LE RÉGIME DES PERSÉCUTIONS
La procédure suivie contre les chrétiens. — Les édits de persécution. — Néron. — Les rescrits de Trajan et d'Hadrien. — Apparition de la torture comme moyen d'obtenir Vabjuration. — Les édits restrictif s du III^ siècle. — Septime Sévère. — Dèce. — Valérien. — L'édit de Gailien. — Aurélien. — Les édits de 303-30^.
11 a existé dans l'Empire romain un droit qui prévoyait le crime dont la profession de christianisme rendait coupable. Nous avons dit qu'Ulpien avait rassemblé et expliqué au livre VU de son traité De officio Proconsulis les constitutions impériales portées contre le christianisme. Ces actes ayant été rejetés tout entiers par ceux qui établirent le texte des Pandectes, il ne nous reste que des informations fragmentaires soutenues dans les textes anciens. Tels quels, ils peuvent nous aider à ressaisir quelques traits essentiels à cette législation.
Néron inaugura les persécutions. On a paru croire que (( ses actes odieux envers les chrétiens furent des actes de férocité, et non des dispositions législatives^ ». Plusieurs faits semblent induire le contraire. Un document contemporain dont la date exacte demeure incertaine est adressé de Rome aux fidèles du Pont, de la Galatie, de la Gappadoce, de l'Asie, de la Bithynie. Parmi les conseils qu'on donne aux Églises on lit ces paroles :
RiKAir, Les Apôtres, p. S/ig.
xxxviii Les Martyr
« Très chers, ne vous troublez pas dans la calamité
{littéral, rincendie) qui fond sur vous pour vous éprouver, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire.
(( Mais vous unissant aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin de vous réjouir et de tressaillir un jour dans la révélation de sa gloire.
(( Si vous êtes insultés au nom du Christ, vous serez heureux. . . .
u Qu'aucun de vous ne soit châtié comme homicide, ou voleur, ou malfaisant, ou comme avide du bien d'autrui.
(( Mais SI l'un de vous est châtié comme chrétien, qu'il ne rougisse pas; qu'il glorifie Dieu en cette qualité.
w Car le temps \ient où le jugement commence par la maison de Dieu K »
Ce texte dispense de toute discussion. La calamité est certaine et ses effets se réalisent au moment même dans la province d'Asie. Voilà ce que l'histoire constate. Faut-il faire coïncider ces indications avec la persécution de l'an 64, ou bien faut-il les appliquer à des vexations administratives exercées à une époque antérieure contre les Juifs. Nul ne le sait ; les arguments qui se tirent du ton de l'épître de Pierre, des expressions émues ou symboliques qui s'y rencontrent ont une valeur subjective, rien de plus.
Un autre texte contemporain nous apprend que, par l'ordre de Néron, « des supplices furent infligés aux chrétiens, race d'hommes d'une superstition nouvelle et malfaisante*» .