LE BIENFAITEUR
“ Pertransiit benefaciendo. ” “Il a passé en faisant le bien.
(ACT. x, 38.),
Mes bien chers frères,
Le plus beau titre de &loire qu’un homme puisse acquérir et transmettre à la postérité, c'est assurément celui de bienfaiteur de l'humanité, Aucun autre ne saurait l’égaler, ni celui qui rappelle la valeur militaire, ni celui qui se rattache aux découvertes scientifiques. Les philosophes, les grands littérateurs, les fondateurs d’empire peuvent laisser leur nom dans l’histoire et revivre
en quelque sorte dans les monuments qu'on leur érige,
mais nul ne saurait être plus grand que celui qui a mé-
rité la reconnaissance d’un peuple par des services si-
gnalés.
L'histoire nous fournit une liste, hélas! est-elle bien longue, de ces hommes rendus célèbres par la générosité et le désintéressement avec lesquels, durant toute leur vie, ils ont travaillé et se sont dévoués pour leur semblables. Leur gloire, aussi bien que la gratitude publique, se mesure évidemment sur la nature, l'étendue, la durée du bien qu’ils ont fait, et la valeur des sacrifices que ce bien même leur a coutés.
En est-il un seul que l’on puisse comparer à celui dont la vie tout entière a pu être, par l’Esprit-Saint, résumée dans ces simples mots : Il a passé en faisant le bien !
Ses bienfaits atteignent l’homme en lui-même et dans toutes les parties de son être. Rien n'échappe à l’action de Jésus-Christ Elle pénètre le corps, l'esprit et l’âme, elle entre dans la famille, dans la société, elle embrasse toute l'humanité ; elle franchit les limites du temps aussi bien que de l’espace et s'étend à toutes les générations, Et pour accomplir son oeuvre de bienfaiteur Jésus ne se
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Contente pas de donner tout ce qu'il a, sa puissance et Son amour, il se livre lui-même.
En entrant dans ce monde, Jésus-Christ le trouvait trainant les lourdes chaines d’un esclavage dans lequel il croupissait au milieu des misères les plus profondes et dont nul homme n'avait encore pu le soulager : misères morales, déchéance spirituelle, la plus profonde des misères, et c'est de cet abime de douleur et de perdition que Jésus va le tirer. Et comment ? I] s'attaque d’abord aux souffrances corporelles, qui sont les plus sensibles, et qui jusqu'à lui semblent n'avoir été que l'objet de l'abandon, de l'indifférence et de la cruauté. Pour atteindre la misère morale, il veut passer par la misère physique, et s’employer à la soulager d’abord, à l’ennoblir et à la diviniser. Le vortège des infirmités humaines va défiler devant lui: les aveugles aux yeux chassieux, les sourds et muets, les boiteux, les paralytiques, les courbaturés, ceux en proie à l'épilepsie ou à la fièvre brülante, les hydropiques, les possédés de l'esprit immonde, les lunatiques, ceux que leurs membres desséchés
rendent semblables à des squelettes vivants, les kpreux,
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cn un mot toutes les maladies les plus répugnantes passent tour à tour devant lui, Ces malheureux lui jettent le cri de la douleur et de la confiance : Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi. Seigneur, si vous voulez, vous Pouvez me guérir. Seigneur, faites que je vois. Dites seulement une parole. Jésus les regarde avec compassion, il se penche vers eux, il les touche de sa main, il les bénit, il les soulage, il les guérit.
N'est-ce pas déjà sublime ? Ce thaumaturge divin, se laisse attendrir dans son coeur, il ne résiste à aucune prière, envers tous il use du Pouvoir dont il dispose et laisse échapper de sa personne la vertu qui prodigue les miracles, toujours dans l'unique but de faire du bien à ceux qui souffrent. Ce n’est Pas assez pour lui. La compassion qui l'anime, il veut la communiquer à d’autres ; il prête à ses disciples sa puissance pour qu’ils en usent à leur tour en faisant les mêmes prodiges, et les apôtres vont imitant leur Maitre, et rappelant à la joie de la santé les malheureux qu’ils rencontrent, chassant les démons, guérissant toute langueur et toute infirmité.
Il veut déjà faire partager aux siens le feu divin de la charité qui l’embrase lui-même.
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Bien plus, Jésus, ce pauvre qui n’a pas une pierre Pour reposer sa tête, cet humble ouvrier qui durant de longues années a gagné à la sueur de son front sn pain et celui de sa mère, lui qui, par toute une vie d’indigeace et de labeur, a déjà élevé jusqu’à Jui et Sanctifié la pauvreté et le travail, veut Pousser jusqu'au sein de 1a souffrance la passion de son coeur et diviniser la douleur elle-même.
Il s’est identifié Par l'amour avec le malheureux quelqu'il soit. Il a voulu qu'on le voie lui-même dans l’or- Phelin sans famille et qu’on recueille en son nom, dans le vieillard sans abris à qui on ouvre un asile, dans le misérable qui a faim ou soif, à qui l’on donne la nourriture et le breuvage, dans l’infirme qu’on soutient, dans le malade qu'on soigne, dans le captif que l’on visite en Sa prison. À ces oeuvres de miséricorde temporelle, il attache et promet la récompense éternelle, Un verre d’eau donné en son nom devient un acte méritoire, Au dernier jugement, c’est lui qui dira à ceux de sa droite :
Venez, vous, bénis de mon Père, possédez le royaume
qui vous a été préparé dès le commencement du monde,
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Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu
soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et
vous m'avez logé, j'étais nu et vous m'avez revêtu, j'é-
tais malade et vous m'avez visité, j'étais en prison et vous êtes venus me voir... Oui, je vous le dis en vérité, autant de fois que vous avez fait cela, au moindre de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait.
N'est-ce pas le dernier mot de la bienfaisance et de la charité; Jésus se substituait ainsi à tous ceux qui souifrent, afin qu’en les sécourant, on eût le mérite de le soulager lui-même. Il est allé encore plus doin, Il s’est mis effectivement à la disposition de la douleur lui abandonnant la liberté de s ’emparer de son corps et de tous ses membres et de les torturer sans mesure et sans pitié.
Il a voulu attirer, assembler, rattacher dans sa personne toutes les souffrances et toutes les détresses. Chargé de chaînes, garotté, trainé comme un malfaiteur au palais d'Anne et de Caïphe, souffletté, meurtri de coups, dépouillé de ses vêtements, flagcllé, couronné
d'épines, tourmenté sans relâche, chargé d’une lour-