‹ Les temoins du renouveau catholique [microform]Chapitre 12 sur 17 · I*A. MAISON DU PAIN · texte numérisé non relu

I*A. MAISON DU PAIN

voilees et drapees de blanc les Saintes-Vierges que j'avais deja vues, ce soir, penchees sous les ogives des maisons de Bethleem ; des homines en tuniques serrees aux reins, par des ceintures de cuir, rudes profils d'apdtres aux barbes hirsutes et aux mains calleuses ; puis, plus pres, des hennins de Bethleemitaines, des guimpes candides de religieuses, les cornettes des Sosurs de Saint-Vincent de Paul ; plus pres encore, confondues avec ces humbles et ces pauvres, les dames et les jeunes filles des consulats, dont les vetements modernes ne determent pas ail milieu de tous ces costumes archai'ques. I<es mains sont jointes. I^a chair des visages est transpercee par la flamme fervente des cierges. Une identique expression de recueillement et d'adoration spiritualise les traits calmes des figures, le mouvement des bouches en priere. Ie peintre le plus pieux des Flandres mystiques n'a rien fixe sur sa toile de plus tendre, de plus chastement beau, de plus profondement chretien. C'est vraiment la chapelle de reve, le Paradis immacule que Ton contemple une fois dans sa vie et que, jusqu'a la minute supreme, on ne reverra jamais plus !

Une agitation presque imperceptible ondule parmi toutes ces tetes courbees : le pretre va distribuer la communion, lye cercle des fideles se resserre. Je voudrais me joindre a eux. Mais la foule est si compacte qu'il est impossible d'approcher de l'autel. Par Tautre escalier, de nouveaux pelerins affluent, prennent la place de ceux qtu s'en vont. Une nouvelle messe commence. Je desespere de pouvoir 1'entendre. Alors, aiguillonne par une sorte de faim eucharistique, je me glisse dans la foule, et, me

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coulant peniblement le long des parois rocheuses de la grotte, j'atteins un couloir de catacombes, oti gresillent de petites lampes fumeuses : je debouche dans la chapelle des Innocents. Elle aussi elle est pleine d'affames qui attendent. Par une autre galerie souterraine, je gagne enfin la chapelle Saint-Jerome, pleine encore, ainsi que toutes les autres ; mais, comme elle est petite, que les assistants y sont moins nombreux, j'y attendrai sans doute moins longtemps.

Un jeune franciscain, phtisique, aux joues exsangues, aux yeux fievreux et brules d'extase d'un saint Francois d'Assise, y celebre le saint sacrifice. II prononga les paroles sacramentelles : Domine, non sum dignus... Ecce Agnus Dei \ Les pelerins se pressent, s'agenouillent sur les marches de 1'autel. II y a la, parmi les Orientaux, des hommes d'Occident : des Hollandais, des Allemands, des Americains. Un indicible sentiment de fraternite m'etreint en cette minute. II me semble que mon coeur s'elargit, se fond dans le coeur immense du Christ. Uue place est libre : je m'y precipite. Je m'agenouille, moi aussi, avec mes freres et, avec eux, je tends mes levres vers 1'Hostie...

Louis BERTRAND.

LEONT1NE ZANTA

Une evolution philosophique et religieuse

Mademoiselle Leontine Zanta, notre premiere doctoresse en philosophie, a soutenu en Sorbonne, a la veille de la guerre, une these ires brittante et fort importante a nos yeux sur la Renaissance du Stoicisme au xvi e siecle 1 . Ce travail avail pour but de preciser, sur un terrain particulierement favorable, les rapports de la philosophie antique et de la philosophie chretienne. .

Un tel sujet ne pouvait manquer d'avoir attire souvent V attention des historiens ; mais nul ne V avail envisage dans son etendue et dans sa precision, et il est assez piquant que des recherches de cette envergure aient ete abordees et menees <i bonne fin par une femme.

