‹ Les Templiers, 1118-1312Chapitre 8 sur 12 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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L'enquête ordonnée par Clément V n'était point limitée aux frontières du royaume de France ; dans toutes les provinces où TOrdre possédait quelque établissement, c'est-à-dire dans la chrétienté entière, les princes avaient reçu du Pape Tordre de

(1) Chiffres donnés par Lavocat, un das plus ardents apologistes du Temple, p. 337-338.

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saisir les Templiers, et les évèques celui de procéder à leur interrogatoire. Mais, lorsque ces instructions furent exécutées, le Temple, instruit de la persécution générale qui s'ouvrait contre lui, avait eu le temps de concerter sa défense. Aussi toutes les enquêtes sont-elles loin de faire ressortir sa culpabilité avec la même certitude que celle de France.

Lorsque le grand-mattre s*était rendu près du Pape pour faire échouer tout projet de fusion avec THôpital, le siège de l'Ordre était resté en Chypre, où le maréchal, Aimé des Oiseliers, résidait avec la plupart des grands officiers. En ce pays, le Temple était si puissant que les vicissitudes par lesquelles il passa exercèrent une répercussion sur la situation politique du pays. Depuis la séquestration du roi Henri, le pouvoir était exercé, avec le titre de goaverneur, par son frère Amaury, l'allié du Temple. CSe ne fut pas sans hésitations que ce prince se décida à exécuter les ordres du Pape contre un Ordre auquel il était redevable de sa puissance. Les Templiers en profitèrent pour se fortifier dans leur maison de Limisso que, cependant, après des négociations assez obscures, ils rendirent sans coup férir (i).

Une commission d'ecclésiastiques fut instituée à Nicosie pour les interroger ; le président de cette commission, Pierre d'Erlant, évêque de Limisso et administrateur de l'église de Nicosie, avait été le principal complice du grand-maltre Molay dans la précédente révolution (2). En sa présence, tous les

(i) Bustron, p. 164-171.

(2) BusUon, p. 138.

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Templiers s'accordèrent à nier tmiformément le& cbefs d'accusation ; le témoignage de quelques personnes choisies en dehors de TOrdre confirma leursdénégations (i). CellesHsi ne s'accordaient point aTec les aveux passés devant les cardinaux français par le grand-mattre et le commandeur de Tile. Aussi, lorsqu'il eut connaissance des résultats de Tenquète, Clément V fit-il demander par son légat, Raymond de Pins, l'ouverture d'une instructionr plus serrée (2).

Cependant Tinterrogatoire des Templiers était h peine terminé qu'une nouvelle révolution éclatait en Chypre. Amaury de Lusignan ayant été assassiné (5 juin 1310), tandis que le connétable Gamerino de Lusignan cherchait à établir son pouvoir à Nicosie, Famagouste se souleva en faveur du Roi exilé. Le connétable voulait rendre leurs armes aux Templiers; mais les partisans du Roi les enlevèrent pour les conduire sous bonne garde à Famagouste (3). Peu de temps après, Henri de Lusignan, rappelé d'Arménie par l'entremise du Légat, faisait dan» l'Ile une entrée triomphale.

Les Templiers n'avaient rien à espérer de celui qu'ils avaient trahi ; aussi ne s'étonne-t-on point de ▼oir leur maréchal, Aimé des Oiseliers, fomenter un complot contre la vie du Roi. Découvert, le maréchal fut jeté dans un cachot où, cinq ans plus tard, on le c trouva mort » : quant aux chevaliers

(1) Schottmullar a publié le Uzte d* ettU eaqaét«, Ilr p. 149 à 400.

(2) Pputs, p. 219.

(3) BttitroD, p. 219«

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qui s'étaient faits ses complices, les plus coupables furent jetés à l'eau avec une pierre au cou, et les autres bannis (i).

