‹ Les Templiers, 1118-1312Chapitre 4 sur 12 · LES TEMPLIERS EN TERRE-SAINTE · texte numérisé non relu

LES TEMPLIERS EN TERRE-SAINTE

Le grand nom de saint Bernard, sous le patro* nage duquel l'Ordre naissant s'était placé, devait être pour lui, à l'origine, le meilleur gage de prospérité. Aussi l'accroissement du Temple fut-il très rapide ; si les chevaliers n'étaient que neuf à l'époque où le Concile de Troyes leur donnait des statuts, cinquante ans plus tard, l'archevêque Guillaume de Tyr en comptait trois cents dans la seule maison de Jérusalem ; et l'Ordre possédait de nombreux établissements dans les moindres provinces d'Europe (1).

L'histoire de ses premières années paraît sans tache. Fidèles à l'autorité des rois de Jérusalem, les Templiers formaient, par leur bravoure, leur discipline et leur austérité, la plus solide défense de la Terre -Sainte. Pendant la deuxième Croisade, Louis VII de France, entouré par les Sarrasins dans les montagnes de Laodicée, conBa le commandement de son arrière-garde au grand-maître du Temple, dont Thabileté militaire fut le salut de

(1) livre XII, c. v.

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Tarmée. Ce grand-maitre, Everard des Barres, devait, quelques années plus tard, renoncer à sa dignité pour se faire moine contemplatif à Clairvaux. Des deux chevaliers, Français comme lui, qui furent successivement élus pour lui succéder» l'un périt glorieusement au siège d'Ascalon (1153), l'autre fut emmené prisonnier par les musulmans. Bous leurs ordres, les Templiers, groupés autour de Beatuéant, Kétendard blanc et noir de TOrdre, étaient toujours, selon le mot de leur panégyriste Jacques de Vitry, « les premiers au combat et les c derniers à la retraite (1). »

De cette bravoure, les Templiers donnèrent des preuves éclatantes pendant toute l'existence de leur Ordre. Mais leur austérité semble s'être peu à peu fondue sous le climat de l'Orient. £n dehors des chevaliers et des servants, profès de religion, les maisons du Temple renfermaient des écuyers, des auxiliaires ou Turcoples et des esclaves musulmans, toutes gens dont le contact perpétuel, joint à la corruption ambiante de la chrétienté orientale, n'était point fait pour faciliter la vie religieuse. D'autre part, les chevaliers du Temple, habitués par leur naissance au commandement, oublièrent vite que l'humilité est c la gardienne de c toutes les vertus (2) » : l'orgueil, un orgueil sans frein, devint la note dominante de TOrdre. A la faveur des exemptions pontificales, ils prétendirent à rindépendance de fait, en ne reconnaissant

(1) Hiitoria Hieroêolymitana, c. lxv.

(2) Guillaume de Tyr, I. XII, c. vn.

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d'autre mattre que le Pape, dont Tautorité, lolotainOy était plus nominale que réelle.

Aussi les adversaires ne leur manquaient point, surtout parmi le clergé séculier dont l'archevêque de Tyr a reproduit les récriminations. Les Ordre» militaires abusaient de leurs privilèges pour trailer avec mépris les excommunications et les censures ecclésiastiques. On les accusait de se rendre en forces dans les bourgs frappés d'un interdit, et d'y rouvrir les églises pour recevoir de la reconnais^ sance des habitants la concession des dîmes et des offrandes. Cet abus, condamné par divers Conciles, parut si intolérable au clergé de Terre-Sainte que le patriarche de Jérusalem vint spécialement à Rome pour se plaindre au Pape Adrien IV de la conduite des Hospitaliers. Quelques années plus tard. Innocent III fut saisi des mêmes reproches contre le Temple; et ce sage Pontife, qui ne peut en aucune façon être suspecté de partialité contre les Ordres militaires, écrivit aux Templiers une véhémente lettre de blâme (1).

Dans Tordre civil, le Temple, seigneur de chAteaux et de villes, libre de traiter directement avec les princes francs ou musulmans, ne respectait guère plus Tautorité du roi de Jérusalem que celle des évéques en matière ecclésiastique. Sous le règne d'Amaury P% un Templier ayant assassiné par trahison l'ambassadeur des Haschichins, les efforts de l'Ordre pour soustraire le coupable à la viiidicie

(1) Le P. Lejeune I, 234-235.

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royale, parurent k ses adTersaires une preuve de complicité (1).

En 1186, lorsque mourut Tenfant qui avait succédé au roi lépreux Baudouin IV, Tattitude des Templiers fut contraire à tous les intérêts de la Terre-Sainte. Malgré les barons, malgré les Hospitaliers, au mépris de la foi jurée au roi lépreux, ils e*emparèrent de Jérusalem pour y couronner la princesse Sibylle ; et ils prirent part à une indigne comédie de divorce et de réconciliation, imaginée par le patriarche, pour permettre à la nouvelle reine d'associer au trône son mari, Guy de Lusignan^ que Baudouin IV avait prudemment exclu du pouvoir comme incapable. Et cela pour venger la querelle personnelle du grand-mattre contre le comte de Tripoli, régent d^ royaume. En moins d'un an, le roi des Templiers perdait, à Tibériade, sa capitale, sa couronne et sa liberté. Mais si Ton peut faire remonter jusqu'aux Templiers la responsabilité de ce désastre, il faut reconnaître qu'ils n'avaient épargné, dans la lutte, ni leurs trésors, ni leurs personnes : les plus vaillants de leurs chevaliers furent tués dans les batailles de Nazareth et de Tibériade, et le grand-mattre fait prisonnier en cette dernière (2).

