'empêcher. (Arch. de parasit., 1908, t. XII, p. 55.

(*) E. Bodin, Les tondantes du cheval et leurs inoculations humaines. Thèse de Pjris, 1895.

(s) P. G. Unna. Sur la trichophytie érylhémato-squameuse consécutive à. l'inoculation expérimentale : Die hislopathol. der Hautkrankeiten, 1894. Cf : aussi H. Tennesox. Présentation à la Soc. de Dermat. du 19 avril 1895, d'un immense Kérion du cou chez un journalier conduisant des chevaux. A ce propos l'auteur préconise pour le traitement des Kérions immenses, le raclage à la curette tranchante, exérèse conseillée par Celse autrefois.

Cf. aussi : Collavitti. Clinica dermosifil. di Roma, mai 1896.

Walsch. Sur la variété des formes cliniques dues au Trichoph. Arch. f. Dermat. und Sijph., 1896. Bd XXXV.

(6) Karl Ullmann. Zur Aetiol. und histol. der Trichophytons (Sycosis parasit. Bazin). Wiener klinich. Woch., 1890, nos 18, 19, 20. Dans huit cas de sycosis para-

Bodin avait trouve des Trichophytons à culture faviforme dans certains kérions, Mazza trouvait le Trichophyton violaceum dans le granulome de Majocchi. D'autres comme Fini et Pernetf1) trouvaient dans une trichophytie suppurée un trichophyton à culture cratérii'orme rapide d'espèce non identifiée. Toutefois, je le répète, l'espèce trichophytique, le plus souvent cause du kérion, restait le Trichophyton pyogène à culture blanche du cheval (plus tard Tr. gypseurn). Et c'est lui qu'on y trouve encore le plus souvent ('-).

En ce qui concerne l'origine animale des kérions, dès 1882 Longuet disait déjà que plus une trichophytie humaine était inllammatoire, plus elle accusait une origine animale récente (3).

Ce qu'il faut retenir de cette opinion c'est que, déjà, à cette époque, il était de croyance commune que les trichophyties animales sur l'homme créaient des trichophyties suppurées. (Tétait l'opinion de Duhring(4), c'était aussi celle de Besnier avant mes recherches (s).

sitaire l'auteur isola le même Trichophyton que moi; dans deux cas la lésion était infectée de staphylocoques.

Ullmann admet trois phases du Kérion. Dans la première, parmi les pustules et les croûtes, le champignon abonde, on note l'invasion, folliculaire. A ce moment la lésion date d'une semaine. Dans la seconde, les placards sont en pleine .suppuration; ils datent de trois semaines. On y trouve des spores et des débris mycéliens dans les follicules. Après six semaines, on remarque un état papillomateux du derme, mais il n'y a presque plus de spores dans les follicules, c'est la période des abcès trichophy tiques [intra-dermiques. Car l'auteur le dit très bien, les formes cliniques et microscopiques dépendent surtout de l'âge des lésions. Ullmann comme Forlamini, Leloir, etc. a noté l'existence des cellules géantes autour des abcès folliculaires.

(4) G. Pernet. Trichophytie en folliculite agminée. Dermatol. society of Lonclon, 15 février 1901.

(2) C'est encore lui que j'avais extrait en avril 1903, d'un Kérion gigantesque avec trajets lîstuleux, sans réaction générale, présenté par Daxlos à la Soc. de Dermat. du 20 avril 1905.

(3) Ce fait vrai, en soi, faisait partie d'un système erroné de l'auteur. Longuet croyait à l'origine animale primitive de toutes les teignes qui diminueraient peu à peu de virulence en s'acclimatant à l'homme.

Dès 1894, et sans connaître la mémoire de Longuet, je m'élevais contre cette interprétation des faits. « Il ne faut pas croire, que les Trichophytons humains, par leur passage sur l'animal, deviennent plus virulents et peuvent alors être pyogènes. Aucun fait ne nous autorise à le penser ». Trichophyties humaines, p. 53. Pourtant certains faits précis tendraient à appuyer l'opinion ancienne de Longuet. C'est ce que montre Ach. Minne dans un excellent travail déjà cité : Le Trichophyton de la vache peut passer sur l'homme, 1898, Gand.

C'est l'histoire d'une trichophytie du cuir chevelu, de la barbe et de l'avantbras, chez un homme de 55 ans. Lésions constituées par un plateau arrondi, «aillant, avec petits abcès folliculaires disséminés sur sa surface. Trichophyton -endo-ectothrix chez la vache, ectothrix pur chez l'homme. Épidémie familiale «'atténuant à mesure que les cas augmentent de nombre et passent sur des sujets plus jeunes.

