‹ Les tenailles. Point de lendemain. Les paroles restent. Illus. d'après les dessins de Maurice LalauChapitre 69 sur 84 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LIGUEIL, LE DOCTEUR, puis L'ORDONNANCE.

LIGUEIL, avec empressement. - — Et maintenant, docteur, de vous à moi, comment vous paraît-il, ce matin? Puisqu'il n'est point mort dans les deux jours, contrairement à vos premières prévisions, croyez-vous alors qu'une guérison devienne possible ?

LE DOCTEUR. — C'est toujours bon signe de n'être pas mort.

LIGUEIL. — Après que le chirurgien a eu fait la ligature de la carotide, il m'a déclaré que cette opération réussissait une fois sur dix, et que, justement, il en avait manqué neuf.

LE DOCTEUR. — C'était une façon de vous donner bon courage.

LIGUEIL. — Enfin, quand saurez-vous si vous pouvez sauver Nohan ?

LE DOCTEUR. — Peut -être tout de suite.

LE DOCTEUR. — Il marche tout de même avec plus de fermeté.

Si je constate que la circulation n'est plus rétive, quelle se décide à se rétablir avec une régularité suffisante... Au surplus, je vous répète que, au premier aspect, mou impression d'aujourd'hui est devenue moins mauvaise.

LiGUEiL. — C'est que, pour l'instant, il est animé, voyez-vous, d'une telle volonté de vivre !...

LE DOCTEUR. — Ail ! dame ! quand un malade ne veut pas mourir... la science perd ses droits !

l'ordon'x.wce, sortant de ht iiia'isoji. — M. le marquis est prêt.

(U ordonnance vient enlever la fable.)

LIGUEIL, ri/i dortciir. — Avant de le rejoindre, permettez-moi de vous faire une recommandation qui va vous sembler singulière... Si l'inspection à laquelle vous allez procéder pouvait confirmer l'espoir que vos paroles laissent renaître en moi, je vous adjure de n'en rien dire devant le blessé, de n'en rien faire paraître.

LE DOCTEUR. — Soit ! Mais pourquoi?

LIGUEIL. — Cela lui ferait probablement beaucoup de mal.

LE DOCTEUR. — Par excès de joie?

LIGUEIL. — Non, au contraire..

LE DOCTEUR. — Comment? Un bommo — et c'est d'ailleurs bien son droit ! — qui a si peur de la mort ?

LIGUEIL. — Il n'en a pas peur. Il redoute seulement de mourir avant d'avoir mené à bien... une affaire... qui exige quelques jours de répit.

LE DOCTEUR. — Eli bien ! s il ne meurt pas du tout, il mourra encoi'e moins d'ici à quelques jours.

LIGUEIL. — Oui, mais, étant données la nature de sa combinaison et l'âme avec laquelle il l'envisage, je devine, je sens, je sais que Nohan tient à mourir... ensuite... tout de suite après l'acte projeté, si c'est possible... pour la validité de cet acte. Et il y tient, j'en suis sûr. avec une ardeur qui doit tuer, si la ténacité dont vous le voyez s'accrocher momentanément à l'existence est capable aussi de prolonger celle-ci.

LE DOCTEUR. — C'cst conveuu !

LIGUEIL. — Par conséquent, s'il y avait lieu de prévenir le malade qu'il doit s'apprêter... à vivre, je me chargerais de la communication, et d'en choisir le moment favorable. (Us enfrenf dans la rnaisuti.)

RÉGINE. — Allez empêcher qu'on lui fasse encore du mal.

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