‹ Les temoins du renouveau catholique [microform]Chapitre 7 sur 17 · I. Expression de Charles Pguy · texte numérisé non relu

I. Expression de Charles Pguy

IS RENOUVEATJ CATHOWQITE , ?

encrassements du savoir, de la volonte, de la conduite, tout le comfortable d'une securite perfide.

Comme noinbre de jeunes etudiants de sa generation,. Henri fut socialiste. II crut trouver dans le socialisme un moyen d'assainir une societe que nombre de scandales et une affaire fameuse revelait tres corrompae. II etudia des exposes plus ou moins fideles de la doctrine marxiste et se persuada qu'il convenait a tout homme clairvoyant et probe d'accelerer le courant des faits (il admettait un peu a la legere 1'existence d'un tel courant) qui emportait les societes vers une ere d'organisation economique et sociale ou les rapports humains seraient justement regies. Quoique ce socialisme eut des pretentions scientifiques, 1'analyse y eut decouvert chez ceux qui s'y ralliaient d'une ame droite, une sorte de rnysticisme juridique, un besom de fraternite, bref, une marque religieuse. Cette marque etait singulierement nette chez Charles Peguy, que Henri connut en 1897, deux ans avant la fondation des Cahiers de la Quinzaine. Peguy, par la severite de sa vie, par ses moeurs de laboureur ancienne France , par 1'inflexibilite de sa conduite, par son haut sentiment d'honnetete et d'honneur professionnels, s'etait attire un petit nombre de fideles dont Henri fut 1'un.

Mais dans le parti, de tels hommes etaient rares, prives d'influence, traites en suspects, ^'experience amena tres vite Henri a critiquer le socialisme : il ne tarda pas a se

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defier. Au sein des groupements qu'il visitait, il notait un malentendu profond, definitif , entre les orateurs et les auditeurs : les auditeurs, gens du peuple, etaient sans s'en douter des traditionalistes qui aspiraient a vivre dignement, laborieusement, dans la famille, dans Fatelier, dans la cite : laborieusement et dignement, pauvres si cela etait inevitable, mais assures par une sage organisation centre la misere, les catastrophes, les desespoirs ; les orateurs (denommes militants), demi-intellectuels, deini-savants, declasses de toute categoric, n'avaient que mepris pour les sentiments de leurs auditeurs : 1'antique attachement de 1'artisan aux siens, a son travail, a sa corporation, a son coin de terre, n'etait pour eux que prejuge bourgeois, erreur funeste, vieille, ridicule. On aimait pourtant a les ecouter, car ils parlaient comme des livres.

Certains d 'entre les eleves devenaient meme capables de repeter mot a mot les formules des prof esseurs : cependant on sentait que c.a n'entrait pas, que 9a n'etait pas entre. Henri devenait inquiet. Et il sentit croitre son inquietude quand il se fut aper9U que les militants usaient volontiers d'uu raisonnement qu'on pouvait ramener a la forme stiivante : les capitalistes ont evidemment tous les vices ; pourquoi, vous, proletaires, n'auriez-vous pas les memes vices ? Exemple : les capitalistes ne se genent pas pour boire de 1'alcool. pourquoi done vous generiez-vous pour vous alcooliser ? etc... Supposons, se dit Henri, que tous les capitalistes soient des gens vicieux : le socialisme consiste done, pour ces citoyens, a cultiver chez soi des vices qu'on fletrit chez les autres ! Ce qui est vice chez un bourgeois devient-il vertu chez un proletaire !