Mademoiselle Zanta, pleinement des notres aujourd'hui, nous apprend dans les pages qui suivent, autre chose encore

I. I/ ensemble du travail de Mademoiselle Zanta a ete public en deux volumes : La Renaissance du Stoicisme au xvi 8 sidcle. i vol. in-8. Paris, Champion, 1914. Le traduction franfaist dit manuel d'Epiciete d'Andrt de Rivandeau au x\a e siecle ; avec une introduction, i vol. in-S. Champion, 1914.

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que de la philosophic : die nous fait toucher du doigt Us dangers de la haute culture feminine et plaide ses contrepoids indispensaUes.

J'ai toujours pense que notre destinee d'ame etait lisiblement ecrite dans notre vie d'enfant, et que, si nous en perdions le sens, ballottes par les hasards que la vie offie a notre experience, il serait efficace, pour le retrouver, que nous fassions machine arriere, table rase, non a la maniere d'un Descartes qui veut a nouveau et de ses propres forces decouvrir toute la verite ; mais a la maniere d'un crpyant, qui recherche en lui 1'ceuvre de Dieu, la divine ebauche, dont il a meconnu I'impeccable dessein, deforme les lignes pures. Ce repliement sur soi, qui ne peut se faire que dans le recueillement et la priere, devient alors chose morale et bonne. Nous reprenons contact avec notre vraie nature ; sortant des mains de Dieu, nous reconnaissons dans notre destinee la volonte du Createur ; avec angoisse nous nous posons le troublant problme : As-tu bien realise 1'etre ideal que Dieu avait depose en toi ? As-tu compris 1'ame qu'il t'avait faite ? As-tu souvent profite des moyens que t'offrait la vie pour tailler ta statue, la sienne ? Nous reveillons alors le passe endormi, nous 1'interrogeons, nous en reprenons une a une les etapes ; non pour en suivre complaisamment les fluctuations ou les incertitudes, mais pour en penetrer le sens, jusqu'a ce que se degage nettement le dessein divin. C'est cela qu'on appelle une Confession, c'est cela

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que je vais essayer de faiie, esperant tirer de ce sincere examen de conscience et pour moi, et pour ceux qui me liront, la grande Ie9<m que nous sommes tous convies d'apprendre et qui s'intitule : le Sens de la vie .

Qu'etait done cette ame d'enfant que je portais en moi, lorsque, des Tage de 12 ans, j'abordais avec tine curiosite fievreuse toutes mes etudes ; lorsque, avide de connaitre et de comprendre, je feuilletais, indistinctement, et malgre la defense qui m'en etait faite, tous les livres qui se trouvaient sous ma main, faisant ainsi de mes premieres connaissances un chaos, ou mon esprit etait desoriente et ou ma sensibilite s'aiguisait sans jamais se satisfaire ?

Que de fois, seule le soir, dans la bibliotheque de mon pere, j'ai prolonge mes veilles, et pour n'en recueillir qu'un grand desenchantement ! Ni ma sensibilite, ni mon intelligence ne trouvaient a se satisfaire dans ce monde, que je me forgeais, sans le comprendre, au hasard de mes lectures, dans cette humanite qui m'apparaissait au travers dcs romans, bien miserable ! Je pleurais alors, mais sans renoncer a mes recherches. J'esperais toujours qu'avec le temps, mon ignorance se dissipant, je decouvrirais enfin ce monde ideal que je revais. Je me trompais. Ge qui me rendait ainsi passionnee et inquiete, c'etait un grand desir de vie complete et belle ; forme vague de ce grand appetit de bien, qui est en nous la marque divine. Incapable de comprendre, je ne pouvais le satisfaire, et .c'est ce qui me rendait violente, impatiente de toute autorite. e qu'il importait d'abord, c'etait de ne point briser cette force vive, de crainte de quelque facheuse reaction. Mon pere, qui etait un sage, le comprit, et, ma premiere communion

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faite, il me retira da convent oft je -me cabrais centre la discipline. II me garda chez lui et songea a pourvoir a mon instruction et a ma formation morale. II f aisait alors une classe de grammaire dans un lycee tout proche de la frontiere d' Alsace, sa vraie patrie. Ses collegues venaient de fonder des cours secondaires ; ils lui assurerent leur concours en toutes les branches qui n'etaient point les sieunes. Ainsi, par des maitres de premier ordre, par mon pere, ma formation classique fut assuree.

