‹ Les temps prehistoriques en BelgiqueChapitre 10 sur 19 · niveau ossifère · texte numérisé non relu

niveau ossifère

Echelle de 3 millim. pour 1 mètre.

Flg. 13. — Coupe géologirxue de la-S' caverne de Goyet à l'entrée et dans la troisième salle. (Parties A et B du plan).

Le cinquième niveau ossifère n'était bien développé que dans la partie B. On y a recueilli les restes de quatre Felis spelœa ou lion des cavernes dont on a pu reconstituer un squelette qui, à l'épaule, a une hauteur d'un mètre vingt-cinq centimètres.

Des ossements extrêmement abondants à'Ursus spelœus étaient mélangés à ces ossements de lion ; mais ils étaient en général moins disséminés et plus rarement brisés que ces derniers.

Repaire de lions et d'ours.

l'homme

Des ossements de fœtas, aussi bien que ceux d'individus très adultes, s'y trouvaient souvent groupés dans leurs connexions naturelles. On a été jusqu'à retrouver les nombreux os des quatre pattes de cette espèce avec les osselets réunis des tendons : chaque patte compte vingt-six os, non compris ces osselets ou os sésamoïdes.

Le quatrième niveau ossifère, assez bien développé déjà au fond de la salle A, a fourni de nombreux ossements dans les parties B et C.

Repaire Lcs osscmeuts de onze hyènes remplaçaient, dans ce

d'hyènes et d'ours. . . , t i •

quatrième niveau, les ossements de lions qui caractérisaient le cinquième.

De nombreux os d'animaux, portant la marque des dents de ce carnassier, y étaient mélangés et se rapportent aux espèces suivantes :

Ossements humams,

Ours des cavernes (Ursus spelœus),

Lynx,

Putois,

Loup, '

Renard,

Hyène,

Rhinocéros,

Mammouth,

Cheval,

Chamois,

Wapiti (Cervus Canadensis), Cerf d'Irlande (Cervus megaceros),

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

Renne, Bœuf,

Ossements cV oiseaux.

Les ossements d'hyènes sont assez communs dans les restes de cuisine de l'homme de l'âge du mammouth.

La présence constatée ici d'ossements humains parmi les débris des repas de l'hyène semble indiquer que, si l'homme a mangé de ce carnassier, l'hyène, à son tour, a mangé de l'homme. Ces ossements de notre espèce ont été recueillis à l'extrémité de la caverne, dans la partie C.

Au milieu de ces débris, les ossements d'Ursus spe- Abondance des lœus étaient plus nombreux encore que dans le cin- d ours

quième niveau. On ne peut estimer à moins de deux cents le nombre d'individus de cette espèce qui en ont été exhumés. Les ossements d'un individu appartenant à la variété arctoïdeus, qui est considérée par plusieurs ostéologistes comme la femelle de YUrsus spelœus, y étaient réunis dans leurs rapports anatomiques et constituent un spécimen presqu'intact de cette espèce éteinte. Les ossements de foetus y étaient également assez abondants et on a pu retirer de ces dépôts quatorze crânes d'ours qui, ajoutés à ceux qu'on a découverts dans le cinquième niveau, ont doté les collections du Musée d'une série de vingt-deux crânes à'Ursus spelœus depuis l'ourson jusqu'au grand mâle adulte.

Six squelettes de ces animaux ont été reconstitués. Voici leur âge individuel déduit de leur taille :

1° Squelette d'un individu qui venait de naître : la

110 L HOMME

longueur de l'omoplate = 2 1/2 centimètres; la longueur de l'humérus et du cubitus = 6 centimètres ;

2° Squelette d'un individu âgé d'environ deux mois : longueur du crâne = 15 centimètres ; longueur de l'humérus et du cubitus =15 centimètres;

3° Squelette d'un ourson : longueur du crâne = 22 centimètres; hauteur à l'épaule (dans l'attitude de la marche) = 43 centimètres.

4° Squelette d'un jeune mâle (?) non adulte, se rapportant à la variété Ursiis minutiis de Schmerling : hauteur à l'épaule (dans l'attitude de la marche) = 1 mètre.

