SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER
Poète de la vie et de la vie moderne, telle que nous l'apercevons, et la sentons quotidiennement joyeuse et tragique, émouvante et multiple, V auteur de La Romance de l'Homme porte également au théâtre, pour les transfigurer par la féerie, les spectacles qui s'offrent à son observation et alimentent s an lyrisme.
Xous avions demandé à l'auteur du Carnaval des Enfants, qu'un groupe de poètes s'intitulant « naturistes » reconnaissait pour chef voici quelques années, de préciser l'attitude de ce groupe vis-à-vis du Symbolisme.
« Mes amis et moi, répond-il, nous avons « protesté contre ce symbolisme dont Mallarmé « était le grand prêtre et qui nous semblait « une formule mort-née. Xous avons combattu c aussi le poncif symboliste et son représen- « tant le plus significatif, Henri de Régnier, « pasticheur non dépourvu de talent certes, mais « auquel il ne manque qu'une âme et chez « qui on ne saurait trouver trace de sensibilité
« originale et moderne. En revendiquant comme « nos maîtres des hommes tels que Verhaeren « ou Yielé-Griffin, nous nous rattachions à ce « qu'il y avait de vivant dans le Symbolisme. « On ne saurait nier que ce mouvement ait « apporté beaucoup de choses intéressantes, et « surtout un affranchissement réel au point de « vue technique. Par ailleurs, un Kahn a su « retrouver la sensibilité .de Heine. En général le « symbolisme a fait œuvre d'émancipation : tout « est permis aujourd'hui... Ce qu'il y a de « plus drôle, ajoute M. de Bouhélier, c'est que « les symbolistes furent en leur temps les pires « des tyrans. »
Nous questionnons ensuite l'auteur de La Tragédie Royale sur ses tendances dramatiques.
« J 'estime qu'il faut porter au théâtre le ïnaxi- « mura d'humanité permanente et profonde dans « un cadre contemporain ; élever des figures « contemporaines au type représentatif. Person- « nellement, je cherche à faire des contes de « fées dans une atmosphère de modernité.
« En cela, précisément, il me semble que je « suis la voie des antiques et des classiques, « des maîtres que nous aimons parce qu'ils « ont donné du caractère et de la grandeur à « leur temps.
« Je suis avant tout sympathique, et dans les « domaines les plus divers, à ce qui est mo- « derne, que cette modernité revête une forme
« sentimentale comme chez Philippe ou épique « comme chez Paul Adam. »
— Et le néo-classicisme ? — « Il est à lui- « même son plus mortel ennemi ; à cause de « l'ennui que dégagent ses rares productions. « Remarquez à ce propos que les théâtres de « plein air n'ont servi jusqu'ici qu'à donner « asile à une forme d'art périmée : ce sont les « remparts de la routine.
Nous sommes à une époque où il y a tout « à créer, conclut en s'animant M. de Bouhélier. « Je vois, aujourd'hui en raison de la matière « poétique nouvelle qui existe, la possibilité « d'un mouvement aussi grand que la Renais- « naissance. »
Au sujet des éditions à bon marché M. de Bouhélier nous avertit : « Je ne crois pas à la « rénovation du peuple par la littérature à bon « marché. Répandre dans les ateliers les ro- « mans, d'ailleurs charmants. d'Abel Hermant, ce « n'est pas travailler à la rédemption du peuple, « n'est-ce pas ? Au surplus, cette rédemption « n'est-elle pas elle-même une utopie ?
« A l'époque où nous courions de meetings « en Universités populaires, mes amis et moi, « j'y croyais, mais je n'ai plus grande con- « fiance. Par goût personnel je préfère vivre « parmi les pauvres plutôt que dans les sa- « Ions, mais sans espoir de les convertir. Xéan- « moins, il faut reconnaître que les éditions ac-
« tuelles à quatre-vingt-quinze centimes cons- « ti tuent un progrès sur les feuilletons à bon « marché et viennent en aide à cet effort intel- « lectuel énorme qui agite aujourd'hui tant de « gens peu fortunés. »
Comme nous venons à parler de la jeune littérature, l'ancien chef de l'école naturiste raille doucement tel nouvel « isme » qui se refuse puérilement à reconnaître ses maîtres les plus évidents comme ses prédécesseurs immédiats. « Je vois, conclut - il, actuellement, un grand « nombre de groupes qui se combattent âprement, « et bien à tort, selon moi, car si l'on met à « part les attardés du néo-classicisme, il n'y a « pas entre eux d'opposition de principes. »