ENCO
de variole en voie de régression. Après Mégnin, Viseux, Delamotte, Evrard, Neumann (1) ont successivement reconnu et décrit cette teigne du cheval.
L’évolution de cette trichophytie équine est en général rapide, en quatre ou cinq semaines la guérison survient et n'est pas suivie, contrairement à ce que nous verrons chez l’homme, de cicatrice alopécique.
Enfin la maladie se localise ordinairement à l'individu qu'elle atteint, il est rare d'observer des cas de contagion parmi les animaux voisins. Cette particularité, jointe au siège habituel des lésions sur l'extrémité céphalique du cheval, me paraît appuyer l'opinion dont j'ai parlé précédemment (v. p. 20) sur l’étiologie des teignes animales et d’après laquelle les trichophytons auraient une existence saprophytique. Ils existeraient dans la nature sur des matières inertes ou sur des végétaux et pourraient ainsi être inoculés à l'animal au moment où par exemple il saisit ses aliments.
Quant au traitement de cette trichophytie chez le cheval, il consiste, outre les mesures prophylactiques et l'isolement de l’animal malade, en applications antiseptiques : pommade mercurielle, huile de cade, pommade phéniquée, lotions au sublimé, etc., ete.
20 La maladie chez l'homme.
Comme chez le cheval, le trichophyton à cultures blanches détermine sur le tégument de l’homme la suppuration profonde des follicules pileux.
Chez l’homme la lésion élémentaire est donc une folliculite suppurée à tendances expulsives. Le début a lieu par un petit élément acuminé, d'aspect furonculeux et qui s'accroît avec une grande rapidité. En quelques jours un placard de folliculites et de périfolliculites s’est formé et peut mesurer 6-8 centim. de diamètre. Ce placard, rouge, arrondi, surélevé au-dessus des téguments et nettement délimité sur ses bords, ressemble tout à fait à un macaron; sa base est toujours notablement indurée.
(1) L.-G, NEUMANN. Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques, 1892, p. 267.
La surface forme une sorte de gâteau fongueux, irrégulier d'aspect et sur lequel on voit, suivant l’âge des lésions, de petites pustules blanchâtres, plus ou moins acuminées ou de petites dépressions irrégulières, à fond bourbillonneux et grisâätre, résultant de l’ouverture des pustules et parfois surmontées d'une croûte gris jaunâtre, plus ou moins épaisse.
L'affection s’est-elle développée dans une région pilaire, les poils ou les cheveux n’adhèrent plus, sur la plaque malade, au follicule pileux dont la suppuration les a détachés, ils viennent à la moindre traction dans toute leur longueur et avec leur apparence normale. Ils ne revêtent jamais cet aspect si particulier que l’on observe sur les placards des tondantes, ils ne sont pas cassés à une faible distance de l’épiderme.
Les poils follets toutefois peuvent, à la périphérie de la lésion, être envahis par le parasite et devenir cassants; ils apparaissent alors comme de légères saillies surmontées d’un point grisätre correspondant à l’extrémité cassée du follet.
J'ajouterai que les ganglions, recevantles lymphatiques de larégion malade, sont constamment le siège d’un engorgement plus ou moins prononcé.
En quelque point que le trichophyton pyogène à cultures blanches s’inocule, il donne toujours lieu à ces lésions folliculaires profondes et suppurées, aussi l’aspect général reste-t-il le même sur la peau glabre, au cuir chevelu ou dans la barbe de l'adulte.
Je rappellerai que ces trois localisations différentes d'un même parasite : folliculite agminée, sycosis de la barbe et Kerion Celsi du cuir chevelu, étudiées et décrites séparément depuis fort longtemps, ont été réunies par Sabouraud et rattachées par lui au même agent causal (1).
L'évolution de la folliculite agminée trichophytique est toujours rapide, aboutissant à une cicatrice définitive et alopécique, contrairement à ce qui se passe chez le cheval. Le Kerion de Celse est donc la seule forme de trichophytie qui soit suivie d’alopécie irrémédiable.
Le diagnostic de ces lésions folliculaires trichophytiques est aisé ; les caractères de profondeur et d'induration des placards
(1) SABOURAUD. Loc. cit.
malades, la suppuration, l'intégrité des poils qui ne sont pas cassés suffisent pour les différencier au premier coup d'œil d'avec les autres formes de trichophyties. La confusion aurait plutôt lieu, au début du moins, avec le furoncele ou l’anthrax, mais alors l’évolution est moins rapide et s'accompagne de phénomènes douloureux que l'on ne retrouve pas dans le kerion.
En trois ou quatre semaines, si l'affection siège sur les parties glabres, en cinq à six semaines, si elle atteint le cuir chevelu ou la barbe, un traitement approprié amène la guérison, On voit d'abord les pustules disparaître et la surface malade se recouvrir d’un épiderme rouge, lisse et très mince, puis l’induration et la saïllie de la lésion diminuent progressivement jusqu’à disparition complète, en même temps que l’épiderme subit une desquamation légère. Cette trichophytie est donc moins grave que son aspect pourrait le faire penser tout d’abord, toutefois l'alopécie définitive qui en est souvent la conséquence commande toujours dans ce cas un pronostic réservé.
L'étiologie de cette lésion humaine ne m'arrêtera pas ; dans les antécédents des malades, l’origine équine directe ou indirecte de la maladie se retrouve constamment. Je ferai toutefois remarquer que, contrairement à ce que j'ai signalé pour le cheval chez lequel le trichophyton à cultures blanches est relativement rare et peu contagieux, ce parasite se montre chez l’homme plus souvent que les autres espèces trichophytiques équines. L'homme a donc pour le trichophyton à cultures blanches une réceptivité toute particulière.
Quant au traitement de la folliculite agminée trichophytique, quel que soit son siège, il est simple. Les applications antiseptiques sous forme de badigeonnages de teinture d’iode ou d'applications permanentes de vaseline iodée suffisent dans tous les cas pour amener la rétrocession rapide des lésions, ainsi que le prouvent mes observations,
Quelquefois cependant sur les placards, guéris dans leur presque totalité, on voit persister, malgré le traitement, un petit point de suppuration folliculaire. En semblable circonstance, nous recommandons une pointe de feu au galvano-cautère ou avec la pointe fine du thermo-cautère sur le point rebelle.
Nous ne conseillons pas le traitement préconisé par M. Tenneson, et qui consiste en un curettage des lésions suivi d'applications
iodées, car une semblable méthode peut augmenter l'étendue de la cicatrice définitive.
Lorsque les pustules ont disparu et qu’il ne reste plus qu’un gâteau rouge et induré, les applications de rondelles d'emplâtre de Vigo ou d’emplâtre rouge de Vidal sont enfin d’une utilité incontestable pour hâter la guérison.
Voici quatre observations de folliculites agminées dues au trichophyton pyogène, à cultures blanches, du cheval dont j'ai pu suivre l'évolution et pratiquer l'examen mycologique complet.