(4) Duhring. Cité par Neumann. Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques, II0 édit., p. 287.

(5) " Cette variété (de trichophytie très inllammatoire des régions découvertes) s'observe surtout chez les bouchers, les jeunes vachers qui soignent les veaux

Celles-ci montrèrent seulement que les triehophyties animales étaient causées par des Trichophytons différents des Trichophytons humains, et que beaucoup de Trichophytons animaux donnaient à l'homme des triehophyties suppuratives.

Interprétant mal mes résultats, Unna me remerciait d'avoir montré « que presque toutes les espèces de Trichophytons de l'homme sont identiques à celle des animaux » ; ce qui est une erreur, car à Paris, par exemple, deux espèces, que les animaux ne montrent pas, font les 4/5 de nos cas de trichophytie urbaine. Tout au plus, l'opinion de Unna vaudrait-elle en dehors des villes, car, ainsi que l'a dit justement Bodin :

« Plus on examine des malades ruraux, plus le nombre des triehophyties animales s'accroît. Il est probable qu'en dehors des centres comme Paris et Londres on sera bien loin de retrouver, entre les triehophyties humaines et les triehophyties animales, la proportion que les expériences faites à Paris ont établie. Il serait môme possible qu'en certaines localités éloignées des grandes villes, on ne retrouvât plus que des triehophyties animales sur l'homme.... »

A la vérité, comme le montrait Bunch (2), beaucoup de cas sont décrits comme dus à une contagion animale alors que la source de la contagion est rarement démontrée par la culture. Néanmoins presque toutes les recherches ultérieures, celles de Fox, Adamson, Bodin, Bunch, Suis, Zollikôfer et bien d'autres ont confirmé, au moins d'une façon générale, l'opinion que Krzystallowicz résumait l'an passé en ces termes dans une lettre de Cracovie où il venait d'étudier le sujet :

« Je pense, [comme tout le monde à présent, que les espèces trichophytiques animales sont seules pyogènes sur l'homme. »

XI. Un des faits mis en évidence par les Triehophyties humaines et qui fut le plus contesté, c'est la correspondance de la forme de la lésion à l'espèce qui la cause. Presque tous les auteurs s'inscrivirent en faux contre cette opinion. Et cela est surprenant, car nul ne songe à s'étonner que le favus soit caractérisé par le godet; presque tous les tinéologistes savent différencier maintenant la tondante microsporique de la tondante trichophytique dans son type normal, par leurs seuls caractères extérieurs, comment croire que ces trois Dermatophytes

et les génisses, les jeunes palefreniers qui sont en contact avec les poulains. » Besnier-Doyox. Notes de Kaposi, II, p. 802.

(') E. Bodin. Les tondantes du cheval..., p. 54.

(-) J. L. Bunch. On ringworm infection in man and animais. British, medic. journ. February 1901.

soient les seuls, entre tous, à montrer une lésion particulière? (') Cependant beaucoup de faits incomplètement observés ont été opposés à la loi naissante. Un des premiers était que la Microsporie, en Angleterre, se présente quelquefois comme un kérion.'Acela il y avait deux causes. D'abord tout un groupe dé Trichophytons à spore relativement petite (Trichophytons ' microïdes) causent précisément les kérions. Cela avait pu donner lieu à des confusions. En outre l'Angleterre présente fréquemment des Microsporums animaux capables de donner lieu à des lésions inflammatoires (-). Toutes ces causes d'erreur ne pouvaient évidemment pas être éliminées de prime abord.

En outre beaucoup d'auteurs, lisant plutôt les analyses de mes travaux que mes travaux eux-mêmes, ne savaient pas les réserves dont j'avais entouré l'exposé de la loi de spécificité des Trichophytons, et les exceptions que j'y avais signalées.

Pourtant, après une ère de dénégations absolues, est survenue une période où des auteurs comme Colcott Foxp), Truffi(4), Reale (5) ont formulé, sur le sujet, des opinions correspondant à très peu près à celles que j'avais exprimées, à savoir que certains Trichophytons créent des lésions assez personnelles et assez facilement reconnaissables pour qu'on puisse cliniquement prévoir avec probabilité l'espèce parasitaire qui les a causées. Mais sous cette réserve pourtant que cela n'est pas évident pour tous les Trichophytons, et que pour ceux-mêmes qui créent d'ordinaire une lésion spécifique, cette loi n'est pas absolue.

