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plusieurs façons qui, toutes, tiennent à leur pouvoir sur la matière. Expliquons-le en quelques pages, qui nous conduiront à compléter ensuite la preuve qu'il existe des influences diaboliques parmi les hommes.
La matière est par elle-même inerte, et tous ses mouvements ne lui viennent à l'origine que de l'esprit. 11 lui faut au moins une chiquenaude, et les esprits inférieurs eux-mêmes sont capables de lui donner des chiquenaudes partielles et de la modifier. Outre les preuves strictes qu'il appartient aux philosophes d'exposer, une analogie rend cette action vraisemblable. Notre âme n'est-elle pas l'architecte qui construit notre corps, l'entretient par son activité assidue et le refait sans cesse contre l'usure par l'assimilation des aliments ? Elle le meut, et par lui son influence s'exerce sur les autres corps. Les démons sont beaucoup mieux armés que nous pour agir. En leur qualité de purs esprits, ils sont exempts des entraves organiques ; leur activité n'est jamais supprimée ni ralentie par le besoin du repos. Aucune déperdition de force, aucune fatigue ne les atteignent, et après les oeuvres les plus colossales ils se retrouvent dipos et maîtres de leurs forces intactes. — Depuis longtemps les forces et les lois naturelles leur sont connues. Berthelot n'eût été qu'un petit enfent
à côté d'eux ; mieux qu'un Alfred Fouillée ou qu'un Théodule Ribot, ils savent rentrecroisement du physiologique et du phychique et les lien'? secrets qui unissent les nerfs à l'image, l'image à l'idée, au vouloir, aux sentiments et aux actes. Le péché les a dépouillés, il est vrai, de la grâce et de bonheur, mais leur nature est restée entière et, comme auparavant, ils jouissent d'une intelligence aiguë et vigoureuse, d'une volonté énergique et d'un immense pouvoir.
Aussi n'est-ce qu'un jeu, pour leur dextérité puissante, que de se manifester extérieurement, sous un corps emprunté, fabriqué ou composé d'apparences, comme le principal d'entre eux apparut à Eve, à Jésus, à saint Martin, au Curé d'Ars et à tant d'autres, car des faits analogues sont marqués à chaque page de la vie des saints. Eve était préservée, par l'harmonieuse unité de toutes s(S l'Uissances, contre les intrusions de Satan dans sa sensibilité et son imagination ; à plus forte raison faut-il en dire autant de la très parfaite humanité de Notre-Seigneur. Le démon le tenta seulement du dehors et par ses propositions perfides. Ainsi ne dédaigne- t-il pas de faire souvent à notre égard ; non, certes, qu'il se montre en personne, à l'ordinaire, mais il a sa providence à rebours qui dispose ingénieusement les occasions, les rencontres, les opportunités
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propices au mal. Sa méthode habituelle est faite de ruses subtiles et cachées.
A notre égard, son pouvoir s'étend au delà des tentations extérieures. Notre nature, blessée par le péché, est devenue semblable à une place forte dont la citadelle demeure intacte mais dont les tours et les remparts sont ouverts ; le démon pénètre en nous et nous tente du dedans. Par ses soins, le cerveau sera excité de telle sorte que l'image d'un objet illicite et séduisant apparaisse, qu'elle se maintienne et se renforce, que chassée elle revienne et qu'elle déchaîne le désir ; voilà le trouble, parfois l'orage dans l'âme ; il y a toujours chance que la volonté faiblisse ; et le tenace tentateur, soutenu par sa haine, ne se décourage point par des échecs répétés. — Si les démons ne consultaient que leur propre inclination, ils n'exciteraient qu'à l'orgueil, qui est leur vice dominant. Mais, en psychologues expérimentés, ils nous savent diversement vulnérables : aux vaniteux ils proposent les images des honneurs, aux sensuels les peintures voluptueuses, aux jaloux le succès de leurs rivaux, à celui qui est enclin à l'avarice la peur de la pauvreté, et ainsi de suite. La tactique se varie, s'adapte et, pour être efficaces, les moyens s'approprient.
