‹ Les temoins du renouveau catholique [microform]Chapitre 11 sur 17 · I,A MAISON DU PAIN · texte numérisé non relu

I,A MAISON DU PAIN

les confessionnaux qui ne desemplissent pas. Derriere 1'escouade diplomatique, les petites filles des orphelinats sont accroupies par terre, sur des nattes ; et derriere cellesci, en rangs compacts, les Bethleemitaines empaquetees dans leurs voiles, avec les bees aigus de leurs hennins qui bougent sans cesse, ont 1'air de gros oiseaux blancs dans un champ de neige. Une acre odeur de potasse se degage de leurs hardes fraichement lavees. Cette odeur est si vehemente qu'elle sature Tatmosphere de 1'eglise, deja surchauffee et rendue irrespirable par les emanations de toute cette- foule entassee. Je recule vers la sortie. Dans Tangle du benitier, un ivrogne s'est oublie. Cela devient tout a fait intolerable. Je sens que je n'aurai pas le courage de rester la, jusqu'apres la troisieme messe : la premiere n'est pas meme terminee. Je renonce a me joindre a la procession qui, tout a 1'heure, va se diriger vers la grotte de 1'Enfant Jesus, patriarche et consul en tete, pour y chanter 1'evangile de la Natnite.

Par un corridor obscur, je penetre dans la vieille basilique de Sainte-Helene qui appartient aujourd'hui aux Grecs orthodoxes et qui abrite, entre ses murs, la Grotte tres sainte.

J'y marchais avec un grand battement de coeur, partage entre la crainte de voir un lieu pareil inconsciemment profane par une mise en scene trop thatrale. et une joie dont toute ma chair tremblait, la joie de toucher enfin,

IK RENTOUVEA.il CAtHOMQUE IO

avec la foi reconquise, le plus beau reve de mon ame d'enfant. J'avais tant retarde cette visite, non pas settlement par value susceptibilite d'artiste, mais par defiance de moi-meme ! Oui ! si la grace des larmes m'etait refusee ! si j'allais rester insensible a la grandeur terrassante d'ua tel souvenir !...

Deja, le premier abord me chagrine : la Grotte, ou Ton. accedait autrefois de plain-pied, est devenue une espece de cave entierement recouverte par le pave de la basilique. Deux escaliers, creuses a droite et a gauche y descendent. Je m'y engage avec quelques pelerins : tout de suite, une haleine de four chargee d'effluves humaines, alourdie de fumee et d'encens, me frappe au visage. I/etroite chambre souterraine est plus envahie encore que 1'eglise des Franciscains. I^es poitrines s'y ecrasent, les agenouillements s'enchevetrent. Des messes se succedent de quart d'heure en quart d'heure, dans une atmosphere asphyxiante, oii brulent plus de cinquante lampes perpetuelles, ou le brasillement des cierges ajoute son ardeur a celle des respirations oppressees. La porte est tellement obstruee que je suis oblige de m'arreter au milieu de 1'escalier. Defaillant, je m'assieds sur une marche d'ou je domine presque tout Tinterieur du souterrain.

Ja n'aper^ois pas le pretre qui officie a 1'autel de la Creche, dans un renfoncement contigu a 1'escalier, mais je distingue tous les assistants... Quelle beaute ! Ah ! cette fois, c'est bien la grande emotion que j'avais si ardemment souhaitee. La vision ramassee dans cet espace exigu deborde des murs de la Grotte, se recule dans le lointain des ages... Au fond, centre les parois scintillantes, des femmes

Page 1