INTRODUCTION XXXI
forme, à l'expression. Rien là que de très naturel sans doute : puisque la vie intérieure est la seule réalité, l'éminente réalité en tous cas, on n'y saurait pénétrer qu'en transformant complètement les procédés et les instruments qui permettent de connaître et servent à peindre le monde des apparences, en les épurant de ce qu'ils ont de grossièrement matériel pour les rendres capables de s'élever au domaine de l'esprit pur. C'est ainsi que, très logiquement, les symbolistes entreprirent de libérer le vers des formes sculpturales que lui avaient données les Parnassiens matérialistes et qu'il leur parut nécessaire d'assouolir l'expression poétique en la menant aux frontières de la musique. Si toutefois cet idéalisme de la forme prit tant d'importance que l'idéalisme de la pensée qui l'inspirait en fut éclipsé et bientôt perdu de vue, il ne faut pas attribuer, semble-t-il, ce que certains considèrent comme la perversion et l'avortement d'un remarquable mouvement, au seul fait que la pléiade de 1885 se recrutait surtout parmi des écrivains et des artistes, hommes voués par métier aux questions d'expression. Un Maeterlinck, un Henri Bergson qui sont plus ou moins de cette génération et qui valent indéniablement comme artistes échappèrent à cette préoccupation exclusive de la forme. Si tant d'autres — la majorité — y sombrèrent, il faut en accuser sans doute le caractère super-
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ficiel de leur idéalisme qui proclamait les droits de la vision, de la sensation personnelle et de la vérité rationnelle propre à chaque individu rappelons - nous la fortune des doctrines stirnériennes et l'anarchisme intellectuel qui fut alors de mode bien plus qu'il ne constituait une affirmation de la vie intérieure, saisie et vécue profondément. L'idéalisme de 1885 apparaît, quand on l'analyse, comme un intellectualisme exaspéré.
a souvent répété que les écrivains, surgis voici trente ou quarante années déjà, sortaient de faire une excellente classe de philosophie. L'intellectualisme radical de la plupart d'entre eux nous permet de le croire... et de le regretter. Il n'y a peut-être point tant de paradoxe à prétendre que, de s'intéresser trop vivement à un enseignement faussé dans son àme et dans ses moyens par les contingences scolaires, peut conduire aux habitudes d'esprit les plus fâcheuses. Ceux-là mêmes, crue cet enseignement n'amena point à vénérer des idoles ou à pratiquer des rites dépourvus de signification profonde, dans l'exercice de leur pensée, sacrifièrent souvent avec d'autant plus d'amour sur l'autel de ces faux dieux et accomplirent d'autant plus joyeusement ces rites, qu'ils y croyaient trouver des certitudes jusqu'alors inéprouvées. Les routes royales par où la raison mène l'esprit humain, les visions cinématographiques qu'elle déroule