5° Squelette d'une femelle (?) adulte se rapportant à la variété arctoïdeus de Goldfuss et de Schmerling : hauteur à l'épaule (dans l'attitude de la marche) = 1 mètre,

6° Squelette d'un mâle adulte se rapportant à la variété fornicatus de Schmerling : hauteur à l'épaule (dans l'attitude de la marche) = 1 mètre 10 centimètres.

Convoitise Ces faits prouvent évidemment que la caverne a été,

à.e V Ursus apelœus \ -y • 't* or-* i i • t t

pour cette caverne. ^ doux repriscs diiierentes, le repaire de ces grands carnassiers, pendant qu'elle était sujette à être inondée par le cours d'eau qui a creusé la vallée du Samson. Mais nous sommes ici devant des faits remarquables qui, au premier abord, pourraient se concilier difficilement avec cette évidence même.

Des ossements de lions, se rapportant à plusieurs individus et suffisants pour reconstituer la charpente

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 111

osseuse de l'un d'eux, s'y trouvent réunis, avons-nous vu, dans une même couche ossifère avec de nombreux ossements ôHUrsus sj^elœus qui ne laissent pas plus de doute sur l'habitation de la caverne par ce carnassier plantigrade. Le mélange de ces ossements montre donc que le lion et l'ours ont choisi le souterrain de Goyet pour repaire, entre deux crues du cours d'eau. On ne peut cependant admettre que ces animaux l'aient habité simultanément. Les lions ou les ours ont, par conséquent, dû y succéder les uns aux autres . Nous avons appuyé plus haut sur la circonstance que les ossements de lions étaient en général plus brisés et plus disséminés que les ossements d'ours, ce qui dénoterait que l'ours avait remplacé le lion dans le repaire.

La quatrième couche ossifère donne lieu à une conclusion analogue. L'hyène et l'ours ont habité cette caverne entre les crues qui ont déposé le limon séparant la quatrième couche de la cinquième et de la troisième. On y trouve à la fois les restes des diverses parties du squelette de l'hyène et de nombreux ossements d'animaux rongés par elle, et, au milieu de ces débris, un nombre considérable d'ossements d'Ursus spelœus à tous les états de développement. Comme les ossements du lion, ceux de l'hyène sont généralement brisés et disséminés, tandis que les ossements d'ours sont souvent agglomérés dans leurs connexions normales. L'hyène avait donc pris possession de la caverne avant l'ours, pendant la formation de cette quatrième couche ossifère.

Si on peut se rendre compte de l'expulsion de l'hyène

l'homme

par l'ours, puisqu'elle a une taille moindre, il pourra paraître étrange que ce plantigrade, malgré ses grandes dimensions, soit parvenu à évincer le lion et à s'emparer de sa retraite.

Mais il importe de remarquer que la vie du lion est nocturne; pendant le jour, il ne quitte son repaire que lorsqu'on l'y force. Les hyènes sont également nocturnes; on ne les voit aussi dans le jour que lorsqu'on les oblige à abandonner leurs refuges. Ce n'est même qu'à la nuit complètement close qu'elles commencent leurs pérégrinations. Leur humeur peureuse est presque légendaire. L'ours au contraire, rôde constamment autour de sa demeure et se promène la nuit comme le jour, effrayant le gibier et rendant la chasse plus difficile aux autres carnassiers.

Dans ces conditions, on comprend facilement que VUrsus spelœus ait pu prendre possession des repaires occupés par l'hyène et même parle lion.

Pour raisonner du petit au grand, nous rappellerons, du reste, que nous voyons encore le renard expulser le blaireau de sa tanière, quoiqu'il soit d'une force inférieure :

coiivoitiae du " Lo Waircau a pour ennemi un coquin, un filou, un « voleur, qui abuse de son bon naturel et le tourmente « de bien des façons. Cet ennemi, c'est le renard. Trop a spirituelle et trop occupée ailleurs pour se creuser elle- « même un terrier, la rusée bête sait que le blaireau est « un habile ouvrier et que les habitations qu'il construit " sont parfaitement à sa convenance. Le moyen qu'il " emploie pour chasser le blaireau de la retraite qu'il

renard pour les retraites du blaireau.