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Les propos et les ecrits de Charles Peguy acheverent de convaincre Henri que le socialisme, tel qu'on pouvait alors (vers 1900) 1'observer et le voir prosperer, etait un mouvement tout demagogique, mene et utilise par les intellectuels plus ou moins retors, tous lourdement arrivistes, presque tous avocats ou universitaires, et non pas un mouvement ayant son point d'origine dans Tame du peuple fran?ais, dans les tendances familiales, corporatives, laborieuses et teniennes de la cite, dans les traditions rustiques et artisanes. Or precisement Charles Peguy s'offrait a Henri comme un representant de cette ame, de ces instincts, de ces traditions. Grace a lui, Henri elargissait et precisait la critique qu'il avait commence de f aire par lui-meme : il saisissait de mieux en mieux les operations demagogiques : il constatait qu'en somme des gens sans metier ou incapables d'exercer leur metier, notamment des professeurs degoutes de I'enseignement, pretendaient regir le monde de ceux qui exer^aient leur metier ; que de simples consommateurs, a coup de foimules, de sentences, d'arrets, d'excommunieations, d'excitations, pretendaient mener les producteurs ; que les incompetents dirigeaient les competents ; que 1'oisivete, tout au moins le bavardage, rnorigeriait le travail ; que la jouissance faisait la loi a la souffrance, la sterilite a la fecondite, le gaspillage a la creation. II en resultait un immense desordre, un decouragement et un scepticisme contagieux, une demoralisation croissante, dans les classes qui passaient jadis pour des reservoirs d'energie, des foyers de croyance, des ecoles d'apre vertu.

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II cut f allu alors que Henri travaillat avec suite, suivit de pres la crise morale de Peguy ; que la foi chretienne lui manquant, il adoptat provisoirement la sagesse stoicienne pour chercher sa voie avec Constance et droiture. Mais il n'eut point 1'ame assez robuste pour reprendre espoir apres cette deception. II avait depense des tresors de ferveur pour une cause que finalement il decouvrait vereuse. Trop facilement, il conclut de la que tout ideal etait voue a dechoir, toute action a devier. Trop facilement, certes : car, a la rigueur, une serie de deceptions, si elle n'eut point Justine cette conclusion, Feut du moins rendue intelligible : mais tel n'etait pas le cas : les motifs que Henri se fournissait a lui-meme pour laisser son energie abdiquer, ne lui apparaissent plus suffisants aujourd'hui qu'il sait combien la lachete excelle dans 1'art d'expliquer, d'excuser, d'arranger des motifs speciaux.

Henri devint sceptique et dilettante : ce fut une longue periode de malaise, bien qu'il s'obstina a se prouver a luimeme qu'il etait heureux, attentif a se tromper, comme le sout d'ordinaire les jouisseurs, qui parlent sans cesse du plaisir qu'ils viennent de perdre, ou du plaisir qui les attend pour se cacher a eux-memes que leur ame est vaine et leurs actions creuses. II s'amusa done ^ regarder les vivants et les morts, le present et le passe, 1'actualite et 1'histoire, les evenements et les idees, les phenomenes sociaux et politiques, les sciences, les arts, les philosophies, avec le detachement et 1'indulgence d'un mondain

qui est venu passer uue heure ou deux ati spectacle. I<es gens, les choses, les produits du travail et de la pensee ne I'interesserent plus en eux-memes, mais en tant qu'il trouvait en eux une source d'emotions rares, le point de depart d'une reverie agreable, 1'occasion de conf renter pour les dissoudre des idees contradictoires, des pretextes qu'il se donnait pour ne pas juger, ne pas vouloir, ne pas prendre d'initiatives, ne se definir en rien.

II continua de lire et, de loin en loin, d'ecouter Charles Peguy, mais ndn pour en tirer une discipline morale, car a ce grand ami il ne demandait plus a cette epoque qu'une impression de force, de rudesse, de franchise populaire, de parler nerveux et exact, cela pour flatter une inclination passagere, a laquelle succederait bientot quelqu'autre inclination, qu'un autre auteur, decadent celui-la ou sceptique ou materialiste, (que sais-je ?) satisferait a son tour. Sa personnalite ainsi flottante abordait aux regions les plus diverses, les plus variees, sans s'attacher jamais a aucune. II lui arrivait de mediter les Evangiles jusqu'aux larmes, de s'oublier en quelque pure vision parmi la penombre d'une eglise, de suivre des yeux le drame liturgique d'une messe. Mais ce n'etait la que jeux d'esthete romantique, et quelques jours apres il poursuivait des images pai'ennes ou s'abimait dans des conceptions pantheistiques.

