‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 65 sur 94 · CHARLES-HENRY HIRSCH · texte numérisé non relu

CHARLES-HENRY HIRSCH

Par la fécondité de son labeur, la variété de ses dons et F originalité de sa forme, M. Charles- Henri/ Hirsch tient une place brillante parmi les jeunes, romanciers contemporains. Le Sang ie Paris, — qu'il vient de publier, — sv rente aux plus beaux poèmes, romanesques consacrés à la Tille, et marque des qualités qui sont d^')i maître.

Tout en nous accueillant fort aimablement, l'auteur de Pantins et ficelles ne dissimule pas que les enquêtes du genre de la nôtre lui semblent totalement dépourvues d'intérêt : « Les auteurs ne s'en occupent pas ; quant aux critiques !... » M. Hirsch ne paraît nourrir qu'une estime assez médiocre à l'égard de ceux qui se contentent de regarder travailler leurs semblables.

Comme nous lui parlons de la tendance au roman fade et moralisateur qui se manifeste actuellement :

« Il n'y a là, dit-il, qu'un courant superficiel

17v LES TENDANCES PRÉSENTES

« et qui ne mérite pas d'être pris au sérieux. <c Ceux qui le représentent se réclament du <: classicisme ; en réalité, ce sont des acadé- « miques et non des classiques.

« La grande tradition du roman français me « semble marquée par des œuvres comme La « Princesse de CVeves. Manon Lescaut, Les Liai- « sons dangereuses, le monument qu'a élevé « Balzac, les livres de Flaubert et de Zola. Il « entre de plus en plus de vie dans ce roman « et Balzac, notamment, lui a fait réaliser de « grands progrès en y introduisant la question « d'argent. Il ne faut pas confondre, d'ailleurs, « la vie avec le document. Ce fut la grande « erreur de Goncourt ; la chose vivante, trans- « portée telle quelle dans le livre n'est plus « vivante ; une récréation est nécessaire. » -

— On aperçoit aussi, ces derniers temps, un retour au moins théorique au roman d'analyse. Estimez-vous qu'il y ait là une voie féconde pour le genre ?

« Si vous parlez du roman dit psychologique, « je pense que ceux-là seuls en font, qui sont « foncièrement stériles et incapables d'inven- « ter une histoire. Or, il faut une histoire pour « distraire, et la grande, la seule mission du « romancier comme de l'écrivain, c'est de dis- « traire.

« Le roman, conclut M. Hirsch, comportera <: toujours davantage de passion, de réalité,

« d'idéal, et il constituera aussi un document « d'histoire contemporaine. »

L'auteur du Crime de Point soldat, ne voit rien de bien nouveau dans les éditions à bon marché d'à présent. Sans parler des classiques de la Bibliothèque nationale, les romans se vendaient fréquemment jadis par livraisons. Le goût du public ne lui semble pas non plus devoir produire un abaissement du niveau littéraire. Ce goût apparaît aujourd'hui bien supérieur à ce qu'il était jadis ; Balzac n'était pas lu de son temps, ni même immédiatement après sa mort : on lui préférait Charles de Bernard. On ne le lit guère que depuis une vingtaine d'années.

M. Hirsch nous parle encore de ces littérateurs qui bornent le monde à leurs vues, à leurs goûts d'oisifs [cultivés, sans ,se douter qu'ils ne forment qu'une minorité imperceptible et ridicule auprès de l'immense peuple qui travaille, et à ce propos, il déclare voir dans Zola le tableau le plus exact, quoique un peu prophétique parfois, du second Empire.

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