H AN RYNER
M. Han Ryner nous écrit:
« Peut-être une loi historique fait-elle succé- « der, avec une régularité nécessaire, à toute « période d'ardeur romantique et de création, « une période de noble sagesse classique. Entre « le fougueux torrent et le large fleuve de « plaine, tout un chapelet de lacs parnassiens « ou naturalistes, grands ou petits bassins ré- « gulateurs. La fougue ivre du romantique rap- « pelle l'ivresse fougueuse de la Pléïade, l'Ecole « de Malherbe calme, retranche, assagit, joue « le même rôle que le Parnasse du xixe siècle. « Les imaginations passionnées, de George Sand « répondent à travers plusieurs générations aux « tendres rêveries d'Honoré d'Urfé et le natu- « ralisme de Zola répète la création réaliste de « Charles Sorel, de Scarron et de Furetière ; « tandis que les emphases de Guez de Balzac et « les rythmes purs de Flaubert remédient à ce « qu'il y a de lâche dans la prose du xvr- siècle « et du romantisme. Le symbolisme n'est, dans « le mouvement du fleuve, qu'un remous, et
« contre le Parnasse et le naturalisme, une der- « nière protestation d'un romantisme anémié. « Les mièvreries de Desportes et la verve gros- « sière d'un Régnier ne réclamaient-elles point « aussi contre Malherbe, « tyran des syllabes » ?
« J'ai l'impression que nous sommes au point « précis où doit commencer une période clas- « sique. Le fleuve, par bien des ouvertures « sort du lac dernier. Les jeunes gens qui ap- « pellent ou proclament une renaissance francs çaise le font avec une émotion qui les sépare ] « des froideurs parnassiennes. Et nos néo-natu- « ralistes n'introduisent-ils pas dans l'observa- « tion la vivifiante pitié ? Maz's ils le font avec j « une grâce discrète que le romantisme ignorait.
« Je crois qu'il y a beaucoup à espérer des « jeunes hommes qui ont débuté ces dernières « années.
« Et qu'on ne craigne pas monotonie et ennui. « Il n'est rien de plus varié que les classiques ; « et quoi de plus différent que Corneille et Ra- « cine, que Fléchier et Rossuet, que Pascal et « La Rruyère?...
* Espérons et travaillons. »
« Quand nos commerçants créent l'article bon « marché, ils songent d'abord à la populace, « car ils ignorent que le peuple existe. Ainsi on
« a multiplié ineptes feuilletons et dangereux « romans policiers. Mais des hasards successifs « finissent par montrer à l'aveuglement des édi- « teurs qu'on peut vendre autre chose. Les let- « très pauvres, aujourd'hui, sont innombrables « et l'on en trouve jusque dans le moindre vilce lage. La bourgeoisie en automobile lit, à « 3 fr. 50 ou à treize sous, les mêmes sottises .*< que sa cuisinière. Mais voici que le lettré « pauvre peut acheter pour dix - neuf sous « Y Ethique, de Spinoza ou la Critique de la « Raison pure. Et une publication à dix cen- « tirnes ne publie-t-elle pas, pêle-mêle avec les « plus ridicules Mérouvel, des œuvres tout à fait « belles et peu connues d'écrivains disparus, « comme Mon oncle Benjamin, de Claude « Tillier ? Ae répand-elle pas les Contes d'Os- « car Wilde ? et, pour citer des vivants, ne « permet-elle pas à plusieurs de lire tel roman « de Rosny, de Paul Adam ou de Georges « Eeckhoud?
« Ici, comme partout, le bien et le mal se « mêlent : ceux qui aiment les saines et sub- « stanti elles nourritures peuvent plus facilement « se les procurer. Et qu'importe si les autres se « tuent avec une quantité de poison plus ou « moins grande? »
Telles sont les déclarations de celui que la jeunesse littéraire, avec l'appui de M. J.-H. Rosny aîné, a élu « Prince des conteurs » pour
ses Voyages de Psyckodore, Le Fils du Silence. Le Cinquième Evangile, etc..., des œuvres qui ont, des admirateurs et des fervents.