CHAPITRE Vffl
ABOLITION DU TBMPLB DivOLUTIOII DB 8BS BUNS A l'oBDRB DB l'hÔPITÀL
Plusieurs fois retardé pour donner toute l'ampleur nécessaire aux enquêtes préliminaires, le
(1) Loiseleur, p 172 212.
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Concile général qui devait, entre autres besognes, juger le Teoiple en dernier ressort, ne s'ouvrit à Vienne, en Dauphiné, que le 16 octobre 1311. Les prélats qui s'y rendirent des diverses parties de la chrétienté portèrent avec eux, en cette affaire mystérieuse qui passionnait l'opinion publique, tous les préjugés de leurs pays. La grande majorité n'était point défavorable au Temple. Et la commission qui fut élue pour préparer, sur cette matière, le travail du CSoncile, se refusa, d'accord avec la majorité du Sacré-Collège, à proposer une condamnation immédiate. Non pas qu'elle entendit par là proclamer l'innocence de TOrdre ; mais, jugeant obscurs les résultats des enquêtes précédentes, elle croyait nécessaire d'ouvrir une nouvelle procédure en donnant au Temple toutes facilités pour présenter sa
A cela, la minorité objectait, non sans raison, que ce procès de troubles et de scandales, entamé depuis quatre ans, n'avait déjà que trop duré, et que les crimes avoués par un grand nombre de Templiers avaient éclaboussé l'Ordre entier de trop de honte pour qu'il pût à l'avenir rendre le moindre service à la cause chrétienne. Clément V, dont la conviction n'avait point varié depuis les interrogatoires de Poitiers, se rangeait à leur avis.
Ce fut alors que l'un des enquêteurs pontiGoauz, Guillaume Durand, proposa un expédient capable de concilier les scrupules du Concile avec les néoes- Bités de la discipline. Si les Pères du Concile ne se croyaient pas en droit de porter contre le Temple un jugement canonique, le Pape, en sa qualité de
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chef de TEglîse', pouvait l'abolir par Toie de provision. Cette procédure qui, en laissant de côté le point le plus épineuk du débat, ne troublait la codbcience ni des partisans, ni des adversaires de l'Ordre» rallia la grande majorité des sufiFrages. Les prélats l'approuvèrent d*autant plus volontiers qu'elle leur permettait de rejeter sur le Pape toute la responsa* bilité de l'abolition. £n la circonsiance, on peut dire que Clément V mettait son honneur en jeu pour assurer la paix de l'Eglise.
C'est en vertu de cet accord que le Pape publia, le 22 mars 1312, la bulle Voœ in excelso (1). c Ce n'est pas sans amertume de cœur, ni sans € douleur », dit-il, qu'il supprime à perpétuité l'Ordre du Temple c non par voie de jugement dé- « finitif, mais par voie de provision et d'ordonnance c apostolique ». Le Pape rappelle que ses prédécesseurs (2) ont aboli d'autres ordres pour des motifs beaucoup moins graves ; il retient parmi les griefs relevés contre le Temple : « la mauvaise renommée c (infamiam)y la suspicion générale, les insinua- « tiens scandaleuses », le secret de la réception, « les horribles actions commises par un grand € nombre de religieux. »
L'exposé de la Bulle Considérantes duàum^ publiée le 6 mai (3), est plus explicite sur le fait du
(1) Voir le t«xU dans Villanueva. Viage lUerturio a U» ifflesias de Espana, T. Y. p. 208-221.
(2) Et ses snecesseurs aussi : le plus célèbre de toBS )«* Ordres religieux fut également supprimé au XV11I« n^* par voie de provision.
(3) Reg. Qément V, T. VII, n« 8784,
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reniement, que le Pape qualifie d^hérésie. Cette nouvelle Bulle citait les Templiers, qui avaient échappé aux enquêtes précédentes, à comparattre devant leurs évéques respectifs dans le délai d'un an, pour y être traités selon « les rigueurs de la t justice mitigées par une large miséricorde». Après cette soumission à l'Eglise, une pension leur serait assignée sur les biens de TOrdre.