Après la perte de la Ville Sainte, le titre de roi de Jérusalem se trouva d'autant plus disputé que Tautorité en était plus vaine. Dans les villes, que le secours des Occidentaux leur conserva ou leur

(1) Ouillanmt de Tyr, 1. XX.

(2) Chronique d'ErnouU a. 1886-1187.

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fendît, les seigneurs et les Ordres militaires jouirent d'une indépendance presque complète. Le Temple se crut même assez puissant et assez riche pour acheter, de Richard Cœur de Lion, Tile entière de Chypre qu'il dut bientôt revendre aux Lusignan.

Peu après on le voit en lutte ouverte avec l'Hôpital, avec le roi d'Arménie, puis avec Tévèque de Sidon, commissaire du Pape, qui l'excommunie pour une affaire de banque. La simonie devient si commune à la réception dans l'Ordre, que le fait de s'en être reconnu coupable n'empêche point un chevalier de parvenir à la maîtrise (1). Et d'année en année, des récriminations s'échelonnent contre le Temple, soit à cause de sa trop facile tendresse pour les excommuniés et les interdits, soit parce qu'il aurait refusé de prendre part à une expédition ou vendu sa retraite à l'ennemi. La plupart de ces accusations ne paraissent pas suffisamment fondées pour être retenues à la charge de l'Ordre, mais elles prouvent qu'une grande partie des Orientaux croyaient les Templiers a capables de trahir la cause a chrétienne (2) ».

Par contre, ils avaient de nombreux partisans dont l'évêque d'Acre, Jacques de Vilry, s'est fait l'interprète dans les éloges quelque peu déclamatoires qu'il leur décerne : a lions à la guerre, tendres a agneaux à la paix ; vaillants soldats au combat, « ermites et moines à l'église... blancs et doux aux

(1) Règle, c. 545-549.

(2) Delaville Le Ronlx. Les Hospitaliers en Terre-Sainte 4t à Chypre, p. 50. Mathieu Paris, Roger de Hoveden, etc.

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c amis du Christ, noirs et terribles à ses en- « nemis (!) ». Qu'ils fussent toujours des lions à la guerre, cela est démontré par le nombre de ceux qui périssaient dans les combats, depuis les grandemattres tués devant Acre, à Gaza (1244) et à la Mansourah (1250), jusqu'aux 147 frères de la garnison de Saphet qui préférèrent la mort à l'apostasie (2). Le rôle d'agneaux ne leur apparaît que rarement dévolu, lorsqu'ils sont chargés, en même temps que les Hospitaliers, de quelque mission pacificatrice entre les nations ou les princes rivaux.

Mais les beaux exemples se font plus rares à mesure qu'approche le terme du Temple. Il semblerait qu'une folie de haine ait passé sur les chrétiens d'Orient, en ces années qui précédèrent leur chute : car leurs dissensions intestines se multipliaient d'autant plus que le réseau des forteresses musulmanes se resserrait autour de leurs dernières villes. Contre le prince Hugues de Lusignan, appelé de Chypre en Acre pour y prendre, avec la couronne de Jérusalem, la défense de la Terre- Sainte, les Templiers, unis aux Vénitiens, suscitent une rivale sexagénaire. Contre lui encore, ils favoriient les prétentions de Charles d'Anjou (3), ou même celles du sultan Bibars (4), avec lequel leur

(1) HLêtoria Hieroêolymitana, c. 65.

(2) En 1266, par conséquent plus de 40 ans avant la chute de rOrdre.

(3) Maslatrie, Histoire de Vile de Chypre, I» 445 et aq« liarino Saauto, lib. XUl, pars. XII, c. 14-16.

(4) Mulatrle, I, 449.

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grandkinaltre, Guillaume de Beaujeu, avait contracté allianœ (1).

EUitre rOrdiQ et le seigneur d'Antioehe, Bohémond VU, l'hoatilité fut eucore plus violente. Après avoir suscité des troubles pendant la minorité de oe prince, en soutenant contre le régent et les chevaliers orientaux le parti des latins, ce môme grand-maitre en vint avec lui à la guerre ouverte. En même temps qu'il armait une flotte pour attaquer les ports de la principauté, il cherchait à en acheter les feudataires (2).

Après trois ans de lutte armée, Tarbitrage des Hospitaliers parvint à rétablir une apparence de concorde. Mais il était trop tard pour le salut de la Terre-Sainte. Acre» la capitale des chrétiens, assiégée par les Musulmans, fut emportée d'assaut après une héroïque défense, pendant laquelle les Templiers réveillèrent enfin le souvenir de leur ancienne gloire. Guillaume de Beaujeu racheta ses fautes par une mort courageuse (1290).

Abandonnant leurs dernières places de Syrie, les survivante de l'Ordre se retirèrent successivement dans rtle de Rouad, l'ancien Aradus, en face de Tortose, puis dans leurs riches possessions de Ghjrpre. Ils y transportaient avec eux toutes leurs haines et toutes leurs ambitions. Gar en 1306, ils détrônèrent le roi légitime, Henri de Lusignan, pour donner le pouvoir à son frère, Amaury, prince de Tyr. En la même année, la flotte des Hospi-

(1) Procèfl, II, p. 207-209, 215.

(2) Marino Sanuto, III, p. XII, c. 17. Maslatrie, I, 460 •t464.

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talîers quittait Limisso pour conquérir Ttle dd Rhodes (1).

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