II finit par s'apercevoir que son intelligence devenait rnoins agile et moins prenante, moins disposee a lui obeir. Iv'instabilite a laquelle il la condamnait, la rendait inquiete, la deshabituaut de contempler ses objets avec patience, de descendre dans les details des rapports, de suivre humble-

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ment les sinuosites du reel. Bile perdait la fermete, la lucidite qu'elle devait a la culture grecque et latine, et qui tant bien que mal avaient jusqu'alors supplee chez lui a cet ordre organique et profond que seule la foi est capable d'instituer. En meme temps il desapprenait meme 1'art de mener sa vie suivant la commune sagesse et les communs usages (car, de volonte reflechie, il n'etait plus question) : des caprices, des fantaisies, des impulsions, des penchants ou des aversions, des coleres ou des attendrissements lui imposaient peu a peu leur anarchic. II ne menait plus, mais se sentait mene. C'est du fond d'une sorte de torpeur qu'il percevait et le monde et lui-meme, comme on pergoit en plein sommeil le deroulement d'un reve. I^a vie et 1'univers se muant en un reve mouvant et fluent, n'est-ce pas le terme miserable de cette decheance moderne qui consiste essentiellement a divorcer d'avec les realites pour les traiter en serves et en faire ses jouets ? On cesse de s'unir en toute charite, par la reflexion et par 1' action, avec le travail, le terroir, les proches, les compagnonnages, les circonstances plus ou moins etroites ou chacun est poste ; on pretend ne vivre que de soi-meme, et des lors le moi s'effrite, les choses s'evaporent, moi et choses ne sont plus qu'un defile de fantomes insaisissables : c'est une espece de mort perpetuelle. Ce qui est grave, c'est que le dilettante, tout conscient qu'il est de mourir sans cesse, s'enorgueillit de sa souplesse d'esprit, de sa curiosite rayonnante, de sa tolerante comprehension. II se desole de sentir que tout, en son ame meme, lui echappe. Mais cette desolation le rend glorieux parce qu'il y voit un privilege que le vulgaire ne peut

acquerir. Get orgueil du dilettante peut etre exempt de morgue ou de roideur ; il peut etre, et il f ut chez uu Renan ou chez tel de ses disciples, souriant, benin, cordial : il n'en maintient que mieux ses victimes dans la dissipation.

A partir de 1905, apres des sejours a 1'etranger et des voyages qui ne furent pas pour le rendre moins inquiet, Henri Dubois cut a traverser une serie d'epreuves ou d'abord il vit 1'effet de circonstances fortuites, mais ou plus tard, apres reflexion, il dut reconnaitre les avertissements de cette Vierge pitoyable refugium peccatorunt dont au temps meme des pires egarements, il n'avait cesse de venerer la blanche memoire.

D'abord ce furent, pendant des semaines et des mois, des reveils affreux au milieu de la nuit, avec un sentiment soudain qu'il s'abimait dans un neant, avec un gout de mort dans tout son etre, avec 1'angoisse de ne pouvoir arreter ou ralentir la fuite du temps. Comme il se portait fort bien, il mit sa sante hors de cause. Puis son ami Pierre Cloarec mourut dans des circonstances horribles, apres une vie desordonnee. Bien que Pierre fut plus age que Henri, c'etait Henri qui, dans leurs relations, avait pris peu a peu 1'autorite que confere Tainesse. Mais il n'osa pas s'en servir : mauvais conseiller pour lui-meme, comment aurait-il pu conseiller autrui ? Indulgent pour soi et pour tous, estimant que 1'iudulgence etait sagesse et vertu, comment se fut-il permis de reprendre et de guider

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un ami ? Bt pour reprendre, il faut se recommander de quelque foi ; pour guider, il faut designer quelque fin : triste censeur et triste guide que celui qui n'admet ni loi ni fin. Cette catastrophe du moins, 1'obligeant a reconnaitre son impuissance pratique, rabattit son orgueil. Puis ce fut, avec la disparition d'un autre etre, la ruine d'esperances precieuses. Puis plus tard, en 1909, au cours et au retour d'un voyage d'ete, trois accidents ou la mort le frola. Ces derniers avertissements, tres imperieux, le forcerent a penser qu'une volonte mysterieuse pesait sur lui.