Chypre n'est point le seul pays où les Templiers se crurent assez forts pour tenter une résistance ouverte. Don Jayme d'Aragon ne put tes soumettre qu'en assiégeant leur forteresse de Honzon. Ce Roi parut tout d'abord assez prompt à requérir contre le Temple ; mais, après entente avec Ferdinand de €astille et Denis de Portugal pour empêcher le Saint-Siège de s'enrichir des dépouilles de l'Ordre, il changea d'attitude. Les Templiers de son royaume furent déclarés innocents par le Concile de Tarra- ^ne. Le même jugement fut prononcé en Castilie par le Concile de Salamanque, auquel assistaient des prélats portugais. Or, le Portugal était pour ainsi dire sous la dépendance de l'Ordre du Temple, auquel son roi Denis était affilié (2).

Si le roi d'Angleterre, Edouard II, n'avait aucune attache directe avec les Templiers, il leur donna cependant, peut-être par rivalité contre la France, des marques de faveur en se faisant leur avocat auprès du Pape. Leur procès n'en fut pas moins entrepris à Londres selon la procédure régulière (3). Tous les inculpés, sauf un, semble-t-il, nièrent les erreurs dont l'Ordre était soupçonné : par contre, des témoins étrangers, appelés en très grand nombre 4 déposer, portèrent contre eux des accusations, parfois assez imprécises, sur lesquelles les exami-

(1) Bustron, p. 244-245.

(2) Prutz, p. 208-212. 346-355.

<3) Extraits dans Schottmuller, U, p. 78-102.

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nateurs basèrent leur réquisitoire. Mais le Concile se montra très facile À permettre la réconciliatioa des personnes.

Si Tenquète fonctionne avec quelque apparence de régularité dans les royaumes soumis à l'autorité d'un seul, il n'en est point de même dans les provinces morcelées entre un grand nombre de petita seigneurs. Ainsi, en Allemagne, l'arcbevéque de Magdebourg ayant assiégé un château dans lequel les Templiers s'étaient réfugiés, se voit excommunier par un de ses suffragants ! A Cologne, les religieux proscrits envahissent en armes le Concile qui s'était réuni pour les juger et qui s'empresse de leur décerner un brevet d'innocence (1). Par contre, si l'Inquisiteur de Metz atteste leur innocence, c'est après une enquête sérieuse (2).

Le Temple ne fut point aussi heureux dans la plus grande partie de l'Italie, à laquelle il faut joindre la Provence, dont le comte, de la maison d'Anjou, était roi effectif de Naples et titulaire de Sicile. Sur les enquêtes que ce prince ordonna, on sait peu de chose, sinon qu'elles aboutirent au même résultat que celles de France et que les Templiers furent soumis au même sort (3). Leur culpabilité parait avoir été également reconnue dans le Patrimoine de Saint-Pierre, en Lombardie et en Toscane. A Florence, les aveux recueillis par les évêques enquêteurs sont tellement caractéristiques que les partisans des doctrines secrètes du Temple

(1) Schottmûller, I. p. 435446, Prutz, p. 213-215.

(2) Dupuy donne l'analyse de ta lettre an Roi de France.

(3) Enquêta de Brindiaî dans SchottmuUer, II, 108-140.

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y ont puisé de préférenee les élémento de leur thèse. Cependant la Toscane n'était aucunement soumise à l'influence française ; et les Templiers interrogés n'y furent pas des servants faciles à intimider, mais des commandeurs ou des chevaliers (1).

Telle fut dans ses grandes lignes, l'issue diverse 'de Tenquéte géante ordonnée par le Pape. Innocentés en Chypre, en Espagne et dans certains pays allemands, les Templiers furent reconnus coupables en France et en Italie. Leurs crimes s'arrètaient-îls aux frontières? Ou bien les mailles de la procédure formaliste étaient-elles trop lâches pour retenir des Aveux ? On a prétendu qu'ils n'avaient avoué que là où la torture a été employée contre eux ; il ne serait pas plus injuste de dire qu'on ne les reconnut innocents que là où l'intérêt des princes et les sympathies du clergé exigeaient qu'ils le fussent

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