Mais etait-ce bien suffisant ? A peine sortie du couvent, je n'entendis plus un mot de notre religion. Certes, mon catechisme m'en avait revele les dogmes essentiels, mais c'etait une nourriture bien seche pour une ame que tant d'autres doctrines allaient seduire. I/ame religieuse, d'autre part, ne s'etait point eveillee en moi, je n'avais aucune piete. J'avais garde comme une sourde irritation centre les coutumes pieuses du couvent, coutumes imposees a heure fixe, et instinctivement, a tous les membres d'une collectivite. Mon pere, pourtant, ne m'en fit pas grace ; fidele a la tradition religieuse, si vivante dans nos families d' Alsace, il maintint, a heure fixe, lui aussi, la priere du matin et du soir, la messe du dimanche ou il me conduisait lui-meme, raccomplissement du devoir pascal, mais c'etait tout, jamais en matiere religieuse il n'exigea autre chose. En revanche, il me donna une forte education morale, par de nombreux exemples puises dans la vie quotidienne, mais surtout dans Thistoire des sages de 1'antiquite, il developpait en moi le sens moral, le respect du devoir, de la loi morale, que je croyais incarnee en lui !

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Entre 12 et 14 ans, je n'eus done comme moteur de ma vie psychologique et morale qu'un grand desir de vie, tine volonte forte d'exceller, qui prit toutes les formes, mais d'abord, et surtout, celle de Tambition. Je briguais a tous mes cours la premiere place et souffrais terriblement lorsqu'en depit de mes efforts et de mon travail acharne, des camarades, aussi travailleuses, aussi douees que moi, parvenaient a m'y supplanter. C'etait alors un vrai desesppir, je me resignais, mais avec amertume. I/ame altrniste ne s'eveillait point en moi ; la loi morale, je la concevais, dans sa forme plus que dans son contenu. Bile m'apparaissait categorique et venerable comme les ordres de mon pere ; severe et raide comme la discipline qui m'avait etc imposee au convent, inflexible comme les evenements que je ne pouvais changer. II semblait alors que je n'eusse aucune sensibilite. Elleetaitlapourtant et se manifestait de temps en temps sous forme religieuse, comme par reaction, lorsque je souffrais trop de quelque projet contrarie ou de quelque grande disillusion.

II m'arrivait souvent de me glisser, le soir, au coucher du soleil, dans la petite eglise de V..., village d' Alsace ou nous passions nos vacances (c'est de cette rustique eglise surtout que j'ai garde le vivant souvenir.) Bile etait adossee a la montagne, elle etait toute claire et blanche avec ses grands vitraux sans couleur, ses murs crepis a la chaux, ses dalles si nettes et si propres. Dans un recoin mysterieux il y avait une chapelle de la Vierge. De vieux vitraux y prenaient aux rayons du soleil couchant des teintes merveillettses, qui nimbaient d'or le front de Marie et celui de 1'Bnfant Jesus. Bile m'apparaissait alors si vivante

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que je me prenais a lui parler. Je lui disais mes pensees, mes esperances, mes projets d'avenir. J'en faisais de si beaux, de si grands, j'avais une telle confiance dans la vie : laVierge semblait m'encourager par son sourire. Puis.je repetais avec emotion, avec larmes, le Souvenez-vous que j'aimais beaucoup : je 1'avais appris toute petite et je le comprenais mieux que toute autre priere. II fallait que 1'angelus sonnat pour me tirer de ma contemplation.

lyorsque j'entendais le pas lourd du vieux sacristain chausse de ses gros sabots resonnant sur les dalles, je m'enfuyais a toutes jambes par la petite porte de cote, de peur d'etre surprise. Mais comme je me sentais changee et meilleure a mon retour ! II y avait en moi un peu de lumiere d'en-haut qui me faisait entrevoir, encore bien que confusement, que les grandes choses que je revais se realiseraient plus tard dans un domaine dont je serais le maitre : mon ame. C'est mon ame qu'il importait de travailler, de modifier, d'elever. Mais que pouvais-je y faire en ce jeune age ou je ne me connaissais pas moimeme !