Depuis les angoisses nocturnes il travaillait a se ressaisir, a ressaisir les realites. II se disciplinait I'esprit, il reglait sa conduite. Ses souvenirs d'enfance, rappeles et medites, le rattachement au sol, au foyer, a des provinces, a des aieux, a des traditions de probite franchise, de beau travail, de longues fidelites, de vertus modestes et fecondes. Peguy, lu et friequente plus assidument, de plus en plus aime, de mieux en mieux compris, Taidait a s'explorer lui-meme, a se rendre compte. de ce qui se passait autour de lui, Tinitiait tout ensemble a son anxiete fran- 9aise et a sa volonte de sauver. Kt Henri, rendu peu a peu a ses origines, a sa verite profonde, decouvrait avec tristesse ce qu'il avait perdu de vue pendant les annees d'egarement : une France menacee du dehors, malade au dedans, en proie, elle aussi, au doute, a I'amoralisme, ati byzantisme, a la suffisance orgueilleuse, une France dont le mate'rialisme pratique enervait le courage, aveuglait la clairvoyance, une France livree aux entreprises des demagogues, des politiciens vereux, des grands oti

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petits pillards, bernee par une presse venale, contaminee par les ideologies les plus dementes et souillee par les propagandes les plus basses ; et sous 1'anarchie, sous la corruption, une sorte de relachement intime dont 1'expression la plus usuelle etait cet humanitarisme commode qui semblait invente pour dispenser chacun de rester a sa place et d'y faire tout son devoir. Que de courants a remonter ! comme disait Peguy ; que de relevements necessaires ! que de restaurations a operer !

I/idee d'une restauration intellectuelle, morale, sociale de Tame franchise envahit des lors la conscience d'Henri. II s'appliqua a connaitre notre passe, notamment nos deux siecles classiques, le xm e et le xvn e , et aussi 1'histoire des merveilleux relevements de la France, et celle de nos arts, et celle de nos saints. Entre 1907 et 1910, il suivit de pres les efforts que deployaient certaines elites, syndicalistes, neo-rnonarchistes, regionalistes, positivistes, pour mettre soit de 1'ordre dans la pensee fran9aise, soit de la nettete et de la volonte dans 1'action. Mais surtout il reconnut que la France veritable, celle qui sait penser, travailler, aimer, faire justice, est fille du catholicisme et catholique jusque chez ceux-la qui se croient le plus completemeut affranchis de pensee religieuse. II observa done avec attention la jeunesse, qu'on lui disait catholique ou favorable aux disciplines catholiques et fut heureux de rencontrer quelques jeunes gens d'une foi simple et pure. Mais ce qui 1'attirait vers le catholicisme, e'en etait la valeur educative, non la verite. II ne croyait pas, se defendait encore centre la croyance.

Pourtant ce qui d'ordinaire retarde les conversions

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1'embarrassait peu, II n'avait point de passions anticlericales : 1'anticlericalisme I'ecceurait. II admettait fort bien qu'il y cut quelques pretres indignes : mais qu'est-ce que cela prouvait centre la religion ? I/ivraie pousse parmi les bles, la moisson se fera tout de meme. Ce qui etait sur, c'est qu'a cette epoque de flechissement moral et intellectuel, le clerge fran9ais dans son ensemble gardait line dignite et une intelligence qui rappelaient a Henri la France classique. D'autre part il n'avait plus de prejuges scientistes : 1'analyse des methodes et des decouvertes scientifiques, les travaux d'un Duhem, d'un Henri Poincare, d'un Tannery, d'un Maxwell 1'avaient convaincu que les theories et les hypotheses des savants, d'une part sont provisoires et caduques, d'autre part sont exclusivement des moyens de travail scientifique.

II se disait tout cela, mais il se defiait du dogmatisme, il avait peur de s'engager, et, il faut bien le dire, ne souhaitant qu'ascetisme pour soi-meme et pour la societe, il prenait quelque ombrage d'une loi qui lui interdirait certaines licences, certaines faiblesses, inconsequence grave,

mais bien humaine.