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 113

« s'est faite, est des plus simples : il attaque leproprié- « taire par son côté faible, se glisse dans son terrier, y « déposeses ordures fétides, et renouvelle ce stratagème " jusqu'à ce que le blaireau, blessé dans son instinct de « propreté, lui cède la place, non sans gronder toute- « fois. L'habile voleur n'attend que ce moment pour « s'installer dans cette habitation si confortable. Mal- « gré cette inimitié, fondée surtout sur la différence « des mœurs, il arrive cependant qu'un renard et un « blaireau habitent le môme terrier, mais ce terrier n'a « de commun que le couloir principal ; chaque animal « ayant son donjon distinct, c'est à dire sa chambre « de repos, qui est la partie principale d'un ter- « rier. » '

Par ses mœurs turbulentes, le lapin chasse aussi les autres animaux. Jamais on ne trouve des lièvres là où les lapins sont nombreux. Cet antagonisme doit résulter des dissemblances des humeurs et des habitudes plutôt que d'une inimitié qu'on ne saurait expliquer.

Nous voyons même des ruminants s'exclure. Le bœuf refuse de brouter les champs où on a fait paître le renne.

Les trois niveaux ossifères supérieurs à ceux que L'industrie nous venons de décrire, contrastent fortement avec ces ^VerchTstes* derniers. Ce ne sont plus des amas d'ossements se rap- ''^ "Xns'^iT"^' portant à quelques espèces de carnassiers dont les diverses parties du squelette y sont bien représentées. Nous voyons ici des silex taillés, des os travaillés, des objets

1 Brehm, La vie des animaux, t. I, p. 582.

3' couche osslfère de la caverne.

114 l'homme

de parure, des os carbonisés mélangés aux restes des repas de l'homme.

Les ossements étaient surtout abondants dans les parties obscures B et C pour les quatrième et cinquième niveaux. C'est au contraire à l'entrée A qu'on a rencontré le plus de débris de la nourriture de l'homme, tels qu'ils se sont présentés dans les niveaux 1 , 2 et 3.

Les silex, découverts dans le troisième niveau, ont une forme analogue à celle des silex de Montaigle, Il s'y trouvait aussi des morceaux d'oligiste dont nous verrons plus loin la signification. On y a également rencontré des poinçons, des lissoirs et des pointes de dard en os et en bois de renne.

Voici la liste des espèces qui y ont été recueillies. Elle permettra de se faire une idée exacte de l'importance des chasses de nos indigènes :

Ours des cavernes (Ursus spelœus), 26 individus ;

Ours brun (Ursus arctos) , 1 individu;

Blaireau, 3 individus ;

Belette ou hermine, 1 individu ;

Chien, 1 individu ;

Loup, 3 individus ;

Renard ordinaire, 3 individus ;

Renard bleu (Canis lagopus), 4 individus ;

Hyène, 12 individus ;

Lion (Felis spelœa) 1 individu ;

Lièvre, 2 individus ;

Marmotte, 1 individu;

Rhinocéros, 4 individus ;

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 115

Mammouth, 7 individus;

Cheval, 18 individus ;

Chèvre, 2 individus;

Chamois, 1 individu ;

Bouquetin, 1 individu;

Cerf, 2 individus ;

Chevreuil, 1 individu;

Renne, 20 individus ;

Bœu f. ..? l individu ;

Bœuf urus, 2 individus ;

Oiseaux d'espèces non déterminées.

Quelques ossements humains se trouvaient au milieu de ces ossements d'animaux.

Le deuxième niveau ossifère a fourni des silex taillés dans sa deuxième se rapprochant des types trouvés à Montaigle et dans le Trou Magi^ite, mais les lames de silex y sont plus abondantes.

Del'oligiste s'y rencontrait aussi avec des aiguilles, des poinçons et un sifflet en os, ainsi que des pointes de dard en bois de renne. La plupart de celles-ci étaient arquées. Cette courbure est évidemmeirt intentionnelle, car l'un de ces objets est droit jusque la partie effilée où il a été taillé obliquement. L'intention de nos indigènes ne pouvait être que de barbeler par ce moyen leur arme pour la rendre plus meurtrière. En effet, si on fixe la hampe de manière à placer la pointe sur le même axe, l'autre extrémité dépasse le manche latéralement et forme une barbe qui devait beaucoup augmenter l'action du trait.

l'homme

Des pointes en os arquées ont été trouvées dans les cités lacustres avec un mode d'emmanchure analogue.