II advint alors qu'un vieux professeur de philosophic me prit en affection. Grand ami de mon pere, il venait souvent a la sortie du lycee, passer quelques instants aupres de lui. Tandis que je faisais mes devoirs, j'assistais a leur conversation. Us parlaient de leur metier sans doute, mais surtout de la portee morale de leur enseignement ; ils discutaient aussi de questions sociales, politiques, religieuses. Tout cela m'interessait fort et je restais souvent, la plume immobile, les yeux fixes, a les ecouter. Mon attitude n'echappa point au philosophe, il se prit un soir a

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me questionner, et mes reponses parurent ltd plaire. II recommen9a plusieurs fois la meme experience, puis un beau jour, a ma grande joie et a la stupefaction de mon pere, il declara qu'il m'admettait au nombre de ses eleves de philosophic. II faisait un cours chaque semaine a des jeunes filles de trois ou quatre ans plus agees que moi, mais cela ne I'embarrassait guere. II repondait de ma sagesse, de mon attention, de mes progres. Comme il eut raison de compter sur moi, je devins aussitot son disciple le plus assidu, le plus attentif et, je ne le cache pas, son disciple prefere.

Les joies que j'eprouvai a ces premieres lemons furent des joies que je ne saurais plus exprimer : c'etaient des joies debordantes, des joies d'enfant quant a leur exaltation, mais si profondes et pourtant si vraies. Je decouvris petit a petit tout ce monde vivant que je portais en moi et qui s'agitait, me tourmentait, sans que je pusse le comprendre et le discipliner. Sans doute, on avait essaye de le dompter du dehors, mais quelle prise cette regie exterieure pouvait-elle avoir sur une ame orgueilleuse, impatiente du joug et rebelle ! Mais quand j'eus compris que cette regie, je la portais en moi, qu'elle etait celle-la meme qui regissait toutes mes tendances, ce f ut tout autre chose.

Ces forces d'ailleurs, mon vieux maitre, a chaque nouveau cours, me les decouvrait; Je comprenais qu'elles . formaient une societe, OTJI tous les membres, vivant d'une vie commune, observaient pourtant un ordre de dependance que Ton ne pouvait meconnaitre, sans compromettre la vie de la collectivite, sans y apporter de la souffrance. Biles se hierarchisaient. Au bas de 1'echelle les tendances

egoistes, en haut les tendances ideales et xeligieuses. Au bas de 1'echelle moi, sans doute, mais un moi inferieur, qui tend a vivre aveuglement, d'une vie physique et animale d'abord, puis, en haut, moi encore, mais un moi elargi de la vie de Tame raisonnable et libre, elargi de la vie universelle, participant a la viedemessemblables, a la vie de la nature, a la vie divine. J'avais enfin trouve le sens de ces poussees instinctives, que je n'arrivais janiais a satisfaire, car j'ignorais comment il en fallait regler le cours. Ce moi si exigeant, auquel je sacrifiais tout, mes compagnes, mes proches, ne s'epanouissait nullement a vouloir vivre une vie egoiste et c'est pour cela que je souffrais et que ma souffrance se traduisait en mauvaise humeur, en sourde irritation centre les autres et contre moimeme. Je comprenais enfin la loi de la souffrance. Notre maitre nous en parlait souvent. I*a douleur pour lui dans 1'ordre physique, comme dans 1'ordre moral, etait Tindice sur que nous bouleversions 1'ordre de la nature et que cet ordre se retournait contre nous. Ce jugement si simple, souvent repete, mis en lumiere par des exemples plus simples encore, fut pour moi toute une revelation.

