DAMON, LE MARQUIS
LE MARQUIS, at/i icalement. — Tu ne m'attendais pas si tôt, n 'est-il pas vrai?...
Eh bien! comment cela s'est-il passé?
DAMON, un peu gêné. — Tu savais donc que j'étais ici?
LE MARQUIS. — Oui, Vraiment. On me le fit dire hier au moment de votre départ... As-tu bien joué ton personnage ? Le mari a-t-il trouvé ton arrivée bien grotesque? Quand te renvoie-t-on ?... J'ai pourvu à tout. Je t'amène une bonne chaise qui sera à tes ordres. C'est à charge d'autant. Il fallait un cavalier à la baronne, et aussi un paratonnerre pour détourner sur soi tout le fluide des malveillances d'un époux. Tu as rempli ton office. Tu as été un amusement pour la route : c'est tout ce que mon amie voiilait. Et ma reconnaissance. . .
DAMON, revenu à l'aise. — Oh! non!
non ! Je sers avec générosité ; et, dans cette occasion, la baronne pourrait te dire que j'ai mis un zèle au-dessus de ta reconnaissance.
LE MARQUIS. — Brave Damon !
DAMON. — ■ Mais pourquoi arrives-tu si vite?... N'aurait-il pas été plus prudent ?...
LE MARQUIS. ■ — Tout est prévu : c'est le hasard qui semble me conduire ici ; je serai censé revenir d'une campagne voisine. La baronne ne t'a donc pas mis au courant? Je lui en veux de ce défaut de confiance, après ce que tu faisais pour nous.
DAMON. — Elle avait sans doiite ses raisons ; et peut-être, si elle se fût complètement expliquée, n'aurais-je pas si bien joué mon personnage.
LE MARQUIS. — Cela, mon cher, a donc été bien plaisant?... Conte-moi tous les détails, conte donc!...
DAMON. - — Ah! un moment!... Je n'étais pas certain que tout ceci fût une comédie ; et, bien que je sois pour quelque chose dans la pièce...
LE MARQUIS. — Tu n'y avais pas le beau rôle.
DAMON. — Va, va, rassure-toi : il n'y a point de mauvais rôles pour de bons acteurs.
LE MARQUIS. — J'entends : tu t'en es bien tiré ?
DAMON. — Honnêtement.
LE MARQUIS. — Et la barcnnc?
DAMON. — Incomparable !
LE MARQUIS. — Couçois-tu qu'on ait pu.
fixer cette femme-là?... Cela m'a donné de la peine ; mais j'ai amené son caractère au point que c'est peut-être la femme de Paris sur la fidélité de laquelle il y a le plus à compter.
DAMON. — Après tout, c'est bien possible.
LE MARQUIS. — Tel est mon talent.
Toute son inconstance n'était que curiosité. Il fallait s'emparer de cette âme-là.
DAMON. — Rien ne t'échappe.
LE MARQUIS. — N'cst-il pas vrai?... Tu n'as pas l'idée de la force de son attachement pour moi ! En fait, elle est délicieuse : tu seras forcé d'en convenir. Entre nous, je ne lui connais qu'un défaut : c'est que la nature, en lui donnant tout, lui a refusé cette flamme divine qui met le comble à ses bienfaits ; elle fait tout naître, tout sentir, mais, quant à elle-même, c est un marbre.
DAMON. — Ah bah!... Je vois que tu connais cette femme-là juste autant que si tu étais son mari. Vraiment, c'est à s'y tromper ; et si je n'avais pas été préeenté hier au véritable...
LE MARQUIS. — A propcs, a-t-il été bien bon ?
DAMON. — Jamais on n'a été plus mari que cela.
LE MARQUIS, rlat/t. — Oli ! la bonne aventure!... Mais tu n'en ris pas assez à mon gré ! Tu ne sens pas tout le comique de ce qui t 'arrive ! Conviens que le théâtre du monde offre des choses bien étranges, qu'il s'y passe des scènes bien divertissantes? Je brûle d'en rire avec la baronne... Mais il doit faire jour ciiez elle. J'ai dit que je serais ici de bonne heure... Allons voir...
DAMON — N'estimerais-tu pas plus décent de te présenter d'abord chez le mari ?
LE MARQUIS, se mettant en marche. — ■ Tu es plein de tact... (Revenant.) Dis-moi encore : le baron t'a donc bien pris pour 1 amant ?
DAMON'. — Tu jugeras de mon succès par la réception qu'il va me faire.
Liu moment où ils i-07it sortir, le hanm entre.)