‹ Les temoins du renouveau catholique [microform]Chapitre 10 sur 17 · MAISON DU PAIN · texte numérisé non relu

MAISON DU PAIN

I<es fenetres et les terrasses des maisons avoisiuantes regorgent de curieux. I^es femmes, voilees ou coiffees du hennin medieval, ressemblent a des Saintes-Vierges ou a des chatelaines du xv e siecle. Biles se penchent sous les arcatures en ogive des croisees, pour regarder passer les Soeurs de Saint-Joseph et leurs pupilles, des fillettes noiraudes, en tablier de cotonnade a carreaux, un mouchoir sur la tete, un ruban bleu au cou. Des cuivres mugissent : c'est la fanfare des Salesiens qui defile, suivie de 1'orphelinat. Puis, des pensionnats, et encore des pensionnats tout un peuple d'ecoliers, endimanches comme pour une distribution de prix... Brusquement, le cortege se rompt^ Un peloton de cavalerie debouche sur la place : il encadre trois voitures decouvertes ou se prelasse le harem du wali de Jerusalem. Ces dames ne dedaignent point de voir la fte des Giaours. Renversees sur les coussins, en tchartchaffs et voilettes epaisses, elles etalent au bord des portieres leurs mains gantees de blanc.

Et aussit6t apres cette exhibition profane, le defile pieux recommence : des moines de tous ordres, des bonnes soeurs, des pretres seculiers evoluent entre une double ligne de soldats turcs qui font la haie. Un officier de police,, la cravache a la main, disperse les musulmans irreverencieux qui veulent forcer le cordon des f antassins. Cela traine, cela dure des heures, avec des interruptions et des reprises...

Sonneries de cloches ! salves de mousqueterie ! Une procession sort du convent des Franciscains. Elle va recevoir le patriarche, dont le coupe est signale... II arrive, precede d'un pretre a cheval sur une mule et portant une

croix. Le prelat, en barrette et camail fourre d'hermine, met pied a terre au milieu du parvis, sur un tapis .somptueux dispose par les moines. On le revet de ses ornements pontificaux, les soldats turcs presentent les armes, les cloches sonnent a toute volee, le Patriarche s'avance dans le rutilement d'or de sa chape et ceci est reellement tres beau, si beau meme, que 1'instant d'apres, Tanivee du consul de France et de sa suite, dans de modestes landaus de louage, est, pour ainsi dire, inapergue.

II est quatre heures : la place est vide. La foule reflue vers la basilique et la Casa nuova des Frauciscains, sur laquelle, ainsi qu'aux grands jours, flotte 1'etendard veneirable de Godefroy de Bouillon.

. Ce deploiement de pompes protocolaires me rend perplexe pour la ceremonie de cette nuit et les emotions que j'en espere.

Elle f ut d'une banalite desolante. Commencee a dix heures et demie du soir, elle ne s'acheva qu'apres deux heures du matin. Trois messes en musique, et quelle musique ! Des flonflons et des fioritures a 1'italienne, dans une eglise rococo toute clinquante de dorures ! Du velours rouge et des crepines d'or partout ! Un trone pour le patriarche, deux Prie-Dieu jumeaux pour le consul et la consulesse, des fauteuils et des chaises cannees pour les autres personnages consulaires. C'est le decor d'un mariage de premiere classe.

I/eglise est pleine : des hommes et des femmes assiegent

Page 1