‹ Les temps prehistoriques en BelgiqueChapitre 11 sur 19 · L'HOMME PENDANT L'AGE DU RENNE · texte numérisé non relu

L'HOMME PENDANT L'AGE DU RENNE

Les peuplades de Pont-à-Lesse et de Goyet nous avaient révélé un léger progrès dans leurs mœurs ou plutôt dans leur outillage. Au lieu d'être taillé en gros éclats triangulaires, le silex, substance qu'elles ne pouvaient obtenir qu'à grande peine, était souvent débité en lames fines et étroites. C'était tout à la fois économiser la matière première et mieux approprier l'outil à leurs usages journaliers.

A peine pouvons-nous signaler une modification plus Les mœurs importante entre le savoir-faire des populations de cette %u°te'rntirer^ époque du mammouth et de l'époque suivante, l'âge du ^'^gt^tionnalres'"'^ renne, qui marque cependant des différences physiques et biologiques considérables dans le régime de la nature. Si bien que nous en sommes à reconnaître que, dans ces temps si reculés, l'homme, l'être progressif par excellence, qui aujourd'hui ne laisse pas un jour sans modifier et perfectionner ses conceptions et ses œuvres, variait moins vite dans ses mœurs et dans son savoir-faire que la nature elle-même.

Les évolutions de la nature sont pourtant majes- Lenteur

, , 1 I -mi < 1 • 1 , des évolutions

tueusement lentes. « Lile ne procède pomt par sauts », de la nature.

l'homme

disait l'illustre Linné, et cet aphorisme a reçu une ample confirmation depuis que l'étude des temps nous a dévoilé la marche des phénomènes qui ont créé l'ordre actuel. On ne peut même dire que les changements de la nature soient séculaires, car il est impossible d'apprécier son mouvement en un laps de temps aussi court qu'un siècle. Sa marche n'est d'ordinaire saisissable que par l'accumulation de ses manifestations pendant une époque indéfinie, qui ne peut se chiffrer ni en années ni en siècles.

Les mœurs Uue modificatlou profonde eut lieu, comme nous

de nos indigènes

variaient allous cu jugcr, daus les phénomènes, pour passer de la nature, l'âge du mammouth à l'âge du renne. L'homme, au contraire, demeura à peu près stationnaire, et son ethnographie à cette première époque peut s'appliquer, à peu de chose près, à l'époque suivante. Nombreuses Mais, par compcnsation , cet âge du renne va nous

données ettino- . .,. , ■,, ■,,

grapliiques instruire, bien plus complètement que 1 âge précédent,

sur les peuplades . , . , • y ^ t v

de rage du renne, sur uos indigcucs aux mœurs sauvages qui précédèrent toute civilisation et dont la tradition ne nous laisse pas même soupçonner l'existence. Leurs usages, leur manière de vivre, leurs relations avec les pays voisins, leur industrie, leurs coutumes funéraires, leur race, c'est à dire, leur parenté avec les peuples actuels, voire même leurs idées religieuses, nous sont souvent indiqués avec une précision qu'on peut rarement espérer dans ce genre de recherches.

Ces renseignements ont été exhumés des cavernes de Furfooz, de Chaleux et de Montaigle que nous allons décrire sommairement, afin que chacun puisse mieux

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

se rendre compte de la méthode d'induction et de la valeur des preuves apportées dans la reconstruction de ces temps.

Les cavernes de Farfooz s'ouvrent sur un escarpe- L-escarpemem

de Furfooz,

ment très accidenté de la vallée de la Lesse, près du village du même nom, et à six kilomètres environ au sud-est de Dinant.

La vue, placée en tête de ce chapitre, donne une idée de la disposition de ces masses calcaires coupées, échancrées et corrodées, se dressant comme des ruines de murs géants avec leurs crénelures et leurs brèches au milieu de touffes d'une verdure agreste qui prend pied aussitôt qu'une saillie du rocher lui donne asile. C'est d'un aspect profondément antique, non de cette antiquité que rappellent les œuvres des hommes, mais d'une vétusté géologique qui dénote que l'action de siècles succédant aux siècles a seule pu causer pareil délabrement. La Lesse coule rapide et indisciplinée devant ce site, laissant dans les grandes sinuosités de son cours des percées où se déroulent de nouveaux paysages qui viennent compléter un admirable ensemble.

