Ibid., p. 1A
A. Ibid., p. i48.
lin Les Martyrs
de ces prétendus notaires ecclésiastiques et aucun document contemporain ne mentionne leur existence ni leur présence. Devant une institution dont il ne trouve ni les preuves, dans son fonctionnement, ni la trace d'aucun individu en ayant fait partie, l'historien doit se tenir en garde et attendre, pour mettre à profit des textes trop clairs, une confirmation qui ne lui a pas été fournie ^ L'acharnement déployé contre les archives des chrétiens pendant la persécution de Dioctétien nous a privé sans doute d'un grand nombre de ces pièces. Mais « l'Église, après la tourmente, sut pourvoir à la réfection de ses archives dévastées. Ce fut souvent à l'aide de souvenirs, de traditions orales, que l'on dut reconstituer alors nombre d'Acta et de PassioneSy et souvent, sans en excepter les pièces dites « sincères », ces rédactions nouvelles furent accommodées, pour le détail, à la mode du temps où elles étaient faites-.» Il arriva donc que des pièces de la plus rare valeur, les Actes de sainte Thècle, par exemple, furent coulés dans le cadre d'une composition inventée de toutes pièces comme quelques parcelles de bon métal dans une gangue pâteuse et grossière'. Il en résulta, au moins dans certaines Eglises, un discrédit complet jeté sur toute cette littérature. En Afrique, un concile général des Eglises africaines tenu à Hippone, en 393. constatait et autorisait l'usage de lire les Acta au
1. L'auteur du Lih. pont, semble croire qu'à la paix de l'Église les notaires changèrent d'attributions, c'est aussi l'opinion de l'auteur du Constilutum Silvestri.
2. Le Bla5t, Les A. d. 3f., p. 26, cité par Vajî de5 Ghet5, dans le Dictionnaire de théologie catholique, fasc. 3* (1900), à l'art. Acta martyram, col. .^22.
3. Sur les Actes de sainte Thecle, voyez la bibliographie et la notice à V Appendice.
Préface xxni
jour anniversaire des martyrs ^ A Rome, au contraire, ils disparurent peut-être complètement de la liturgie et d'assez bonne heure. A la fin du VI« siècle, ils y étaient à peu près inconnus ^. A Milan, nous les retrouvons en possession d'un rang éminent, car on continua de leur emprunter les leçons de la messe ^ De même en Gaule, à l'époque mérovingienne *. Ces usages différents sont comme le commentaire pratique de l'opération délicate de réfection des archives primitives dans chaque Église.
L'époque des persécutions ne présente aucun cas de Passions inventées. C'est plus tard que les scribes du du Moyen-Age se livreront à cette littérature malsaine qui détourne l'attention et parfois même le culte sur des personnages qui n'appartiennent pas à l'histoire. « Les Actes de sainte Barbe, de sainte Catherine d'Alexandrie, de saint Georges fournissent le type de cette sorte de documents », ou encore les Vies de « Barlaam et Joasaph et d'un certain Alban, dérivés, l'une de la légende indienne de Bouddha, l'autre du mythe grec d'Œdipe^ ».
Il faut se garder de condamner en bloc la littérature hagiographique, dans laquelle un critique avisé peut ressaisir des traces incontestables de récits anciens ^ : mais ce
1. Hardouin, Conc, t. I, p. 886; Mansi, t. III, p, 926 (can. 36).