Le Hon figure, dans son homme fossile, un de ces objets provenant du lac de Neufchâtel. Le milieu de la pointe est attaché à l'extrémité du manche par du bitume et une ligature'.

La figure 14 montre une des pointes de dard de la caverne de Goyet, à laquelle on a fixé une hampe à l'imitation des modèles découverts en Suisse.

Un autre produit de l'industrie de ces troglodytes a plus d'importance; c'est une portion de bois de renne coupée un peu au dessous d'un andouiller (fig. 15). La partie élargie est percée d'un trou ; la portion du merrain a été arrondie et chargée d'ornements et de dessins.

On reconnaît aisément l'intention de figurer une truite dans le dessin de la moitié antérieure d'un poisson dont le dos est couvert de ponctuations gravées.

Beaucoup d'objets semblables' ont été recueillis dans les cavernes du Périgord par MM. Lartet et Christy et sont figurés dans leur magistral ouvrage :

« Reliquiœ Aquitanicœ ». Ces savants

1 2<= édition. 1868, p. 184.

Fig. 15. — " Bâton de oommaudemont « provenant de la caverne de Goyet. Gr. nat.

l'homme

de commandement », mais l'usage de ces produits d'une industrie reculée est encore très conjectural.

Les naturels du fleuve de Mackensie fabriquent des objets qui ont quelque analogie avec ces bois de renne troués et ornés, lis les nomment « Pogamagan », mot qu'on peut traduire par « objet pour frapper » , et ils les emploient comme armes'.

Voici la liste des espèces dont les débris ont été recueillis dans cette couche ossifère :

Ours des cavernes [Vrsus spelœus), 20 individus au moins ;

Blaireau, 3 individus ;

Loup, 3 individus ;

Renard ordinaire, 6 individus ;

Renard bleu [Canis lagopus), 3 individus ;

Hyène, 7 individus ;

Lion, 1 individu;

Lièvre, 2 individus ;

Rhinocéros, 2 individus ;

Mammouth, 2 individus?;

Cheval, 25 individus environ ;

Sanglier, 2 individus;

Chèvre, 2 iadividus ;

Chamois, 1 individu;

Cerf, 2 individus ;

Renne, 4 individus au moins ;

Bœuf, 3 individus;

Oiseaux divers.

1 Lartet et Christy, Reîiqinœ Acjuitanicœ, p. 51.

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 119

Quelques ossements de notre espèce étaient disséminés au milieu de ces débris de cuisine.

Le premier niveau ossifère était plus riche en objets dans sa première

dvii- • •, A ; 1^1 couche ossifûre.

industrie, qui avaient en même temps un degré de

perfection supérieur à celui des objets des autres

cavernes. ,

Les silex y sont presque exclusivement à l'état de lames étroites et régulières. Elles y sont mieux taillées que les lames de Chaleux et de Furfooz dont nous aurons bientôt à nous occuper. De nombreuses aiguilles, des poinçons, des pointes de dard en os et en bois de renne s'y trouvaient également, ainsi que beaucoup de dents trouées pour être suspendues. Les dents choisies à cet effet sont des canines de loup, de renard et de cerf et des incisives de cheval et de bœuf. Le chef-ouvrier Collard qui opérait ces fouilles, a même pu recueillir les divers articles juxtaposés d'un collier formé par vingt-six dents et par deux morceaux d'os troués. Ils sont exposés dans les galeries du Musée avec la disposition qu'ils avaient dans la caverne.

Un autre collier de cent quatre-vingts moules silicifiées de turritelles et une coquille fossile, Cornicula oliva, qui paraissent provenir de Reims en Champagne, ont été découverts dans la même couche.

' Un « bâton de coçimandement 55 en a été également exhumé, ainsi qu'une partie de bois de renne ayant la forme d'un harpon avec quatre dents récurrentes d'un côté, trois de l'autre (fîg. 16). Des entailles

l'homme

peu profondes à l'une des extrémités de cet objet indiquent l'endroit où l'arme était emmanchée.

Flg. 16. — Harpon en bols de renne provenant de la caverne de Goyet Gr. nat.

