I. P. Allard, Le Christianisme et l'Empire romain
Les Martyrs
de redit d'Aurélien (274). La mort de l'emperear, survenue peu après, empêcha en partie son effet. Bien que tombé en désuétude, l'édit d'Aurélien n'était pas formellement abrogé, il suffisait à détruire l'effet de la reconnaissance légale par Gallien et à replacer les chrétiens sous le coup de l'ancien droit qui les proscrivait en théorie.
Pendant le laps d'un quart de siècle environ qui s'étend entre l'édit d'Aurélien et celui de Dioctétien, on signale quelques martyrs, soit à Rome, soit dans les provinces. Le IIP siècle, qui finissait alors, avait profondément changé la situation de l'Église chrétienne dans l'État. « Pendant la première moitié du siècle, dit M. AUard, l'Église avait réussi, en se faisant accepter, soit comme collège funéraire légalement autorisé, soit au moins comme association do fait, à constituer le patrimoine nécessaire pour le culte, la sépulture et tous les besoins matériels ou spirituels d'une société organisée. Toute fiction légale avait même fini par devenir inutile, puisqu'une décision impériale, aux environs de l'an 22b, avait traité l'Église de Piome comme une corporation reconnue, et même comme une religion licite, en lui concédant un terrain avec permission d'y adorer Dieu. 11 fallut le cruel édit de Dèce pour rendre de nouveau illicite la religion chrétienne; mais, même alors, la situation de l'Éghse comme corporation propriétaire ne fut point ébranlée. Cette situation était si forte au milieu du siècle que Yalérien la prit pour but principal d'une persécution nouvelle, et s'usa en vains efforts pour dissoudre l'association chrétienne. L'échec de sa tentative amena une seconde reconnaissance de l'Eghse, plus formelle encore que la première, par Gallien. De nouveau, cette reconnaissance fut abrogée par l'édit de persécution d'Aurélien. L'Éghse retomba alors dans une situation juridique qui
Préface li
avait été la sienne au siècle précédent, jouissant le plus souvent d'une paix précaire, que des accusations individuelles ou même de nouvelles persécutions générales pouvaient interrompre à tout moment. Mais au moins, l'expérience a été faite ; il a été démontré que le pouvoir impérial peut s'entendre avec l'Église, et que le droit d'adorer un autre Dieu que les divinités officielles peut être accordé sans péril pour l'État. Par deux fois, l'antique législation de Rome a été mise en échec ^ »
Les violences préliminaires à l'édit de persécution ne sont pas de notre sujet. L'édit de Dioctétien fut promulgué à Nicomédie le 24 février de l'an 3o3. 11 ne contenait pas la peine de mort, mais seulement les dispositions suivantes : 1° cessation des assemblées chrétiennes; 2» destruction des églises ; S" destruction des Livres sacrés ; 4" abjuration de tous les chrétiens. Les sanctions étaient, pour les personnes d'un rang élevé, la dégradation et la mort civile ; pour les personnes libres mais d'humble condition, l'esclavage; pour les esclaves, l'incapacité à l'alTranchissement.
L'exécution de l'édit varia beaucoup suivant les provinces.
L'édit semblait ne prendre aucune mesure pour contraindre à l'abjuration. Diverses circonstances haineusement interprétées, provoquèrent, dans le courant de 3o3, un nouvel édit prescrivant l'incarcération des membres de la hiérarchie ecclésiastique : évêques, prêtres, diacres, lecteurs, exorcistes. Un troisième édit, rendu fort peu de temps après le second, commanda de rendre à la liberté tous ceux qui sacrifieraient et de mettre à mort ceux qui
P, Allard, ouvr. cité, p. 118.
Les Martyrs
refuseraient. Au commencement de l'année 3o4, un quatrième édit commanda « en termes généraux que tous, en tous pays, dans chaque ville, offrissent publiquement des sacrifices et des libations aux idoles* ». Ces dispositions sont fort claires, la procédure cependant nous est peu connue. De nombreux traits, peu d'accord entre eux, semblent devoir faire accorder une large part à l'initiative des magistrats. Accepta potes tate, dit Lactance, pro suis moribus quisqiie sxvlit-. La Passion de Théodote nous montre qu'en certains lieux toutes les denrées alimentaires étaient consacrées aux idoles avant d'être mises en vente ^ ; ailleurs, on expose à l'entrée des marchés des statues des dieux auxquelles tous doivent sacrifier avant de faire leurs achats^; même obligation aux gens qui veulent puiser à la fontaine publique^. La dernière persécution fut un effroyable carnage présidé par l'arbitraire des magistrats que stimulaient les empereurs. L'iniquité fut sans mesure. On ne peut essayer de ramener à des règles de procédure ce qui en fut la négation, u Contraindre par tous les moyens », tel avait été le cri de guerre de la persécution suprême; telle fut sa constante visée ^.
On sait que l'ère des persécutions fut close par la victoire de Constantin au pont Milvius (29 octobre Sia) et Tédit promulgué à Milan au commencement de l'an 3i3.