‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 78 sur 94 · ALPHONSE ROUX · texte numérisé non relu

ALPHONSE ROUX

Secrétaire général de La Renaissance Contemporaine, M. Alphonse Roux y fait la critique des lier es nouveaux, consciencieusement *et avec goût. Il a donné une excellente Histoire de l'Art, et une étude sur Le Château d'Anet.

« Je réponds d'autant plus volontiers à votre « enquête sur Les, Tendances présentes de la « Littérature Française, crue j'ai tâché récem- « ment, dans mon Introduction à l'Anthologie « des Prosateurs de La Renaissance Contempo- « raine, de m'orienter parmi les incertitudes, la « diversité et la complexité de notre jeune litce térature. Ma réponse est donc, en partie, déjà « faite.

« La littérature actuelle échappe aux disci- « plines, surtout aux ordres littéraires du xixe « siècle, ou, pour reprendre les termes de votre « questionnaire, aux théories du Romantisme, « du Naturalisme, du Parnasse et du Symbo- « lisme. Mais, dans le domaine de la pensée « et de l'art, rien ne meurt. Il y a des sommeils,

« il y a aussi des déchets ; je ne crois pas à1 « des disparitions totales. Quand les genres, « même les écoles, sombrent comme genres et « comme écoles, quelque chose d'eux — le doser « je ne le ferai pas — persiste après cette fin. « Le Romantisme, disparu comme organisme lit- « téraire, si je puis dire, retrouve un peu de soi « en ce que nous mettons de subjectivisme, « de sensibilité plastique, d'émotion dans nos « livres. Le Naturalisme, rejeté comme système, « survit en partie dans ce besoin de tout saisir « et de voir clair et juste dont le Romantisme « tendait à nous priver. Le Parnasse, moins « important que les deux autres écoles, pourrait « se reconnaître quelque peu dans notre souci « de bien écrire que le Romantisme finissant et « surtout le Naturalisme avaient oublié ; mais « nous ne sommes plus au temps où l'expres- « sion constituait la 'valeur essentielle d'une « œuvre. Quant au Symbolisme il n'a pu ré- « sister longtemps ; il était, comme école, con- « traire au génie français, lequel est clair et « précis, mais il demeure, dégagé de ses partis « pris et de ses étroitesses, chez tous les poètes « qui savent regarder sous les apparences et « s'adresser à lame ou à l'esprit par le moyen « des formes et des sens.

« En somme la littérature contemporaine me « paraît s'être séparée des écoles du xixe siècle. « Elle n'a pas oublié tout ce que celles-ci ont

« apporté, car on peut discerner en elle le désir « d'exprimer la race française en s'inspirant de « la tradition. Or la tradition — permettez-moi « de me citer — « ce n'est pas un moment ou « une action, c'est le souvenir des actions suc- « cessives accomplies en des temps différents « et reliées entre elles par une sorte d'hérédité.» « Aussi cette jeune littérature ajoute à i'héri- « tage du* xixe siècle celui des siècles écoulés. « C'est peut-être ce qui lui donne son aspect « de nouveauté, d'autant qu'elle apporte for- « cément de l'inédit par le seul fait que le « monde marche et que la France fait comme « lui.

« Mais si la littérature présente offre quelque « nouveauté, comme le besoin d'action, le sens « de la vie multiple, etc., je ne vois pas qu'elle « nous donne des formules originales. Cette lit- « térature est complexe. Elle se cherche. Pas « un maître illustre ne groupe autour de lui les « jeunes efforts et ne prend la tête d'un mouve- « ment littéraire. Il y a du trouble. Il est d'au- « tant plus caractéristique, dès lors, de voir que « l'on peut saisir un sens dans la marche des « esprits. Cette marche nous conduit vers la « tradition, la race, l'âme, l'instruction, la dis- « cipline, la vie. Ces mots auraient besoin d'être « expliqués, mais alors ma réponse deviendrait « bien longue.

« A votre seconde question je serais tenté de

« répondre par l'apologue des langues : C'est « ce qu'il y a de meilleur et ce qu'il y a de « pire, suivant les mots qu'elles disent. Les pu- « blications à bon marché offrent le grand avan- « tage de permettre à presque tout le monde « la lecture des belles œuvres, et cela est pré- « deux. Mais je crois qu'elles amènent les écri- « vains à trop se soumettre au goût du grand « public. Cela est regrettable, et ce n'est pas « flatteur pour ces écrivains. Il faudrait tâcher « de maintenir ces publications et obtenir que « ceux qui y collaborent surveillent leurs pro- « ductions. L'œuvre des Trente ans de théâtre « montre que le grand public est sensible aux « chefs-d'œuvre classiques. Les tragédies de So- « phocle étaient jouées devant, la foule. Les vieux « chants et les légendes de nos campagnes, qu'on « oublie trop au profit des refrains de café « concert, sont de la littérature, belle en sa « naïveté et saine. Grand public, c'est-à-dire « bon marché, et littérature en art, ne sont pas « essentiellement choses opposées, mais ce sont « pratiquement choses difficiles à concilier. »

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