I. Cf. Lettre cinquième au Maréchal de Belle fonds
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tés, mais nullement individualistes, elles brûlent de réunir tous les hommes dans une Église, de les plier à un conformisme, afin que tous vivent d'une vie commune et collective. Quelles merveilles accomplissent ces généreuses natures, quand elles travaillent pour la vérité et le bien ! Mais, hélas I ce n'est pas uniquement Dieu et la vertu qui ont leur prédicateurs et leurs missionnaires. Le mal : erreur ou vice, a les siens, apôtres, parfois intrépides et parfois admirablement armés de science et d'éloquence.
11 en est qui multiplient les articles, les livres, les conférences, et qui, jusque dans les conversations privées nouées au hasard des rencontres avec des inconnus, prêchent infatigablement l'erreur.
En plus des légers qui gâtent sans le savoir, et des docteurs enthousiastes et tenaces qu'une certaine générosité soulève, il y a les corrompus, conscients de leur corruption et égoïstes. Ils veulent corrompre, parce qu'ils sont agacés et se sentent tacitement blâmés par la vertu d'autrui et parce que, quand tout le monde est perverti, le plaisir est plus facile et moins contrarié. Le cœur mauvais rencontre un obstacle à ses licences dans les cœurs honnêtes, et les gâter c'est se conquérir à lui-même une plus complète liberté I
CAUSES DES TENTATIONS io3
Ces trois sortes d'hommes dangereux sont partout disséminées, et maintenant que les familles sont presque aussi divisées qu'aux premiers siècles du christianisme où sous le même toit se mêlaient païens et chrétiens, il s'en peut trouver jusque parmi ceux que le sang nous rend très vénérables et très chers. Parfois toute notre parenté conspire à nous détourner du bien. Que de durs conflits, et comme il faudra, de vive force et contre notre propre cœur, briser des liens aimés ou soutenir de pénibles luttes I
Au-dessus de la persécution domestique sévit à l'occasion, plus haute, plus vaste et quelquefois sanglante, la persécution publique. Le christianisme a ouvert sa brèche dans la société romaine, par des milliers et des milliers de martyrs placés dans la nécessité de trahir leur Credo ou de désobéir aux lois. De nos jours, c'est une chose trop certaine qu'en dépit des formules de liberté et d'égalité, ni les profits ni les honneurs ne sont également répartis entre les catholiques et les incroyants. Par suite un grand nombre de gens, inquiets de l'avenir de leurs enfants ou très préoccupés eux-mêmes de leurs intérêts ou de leur ambition, laissent sommeillei leur foi, ou la dissimulent ou la désertent ostensiblement ; de la part de ceux-ci, les jeunes gens
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risquent de recevoir, outre les exemples pernicieux, de très étranges conseils.
Voilà des sources toujours jaillissantes de tentations. A chacun, sans doute, d'acquiescer ou de résister. Mais soit que l'amour du bien ait été miné petit à petit, soit que le mal en entreprenne tout à coup la destruction violente, la fidélité au devoir est souvent difficile. Dans une foule de cas, elle ne pousse et ne fleurit qu'arrosée de sacrifices sanglants.