LE CONSOLATEUR
“ Beati qui lugent : quoniam fpsi consolabuntur. ”
“Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. ”
(MaTTH., v, 5.)
Mes bien chers frères,
Quelle est la grande tristesse de la vie ? C'est la mort. Elle à été la première menace de Dieu à l’homme pour le détourner du péché, elle à été le châtiment terrible porté contre sa prévarication. La mort pèse sur l’hu-
manité, enfermant en elle seule toutes les angoisses et
toutes les douleurs. La mort saisit l'être ds qu'il appa-
rait, elle le talonne impitoyablement jusqu'à la fin, elle
enveloppe le petit enfant dans son berceau, et la question en permanence dans le coeur inquiet de sa mère, c'est bien celle-ci : vivra-t-il ? Elle poursuit l'homme dans toutes ses démarches, dans celles-1à même qui accaparent le plus son activité, soit qu’il cherche à acquérir la fortune, soit qu’il courre après les honneurs ou le plaisir, au milieu même de ses ambitions les plus fiévreuses ou de ses succès les plus complets, toujours la même pensée lui revient fatalement à l'esprit : et Pourtant je Suis un condamné à mort.
O ! si on pouvait écarter cette image lugubre, si quelqu’un Pouvait nous dire un jour avec assurance et certitude: Tu ne mourras point. Dès lors nous serions rendus au sentiment de la vie, et de la vie pour ellemême, Car, c’est bien la vie que nous voulons. Nous tenons tant par le coeur à tout ce qui nous entoure, à tous ceux que nous aimons, comme à tout ce qui est à nous, et la séparation fatale en paraît si effrayante. Nous avons tant le respect profond, inné de tout ce que nous sommes, et penser que, créés à l'image de Dieu, fiers de nous-mêmes, nous devrons cependant subir et
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bientôt cette loi implacable qui fera de nos membres inertes la proie du tombeau et la pâture des vers.
Nous voulons tant, et c’est le besoin de notre âme, la sécurité pour demain ct Pour toujours. Nous aspirons vers un bonheur dont nous puissions avoir la tranquille jouissance. Et Cependant, incapables de l'obtenir icibas, nous sommes en présence du redoutable problème d'une éternité dont la mort sera pour chacun de nous le premier instant à la fois décisif, fatal et incertain. Que Serons-nous dans l'éternité ?
Rentrez en vous-mêmes, mes biens chers frères, et demandez-vous sincèrement si cette triple perspective d'wre séparation cruelle et absolue, de la destruction, du retour à la poussière, et d’une éternité inconnue n'est pas véritablement, au-dessus de toutes les épreuves et de toutes les joies de la vie, l'unique cause sérieuse et pernianente de nos anxiétés et de nos tristesses.
Or, Jésus-Christ qui est venu offrir la consolation à toutes les larmes, a voulu en faire planer le bienfait d’un étonnante façon sur la mort elle-même. 11 a manifesté
une pitié singulière à l'égard des familles frappées par le
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deuil. Elle nous fait voir la tendresse compatissante de son Coeur pour la plus grande des douleurs.
Jésus prêche à la foule, lorsqu'un chef de la synagogue, nommé Jaïre, vient se jeter à ses pieds et lui adresse la plus instante prière: ma fille se meurt, peut-être méme est-elle déjà morte; mais venez, étendez votre main sur elle, elle vivra. Jésus se lève, le suit, accompagné de ses disciples. Une foule immense se presse sur ses pas, le serrant de tous côtés. Puis on vient dire au chef de la synagogue: Votre fille est morte, pourquoi fati- Suer encore le maître ? Jésus entend cette parole et dit au père: Ne crains pas ; crois seulement et elle sera sauvée. Arrivé à la ma'son äl voit une troupe de gens qui pleurent et poussent de grand: cris. Pourquoi tout ce trouble et ces pleurs ? dit-il, Ne vous affligez plus et retirez-vous. Cette jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Mais ces gens savaient bien qu’elle était morte. Jésus prend la jeune fille par la main et dit d'une voix forte: Je te l’ordonne, lève-toi. Et soudain la vie revint en elle, elle se leva et marcha et Jésus voulut qu’on lui ser-
vit à manger. Le père et la mère de la jeune fille étaient
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au comble de la joie et de l'admiration. C'était leur fille unique et elle n'avait que douze ans.
Une autre fois, Jésus allait vers une ville appelé Naïm. Il était suivi de ses disciples et d’une foule nombreuse, Comme il approchait d’une porte de la ville, on portait au tombeau un fils unique et sa mère veuve. Un grand nombre d'habitants l’accompagnaient. Dès que le Seigneur eût aperçu cette mère, il fut ému de compassion sur elle: Ne pleure plus, lui dit-il. Puis s’approchant il toucha le cercueil. Les porteurs s’arrétèrent. Alors Jésus éleva la voix: Jeune homme, je te le commande, lève-toi. Le mort se redressa et se mit à parler et Jésus le rendit à sa mère. Et tous saisis de crainte rendirent gloire à Dieu.
C’est avec la même tendresse compatissante que Jésus en agit avec Marthe et Marie dans la résurrection de Lazare leur frère. Ici il va même jusqu’à verser des larmes, il s’apitoie, il pleure et il console, accommlissant pour cela ses plus éclatants miracles.
Mais encore plus, il a voulu transformer la mort elle-
même et, en l’acceptant pour nous, nous faire trouver en