Ce n'est là, du reste, qu'un des aspects de la vallée de la Lesse dans ses trente derniers kilomètres. Partout elle laisse une grande impression. Les sites de Walsin.de Ghaleux, de Furfooz etd'Ardennes n'en sont que les parties choisies, on pourrait dire les joyaux.

L'homme, à toutes les époques, s'est établi dans cette localité suivant les diverses conditions de son temps.

Établissements successifs de riiomme à Furfooz.

l'homme

Nous allons le voir dans les réduits que les rochers lui offraient et où il subsistait sur les bords de la rivière avec les ressources naturelles de la contrée.

L'escarpement est couronné par les ruines bien visibles d'une forteresse romaine.

A proximité, dans une situation plus agricole, s'élève le village de Furfooz.

Le trou des jvutons. L'oscarpement compte une dizaine d'excavations à ciel couvert, de toutes formes et dimensions. Mais nous n'aurons à nous occuper ici que du trou des Nutons, du trou du Frontal, du trou Rosette, et, dans une vallée latérale, du trou Reuviau.

Le trou des Nutons est un souterrain à large orifice avec une salle unique de 25 mètres de longueur, bien éclairée dans tout son périmètre. Un amas d'argile rouge intense et jaune, d'une grande compacité, recouvrait son sol. Cette argile est d'origine interne, et, comme il a déjà été dit, elle témoigne d'une source thermale ou minérale qui fut peut-être cause que cette caverne n'a pas été habitée durant l'âge du mammouth. Les phénomènes de cette dernière époque s'y manifestent ensuite par des alluvions fluviales contenant des ossements de cerf dont le mode d'introduction n'a pu être déterminé. Puis venait une épaisse couche de stalagmite que la poudre détruisit en 1864. Une argile jaune, empâtant des fragments de la roche encaissante, la recouvrait et on y trouvait d'abondants indices de l'homme du renne : ossements d'animaux mangés, ossements travaillés, silex taillés, etc.

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Les ossements ont appartenu au renne, au chamois, La faune

, 1, 1 Al 11 /» T de l'âge du renne.

a lours des Alpes, au cheval, au ceri, au sangner, au loup, au renard et à d'autres espèces encore. L'explorateur avait donc bien affaire à l'âge du renne, puisque cette faune, définie par de nombreux débris, ne contient pas d'espèces perdues. Elle se compose seulement d'espèces aujourd'hui émigrées au nord ou sur les sommets neigeux du centre de l'Europe, unies aux espèces de notre région tempérée.

A la surface de ces dépôts souterrains, on recueillit des silex de l'âge de la pierre polie, des antiquités romaines et franques et des débris plus modernes.

A deux cents mètres en aval du trou des Nutons, se i^e trou, du Froniai. trouve une excavation large et peu profonde, se prolongeant en une petite cavité peu étendue que l'exploration fit découvrir : c'est le trou du Frontal, le lieu de sépulture de l'homme qui fit du trou des Nutons sa demeure.

Cette petite caverne, tant par ses données géolo- importance

x (-J géoliigique

giques que par les lumières qu'elle a répandues sur et ethnographique, l'ethnographie ancienne, est la plus importante qui ait encore été fouillée dans notre pays. Il est certain que si l'explorateur eût souvent vu ses recherches couronnées d'un succès aussi complet, les laborieux travaux, entrepris dans notre région, eussent été fort abrégés, et il resterait aujourd'hui bien peu de choses à dévoiler sur les habitants de la Belgique à l'époque quaternaire.

Des traces d'argile d'origine interne (voyez fig. 17, n° 5), une épais dépôt de cailloux roulés (n° 4) surmonté d'alluvions limoneuses (n° 3) fournirent l'histoire des phénomènes physiques qui y précédèrent l'époque où

L HOMME

l'homme l'a choisie comme lieu de repos pour ses morts. Nous examinerons plus loin les données que les restes des repas dans l'abri extérieur et. l'amas d'ossements humains nous fournissent sur les coutumes funéraires de l'antique peuplade. Ajoutons seulement que ces débris de l'homme étaient enfouis sous un amas d'argile jaune n" 2 avec des fragments de la roche de la caverne, analogue à l'argile à ossements de renne du trou des Nutons. Un éboulis pierreux la recouvrait et a fourni un petit lion en bronze de l'époque romaine.

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