Le grand-maître attendait depuis trois ans le ju* gement du Pape. Une nouvelle commission d'évêques et de cardinaux se rendit à Paris pour le réconcilier avec PËglise. Jacques de Molay et ses trois compagnons, les commandeurs de France, de Normandie et de Guyenne, ayant été condamnés à la prison perpétuelle, ils furent, selon l'usage, conduits le 18 mars 1313, sur un échafaud dressé devant Notre-Dame, pour y entendre la lecture solennelle de la sentence. Mais lorsque le représentant des juges en vint aux aveux que les condamnés avaient prêtés à nouveau, peut-être pour obtenir leur liberté, deux d'entre eux, le grand-mattre et le commandeur de Normandie, Geoffroy de Charny, se rétractèrent publiquement. Dans la stupeur que causa ce coup de tbé&tre, tandis que les juges hésitaient sur le parti à prendre, Philippe le Bel donna, i^^ lendemain, ordre de saisir les deux « relaps j» p\ d^ les conduire au bûcher (1).
La mort courageuse de Jacques de Molay produisit une vive impression sur le peuple. Lorsqu'on vit le Pape mourir le mois suivant et le roi de Fianc**
(1) Lavocat; p. 385-386.
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dans Tannée, une légende se forma d*aprës laquelle le grand-mattre du Temple les aurait cités Tun et Tautre à comparaître devant le tribunal de Dieu(i). Pour certains, Molay devint martyr de son dévouement au Temple. Singulier martyr en vérité que ce chef d'Ordre arrocçant et faible qui s'était dérobé à la défense de ses religieux (2) et qui n*avait pas su trouver en sa conscience, soit assez de courage pour refuser de prêter des aveux mensongers, soit, plus probablement, assez de loyauté pour persister dans ces aveux s'ils étaient véridiques! Son beau geste devant la mort, s'il atténue le souvenir de ses fautes passées, ne peut pas les justifier.
Après les personnes, il fallait régler le sort des biens. Ce n'était point chose facile; car, si la plus grande partie du trésor et des meubles du Temple s'étaient fondus pendant l'administration provisoire du pouvoir civil, ses commanderies et ses biens-fonds représentaient à eux seuls une valeur énorme, pour laquelle les compétiteurs ne manquaient point. Respectueux des volontés de ceux qui avaient constitué cette fortune en faveur des défenseurs de la Terre- Sainte^ le Pape, d'accord avec le Concile de Vienne, estima qu'il n*en pouvait être fait un remploi plus légitime que de la donner à l'Ordre militaire demeuré en Orient après le départ du Temple, à l'Hôpital de Rhodes (Bulle : Ad providanij en date du 2 mai 1312) (3).
(1) Cette prédiction, imaginée par un Italien, était attribaée par lui, non pas au grand-maltre, mais à un Templier napolitain. (Muratori, IX, 1017 et 8).
(2) voir p. 38
(3) Reg. Clément V, T. Vil, n« 7885-6.
Chose curieuse, le monarque que l'on a tant accusé d'ayarice, Philippe le Belfutl undespreniiVrs à remettre les immeubles du Temple entre les mains des Hospitaliers. En Angleterre comme en Allemagne, les légataires désignés par le Pape durent franchir quelques obstacles avant d'entrer en jouissance de leur héritage. Cependant il ne leur « fallut « pas plus d'une dizaine d'années pour se faire (( mettre^ par toute l'Europe, en posession de la (( plupart des biens des Templiers (1) ». Celte acquisition inattendue con tribua à constituer la fortune colossale, dont ils 6rent, contre les Turcs, meilleur usage que les Templiers, bien qu'ils n'aient jamais passé, à Rhodes ni à Malte, pour des parangons de vertu.
De cette donation générale des biens du Temple, l'Espagne avait été exceptée sur la requête de ses rois. A cause du voisinage des Maures qui Texposait continuellement à la guerre religieuse, elle regrettait particulièrement l'abolition du Temple. Aussi, sous le ponliQcat de Jean XXII, successeur de Clément V, deux Ordres militaires locaux s'y créèrent ils des biens du Temple : celui de Montesa en Aragon et celui du Christ en Portugal (2). Comme la plupart des Templiers espagnols y entrèrent, on peut dire que ces deux ordres perpétuèrent, en une certaine mesure, ce qu'il y avait de vaillance dans les traditions du Temple.
Quant à l'association secrète aujourd'hui fondue
(1) Delaville Le Roulx, dans Revue des questions histo» riques, t. XLVIII, p. 58.
(2) Delaville Le Roulx, p. 55-5«^.
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dans la fraDO-maçonnerie, qui a pris 1» nom et certains usages du H'emple, elle ne prouve point la filiation qui la ferait remonter jusqu'à l'Ordre aboli en 1312.