‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 43 sur 94 · ANDRÉ BEAUNIER · texte numérisé non relu

ANDRÉ BEAUNIER

Un des rares, hommes qui aient su et pu maintenir les droits, de la Critique dans la presse quotidienne. Il ne s'est pas contenté de suivre avec une curiosité sympathique et une compréhension devenues, trop rares le développement des lettres, contemporaines : avec des livres comme Picrate et Siméon, Le Roi Tobol et surtout L'Homme qui a perdu son moi, il s est classé au- premier rang des romanciers d'idées, qu'il ne faut pas confondre avec les auteurs de romans à thès,es, parce qu'ils joignent le souci de l'artiste aux préoccupations du penseur.

Très occupé M. André Beaunier nous reçoit quelques minutes au Figaro. « J'ai d'autant « moins de choses à vous dire, — remarque-t-il « immédiatement, — que l'on ne peut relever « aujourd'hui aucune tendance précise, aucun « mouvement bien caractérisé. Nous vivons « dans une anarchie qui n'est pas seulement « littéraire, mais générale. On peut l'aimer ou « la détester, mais, personnellement, je crois « que les époques où la littérature a le mieux

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« fleuri sont les époques organisées. Xotez « d'ailleurs que cette anarchie n'empêche point « que les écoles pullullent, mais elles sont sans « importance.

« Sur le symbolisme, poursuit-il, j'ai écrit, « vous le savez, une étude qui a paru en 1902 « sous le titre La Poésie Nouvelle. Mais à « cette époque les symbolistes ont renoncé à « l'être. Il faut distinguer, je crois, dans ce .« mouvement : les manifestations, les déclara- « tions, je n'ose dire les œuvres, parfois gro- « tesques de 1885 ; cela, c'était ridicule et « mort né. Mais à côté de cela, le symbolisme a « donné de très grands poètes comme Moréas, « Henri de Régnier, Verhaeren, Vielé-Griffin, « Maeterlinck. D'ailleurs au fond des théories « de cette époque, il y avait une idée juste : « c'est que tout grand art est symboliste. L'hu- « manisme qui voulait réagir contre le symbo- « lisme, proclamait la nécessité de peindre la « Vie directement. Mais cette prétention me « semble contraire aux conditions mêmes de « l'art qui doit être une allusion à la Vie. »

Nous questionnons ensuite M. Beaunier sur les tendances qu'il croit pouvoir discerner, s'il en discerne, chez les jeunes :

« Je vous dirai très franchement, nous ré- « pond-il, que je n'accorde aucune importance « aux professions de foi et aux manifestes de « la jeunesse. Avant trente ans on ne sait guère

« où l'on va. Vous me parlez dans votre lettre « de l'anti - intellectualisme. Ma génération a « subi à ce point de vue, une évolution cu- « rieuse. Vers 1890 nous avions pour bréviaire « L'Avenir de la Science. Dans la préface de « l'Homme qui a perdu son moi j'ai essayé « d'indiquer comment et pourquoi beaucoup « d'esprits en sont venus à des idées et à des « disciplines fort différentes. Vous m'excuserez « de vous y renvoyer. »

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