Le nœud de l'organisation complexe des facul-
tés humaines est rimagination, liée à l'organisme et nourrice de l'esprit : Jungens ima summis. C'est là que le démon s'efforce de s'établir, comme dans une place centrale, oiî il suscite des rêves, des hallucinations, des émotions, des désirs, oh, en un mot, il offre traîtreusement à l'intelligence et à la volonté les appâts falsifiés du péché.
Il arrive qu'il s'y établit à demeure et de là rayonne dans tout le corps, le faisant mouvoir, s'agiter, parler et toujours tenaillant l'intelligence et la volonté pour les induire au mal. C'est le phénomène connu sous le nom d'obsession, quand il est à demi réalisé, de possession, quand il est complet. Châtiments du péché ou épreuve infligée à une victime pure, les possessions sont les plus longues et les plus terribles des tentations. L'intrus tyrannique s'asservit les facultés sensibles tout entières et manie le corps comme son instrument.
Parmi les tentés, les obsédés ou les possédés, il s'en trouve qui s'abandonnent au démon. Ils consentent à sa présence, ils obéissent de plein gré à ses suggestions. Hélas ! parfois incomplètement satisfaits par leur propre corruption, ils participent à l'infernal apostolat de Satan, pour la corruption des autres. Leurs talents sont employés à semer l'erreur, à propager le vice, à combattre tout ce qui est bon et ordonné. Comme
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Dieu a ses écrivains inspirés, ses prophètes et ses envoyés, il paraît certain que Satan a les siens, qui écoutent avec docilité ses indications et se font ses actifs coopérateurs. A s'en tenir aux vraisemblances, peut-être ne serait-on pas trèe en peine pour aligner des noms : n'avons-nous pas, en France, tels politiques dont l'unique passion est la lutte contre l'Église catholique? Certainement mon lecteur, quel qu'il soit, connaît quelque franc-maçon ; l'espèce s'en est assez multipliée pour que tous aient pu se trouver en relation avec quelques-uns d'entre eux. Qu'ils les observent : aucun qui ne haïsse et ne fasse semblant de mépriser la religion ; aucun qui ne r ette au-dessus de tout le reste la joie de nuire, ou brut ilement ou cauteleusement, aux croyances catholiques. Soumis, à leur insu peut-cire, à l'influence de Satan, il est tombé dans leur cœur d*esclave quelques gouttes de la haine sinistre du grand vaincu contre Dieu, son Christ et son Église. Là est la raison de leur opiniâtreté et de la prodigieuse justesse de leurs coups; et qui passe à côté de cette cause cachée, ne comprend presque rien à l'étrange histoire qui s'accomplit sous nos yeux. — Nous parlions de citer des agents de Satan dans ce monde : n'y a-t-il pas aussi, qu'ils appartiennent ou non à la secte franc maçonnique, tels écrivains fameux dont, depuis
CAUSES DES TENTATIONS lai
des années, pas une phrase ne vise à autre chose qu'à déflorer, qu'à corrompre, qu'à détruire? Leurs livres sont comme les bibles du mal, les unes viles, comme il convient à certains lecteurs, les autres élégantes et noQ moins pleines de nihilisme intellectuel et de pourriture.
J'entends un sage me dire : Vous vous abusez ; un principe, en eifet, domine toute recherche, c'est qu'il ne faut pas multiplier les causes sans nécessité : hypothèse inutile, hypothèse à rayer. Or, dans l'espèce, notre nature nous entraîne au mal par son propre poids, et il est superflu de lui accrocher, comme dans la pesée des âmes aux portails des cathédrales, d'horribles monstres qui la tirent en bas. Elle y va d'elle-même.
A cela je réponds. Certes, notre nature suffit très souvent à nous induire au mal, et il n'y a qu'à souscrire au joli mot qui rit dans le texte du très placide Suarez : a Se croire incapable de pécher tout seul, sans les séductions du diable, c'est être fat*. » — Il serait aussi peu sensé, sauf les cas possibles d'illuminations surnaturelles, de décider, avec certitude, que telle tentation déterminée est l'œuvre d'un ange mauvais. — Mettre partout des esprits et leur attribuer la charge d'exécuter les phénomènes de