XII. J'avais décrit deux types morphologiques de Trichophytons : les Endothrix et les Ectothrix. Cette distinction a rencontré aussi des opposants, mais, surtout dans les quelques années qui suivirent les Trichophyties humaines ('"'). Elle est, universellement admise aujourd'hui

(!) Presque tous les auteurs anglais : M. Morris (loc. cit.). Pernet (One hundred and thirty cases of- ringworna. The Lancet, 1" n° d'ôct. 1898). Given (loc. cit.). Mibelli. Ducrey et Reale Pelagatti et tous les auteurs italiens n'admettent pas la correspondance de la forme clinique à l'espèce trichophytique. Rosenbach, 1894, loc. cit., croit, au contraire, que les diverses formes cliniques sont dues à des espèces différentes. Mais il semble que ce soit pour lui une opinion préconçue, non vérifiée.

(2) Adamson (1895, loc. rit), avait trouvé sur 175 cas, dix cas de Kérions causés par la petite spore. Fox et Rlaxall, de même, dans un cas. Pour Given (Clinical and microscopical varieties of ringworm. Brit. journ. of Dermat., sept. 1899, p. 548) tous les cas de trichophytie suppurative étaient dus au Microsporum. Cette erreur d'interprétation, qui consiste à prendre pour un Microsporum un Trich. microïde est d'autant plus croyable qu'en 1895, Adamson avait rencontré le Microsporum Audouïni dans le sycosis, dans des folliculites, dans des trichophyties circinées, toutes lésions où, en fait, on ne le rencontre jamais. Je crois «pie beaucoup d'auteurs anglais modifieraient aujourd'hui ces anciennes conclusions, la culture de ces cas devant leur donner un T. gypseum.

(5) C-olc.ott Fox dans tous ses derniers travaux. (4) M. Tri ni. Xitl/e ligne., 1902.

.(3) A. Rkale Sul Pluralismo et Pléomorfîsmo tricofitico.

(6) La discussion sur ce point s'était mal engagée : « Sur la foi du sens étymo-

Je décrivais les Endothrix comme d'origine humaine et les Ectothrix comme d'origine animale. Et on a aussi beaucoup discuté sur ce second point. Bien qu'il puisse donner lieu encore à des doutes, il est curieux de remarquer qu'il n'ait reçu encore d'aucun auteur une bien nette infîrmation ('). Il n'est encore point prouvé que les T. endothrix aient toujours une origine humaine et qu'on ne puisse pas les rencontrer chez les animaux(2), mais, ce qu'on peut dire, c'est que personne n'a encore trouvé, sur un animal, un Triehophyton qui soit endothrix sur l'homme, et inversement tous les Trichophytons décrits sur l'homme et dont l'origine animale est démontrée (3) (il y en a déjà douze espèces au moins) sont des Trichophytons ectothrix, ou comme certains disent aujourd'hui, des Endo-ectothrix (*). Après quinze ans le l'ait vaut la peine d'être souligné. ,

Pourtant cette affirmation des Trichophyties humâmes s'accompagnait d'une assez grosse erreur. Il y était affirmé que les Trichophytons animaux, -c'est-à-dire ectothrix, pouvaient seuls envahir le poil

logique des mots : ectothrix, endothrix, on a voulu me faire dire que tous les Ectothrix habitaient exclusivement hors du poil, comme d'autres Trichophytons (endothrix) habitent exclusivement dans le poil. Cela, je ne l'ai jamais voulu dire et je ne l'ai jamais dit. »

Les Trichophytons endothrix habitent bien le poil tout seul, mais les ectothrix envahissent à la fois le poil et son follicule.... « Le premier mémoire où il a été parlé des ectothrix, (Annales de Derinat., juillet 1893) était accompagné de deux planches représentant des Trichophytons ectothrix. Les cheveux sont entourés de spores mycéliennes, mais ils en sont remplis également, et le texte non plus ne laisse aucun doute sur ce point. Quand donc Colcott Fox écrit que « contrairement à moi » il a toujours vu les Trichophytons ectothrix envahir le poil en même temps qu'ils l'entouraient, il m'attribue une erreur que je n'ai pas faite et il vérifie intégralement, et mon texte, et mes figures. M. Malcolm Morris a fait la même confusion. Sabouraud. La question des teignes (revue critique) Annales de Derinat. et de Syph., 1896, p. 1535). La même confusion vient d'être faite par Dalla Pavera dans son récent travail : Sur les Trichophytons de la Province de Parme. Ann. de dermat., 1909, p. 455.

