‹ Les tenailles. Point de lendemain. Les paroles restent. Illus. d'après les dessins de Maurice LalauChapitre 25 sur 84 · IRE 'ME · texte numérisé non relu

IRE 'ME

Il a été beau votre trioiiphe, pour que vous vous y complaisiez encore !...

je me lève la nuit, et je le trouve dans des transpirations qui m'épouvantent...

FERGAN. — C'est cela que je déclare fâcheux, même un peu ridicule. C'est votre luxe de précautions qui l'étiolé, ce petit bonhomme. Il ne s'en portera que mieux, dès qu'il sera moins dorloté.

IRÈNE. — Mon fils ne me quittera pas.

FERGAN. — ■ Mon fils suivra mon exemple. A son âge, il y avait déjà deux ans que j'étais en pension. Il fera comme les enfants de nos voisins de châteaux, de tous les gens de notre monde. Il viendra ici le dimanche. J'irai le voir souvent. Vous irez chaque fois que vous voudrez... et C[ue l'état de nos chevaux le ^^ermettra...

IRÈNE. — • René est malade, vous dis-je, gravement malade. Son existence est en question... Je le sais, moi ! Les médecins me l'ont dit...

FERGAN. — Quels médecins 1

IRÈNE. — Tous!... Tous ceux que j'ai pu consulter dans les environs.

FERGAN. — Vous avez fait cela?... En cachette ?...

IRÈNE. — Oui I...

FERGAN. — C'est absurde!... Et quelle maladie a-t-on trouvée à notre fils?

IRÈNE, interloquée. — On a reconnu que... ;

FERGAN, incrédule. — Quoi?

IRÈNE. — ... Que mon amour seul était capable de le préserver... de le sauver... par vm régime de tous les jours, par un traitement de tous les instants...

FERGAN. — Assez de phrases vagues!...

Quand quelqu'un est malade, sa maladie porte son nom. Précisez ! '

IRÈNE. — Comme vous me tourmentez!... Mais croyez-moi donc! Vous voyez bien dans quelle émotion je suis!...

FERGAN. — Hé ! les docteurs aussi auront bien vu ce que vous attendiez d'eux pour me l'opposer. Vous en avez remporté des diagnostics de complaisance... Ah çà! vous êtes une femme bien jDortante. Moi, sapristi! j'ai un bon coffre! Est-ce avec ces antécédents-là que l'on donne naissance à des enfants rachitiques? {Irène baisse la tête qjendant ces paroles.) Au surplus, nous constaterons bientôt comment notre fils aura profité de sa première année d'internat...

IRÈNE. — Jamais!

FERGAN. — Plaît-il?

IRÈNE. — Jamais vous ne me convaiu-

crez sur ce point ! Jamais je ne fléchirai ! FERGAN. — Alors, fiuissons-cn tout de suite avec cette discussion stérile : veuillez faire préparer le petit bagage de René. IRÈNE. — Comment cela ?

FERGAN. — Je vais le conduire au collège...

IRÈNE, éperdue. — Vous allez... vous oseriez...

FERGAN. — Je veux être parti dans une heure.

IRÈNE. — Ah ! cela ne sera pas !... C'est la vie de mon fils que je défends contre votre horrible erreur. Je le garderai 1 fûtce jour et nuit, dans mes bras.

FERGAN. — Allons ! allons ! Vous voici redevenue telle que je vous avais crue corrio^ée de l'être... Et vous me contraignez à vous imposer ma toute-puissance de père, comme jadis ma toute-puissance de mari '. . IRÈNE. — Ne me parlez pas de ce que vous avez fait ! Il a été beau, votre triomphe, pour que vous vous y complaisiez encore!... Oui, j'ai courbé la tête, avec plus de haine encore dans le cœur. J'ai baissé le front ; et depuis lors, je ne vous ai plus regardé en face. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas votre femme qui se redresse devant vous et que vous obligez à vous braver : c'est la mère, une mère que rien ne fera reculer...

FERGAN. — Vous VOUS trompcz sur les droits de la mère.

IRÈNE, avec un mépris farouche. — Ce ne sont pas les mères qui s'abusent sur leurs droits!... Nous les sentons, nous autres, se former en nous avec l'enfant même. Et nos yeux voient ces droits naître de nous, attachés à nos propres entrailles...

FERGAN. — Une fois de plus j'ai raison, à rencontre de vos utopies, de par la loi... IRÈNE. — Ah ! cet affreux mot reparaît donc ! Vous aussi, je vous retrouve vous jouant de la vie de mon fils, pareil à ce que vous avez été pour briser la mienne : sans remords, avec ces yeux-là de boun-eau tranquille dans raccomplissement de sa besogne !

FERGAN. — Dites tout ce qu'il vous plaira. Rien ne m'empêcliera de disposer de notre fils.

IRÈNE, dans une hésitation trar/ique. — ■ Ne saurai-je donc pas vous dire ce qui vous empêcherait de me le disputer!...

FERGAN. — Il m'appartient avant vous.

IRÈNE, haletante. — Ce n'est pas vrai!

FERGAN. — Contre vous.

IRÈNE. — Non ! non !

FERGAN. — Allez veiller à son départ.

IRÈNE. — Ecoutez !

FERGAN, s'en allant. — Non!... je vais donner l'ordre d'atteler.

IRÈNE, Itii barrant le chemin. — Devant Dieu, cet enfant est à moi seule, ici !

FERGAN, la reji'tant en arrière de lui. — Il est à moi, qui suis le père !

IRÈNE. — Vous n'êtes pas son père!

FERGAN, brusquement retourné vers elle. — Ah çà ! vous devenez folle?

IRÈNE, presque rassérénée. — Je redeviens franche.

FERGAN, nerveusement. — Vous dites?... Vous savez ce que vous dites?

IRÈNE. — Je le sais.

FERGAN. — Vous voulez m'égarer?...

Cette phrase incroyable!... cet outrage!... C'est un moyen en dernier recours?...

(S' exaspérant.) Parlez vite! Mais parlez donc !

IRÈNE. — Vous demandez des preuves?

soit!... Rappelez-vous! Je vous avais fermé ma chambre ; j'avais tout tenté pour vous chasser de ma vie... Et vous m'aviez emmenée en servitude, inoubliablement !...

FERGAN. — Après?

iKÈNE. — Par quel sentiment ai- je pu faiblir un jour devant vos obsessions et redevenir votre femme?

FERGAN, commençant à comprendre. — ■ Oh!

IRÈNE. — Je portais mon secret. Pour sauvegarder l'enfant, je vous ai caché la vérité, comme pour le sauver en ce moment je vous la dis !...

FERGAN, se précipitant contre elle. — Gredine ! Gredine !

IRÈNE, qui s'est réfugiée vers une sonnette. — J'appelle vos domestiques.

FERGAN, se maîtrisant. — Le scandale!... En effet, je sais à présent qu'aucune infamie ne vous répugne.

IRÈNE. — C'est votre logique impitoya-

Irène. — Vous n'êtes

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