Pourtant, apres ces trois accidents de 1909, il fit vers Dieu une nouvelle etape. II resolut de prier et de demander la foi. Cette meme annee, rue de la Sorbonne, dans la petite arriere-boutique des Cahiers de la Quinzaine ou le gerant recevait les visiteurs, Peguy, qui venait d'etre fort malade, se confia un jour a Henri Dubois : Mou petit, vpila des mois qu'on ne s'est vu. II faut que je te disc une chose grave : eh bien ! je suis catholique. Des confidences suivirent, dont Henri devait.garder le secret.

Henri ne f ut point surpris : depuis plusieurs annees, Peguy en s'approfondissant devenait de plus en plus chretien ; il meditait I'Ecriture Sainte, les Psaumes, I'lmitation, les vies de sainte Genevieve, de saint Ivouis et de Jeanne d'Arc, celle de saint Francois d'Assise, la tragedie de Polyeucte, les Pensees de Pascal ; il meditait sa propre destinee. Je commence a savoir ce que c'est qu'un chretien , avait-il dit a Henri 1'annee precedente. Bt encore : II y a des choses que j'ai cru faire par justice ; je voi& bien aujourd'hui que je les faisaiS par charite. Mais si Henri ne fut point surpris, il fut un peu honteux : n'etaitil point un retardataire qui flanerait et muserait tres loin derriere ses compagnons d'armes ?... II dit assez gauchement : ' Et moi je reste avec mon ame paienne. Le catholicisme, replique Peguy, a resorbe tout ce qu'il y avait de bon dans le paganisme. D'ailleurs, sans t'en douter, tu es chretien. Et il fecita quelques vers d'un recueil que Henri Dubois avait recemment public : Quand on ecrit ces vers-la, mon petit, on est chretien. Je n'en dis pas plus. Mais reflechis, et tu verras...

Henri Dubois reflechit. II pria : II assista aux offices du dimanche, lisant la messe, chantant meme le Credo avec les enfants et les vieux Messieurs. II alia souvent s'agenouiller devant la Vierge ; il cut aussi recours aux grands patrons de France. S'il fut parti d'un atheisme radical, d'une croyance erronee, mais forte, voire meme, comme d'aucuns, d'une haine exasperee de Dieu il eut sans doute etc d'emblee a Jesus, avide soudain des sacrements. Mais il s'etait trop longtemps exerce a la complaisance, aux indecisions, aux atermoiements, aux excessives prudences.

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.a louvdyer, entre les opinions et les buts, & ne point se donner. Ne point se donner, etre avare de soi, c'est le plus .grand obstacle a la conversion. (Et le dilettantisme n'est qu'une avarice elegante). II ne ltd fallut pas moins que 1'aide constante de celle a qui, meme incroyant, il avait Tendu hommage pour vaincre un tel obstacle.

II vecut ainsi jusqu'a la fin de 1910, s'appliquant a la jpiete, se familiarisant avec les Ecritures, la liturgie, certains ecrits patriotiques, en meme temps qu'il assemblait les materiaux d'un ouvrage sur 1'esprit et la morale classiques. Mais il y avait quelque chose de pourri a la racine de son activite, en sorte que tous ses efforts etaient penibles et mal venus. II voulait faire quelque bien, sa volonte manquait d'elan. Une atmosphere d'ennui regnait en lui, autour de lui. II eprouvait de plus en plus souvent Tin besoin aigu de renouvellement total. La veille de Noel, il fut sur le point d'aller a 1'eglise pour se confesser. Mais un effroi lui glaa le coeur.

Quelques jours apres, le 5 Janvier 1911, il avait dit avec ferveur un Are et venait de noter sur une fiche quelques lignes de Pascal. II feuilletait son petit exemplaire de Pensees ; son regard fut tout a coup fixe par ces lignes :

a Tous les homines recherchent d'etre heureux ; cela est sans exception ; quelques differents moyens qu'ils y emploient, ils tendent tons a ce but. Ce qui fait que les uns vont a la guerre, et que les autres n'y vont pas, est ce meme desir, qui est dans tous les deux, accompagne de differentes vues. La volonte ne fait jamais la moindre demarche vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'a ceux qui vont .se pendre.

