‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 80 sur 94 · VALENTINE DE SAINT-POINT · texte numérisé non relu

VALENTINE DE SAINT-POINT

Eprise d'un idéalisme hautain, raideur d'Une Mort et de La Soif et les Mirages exprime dans le roman mi en poésie les,angoisses et les ardeurs d'une âme vibrante et désireus.e d'absolu. C'est un beau, tempérament lyrique. Elle nous écrit ce qui suit :

« En réponse à votre enquête, il me semble « que toutes les manifestations littéraires ne « sont que les chaînons d'une même chaîne sans « brisure. Chaque mouvement prépare et in- « dique le suivant. Chacun, à la fois, libère et « emprisonne. Actuellement, le plus grand éclec- « tisme règne dans la littérature. Mais certaines « expressions se rapprochent de mon idéal per- « sonnel qui est le suivant :

« 1° Dans le roman : au type féminin, ima- « giné par l'homme et perpétué par sa tradition « littéraire, opposer la femme, psychologique- « ment révélée par la femme. Quant à la forme, « faire abstraction des menus détails, pour plus « de généralité synthétique dans l'expression

« de la vie. Ne pas s'arrêter à la seule psy- « chologie de l'individu, mais rendre la psy- « chologie des foules non par l'analyse détaillée, « mais par la synthèse et des vues d'ensemble ;

« 2° En poésie : une plus grande liberté de « rythmes mesurés sur l'inflexion de la pensée « et de l'élan lyrique, sans pourtant briser sys- « tématiquement et détruire les moules sacrés « de la langue, dans la mesure du vers tradi- « tionnel. Des rythmes personnels et nouveaux « permettent l'effort, que j'estime nécessaire au- « jourd'hui, Vers de profondes généralisations « de la pensée lyrique. Bien entendu, j'entends « que — tout en cherchant plus de profondeur « d'idée dans la poésie moderne — elle se dé- « gage toujours du sentiment ou de la sensation « intimes ou de la vision plastique du poète « afin de ne point atteindre à l'aridité de la « poésie philosophique et didactique ;

« 3° Dans le théâtre : développer deux acti- « vités : L'une d'observation minutieuse etéclec- « tique de la vie moderne, afin d'arrêter quel- « ques aspects significatifs de notre existence « quotidienne et aussi, comme dans le roman, « s'attacher à révéler certaines complexités de « l'âme féminine constamment échappée à la « tradition masculine. L'autre, plus vaste, est « de s'efforcer à la création de la tragédie nou- « velle, soit dans un sens originalement mo- « derne, soit, à la rigueur, dans un sens légen-

« daire ou historique, quant aux personnages « s'ils sont capables devoquer des types éter- « nels et des mouvements collectifs, mais abso- « lument moderne quant à l'interprétation psy- « chologique ;

« Enfin, dans la critique d'art comme dans la « critique littéraire, je voudrais une critique « assez philosophique pour ne pas se concentrer « continuellement dans les détails des œuvres, « mais capable de ne considérer ces œuvres « que comme des détails d'une vision esthétique « générale. L'érudition doit être ordonnée et « distribuée par l'intuition, afin de faire fleurir « le rêve sur tout ce que la pensée humaine « arrêta pour préciser l'imprécis de son rêve.

« Quels que soient les états de la librairie, « il y a eu et il y aura toujours des écrivains « qui flatteront le goût du public et d'autres « qui n'obéiront qu'à leur idéal. »

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