Cette caverne de Goyet a été, jusqu'à ce jour, la seule en Belgique qui ait fourni ces « bâtons de commandement » et ce harpon. Ni les nombreuses explorations de Schmerling dans les cavernes de la province de Liège, ni les fouilles plus récentes dans les environs de Dinant n'en avaient fait soupçonner l'existence et on pouvait désespérer d'en rencontrer en Belgique.

La caverne de Pont-à-Lesse avait, il est vrai, fourni une portion de bois de renne gravée et une ébauche de figurine (fig. 8, p. 92 et fig. 9, p. 93); mais ces dessins grossiers contrastaient tant avec ceux du Périgord, où on peut reconnaître avec tant de facilité l'objet que le primitif artiste a voulu représenter, que la comparaison n'était pas possible. Le travail de nos instruments en bois de renne ne pouvait davantage être mis en comparaison avec ceux du Midi. Analogies Jusqu'à ce jour les antiques peuplades Périgouravec les troglodytes cllI16S des Ejzies, de la Madeleine et de LaugerieduPerigoid. pg^ggg^ (^Jqj^^ ssiWe de l'histoire du travail à l'exposition de Paris en 1867 et l'Atlas de « Reliquise Aquitanicœ " nous montraient les remarquables produits, n'avaient donc pas encore chez nous de véritables

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

représentants. Nous les retrouvons aujourd'hui à Goyet avec leur industrie et leur savoir-faire les plus caractéristiques.

La liste suivante indiquera les espèces rencontrées dans le premier niveau ossifère :

Ours des cavernes (Ursus spelœus) ; 9 individus ;

Ourshrim [Ursus arctos); 1 individu;

Blaireau, 2 individus;

Fouine, 1 individu;

Loup, 2 individus ;

Renard ordinaire, 3 individus;

Renard bleu [Canis lagopus], 2 individus ;

Hyène, 5 individus ;

Rhinocéros, 2 individus ;

Mammouth, S individus;

Cheval, 14 individus environ ;

Sanglier, 2 individus ;

Lièvre, 2 individus ;

Chèvre, 11 individus;

Chamois, 1 individu;

Cerf, 1 individu;

i?ewne, 11 individus;

Bœuf, 2 individus ;

Oiseaux divers.

Quelques ossements humains y étaient également mélangés.

C'est la neuvième liste des espèces de l'âge du Mammouth, recueillies dans nos cavernes, qui figure dans

l'homme

L-hippopotarae cette publicatioii, et, dans ces neuf listes, il y en a six

ne figure pas

dans i.s listes des qui se Tapportcnt aux produits des chasses de nos

espèces recueillies . -, . .

dans les cavernes, indigèncs. On remarquera quo 1 hippopotame n est cité dans aucune.

Ce monstrueux pachyderme vivait cependant dans l'Europe occidentale, à cette époque. Ses débris ont été rencontrés en France, en Angleterre, en Allemagne et en Belgique, associés aux autres espèces de la faune du mammouth dans les alluvions quaternaires, mais on n'en a pas encore signalé dans la faune des cavernes d'aucun de ces pays.

On peut s'expliquer le fait. L'hippopotame est l'un des mammifères qui sait le moins se passer de l'eau. Il ne va du fleuve à la terre ferme que par exception, la nuit pour y paître, lorsque le fleuve contient peu déplantes ; quelquefois le jour pour se chauffer au soleil. Il passe le reste du temps dans l'eau d'où il ne sort d'ordinaire la tête que pour respirer. Protégé par son cuir épais et par le milieu où il vit, il est très difîicile à tuer, sa chasse passe pour une des plus chanceuses, même avec des armes à feu. Les nègres l'attaquent au moyen de harpons et ne s'en emparent qu'en le laissant s'épuiser par la perte de son sang^

L'énumération que nous venons de faire des espèces observées dans les cinq niveaux ossifères de la caverne de Goyet, avait principalement pour but de prouver, par la disposition stratigraphique des couches, l'existence

1 Delegorgue, Voyage dans V Afrique Australe ; Livingstone, Explorations dans V Afrique Australe et Brehm, loc. cit., t. II, p. 784.