(4) Cependant B. Galli-Valerio. (Observations sur un Triehophyton du veau et l'Achorion de l'homme, de la poule et de la souris. Arch. f. Thierheilk, 1898, p. 105) aurait retrouvé, dans une teigne du veau, mon Trich. endothrix cratériforme. Je considère cette observation comme très douteuse, en ce qui concerne l'identification du Triehophyton.

(2) Dès 1894, j'écrivais : « Il ne m'est pas permis de conclure que les Trichophytons endothrix sont tous des espèces trichophytiques exclusivement humaines, parce qu'on ne les a pas retrouvées chez l'animal. Il faut se rappeler que les Trichophytons endothrix sont inoculables aux animaux, bien que l'inoculation soit souvent négative et la lésion toujours fugace ». Les Trichophyties humaines, p. 85.

(3) Krzystallowicz (lettre) croit que les Tr. endothrix de l'enfant sont des parasites humains qui ne se retrouvent pas chez les animaux. Il a rencontré plusieurs trichophyties suppurées chez des paysans. (Trich. niveum) et une trichophytie du veau qu'il a observée 2 fois épidémiquement. Le Trichoph. du veau était endo-ectothrix; K. a observé un Triehophyton ectothrix pur chez la vache.

(4) Pour Bunch (loc. cit., 1901) le Triehophyton qu'il a observé sur le veau était endo-ectothrix, de même chez l'homme dans une trichophytie de la barbe.

de la barbe chez l'homme. Mibelli, Fox, Adamson et d'autres ont montré, et je montrerai plus loin, que la trichophytie de la barbe peut être causée par des endothrix.

XIII. L'étude des trichophyties, commencée sur le Cheval, le Chien, le Chat, fut continuée par de très nombreux auteurs, entre autres par Bodin, par Bunch, par Mewborn, par Matruchot et Dassonville et tout récemment par Suis et Suffran. Nous retrouverons chemin taisant, tous ces travaux qui nous ont appris une quantité de faits nouveaux.

Du reste, les Tri chophy tons animaux ne sont pas spécialisés à une espèce animale, comme très justement Bodin L'a fait remarquer Ç1)'. Et c'est pour quoi dorénavant il ne faut jamais nommer une espèce parasitaire par le nom de l'Animal sur lequel on l'a rencontrée.

XIV. Très récemment certains auteurs ont poursuivi, à propos des Dermatophytes, des recherches ayant pour objet l'étude biologique de leur assimilation et de leur désassimilation. Parmi eux nous citerons Leslie Boberts (*), Truffî, Bodin, Lenormand et Gauthier qui ont surtout fait porter leurs études sur les sécrétions diastasiques des Trichophytons. Cette étude est encore à la période embryonnaire, mais nous dirons les résultats d'attente qu'elle a fournis. D'autres chercheurs, s'inspirant des études poursuivies à propos de toutes les bactéries pathogènes, ont essayé d'extraire des cultures trichophytiques un produit global, lequel, inoculé au malade, donne lieu à une cutiréaction spécifique. Ces recherches poursuivies par Neisser et ses élèves, par Plato en particulier, ont donné lieu à quelques résultats intéressants. Encore mieux les très belles recherches de Bruno Bloch sur l'immunité tri chophy tique. Mais ce sont là des faits d'hier, étudiés plus loin dans le corps même de ce volume.

J'arrêterai ici cette histoire qui nous a conduit d'âge en âge à l'époque présente. Cette histoire, comme toute énnmération de faits, de noms et de dates, présente quelque chose de sec et de fastidieux, mais, comme toute histoire, elle offre aussi des éléments de réflexion, sains et réconfortants. Car elle montre la longue suite d'efforts individuels, menus et patients, qui parvient à faire accomplir à la collectivité un progrès réel. Ce progrès a eu sa consécration dans la découverte et la mise au point du traitement rapide des teignes par les rayons X, dont l'exposé terminera le présent ouvrage.

(1) ■< Il est donc possible que des observations ultérieures retrouvent sur le veau, le mouton, ou le chien, certaines des espèces parasitaires que j'ai eu l'occasion de rencontrer chez le cheval. » Bodin. Les tondantes du cheval, p. 58.

(2) Leslie Roberts. Transactions of the thlrd international Congress of Dermatology. London, 1896.

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