Alors, pensais-je en moi-meme, si je souffre tant de mille choses, c'est que ma vie ne se deroule point dans 1'ordre... Je souffre du succes des autres, c'est done que je meconnais la loi de justice et la loi d'amour qui me lie au prochain. Tout s'eclairait a la lumiere de la doctrine de mon vieux maitre qui promettait le bonheur a qui suivrait sa vraie nature et connaitrait le vrai bien. Ce vieux. maitre etait un fervent de reudemonisxne grec, mais aussi.

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un spirittialiste convaincu. I/esprit positif et critique de notre philosophic moderne ne 1'avait point atteint.

Trop enthousiaste, trop epris de 1'antiquite, il aimait a construire et non a demolir. Un phenomena psychologique le conduisait tout droit au probleme metaphysique, au probleme moral plus droit encore. Le Souverain Bien, Dieu, I'immortalite de Tame, voila les croyances dont il vivait. Et tout doucement, avec lui, je me laissais prendre aux reveries metaphysiques et c'est ainsi que se reveillait mon ame religieuse. Tout un travail se faisait en moi : travail d'eclosion d'une ame qu'avait retarde une volonte trop tendue, sans amour pour la soutenir. Un monde de sentiments tendres commensait a vivre ; j'eprouvais la douceur d'aimer, j'aimais mes compagnes, et sans amertume je les voyais prendre la premiere place. J'aimais la nature follement, passionnement, avec tout ce qu'elle enveloppait de creations harmonieuses, j 'y cherchais Dieu. C'est ainsi que je traduisais en langage d'amour de tout 1'univers ce desir de vie qui n'avait etc d'abord qu'un amour retreci, etrique, du moi egoiste. La recherche de moi-meme devenait enfin un desir de perfectionnement moral, et ce desir, c'etait Texpansion de ma nature dans son vrai sens. II est vrai que je ne raisonnais pas ainsi ; aujourd'hui je peux le faire, quand je considere 1'histoire de mon ame avec le recul du passe, et que j'y cherche la marque providentielle et divine. Je me contentai alors de sentir, avec un bonheur infini, que je vivais enfin ma vie, largement, pleinement, etque j'allais toujours vers plus de plenitude.

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Restart encore a introduire 1'ordre de la raison dans cette floraison de sentiments nouveaux. Ce fut a ma derniere annee de cours que je dus de parfaire ce travail. Elle fut consacree tout entiere a 1'etude de la morale et fut pour moi la meilleure, la plus feconde de 1'enseignement de mon vieux maitre. Alois penetra en moi cette croyance indestructible que la loi morale naturelle et la loi de Dieu ne sont qu'un meme concept... Que la volonte du Dieu createur, s'exprimat dans 1'ordre necessaire de la nature ou par la raison dans 1'ordre contingent des etresliberes, c'etait tou jours la loi de Dieu, c'est-a-dire la loi de vie, mais pleine, harmonieuse, bien ordonnee. C'est bien ainsi que je voulais la vie,- que je 1'avais revee, desiree passionnement des mon enfance, enfin j'en comprenais le sens.

Je la voyais comme une route a suivre, mais toute droite, trop droite, helas ! car, faute d'experience, je n'en soupQonnais pas les detours. Puis je me voyais sur cette grande route avec des camarades, mes freres, unis dans ce meme desir d'en atteindre le terme, ou resplendissent avec Dieu 1'ideal, 1'etoile du bonheur, d'un bonheur eternel ! Comme elle s'ouvrait large cette route en plein ciel, au milieu d'une luxuriante nature ; des fleurs en garnissaient les bords, il n'y avait qu'a se baisser pour les cueillir; Et comme j'avais confiance, confiance reflechie, cette f ois dans cette vie qui s'epanouissait sous toutes les formes : dans la joie de tout aimer et d'aimer tout le monde : dans la joie de tout apprendre, mais avec methode, selon 1'ordre : dans la joie d'agir sans effort, car l'amour large, longtemps contenu m'emportait vers le Vrai, le Bien, le Beau, sans qu'il m'en coutat la moindre peiue 1

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