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

simultanée de toutes ces espèces dans le pays et de

fournir en même temps une nouvelle démonstration Démonstration

très concluante de l'existence de l'homme à ces époques de^rexistluee

1 , simultanée

reculées. (jgg espèces

L'alternance des couches ossifères avec les couches ^""f^ ^t^^^ZS^ d'alluvions fluviales montre que la formation de ces dé- Beigictue. pôts d'alluvions a été intermittente. Nous avons interprété cette disposition par l'action d'un cours d'eau, sujet à des crues fréquentes et considérables, qui pouvait inonder la caverne, à l'époque où il n'avait pas encore creusé la vallée à sa profondeur actuelle.

C'est dans les intervalles de ces crues que se formaient les niveaux ossifères, tantôt par l'habitation des carnassiers, tantôt par le séjour de l'homme.

Quand on rencontre les ossements de plusieurs espèces dans une couche isolée, on ne peut être tout à fait certain que ces espèces aient été absolument contemporaines, car l'accumulation des ossements a pu se produire successivement pendant un temps très long. Mais quand nous voyons les mêmes espèces se répéter dans des couches ossifères superposées, la solution est évidente et on ne peut douter que ces espèces n'aient vécu simultanément dans le pays.

Les cinq couches ossifères de la caverne de Goyet, contenant toutes des restes de la faune de l'âge du mammouth, établissent, comme un fait définitivement incontestable, la coexistence dans les mêmes régions des espèces nombreuses et de nature si différente dont les alluvions quaternaires renfermentles restes. Ainsilelion

l'homme

a été trouvé clans les 2", 3® et 5® couches; l'hyène, le mammouth, le renne et le chamois dans les V^, 2®, S" et 4" couches.

Démonstration Lo même raisounement est applicable à la coexis-

gôologique .

de la coexistence tence de l'homme et de ces animaux. L'homme a laissé

de rliomme ^ . . , i-i-i ••

avec ces espèces, les produits de son industrie et ses débris de cuisine dans les trois premières couches. Nous avons vu que son savoir-faire était sensiblement le même durant l'époque marquée par la formation de ces couches, et que, dans tous ces niveaux ossifères, on rencontrait la faune de l'âge du mammouth avec ses principales espèces.

C'est une dernière démonstration de l'antiquité de l'homme, si toutefois elle était encore nécessaire.

T.a fln de l'âge Cependant les fleuves avaient fini de creuser leurs

du mammouth.

lits. Les vallées avaient leur profondeur actuelle. Au commencement, le lit que se creusait la Meuse avait une largeur de 12 kilomètres à la hauteur de Dinant, A la fin de l'âge du mammouth, la Meuse ne pouvait plus donner à son lit que 400 mètres de développement transversal.

Après cet âge, diminuant encore de volume, le fleuve dut cesser de conquérir. Impuissant' à continuer son oeuvre, il ne put même pas se maintenir dans les dernières limites que lui avait tracées son pouvoir érosif.

Il combla lui-même son ancien cours et s'y resserra entre des atterrissements. Le beau fleuve, large jadis de 12 kilomètres dans la province de Namur, à la puissance duquel le roc le plus dur, entamé jusqu'à la pro-

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

fondeur de 150 mètres, ne pouvait opposer de résistance, la Meuse a maintenant 60 mètres de largeur et à certaines saisons ne roule plus assez d'eau pour permettre la navigation. Ainsi passa sa gloire.

Les phénomènes physiques se produisaient sur une immense échelle. A côté se développaient les colosses du règne animal.

L'harmonie existe toujours dans toutes les manifestations de la nature.

Les fleuves perdent leur pouvoir vis-à-vis de la dureté des rochers, ils se réduisent à de minces rivières, coulant lentement et avec d'innombrables sinuosités à travers leur ancien domaine.

La faune, à son tour et en même temps, perd ses plus puissants représentants. L'éléphant, le rhinocéros, le lion, l'hyène, en butte à des hivers plus extrêmes, quittent cette contrée pour n'y plus reparaître; le renne, l'élan, le cheval, l'aurochs vont être maintenant les maîtres des forêts.

La scène a changé ; nous entrons dans la seconde phase de la période quaternaire. Uâge du mammouth fait place à Yâge du renne dont l'étude fera le sujet du troisième chapitre de cet exposé.

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