‹ Les temps néroniens et le deuxième siècleChapitre 18 sur 133 · M. Blokdel, Opusc. cité, p · texte numérisé non relu

M. Blokdel, Opusc. cité, p

a. PASCAL, Pensées, diTl. \l, num. i4 (éd. Havct).

Préface xxxv

il est dit au livre de Job : Dieu n'a pas besoin de nos mensonges ^ » .

C'est suivant cette pensée que je me suis efTorcé de faire parler les martyrs comme ils l'eussent fait, de nos jours, parmi nous. L'étrange prétention que celle qui entend estropier la langue française sous prétexte de conserver la couleur de l'original ! Fort bien, mais outre la couleur, il y a les teintes et les simples reflets, et les sons et les timbres et la cadence des mots et peut-être jusqu'à leur parfum, cette senteur flottante du dialecte ionien et du dialecte dorien, de la langue de l'Ombrie et de celle de Carthage. « Il n'y a pas de raison pour s'arrêter dans une telle voie, et si l'on se permet, sous prétexte de fidélité, tel idiotisme qui ne se comprend qu'à l'aide d'un commentaire, pourquoi n'en pas venir franchement à ce système de calque, où le traducteur, se bornant à superposer le mot sur le mot, s'inquiète peu que sa version soit aussi obscure — souvent plus — que l'original, et laisse au lecteur le soin d'y trouver un sens ? La langue française est puritaine : on ne fait pas de conditions avec elle. On est libre de ne point l'écrire ; mais dès qu'on entreprend cette tâche difficile, il faut passer les mains liées sous les fourches caudines du dictionnaire autorisé et de la grammaire que l'usage a consacrée. Toute traduction est essentiellement imparfaite, puisqu'elle est le résultat d'un compromis entre deux obligations contraires, d'une part l'obligation d'être aussi littéral qu'il se peut, de l'autre l'obligation d'être français. Mais de ces deux obligations, il en est une qui n'admet pas

I. LÉON XIII, Lettre encyclique aux archevêques, evèques et au clergé de France, du 8 septembre 1899.

xiivi Les Martyrs

de moyen terme, c'est la seconde. Le devoir du traducteur n'est rempli que quand il a ramené la pensée de son original à une phrase française parfaitement correcte*. » Certains applaudiront à ma tentative, d'autres la blâmeront, à ces derniers j'accorde d'avance que, parmi mes torts, j'aurai eu celui de croire que rien ne saurait m'obliger à prêter aux martyrs un langage de cuistres et des gestes d'automates. C'est un genre qui réussissait fort à une autre époque.

Les interpolations éhontées ont failli discréditer pour toujours la littérature des Acta martyrum, elles ont compromis pour longtemps la valeur historique et la portée apologétique des miracles qui y sont rapportés. A ce point de vue les indications contenues dans les documents liturgiques sont en général dépourvues de valeur, soumises qu'elles ont été à toutes les violences, philologiques ou historiques, en vue des intérêts de clocher. L'histoire cependant est u assez belle, pour qu'on ne s'efforce pas de l'orner. S'y appliquer, comme on le fit, à dessein ou par simplicité, y introduire des prodiges s'accomplissant pour soutenir la constance des victimes et terrifier les persécuteurs, c'est, sans en avoir conscience, s'associer au sentiment des païens qui, incapables de comprendre la puissance du courage soutenu par la foi, attribuaient la victoire des saints à des secours d'un ordre surnaturel^ ». Et ce fut là l'immoralité profonde du moyen-âge et sa part de responsabilité dans les intempérances dogmatiques et critiques de l'époque qu'une généreuse nausée du passé lui substitua, et qui, malgré ses

I. Erw. RE:tA5, Le livre de /o6(i86o), préface, p. iii-it. a. Le Bla?it, Les actes des Martyrs, p. ko.

Préface xxxvii

erreurs et ses excès, n'en fut pas moins véritablement : la Renaissance.

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