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Et cependant, depuis un si grand nombre d'annees, jamais personne, sans la foi, n'est arrive a ce point ou tous visent continuellement. Tous se plaignent : princes, sujets ; nobles, roturiers ; vieux, jeunes ; forts, faibles ; savants, ignorants ; sains, malades ; de tous pays, de tous les temps, de tous ages et de toutes conditions.

Une epreuve si longue, si continuelle et si uniforme, devrait. bien nous convaincre de notre impuissance d'arriver au bien par nos efforts ; mais 1'exemple nous instruit peu. II n'est jamais si parfaitement semblable, qu'il n'y ait quelque delicate difference ;. et c'est de la que nous attendons que notre attente ne sera pas de9ue en cette occasion comme en 1'autre. I3t ainsi le present ne nous satisfaisant jamais, 1' experience nous pipe, et de malheur en malheur, nous mene jusqu'a la mort, qui est un comble eternel. *

Pourquoi, apres avoir relu ce texte, qu'il connaissait bien, Henri fut-il soudain bouleverse, pour ainsi dire arrache a lui-meine, a son etre acquis et f actice, mis brusquement en face de Dieu ? Mystere. Aujourd'hui, quand il se rememore ces heures, il n'analyse ni ne s'explique ce qui s'est passe. II fut traine hors de chez lui, marcha longtemps sans se guider lui-meme, finalement se trouva loin de son quartier, devant cette eglise ou enfant, puis adolescent, il s'asseyait parfois dans la tribune de la maitrise,, sur le bane de 1'orgue, a cote de son pere qui accompagnait les chantres. II entra, pria quelques minutes avec des tremblernents d'enfant terrific. Un penitent quitta le confessionnal voisin. II alia le remplacer. Quelques instants apres, il disait sa vie, sa pauvre vie sans foi ni ceuvres,. sa vie d'egoi'sme, d'erreur et de dispersion a un pretre excellent qui longuement le consolait, puis 1'absolvait.

i. Penstes, ed. Brunschvigg minor, p. 518.

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Que de larmes de joieil versa ensuite ! Avec un sentiment d'amour inexprimable, il recevait Jesus dans 1'eglise de sa paroisse, le lendemain, en la fete de 1'Epiphanie, le 499 e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc.

Dieu trouve, Henri connut la joie tranquille et durable.. II restait un pecheur ; il avait, surtout au debut, souvent a contrire son etre, souvent a se faire pardonner. Mais ce pecheur avait sa place dans 1'Bglise, comme au sortir des tempetes, dans les eaux immobiles d'un havre, la nef meurtrie par les paquets de mer. Et dans cette Eglise infinie, charnelle et spirituelle, active et contemplative,, liturgique et mystique, il decouvrait 1'ordre et il sentait circuler la vie : 1'ordre qu'il avait tant fait pour detruire en soi, pour ne point voir dans le monde, puis qu'il avait demande vainement a des efforts strictement humains ;. la vie qu'il avait perdue en curiosites sans frein ni but, en recherches inquietes et poussees dans tous les sens, enirresolutions systematiques, en ref us deliberes de juger et d'agir. Maintenant il etait oriente, il savait quoi faire, il savait tenir, il savait avancer. II travaillait avec allegresse, a sa place, selon ses moyens, pour Jesus et la Franceinseparables, et il comprenait que, quoi qu'il arrivat, il travaillerait ainsi avec confiance, avec espoir jusqu'a son heure derniere. Maintenant une force nouvelle, une jeunesse nouvelle, un courage nouveau le soutenaient, le portaient au besoin, recrees sans cesse par les sacrements,,

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la priere, 1'offrande du labeur et des souffrances, par les supplications et les ceuvres de ses freres en Jesus, par le travail des bienheureux. Et souvent, dans son allegresse, il repeta tout bas le mot par ou se terminait la premiere Jettre qu'il ait re9ue de Joseph Lotte : Alleluia !

Rene SALOM&

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