LÉON BOCQUET
Voici treize ans que M. Léon Bocquet dirige la revue qui! a fondée. Le Beffroi. Mais cesjt moins un directeur de revue, qu'un poète. Son dernier livre publié, Les Branches lourdes, dénote un talent remarquable et un sentiment profond de la poésie.
« Si un groupement poétique quelconque, nous « dit-il, proclame ce qu'il croit être la vérité, qu'il « a saisi une part de réalité, ceux qui viennent « après ont intérêt à en profiter. Une école a ten- « dance à se donner comme une chose unique et « parfaite ; ceux qui le disent n'en pensent rien. « Après que tout s'est synthétisé on s'aperçoit « que des écoles qni semblaient toutes diffé- « rentes ne sont pas tellement éloignées. Les « grandes théories littéraires ont de l'une à « l'autre beaucoup de pointe de contacts. Par « exemple le Romantisme et le Symbolisme. « Tenez... C'est un jeu que de rechercher la « part du Romantisme chez Henri de Régnier. « Le Symbolisme n'a fait que donner ou préci-
« ser certains points. Il apportait une consé- « cration manifeste. Il ouvrait une ligne di- « recte.
« Il apportait l'étude de lame, qui s'est mani- « festée d'une façon nouvelle. Quant au Parnasse, « il apportait un souci d'art, que nous n'avons « plus aujourd'hui. Cependant le Parnasse a « ses survivances.
« Il n'y a rien de nouveau, quoi qu'on pré- « tende, dans les écoles présentes. Le Symbo- « lisme continue. Même l'évolution du Symbo- « lisme ne fait que commencer maintenant, et « avec elle, nous voyons en Poésie un élargisse sèment, une souplesse dans la technique que « les Parnassiens ignoraient.
« Mais il ne faudrait pas croire que le Sym- « bolisme est le dernier sommet de ce que « peuvent donner le lyrisme, le vers français. « Il y a de beaux exemples du Symbolisme : « Vielé-Griffin par exemple. Mais Vielé-Griffin « donne justement dans les errements, du vers « blanc. Nous voyons quelques jeunes gens faire « des vers dépourvus de rimes ; cela ne répond « plus au vers français. Pourquoi ne pas écrire « en prose? La prose de Flaubert est autre- « ment belle... Non, n'exagérons pas le Sym- « bolisme. J'estime qu'il y a là un juste milieu « à atteindre, fort bien indiqué par Albert Sa- « main, qui, symboliste par nature, n'a retenu « du Symbolisme que ce que nous pouvons ad-
« mettre : par exemple, l'élargissement de la « sensibilité poétique qui se caractérise même « dans un paysage.
« Le Symbolisme, en plus de la couleur, ap- :< portait un côté musical. A la poésie, il amal-
< gamait un autre art, la Musique. Ainsi nous :< arrivons à une poésie qui, en conservant les :< caractères, les nuances, va jusqu'au senti-
< ment du genre humain et nous ramène à
< l'expression poétique qui sera celle de tous, : et satisfera tout le monde. Voyez Charles I Guérin, il débute par des vers décadents ; in- : fluencé par Henri de Régnier, par Gustave : Kahn, il arrive à la nouvelle édition du Cœur : Solitaire ; enfin il parvient jusqu'au Semeur : de Cendre. Voyez aussi Jean Moréas.
« La poésie n'est-elle pas un produit d'art, avec de l'artifice et du métier? Nous approchons de l'aboutissement du Symbolisme.
« Je distingue des courants. D'un côté la Renaissance Française, d'un autre la poésie révolutionnaire, qui fait du Panthéisme descriptif, de la philosophie morcelée, qui s'exprime par des vers dont la principale nouveauté n'appartient pas à leurs auteurs, mais à Verhaeren, à Nietzsche, à Withman, qu'ils imitent. Et c'est un tort que de se mettre à la remorque. Mieux vaut suivre une tradition, mieux vaut relire la littérature latine et la littérature grecque. Bref, tout cela nous ra-
« mène à l'éternelle querelle des anciens et des « modernes !... Mais nous ne devons rien igno- « rer de ce qui nous a précédés. 11 y a des choses. « qu'on ne crée pas. »
Sur le Régionalisme, M. Léon Bocquet nous dit : « Il avait à Paris son point de départ, et il « voulait donner aux provinces l'âme française « dans ses attaches profondes. Mais, à l'heure « actuelle, est-ce qu'Emile Verhaeren n'est pas « un poète de terroir. Il a écrit Toute la Flan- « cire. Les poètes passent de leur petite patrie « à la grande ; ainsi ils touchent au domaine « général... Xous parlons toujours des poètes. « Il y a aussi les prosateurs. Précisément, dans « Monsieur des, Lourdines. d'Alphonse de Châ- « teaubriant, nous avons un moment, une épo- « que d'une province, inspirés directement « paysages proches. Oui, l'apport régionaliste a « produit un courant littéraire intéressant. »